La Deûle à Lille, au cœur de la ville depuis le Moyen-Âge avec ses ports et son réseau de canaux, s’est progressivement éloignée à la périphérie sud-ouest avec la création en 1751, à l'ouest du réseau de canaux intérieurs, de la Moyenne Deûle puis sa fermeture à la navigation lors de l’ouverture du canal à grand gabarit derrière la Citadelle en 1977. L’eau a disparu du centre depuis la couverture ou le comblement, du milieu du au début , des canaux intérieurs devenus insalubres. L’activité économique fluviale s’est progressivement déplacée dans la même direction avec la disparition dès le Moyen Âge du port intérieur ouvert en 1271 entre la place Rihour et la rue de Paris, puis la création dans les années 1860, en remplacement des ports du Wault et de la Basse Deûle, du port Vauban auquel a succédé, après sa fermeture en 1983, le port fluvial, troisième de France par son importance après ceux de Strasbourg et de Paris, dans le quartier des Bois-Blancs.

Site vignette|droite|Site originel de Lille représenté par Laurent Deschodt La ville s’est développée au Moyen-Âge à une altitude d’environ 20 mètres sur le fond de la large vallée de la Deûle aux dimensions disproportionnées par rapport à son faible débit. La vallée ancienne (niveau de la mer) est recouverte sur une épaisseur de 20 mètres d’alluvions anciennes et de dépôts loessiques. Les versants en pentes très douces rejoignent des reliefs culminant à 40 mètres, le dôme du Mélantois au sud et faibles reliefs du Weppes à l’ouest et du Baroeul au nord-est.

La ville se situe sur un axe de traversée de la vallée dans un lacis de zones humides, les « riez », ponctuées de zones limoneuses un peu plus hautes. Cet axe de traversée entre une avancée du dôme du Mélantois dans le quartier Saint-Sauveur et les dépôts loessiques légèrement surélevés du Vieux Lille correspond aux voies urbaines primitives, rue Pierre-Mauroy (anciennement rue de Paris)-rue Grande-Chaussée-rue de la Monnaie, parallèlement rue de Tournai-rue de la Quenette-rue des Arts.

Histoire Origine La Deûle se divisait en 2 bras en aval de la planche à Quesnoy, confluent situé à l'emplacement du quai de l'Ouest au bord de l'actuelle gare d'eau entre le canal de la Haute-Deûle et le port de Lille, au sud du quartier des Bois-blancs. Le plus important, le Fourchon qui s'écoulait à Esquermes sous le nom d'Arbonnoise, à Wazemmes entre les actuels boulevard Vauban et rue Nationale en passant par la mythique fontaine del Saulx. Ce bras fut canalisé au . Un deuxième moins important, le Bucquet dérivait de la Haute Deûle au pont de Canteleu passait à l’emplacement de la partie nord de la Citadelle et rejoignait un bras principal à l'emplacement de l'angle de la rue d'Angleterre et de la rue Jean-Moulin dans le Vieux-Lille.

Ces bras se jetaient dans la Basse-Deûle, cours aval de la rivière qui enserrait l'ilot du Gard disparu lors du redressement du port fluvial dans la deuxième moitié du . Cet îlot, dont les actuels place et rue du Gard gardent le souvenir, était situé au nord de l'actuel conservatoire.

Les parcours originels de ces bras de la Deûle, de ses affluents et des premiers canaux intérieurs sont précisément connus partir du milieu par la carte de Jacob Van Deventer des années 1550, mais sont, au contraire, très incertains avant la fin du et font l'objet de diverses hypothèses.

La carte de Lille vers l’an 1000 établie par Brun-Lavainne en 1842 est la plus proche de celle des canaux connus à partir de la carte de Deventer du avec deux bras de la Deûle à Lille, l’un correspondant aux canaux de la Baignerie, de Weppes, de la Monnaie dans le prolongement de la Haute Deûle, l’autre aux canaux des Boucheries et des Sœurs Noires dans le prolongement du Fourchon. Le Becquerel se serait écoulé à l’emplacement du quartier Saint-Sauveur puis sur le parcours des canaux de la ville de Paris, des Ponts de Comines, de la rue de la Quenette jusqu’à un confluent avec le Fourchon proche de l’actuelle place des Reigneaux. En aval de ce confluent, le Fourchon se serait prolongé à l'emplacement des futurs canaux des Sœurs Noires, du Moulin du château et de la Basse Deûle. Brun-Lavainne place le confluent du Bucquet avec la Haute Deûle sur le futur canal de Weppes (rue de Weppes) entre la rue des Trois Molettes et la rue Esquermoise.

Nicolas Dessaux estime que le cours Becquerel se prolongeait à l’emplacement du futur canal des Poissonceaux (qui ne figure pas sur la carte de Brun-Lavainne) jusqu’au cours originel de la Deûle correspondant à celui des canaux de l’Arc, de Weppes et de la Monnaie. Le Buquet était parallèle aux actuelles rues Jean-Moulin et des Trois Mollettes et se jetait dans le fossé de l’enceinte du castrum. Cette partie du fossé devient un canal souterrain qui forme la limite entre la paroisse Saint-Pierre et la paroisse Sainte-Catherine. Par ailleurs, le cours originel de la Basse Deûle aurait formé un arc de cercle au nord-est du castrum (bras au nord de l'îlot du Gard représenté sur la carte de Deventer), le port de la Basse Deûle ayant été creusé à la suite de la canalisation de 1242 entre Lille et Delémont Nicolas Dessaux se fonde sur l’absence de mention d’un rivage avant un acte de 1256 portant sur la vente de 2 moulins à l’hospice Comtesse et sur la distinction entre ancienne et nouvelle rivière mentionnée dans un acte de donation d’une pêcherie aux religieuses de l’Abbiette dont le couvent était situé à l’emplacement de la Halle aux Sucres (actuelle mairie de quartier du Vieux Lille). La nouvelle rivière, la partie droite, daterait probablement de la création du rivage de la Basse Deûle, la vieille rivière étant le bras à l’ouest de l’îlot du Gard représenté sur le plan Deventer.

Pour Jean-Denis Clabaut, au contraire, les canaux entre le castrum et la motte castrale (canaux de l'Arc, de Weppes et de la Monnaie) seraient un aménagement artificiel. Le cours du canal des Poissonceaux aurait été celui de l’aval du Bucquet jusqu’à son confluent avec la Haute Deûle entre la Grand-Place et la place Rihour Jean-Denis Clabaut étaye cette hypothèse par la constatation de l'absence de caves à l'angle des rues Basse et Esquermoise ce qui permet de supposer l'existence d'un ancien cours d'eau qui se serait prolongé jusqu'à un confluent avec la Deûle près de la future Grand' Place.

La carte synthétique de Laurent Deschodt du site de Lille et de ses premiers lieux de peuplement représente la ville dans une zone humide où émergent deux îlots, celui du forum entre la grande place, la motte castrale et l’îlot Rihour. Un bras de la Deûle serait passé à l'ouest de la Motte Castrale entre l'actuelle rue Basse et l'ancien canal du Cirque. Le canal de la Monnaie à l'est de cette motte serait donc une création artificielle destinée à alimenter les moulins ainsi que l'estime Jean-Denis Clabaut et également Georges Declercq dans un article sur les origines urbaine de Lille . Le Fourchon et la Haute Deûle en amont de la ville (Wazemmes) y sont confondus dans un couloir alluvial sans représentation distincte. La suite de canaux longeant le castrum, cours originel ou creusement artificiel, figure en hachures, le cours principal s’étendant entre la Grand’ Place et la rue des Ponts-de-Comines. Le Bucquet est représenté distinctement.

La Deûle et les enceintes de Lille Après l’an 1000, la Deûle et ses deux affluents se déversent dans les fossés des enceintes successives, la première autour du castrum datant probablement du puis celles créées lors des agrandissements successifs de la ville jusqu'à celui de 1670.

Ces fossés, la cunette, alimentaient eux-mêmes les canaux intérieurs. Cette ceinture aquatique continue (dont le plan Deventer levé vers 1550 exagère la largeur) rend difficile l'identification des parcours originels de la Deûle à l'emplacement de l'actuel centre historique avant l'émergence de la ville au .

Les fouilles archéologiques effectuées en 1990 place Rihour montrent une enceinte du Moyen-Âge du début du constituée d'une levée de terre de 16 à 20 mètres de large sur une hauteur de 6 à 8 mètres surmonté d'un mur longée par un fossé alimenté par une dérivation de la Deûle. Ce rempart aurait créé une retenue d'eau en amont de la ville ce qui a permis le développement économique de l'agglomération primitive auparavant soumise aux crues. Cette constatation confirme les conclusions de fouilles réalisées en 1988 sous la Grand'Place ayant révélé les inondations périodiques jusqu'à cette époque d'où l'impossibilité d'un marché permanent à cet emplacement. Les fossés sont élargis au cours du avec création en leur milieu de quatre éminences émergées, les « dodanes » ayant donné son nom à l'actuel parc des dondaines, afin de régulariser le débit des eaux au confluent avec les rivières alimentant le fossé.

De 1751, année de l'ouverture du canal de la Citadelle ou canal de la Moyenne Deûle à 1860, date de l'extension de l'enceinte de 1670 au sud de Wazemmes, Esquermes et Moulins-Lille, les entrées de la Deûle dans la ville par des portes d'eau percées dans le rempart, précisément représentées par un plan figurant dans l'histoire de Lille et de la Flandre flamande de Victor Derode de 1848 étaient les suivantes ; la « grille du Haut » près de la porte de la Barre qui détournait la plus grande partie du courant de la Haute Deûle vers le rivage du Haut (port du Wault) et en aval le canal de l'Esplanade se prolongeant au nord le long des fortifications jusqu'à la Basse Deûle à proximité de la porte Saint-André. La Deûle alimentait également à ce point, les fossés de la Citadelle par le fossé de la porte de la Barre. la « grille Sainte-Catherine » proche de la précédente, à l'emplacement actuel de l'angle de la rue du Quai et de la rue de la Baignerie, qui alimentait le canal de l'Arc et en aval le canal de Weppes et le canal Saint-Pierre. la « grille des Jésuites » alimentant le canal des Jésuites et un ensemble de canaux en aval. la « grille des Hibernois » alimentée par le canal des stations donnant accès au canal des Hibernois par un aqueduc passant sur la cunette, le canal des stations étant une dérivation de l'Arbonnoise à Esquermes.

L'ouverture du canal Vauban en 1669 alimentant les fossés de la Citadelle tarit le Fourchon et celle du canal de la Moyenne Deûle en 1750 détourne une grande partie des eaux vers l'ouest. Ces créations diminuent le volume d'eau des fossés des remparts au nord-ouest, de la grille de la Baignerie à la grille des Hibernois ce qui supprime le nettoyage périodique des canaux par effet de chasse. Faute de courant, l'eau devient stagnante ce qui rend insalubres ces voies d'eau étroites.

Par ailleurs, les eaux du Becquerel pénétraient dans la ville par un aqueduc enjambant la cunette près de la porte de Tournai.

La cunette continue autour des remparts jusqu'à la Citadelle, était un fossé relativement large au nord-ouest, plus étroit, mais en eau en continuité du périmètre, à l'est (autour du quartier Saint-Sauveur) et au nord-est (de la porte de Tournai à la porte d'Ypres). La cunette était alimentée au sud-ouest et à l'est, entre l'emplacement approximatif de la rue de la Piquerie et celui de la porte de Tournai, par le canal des Stations, au nord-est, de la porte de Tournai jusqu'à la Basse-Deûle près de la porte Saint-André, par le Becquerel.

Le canal des Vieux Hommes était alimenté par la cunette, antérieurement par un aqueduc ruiné et à l'origine par un petit ruisseau représenté par le plan Guichardin.

La Basse Deûle sortait des remparts par une porte d'eau où elle rejoignait, à gauche le canal de la Moyenne Deûle qui longeait les fortifications, à droite la cunette. Une deuxième porte d'eau est établie en 1825 en aval au franchissement de la partie extérieure des fortifications à suite de la modification du tracé de la Basse Deûle à cet emplacement.

Disparition de la Deûle dans le Centre, à Wazemmes et à Esquermes Les canaux à l'intérieur de l'enceinte de 1670 ont été comblés ou recouverts du milieu aux années 1930.