Maïté Meeûs, née le à Bruxelles, est une militante féministe belge engagée dans la lutte contre les violences sexuelles, l’accès aux soins des survivantes et la justice sociale.

Elle se fait connaître en 2021 en fondant Balance ton bar, un mouvement né à Bruxelles qui contribue à rendre visibles les violences sexuelles et les faits de soumission chimique dans le milieu festif. Fondé sur la publication anonyme de témoignages, le mouvement se déploie ensuite dans plus de cinquante villes à travers plusieurs pays et participe à l’inscription de ces violences dans le débat médiatique et politique.

Prolongeant cette mobilisation par une action de terrain, elle fonde l’ASBL Artémise, qui propose un accompagnement psychologique gratuit et spécialisé aux adultes et aux enfants ayant subi des violences sexuelles. Elle contribue également à la recherche sur les violences sexuelles dans la vie nocturne bruxelloise.

En 2025, elle rejoint le Women Wave Project et traverse l’Atlantique avec un équipage entièrement féminin pour participer à la COP30, où le collectif défend une approche féministe et intersectionnelle de la justice climatique.

Lauréate du Prix Amnesty Jeunes des Droits Humains en 2022 et du Prix de la Citoyenneté de la Fondation P&V en 2024, elle figure également dans la première sélection belge Forbes 30 Under 30 et est choisie en 2025 parmi les « Leaders of Tomorrow » du St. Gallen Symposium.

Biographie

Jeunesse et formation

Maïté Meeûs naît à Bruxelles en 1998. D’origine belge et indienne, elle vit une partie de son enfance et de sa jeunesse en Inde et en Italie avant de revenir en Belgique.

Elle étudie l’économie et le management à l’Université Bocconi de Milan. Elle suit également des études d'art dramatique et s'intéresse à la musique et aux questions de santé mentale.

Elle explique avoir été sensibilisée aux violences sexistes à l’adolescence, notamment après avoir vu le documentaire Femme de la rue de la réalisatrice belge Sofie Peeters. Ce documentaire, consacré au harcèlement de rue à Bruxelles, l’aide à interpréter comme des phénomènes collectifs et structurels des expériences qu’elle attribuait jusque-là à son propre comportement.

Maïté indique avoir grandi auprès de sa mère et avoir été confrontée très jeune aux inégalités économiques et aux violences touchant les femmes. Elle situe également le développement de sa conscience féministe autour de 2016, dans le contexte de la diffusion internationale du mouvement MeToo.

Sensible à la question de la précarité, elle participe également à des actions auprès d’associations venant en aide aux personnes en situation de sans-abrisme.

Engagement contre les violences sexuelles

Création de Balance ton bar

En octobre 2021, plusieurs témoignages circulent sur les réseaux sociaux à propos de femmes qui auraient été droguées à leur insu puis agressées sexuellement dans des établissements du quartier du Cimetière d'Ixelles, un quartier étudiant de Bruxelles.

Estimant que ces affaires sont présentées comme des faits isolés alors qu’elles révèlent un phénomène plus large, Maïté ouvre sur Instagram la page Balance ton bar. Elle lance un appel à témoignages et propose de publier anonymement les récits reçus.

La page recueille rapidement plusieurs centaines de témoignages concernant des agressions sexuelles, des viols et des cas présumés de soumission chimique dans des bars et des lieux festifs.

Selon Le Monde, le mouvement met en lumière un phénomène longtemps tu dans le milieu de la nuit et contribue à libérer la parole de nombreuses personnes ayant subi des violences.

La mobilisation donne lieu à des manifestations dans plusieurs villes et à une importante couverture médiatique en Belgique et à l’étranger. Elle alimente également le débat sur la responsabilité des établissements de nuit, la formation des équipes de sécurité, l’accueil policier des victimes et le traitement judiciaire des violences sexuelles.

Développement international

Face à l’afflux de témoignages provenant d’autres villes, Maïté Meeûs crée plusieurs pages locales et en confie la gestion à des équipes bénévoles. Le mouvement s’étend notamment à travers la France, la Tunisie, le Canada francophone et l'Espagne ainsi qu’à plusieurs villes de Belgique .

Les estimations publiées évoquent entre 50 et 60 déclinaisons locales. En 2025, le média belge MO* dénombre 55 pages Balance ton bar dans différents pays.

Le mot d’ordre est repris dans plusieurs pays européens. En France, le mouvement conduit notamment des établissements et des organisations professionnelles à annoncer des formations, des campagnes de prévention et des dispositifs permettant de signaler une situation dangereuse.

Revendications politiques et institutionnelles

Maïté intervient dans les médias et auprès de responsables politiques pour demander une meilleure prévention des violences dans les établissements festifs. Elle défend notamment :

la formation obligatoire du personnel des bars, clubs et entreprises de sécurité ; une formation initiale et continue renforcée des policiers à l’accueil des victimes ; une meilleure prise en compte de la soumission chimique ; l’amélioration de l’accès aux analyses toxicologiques ; la création de structures spécialisées dans le traitement des violences sexuelles ; une prise en charge psychologique accessible financièrement ; une réflexion sur la création de juridictions ou de chambres spécialisées dans les violences sexuelles.

À la suite de la mobilisation, la Région de Bruxelles-Capitale débloque des moyens consacrés à la sensibilisation à la soumission chimique et à la formation du personnel des établissements de nuit. La question est également intégrée au plan bruxellois « Rien sans mon consentement », qui comprend 77 mesures contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans l’espace public.

Meeûs soutient également la mise en place de dispositifs comme Ask for Angela, permettant à une personne en difficulté de demander discrètement de l’aide au personnel d’un établissement en utilisant un nom de code.

Des médias, dont Forbes Belgique, associent la mobilisation portée par Balance ton bar à l’évolution du débat ayant accompagné la réforme du Code pénal sexuel belge de 2022. Cette réforme place le consentement au centre de la définition des infractions sexuelles et précise qu’une personne dont le libre arbitre est affecté par l’alcool, des substances narcotiques ou psychotropes ne peut valablement consentir.

Meeûs souligne cependant régulièrement le caractère collectif de ces évolutions, qu’elle attribue à la mobilisation des survivantes, des associations féministes, des professionnelles de terrain et de différentes responsables politiques.

Prises de position sur la justice et la libération de la parole

Balance ton bar suscite également des débats sur la dénonciation publique et les risques liés à la publication d’accusations sur les réseaux sociaux.

Certains avocats et commentateurs assimilent ces pratiques à une forme de tribunal populaire ou de pilori numérique. Meeûs répond que le recours aux réseaux sociaux doit être replacé dans le contexte du faible taux de plaintes, des classements sans suite et de la défiance des victimes à l’égard de la police et de la justice.

Elle présente les réseaux sociaux comme un « système B » utilisé lorsque les voies institutionnelles ne permettent pas aux victimes de se sentir entendues ou protégées.

En janvier 2025, après l’acquittement d’un ancien serveur bruxellois poursuivi pour viol, elle critique publiquement la réponse judiciaire et estime que l’attention accordée aux conséquences de la dénonciation pour les personnes mises en cause conduit à minimiser les conséquences des violences sur les plaignantes.

En 2024, elle lance à Bruxelles une mobilisation de soutien à Gisèle Pelicot, devenue une figure de la lutte contre la soumission chimique à l’occasion du procès des viols de Mazan.

Fondation et direction d’Artémise

À travers les témoignages reçus par Balance ton bar, Meeûs constate que de nombreuses personnes recherchent un accompagnement psychologique, mais ne peuvent pas accéder à des professionnels spécialisés en raison du coût des consultations, de la saturation des services de santé mentale ou du manque de formation spécifique aux psychotraumatismes.

Elle crée dans ce contexte l’ASBL Artémise, dont le nom fait référence à la peintre italienne Artemisia Gentileschi, qui fut violée par le peintre Agostino Tassi et dont une partie de l’œuvre est associée aux représentations de femmes résistant à la violence masculine.

L’association annonce son lancement public en mars 2024. Elle est présentée comme le prolongement opérationnel de Balance ton bar : alors que le mouvement recueille et rend visibles les témoignages, Artémise cherche à proposer des parcours de reconstruction.

Artémise propose notamment :

des groupes de parole et des groupes thérapeutiques ; des consultations psychologiques individuelles ; des activités de reconstruction et d’expression ; un accompagnement destiné aux adultes, aux adolescentes et aux enfants ; des prestations gratuites accessibles aux personnes en situation de précarité.

Les groupes sont animés par des psychologues et des professionnelles formées aux violences sexuelles et aux psychotraumatismes. L’association développe également des partenariats avec des réseaux de soins, notamment PsyBru.

Meeûs assure la direction de l’association et poursuit parallèlement ses activités de plaidoyer et de sensibilisation. Artémise développe initialement ses activités à Bruxelles avant d’entamer une extension dans d’autres villes belges .

Recherche sur les violences sexuelles

Les témoignages anonymisés publiés par Balance ton bar servent de matériau à une recherche qualitative consacrée aux violences sexuelles dans le milieu festif bruxellois.

Meeûs cosigne avec Danielle Fernandes, chercheuse à la Vrije Universiteit Brussel, et Gily Coene, professeure d’éthique et de philosophie féministe, l’article « Down the “Black Hole” of Sexual Violence in the Brussels Nightlife: A Qualitative Exploration of Social Media Testimonials », publié dans la revue scientifique Violence Against Women.

L’étude analyse la manière dont les personnes ayant subi des violences décrivent les faits, leurs conséquences physiques et psychologiques, les réactions de leur entourage et leurs démarches auprès de la police, de la justice ou des services de santé.

Women Wave Project et COP30

Traversée de l’Atlantique

En 2025, Maïté Meeûs rejoint le Women Wave Project, une initiative réunissant six militantes et créatrices françaises et belges : Camille Étienne, Adélaïde Charlier, Mariam Touré, Lucie Morauw, Coline Balfroid et Maïté Meeûs.

Le projet consiste à traverser l’Atlantique en voilier avec un équipage entièrement féminin afin de rejoindre la COP30, organisée à Belém, au Brésil. Il cherche à relier les enjeux climatiques aux questions de genre, de justice sociale, de racisme et de représentation des populations autochtones.

Quelques jours avant le départ, une avarie affecte le bateau initialement prévu. L’équipage embarque finalement à bord de L’Esprit d’Équipe, voilier vainqueur de la Whitbread Round the World Race en 1985-1986.

Après un départ de France et une escale aux îles Canaries, l’équipage traverse l’Atlantique jusqu’à Belém. Le voyage dure au total environ 34 jours. Le voilier, dépourvu de pilote automatique, doit être dirigé manuellement en permanence par les membres de l’équipage.

Plaidoyer féministe et climatique

Le Women Wave Project défend une lecture intersectionnelle de la crise climatique. Meeûs insiste notamment sur la manière dont les catastrophes, les déplacements de population, l’insécurité alimentaire et la raréfaction des ressources peuvent accroître les violences et les inégalités auxquelles sont confrontées les femmes et les filles.