Gibellula est un genre de champignons (Fungi) ascomycètes de la famille des Cordycipitaceae. Il s'agit d'un regroupement d'espèces entomopathogènes strictement inféodées aux araignées, basé sur la morphologie des petites colonnes productrices de conidies nommées corémies. Ce genre est une forme anamorphe; c'est-à-dire asexuée, la forme téléomorphe, c'est-à-dire sexuée, étant nommée Torrubiella. Le genre Gibellula est référencé dans le monde entier, la plupart de ses représentantes étant tropicales. Deux espèces sont présentes en Europe.

Taxonomie vignette|gauche|redresse|Première illustration connue d'une espèce de Gibelulla sous le nom Isaria arachnophila par Ditmar en 1817. vignette|redresse|Illustration de Gibellula pulchra par Émile Boudier en 1910.

Plus de 80 espèces de champignons, principalement distribuées dans les Cordycipitaceae, sont signalées comme entomopathogènes des araignées. Parmi elles, seuls le genre Gibellula et le japonais et coréen Hevansia sont des parasites obligatoires des araignées alors que les autres semblent être des parasites généralistes de différents insectes et ne présentent pas de spécificité d'hôteShrestha B, Kubátová A, Tanaka E, Oh J, Yoon DH, Sung JM, Sung GH (2019) Spider-pathogenic fungi within Hypocreales (Ascomycota): their current nomenclature, diversity, and distribution. Mycological Progress 18: 983–1003. https://doi.org/10.1007/s11557-019-01512-3.

Le genre Gibelulla est établi par l'Italien Fridiano Cavara en 1888 à partir de Corethropsis pulchra décrit par l'Italien Saccardo en 1877 recombiné en Gibellula pulchra. Le nom est choisi en l'honneur du botaniste et lichenologue italien (1831–1898)Fridiano Cavara, Atti dell'Istituto Botanico della Università e Laboratorio Crittogamico di Pavia 3: 347 (1894). Cependant, son histoire nomenclaturale est longue, compliquée et confuse. Elle remonte à 1817 avec une description et une illustration de l'Allemand Ditmar sous le nom Isaria arachnophila. De nombreuses descriptions et travaux se succèdent et il faut attendre les intuitions du français Vuillemin en 1911 pour que les deux genres soient rapprochésVuillemin P. 1911b. — Les Isaria de la famille des Verticilliacées (Spicaria et Gibellula). Bulletin de la Société mycologique de France, 27 (1) : 75-82.. Mais c'est la révision de l'Anglais Petch en 1932Petch T (1932) Gibellula. Annls Mycol 30:386–393 qui initie la véritable taxonomie du genre suivi par l'Américain Mains en 1950Mains EB (1950) The genus Gibellula on spiders in North America. Mycologia 42:306–321. De nombreuses autres espèces sont ensuite proposées depuis le Japon en 1982Kobayasi Y, Shimizu D (1982) Monograph of the genus Torrubiella. Bull Natn Sci Mus Tokyo Ser B 8:43–78, les Iles Salomons en 1987Humber RA, Rombach MC (1987) Torrubiella ratticaudata sp. nov. (Pyrenomycetes: Clavicipitales) and other fungi from spiders on the Solomon Islands. Mycologia 79:375–382, l'Amérique du Sud en 1992Samson RA, Evans HC (1992) New species of Gibellula on spiders (Araneida) from South America. Mycologia 84:300–314, Taïwan en 1998Tzean SS, Hsieh LS, Wu WJ (1998) Torrubiella dimorpha, a new species of spider parasite from Taiwan. Mycol Res 102:1350–1354.

En 2022, près de 45 espèces ont été décrites, incluses dans ce genre et répertoriées dans les bases de données fongiques mondiales Index Fungorum et MycoBank. Une révision du genre de 2019 synonymise et déplace une grande partie des taxons à cause de validité taxonomique douteuse et de non conformité aux critères génériques comme Gibellula elegans qui se rencontre également sur des criquets. De même, la synonymie avec le genre Granulomanus n'est pas clairement établie, certains affirmant qu'il se trouve de façon indépendante sur des cadavres d'araignées et d'autres affirmant qu'ils ne se différencient pas d'un point de vue génétiqueKepler RM, Luangsa-ard JJ, Hywel-Jones NL, Quandt C, Sung GH, Rehner SA, Aime MC, Henkel TW, Sanjuan T, Zare R, Chen M, Li Z, Rossman AY, Spatafora JW, Shrestha B (2017) A phylogenetically-based nomenclature for Cordycipitaceae (Hypocreales). IMA Fungus 8: 335–353. https://doi.org/10.5598/imafungus.2017.08.02.08. La révision de 2019 dénombre finalement 17 espèces au nom correct (dont deux variétés) auxquelles s'ajoutent 5 espèces décrites en 2020 depuis la ThaïlandeKuephadungphan W, Tasanathai K, Petcharad B, Khonsanit A, Stadler M, Luangsa-ard JJ (2020) Phylogeny- and morphology-based recognition of new species in the spider-parasitic genus Gibellula (Hypocreales, Cordycipitaceae) from Thailand. MycoKeys 72: 17-42. https://doi.org/10.3897/mycokeys.72.55088.

Les relations phylogénétiques entre les espèces restent mal comprises en raison du manque de données moléculaires.

Ce genre est la forme asexuée, dite anamorphe, du genre Torrubiella, qui lui, est la forme sexuée dite téléomorphe. Selon le principe « un champignon, un nom » établit par le code international de nomenclature de Melbourne mis en œuvre en 2012Mc Neill (éd.) 2012. — International Code of Nomenclature for algae, fungi, and plants (Melbourne Code). Regnum vegetabile 154. Königstein, Koeltz Scientific Books, 208 p., une espèce de champignons ne devrait porter qu'un nom unique quel que soit le stade exprimé. La priorité étant donné théoriquement au nom le plus ancien. le genre Torrubiella devrait être le nom correct. Cependant, cet ensemble est polyphylétique, c'est-à-dire que ses espèces ont plusieurs ancêtres et sa typification qui se base sur Torrubiella aranicida correspondant au stade asexué dIsaria cuneispora, ne s'apparente pas aux espèces de Gibellula. De plus, de nombreux stades sexués ne sont pas connus et les correspondances anamorphe versus téléomorphe ne sont pas encore résolues.

En , le genre Torrubiella est démantelé au profit des genres Gibellula, Akanthomyces et Hevansia. Son espèce type, Torrubiella aranicida, n'est pas recombinée en l'absence de preuves moléculaires ; elle se rapprocherait morphologiquement du genre Akanthomyces. Les espèces de Gibellula doivent par conséquent être considérées comme des holomorphes, c'est-à-dire incluant les deux formes de reproduction. Cependant, même si les recombinaisons proposées par cette étude ont été acceptées, le genre Torrubiella n'a pas formellement été synonymisé et reste correct selon MycoBank et Index Fungorum alors que d'autres appellent à plus d'études pour confirmer cette position.

Description vignette|gauche|14. Corémie de Gibellula pulchra et ses conidiophores; 15. Faisceau d'hyphes constituant la corémie ; 18.Conidiophore avec ses ramifications stériles surmontées de leurs phialides en rayon et leurs conidies. vignette|Schéma d'un conidiophore du genre Aspergillus

Le genre Gibellula comprend des parasites d'araignées qui produisent des corémies cylindriques depuis la masse mycélienne qui recouvre le cadavre de leur hôte, la plupart du temps attaché à la face inférieure de feuilles vivantes ou calfeutré sous l'écorce des arbres.

Le genre Gibellula est caractérisé par des corémies de type Aspergillus cloisonnées, à paroi rugueuse ou verruqueuse et parfois de couleur vive dont les conidiophores sont surmontés de vésicules terminales, chacune produisant des phialides généralement cylindracées, parfois clavées; elle-même générant des conidies en chaîne. Suivant l'espèce, les corémies peuvent être solitaires ou multiples.

Il s'agit de la forme anamorphe, c'est-à-dire asexuée, la forme téléomorphe associée, c'est-à-dire sexuée, étant nommée Torrubiella. Les deux formes peuvent parfois être visibles sur le même cadavre d'araignée.

Répartition Le genre Gibellula est largement distribué dans le monde entier, principalement dans les régions tropicales. Deux espèces sont présentes en Europe, Gibellula pulchra et Gibellula leiopus ; ce sont également les plus cosmopolites.

Ensemble des espèces Liste des espèces selon Shrestha (2019) et Kuephadungphan (2020) :

Notes et références

Liens externes

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