Robert Charles Benchley est un humoriste, acteur, journaliste et scénariste américain né le à Worcester (Massachusetts) et mort le à New York (New York).

Biographie Les années d'études

Robert Benchley fait toute sa scolarité à Worcester, où il participe aux pièces de théâtre itinérantes de l’école. Grâce à l’argent de Lilian Duryea, la fiancée de son frère mort en 1898, il peut aller à l’Académie Philippe Exeter dans le New Hampshire pour sa dernière année d’étude. Benchley s’épanouit dans l’atmosphère de l’Académie et pratique régulièrement des activités extra-scolaires créatives. C’est de cette manière que ces économies s’amenuisent dès la fin du trimestre.

Benchley s’inscrit à l’université Harvard en 1908 avec, à nouveau, l’aide financière de Lilian Duryea. Toutefois, Lillian lui demande de signer une reconnaissance de dette. Le document, daté du , ne comporte qu'une seule phrase : « Je promets par la présente de payer à Lillian C. Duryea les sommes que je recevrai d'elle pour le paiement des frais d'études.» Outre la signature de Robert sur le billet à ordre, Lillian lui fait accepter verbalement deux autres conditions : premièrement, que les modalités de remboursement seraient à la seule discrétion du prêteur ; deuxièmement, que Robert promette de ne jamais parler de cette transaction à sa mère. Il intègre la fraternité Delta Upsilon et continue aussi de fréquenter ses amis de l'Académie Phillips Exceter, ce qui ne l’empêche pas d’exceller dans ses études. Il est particulièrement doué en anglais. Son humour et son style commencent à se révéler dès cette période. Benchley est souvent sollicité pour divertir ses frères de la fraternité. Ses imitations de camarades et de professeurs deviennent très populaires ; ses performances lui donnent une réputation locale. Beaucoup de programmes de divertissements sur le campus et de multiples rencontres en dehors font appel à lui.

Pendant ces deux premières années à Harvard, il travaille pour le Harvard Advocate et le Harvard Lampoon. Il est élu au tableau des directeurs du Lampoon lors de sa troisième année. Son élection est unanime puisqu’il est le responsable des publications d’art et que les élus du tableau sont forcément les écrivains les plus talentueux de l’équipe. Sa position au Lampoon lui ouvre un grand nombre de portes et il est très vite nommé au Signet Society. Il devient également le seul membre étudiant du Boston Papyrus Club la même année.

En même temps qu’il s’acquitte de ses responsabilités au Lampoon, il joue dans des pièces de théâtre, entre autres celles de Hasty Pudding telles que The Crystal Gaze et Below Zero. Benchley ne s’écarte pas de ses projets puisqu’il commence à réfléchir sérieusement à une carrière après l’université.

Charles Townsend Copeland, un professeur d’anglais, lui recommande de se mettre à l’écriture. Benchley et son futur illustrateur, Gluyas Williams du Harvard Lampoon, pensent commencer un travail d’écriture et d’illustration en indépendant pour des revues de théâtre. Un autre professeur d’anglais recommande à Benchley de parler avec la Curtis Publishing Company mais Benchley est dès le départ contre cette idée et en fin de compte il accepte un emploi au bureau du service administratif de Philadelphie. À cause d’un échec scolaire dû à une maladie, lors de sa dernière année, il ne veut pas recevoir son diplôme des Arts de Harvard jusqu’à l’obtention de toutes ses unités d’enseignement en 1913 et prend un poste à la Curtis Company très vite après avoir reçu son diplôme.

Les débuts

À la Curtis Publishing Company, Benchley fait un travail de rédaction pendant l’été qui suit son obtention du diplôme. Il fait en parallèle des petits boulots comme la traduction d’un catalogue en français pour le musée des beaux-arts de Boston. En , il est engagé à temps plein dans l’équipe de la Curtis Company. Il prépare des textes pour leur nouveau magazine, Obiter Dicta. Le premier numéro est critiqué de manière catégorique par la direction qui le trouve trop technique, désordonné et sans dynamisme. Les choses ne s’améliorent pas pour Benchley et Obiter Dicta. De plus, une farce malvenue lors d’un banquet de la Company envenime davantage ses relations avec ses supérieurs. Il poursuit ses tentatives pour trouver sa propre voie au sein de la publication mais Benchley et la Curtis Company ne forment pas une bonne équipe. Il décide donc de partir puisqu’elle voulait se séparer de lui. Au même moment, on lui propose un poste à Boston avec un meilleur salaire.

Benchley effectue un bon nombre de boulots similaires les années suivantes. Il participe au discours public qui suit le tournoi annuel de football opposant Harvard et Yale en 1914 et il raconte une farce qui met en scène le « professeur Soang » faisant une séance de questions-réponses sur le football en Chine.

Alors qu’il fait toujours sourire son public, Benchley continue son travail comme indépendant, il écrit notamment sa première pièce rémunérée pour Vanity Fair en 1914, intitulée Hints on Writing a Book. C’est une pièce parodique très populaire à l’époque. Les pièces de Benchley sont achetées de temps en temps par Vanity Fair mais ses travaux principaux se tarissent, il obtient alors une place au New York Tribune. Il commence à y travailler tout d’abord en tant que reporter. Il est incapable d’obtenir des déclarations de personnes qui sont citées dans les autres journaux, mais il a plus de succès en allant couvrir les conférences qui ont lieu aux alentours de la ville. On lui promet une place au Tribune’s Sunday au moment où sa carrière se lance. Il est attaché à l’équipe du magazine où il est très vite engagé. Finalement il devient rédacteur en chef. Il écrit deux articles par semaine : une critique de livres et un article de fond dont il choisit le sujet. La liberté donne à son travail un nouveau souffle, le succès de ses pièces dans les magazines parvient à convaincre ses supérieurs de lui donner une chronique dans le journal.

Benchley remplace temporairement un journaliste pour P.G. Wodehouse à Vanity Fair, au début de l’année 1916, pour écrire des critiques de théâtre. Son travail à Vanity inspire un de ses collègues du Tribune pour faire des sujets originaux, mais la situation au magazine se détériore et le Benchley pacifiste s’attriste du point de vue de la Tribune sur la Première Guerre mondiale. Les directeurs du magazine sont mécontents, le ton monte et les irrévérences se multiplient.

En 1917, Tribune arrête la publication du magazine. Benchley se retrouve à nouveau sans travail, il entend parler d’un poste de rédacteur à Vanity Fair mais ce projet tombe à l'eau. Il décide de continuer comme indépendant et tente de se faire un nom. Sa tentative de travail indépendant ne se profile pas bien, il vend une seule pièce à Vanity et accumule d’innombrables refus pendant deux mois. Un travail d’attaché de presse pour William A. Brady, un producteur de Broadway, se présente. Benchley décroche le poste contre les conseils de ses pairs. Cette expérience se passe mal, car il est difficile de travailler avec Brady. Benchley se résigne et accepte un poste de directeur de publicité pour Aircraft Board, du gouvernement fédéral au début de 1918. Cette expérience n’est pas meilleure et quand l’opportunité de retourner à Tribune (redémarrant) s’offre à lui, il accepte car la direction a changé.

Au Tribune, Benchley et le nouveau directeur, Ernest Gruening, sont responsables du supplément illustré, Tribune Graphic. Les deux parviennent à un compromis pour garder leur indépendance mais le reportage de Benchley sur la guerre est percutant. Son point de vue sur les relations entre régiments africains et américains sont aussi provocants que les images d’un lynchage dans le Sud des États-Unis, ce qui vaut à Benchley et Guening un examen minutieux demandé par la direction. Entre autres, on les accuse d’être pro-allemands (les États-Unis combattent l’Allemagne à ce moment-là). Benchley donne sa démission dans une lettre brève en soulignant le manque « de preuves raisonnables que le Gruening est coupable de… charges portées contre lui… » et les tentatives de la direction pour « souiller sa personne et sa carrière journalistique alors que c’est la seule personne depuis trois ans qui avait réussi à faire de la Tribune un vrai journal. »

Benchley est contraint de prendre un poste de publicitaire au Liberty Loan Program, et il continue également son travail de pigiste jusqu’à ce que Collier’ s le contacte pour un travail de directeur adjoint. Benchley accepte l’offre pour voir si Vanity Fair peut surenchérir, car il sait bien que c’est la meilleure des revues. Vanity lui offre un poste de directeur général. Benchley accepte, il commence ce travail en 1919.

L'expérience Vanity Fair

Benchley débute à Vanity avec Robert Emmet Sherwood — un ancien camarade du Harvard Lampoon — ainsi qu'avec sa future amie et collaboratrice Dorothy Parker, qui succède à P.G. Wodehouse responsable jusqu'alors de la critique théâtrale. La formule de Vanity Fair s’adapte parfaitement au style de Benchley, elle permet à ses articles d’être emprunts d’humour comme dans les parodies. Son travail est publié deux fois par mois. Quelques-unes de ses chroniques, mettant en scène un personnage qu’il a créé, sont signées par son pseudonyme Brighton Perry mais le plus souvent il signe de son nom. Robert Emmet Sherwood, Dorothy Parker et Benchley deviennent très proches. Ils vont déjeuner à l’Algonquin Hotel avec d'autres écrivains , la réunion étant connue sous le nom d'Algonquin Round Table. Quand les directeurs sont en voyage d’affaires en Europe, les trois profitent de la situation pour écrire des articles sur les institutions de théâtre new-yorkaises et ils font des commentaires parodiques sur différents sujets comme l’effet du hockey canadien sur la mode américaine. Ceci inquiète Sherwood car il a senti que ça pourrait compromettre son augmentation à venir.

La situation à Vanity Fair se détériore dès le retour de la direction qui fait circuler une note de service interdisant aux employés la discussion des salaires pour leur montrer leur supériorité hiérarchique. Benchley, Dorothy Parker et Sherwood répondent par une autre note et aussi par des pancartes qu’ils portent autour de leurs cous pour montrer à tous leurs salaires exacts. La direction donne des bulletins d’avertissement pour sanctionner tout retard. Sur l’un d’eux, Benchley rédige un mot d’excuse cynique pour son retard où il est question d’un troupeau d’éléphants sur la qui l’a empêché d’être à l’heure. Ses actions contribuent à une détérioration générale des comportements avec comme point culminant le renvoi de Dorothy Parker causé par des plaintes des producteurs de pièces de théâtre qu’elle incendie dans ses critiques. En apprenant la nouvelle, Benchley donne sa démission. L’histoire est publiée dans le Times par Alexander Woollcott qui déjeune avec Benchley, Dorothy Parker et les autres. Comme Benchley a deux enfants lorsqu’il démissionne, Dorothy Parker le voit comme le plus grand acte d’amitié qu’elle ait jamais vu.

Après sa démission, les offres de piges se multiplient. On lui propose pour un simple article dans The Home Sector et un salaire hebdomadaire de pigiste au New York World pour une chronique de revue de livres, trois fois par semaine, ce qui revient au salaire qu’il percevait à Vanity Fair. Sa chronique intitulée « Books and Others Things », dure une année, elle traite de littérature et va même au-delà avec des sujets plus pragmatiques comme la « maçonnerie dans la pratique actuelle ».

Malheureusement pour Benchley, la rédaction d’une chronique pour David Lawrence entraîne la colère des patrons du World et « Books and Others Things » est arrêtée.