Le Tour de Corse 1985 ( Tour de Corse), disputé du 2 au , est la cent-quarantième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la cinquième manche du championnat du monde des rallyes 1985. C'est également la quatrième manche du championnat de France des rallyes 1985Revue Sport Auto n°280 - mai 1985.

Contexte avant la course Le championnat du monde

Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes comprend généralement une douzaine manches, comprenant les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Depuis 1979, le championnat des constructeurs a été doublé d'un championnat pilotes, ce dernier remplaçant l'éphémère Coupe des conducteurs, organisée à seulement deux reprises en 1977 et 1978. Le calendrier 1985 intègre douze manches pour l'attribution du titre de champion du monde des pilotes mais seulement onze sélectives pour le championnat des marques (le Rallye de Côte d'Ivoire en étant exclu). Les épreuves sont réservées aux catégories suivantes :

Groupe N : voitures de grande production de série, ayant au minimum quatre places, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs ; modifications très limitées par rapport au modèle de série (bougies, amortisseurs). Groupe A : voitures de tourisme de grande production, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine ; poids minimum fonction de la cylindrée. Groupe B : voitures de grand tourisme, fabriquées à au moins 200 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine (extension d'homologation portant sur 10% de la production).

Malgré un mauvais résultat au Safari où les 205 Turbo 16 ont été dominées par les Toyota et les Opel, Peugeot (qui s'est imposé dans les trois premières manches de la saison) reste largement en tête du championnat du monde des constructeurs avec quatorze points d'avance sur Audi, tandis que ses deux pilotes de pointe, Timo Salonen et Ari Vatanen, mènent le classement des conducteurs devant le champion en titre, Stig Blomqvist.

L'épreuve

Organisé pour la première fois fin 1956, le Tour de Corse doit son existence à l'initiative de deux passionnés de sport automobile, le comte Peraldi (qui était alors président de l'Automobile Club de Corse) et du docteur Jean Sermonard (responsable du syndicat d'initiative d'Ajaccio). Le parcours particulièrement accidenté de cette épreuve lui valut rapidement le surnom de « rallye aux dix mille virages ». Le Tour de Corse fut intégré au calendrier du championnat d'Europe en 1970, puis au championnat du monde des rallyes à sa création en 1973. Vainqueur à six reprises entre 1970 et 1981, Bernard Darniche y est le pilote le plus titré.

Le parcours thumb|upright=1.25|right|alt=Ajaccio|Les équipages partiront d'Ajaccio. départ : d'Ajaccio arrivée : à Ajaccio distance : dont sur 29 épreuves spéciales (30 spéciales initialement prévues pour un total de ) surface : asphalte Parcours divisé en trois étapesRevue L'Automobile Magazine n°468 - juin 1985

Première étape Ajaccio - Sartène - Quenza - Vivario - Migliacciaro - Ponte-Leccia - Bastia, le 570,61 km dont 371,18 sur 10 épreuves spéciales (11 spéciales initialement prévues pour un total de )

Deuxième étape Bastia - Saint-Florent - Corte - L'Île-Rousse - Calvi, le 423,16 km dont 283,45 km sur 9 épreuves spéciales

Troisième étape Calvi - Évisa - Campo Dell'Oro - Aullène - Propriano - Ajaccio, le 609,51 km dont 423,39 sur 10 épreuves spéciales

Les forces en présence Audi Seul pilote officiel Audi engagé, Walter Röhrl dispose prendra le départ sur une Sport Quattro groupe B équipée de tous nouveaux disques de freins. Cette voiture de 1030 kg à transmission intégrale est dotée d'un moteur cinq cylindres de 2110 cm3 à culasse vingt soupapes, alimenté par un système d'injection électronique Bosch associé à un turbocompresseur KKK. La puissance disponible est de 450 chevaux à 8000 tr/min. Röhrl utilise des pneus MichelinRevue Sport Auto n°281 - juin 1985.

Peugeot thumb|right|alt=205 T16 E2|La Peugeot 205 Turbo 16 Évo2 sera aux mains de Bruno Saby. Ari Vatanen et Timo Salonen s'alignent sur leurs habituelles 205 Turbo 16 groupe B. Pesant 980 kg, ces voitures à transmission intégrale sont motorisées par un quatre cylindres en ligne d'une cylindrée de 1775 cm3, placé en position centrale arrière. Alimenté par un système d'injection électronique Bosch associé à un turbocompresseur KKK, il développe 350 chevaux à 7200 tr/min. Au côté des deux pilotes finlandais, Bruno Saby fait débuter la nouvelle version de la 205 T16 (baptisée Évolution 2). Elle se caractérise par un châssis redessiné utilisant des matériaux plus résistants, permettant une meilleure rigidité et un gain de 70 kg par rapport à sa devancière. La carrosserie comporte un spoiler à l'avant et un aileron arrière. La culasse a été modifiée et le moteur, suralimenté par un turbocompresseur Garrett, délivre 430 chevaux à 7500 tr/min. Au côté des trois voitures officielles, Bernard Darniche est au volant d'une 205 T16 (première version), préparée chez ROC et engagée par Gauloises. Les Peugeot sont chaussées de pneus Michelin.

Lancia La Scuderia Lancia avait initialement engagé trois Rally 037 groupe B pour Markku Alén, Attilio Bettega et Henri Toivonen, mais ce dernier, accidenté deux semaines auparavant lors du Rallye de la Costa Smeralda, ne pourra pas courir avant quelques mois et seuls Alén et Bettega défendent les couleurs officielles. Ils seront néanmoins épaulés par Massimo Biasion qui pilote, comme au Portugal, la Rally 037 du Jolly Club. Ces berlinettes à moteur central arrière pèsent 960 kg. Leur quatre cylindres de 2111 cm3, alimenté par un système d'injection mécanique Bosch Kugelfischer couplé à un compresseur volumétrique Abarth, délivre 330 chevaux à 8000 tr/min. Elles utilisent des pneus PirelliRevue Auto hebdo - 9 mai 1985.

Renault Jean Ragnotti dispose de la Renault 5 Maxi Turbo groupe B avec laquelle il dispute régulièrement les manches du championnat de France. C'est la première apparition en championnat du monde de cette voiture, évolution de la 5 Turbo "Tour de Corse". Elle ne pèse que 905 kg contre 960 pour sa devancière. Son moteur quatre cylindres de 1527 cm3, en position centrale arrière, est alimenté par un système d'injection Bosch K-Jetronic associé à un turbocompresseur Garrett. Il développe 350 chevaux à 6500 tr/min. Au côté de Ragnotti engagé par Renault Sport, deux autres 5 Maxi Turbo sont présentes : celle de François Chatriot préparée par la concession Renault de Compiègne (sous les couleurs DIAC) et celle de Didier Auriol préparée par la concession Renault de Chartres (sous les couleurs 33 Export). Contrairement à Ragnotti et Chatriot qui utilisent des pneus Michelin, Auriol a opté pour des pneus Pirelli. Une vingtaine de pilotes privés prendront le départ sur des précédentes versions de 5 Turbo groupe B (1397 cm3, environ 330 chevaux). La marque française est également présente dans les catégories inférieures, avec notamment la 11 Turbo groupe A d'Alain Oreille et la 5 GT Turbo groupe N de Jean-Pierre Deriu.

Opel Guy Fréquelin conduit son habituelle Opel Manta 400 groupe B, avec laquelle il a remporté les trois premières manches du championnat de France. Ce coupé à transmission classique pèse une tonne. Il est dotés d'un moteur quatre cylindres de 2420 cm3 développé par Cosworth. Alimenté par deux carburateurs Weber double corps, il développe 275 chevaux à 7250 tr/min. Fréquelin court avec des pneus MichelinRevue Auto hebdo - 14 mars 1985.

Porsche Rothmans engage deux Porsche 911 SC RS groupe B pour Bernard Béguin et Billy Coleman. Ces coupés à moteur en porte-à-faux arrière pèsent 975 kg. Leur six cylindres à plat de 2994 cm3, refroidi par air et alimenté par injection électronique Bosch Kugelfischer, délivre 305 chevaux à 7600 tr/min. Les Porsche sont chaussées de pneus Michelin.

Citroën Espoirs de l'équipe de France Junior, Olivier Tabatoni et Carole Vergnaud prendront le départ sur leurs Citroën Visa 1000 Pistes groupe B. Ces berlines de 775 kg, à transmission intégrale, ont un moteur quatre cylindres de 1434 cm3 alimenté par deux carburateurs Weber double corps, d'une puissance maximale de 145 chevaux à 6500 tr/min. Elles sont équipées de pneus Michelin.

thumb|right|alt=Talbot Samba Rallye|La Talbot Samba Rallye groupe B. Talbot La Talbot Samba Rallye est très populaire dans la classe B9 (groupe B, moins de 1300 cm3) et dix-neuf voitures de ce type sont au départ, dont celle de Jean-Paul Bouquet, préparée par Peugeot Talbot Nancy. Ce petit coupé pèse seulement 675 kg. Son moteur quatre cylindres de 1285 cm3 est alimenté par deux carburateurs Weber double corps et délivre 130 chevaux à 7200 tr/min. Bouquet a opté pour des pneus Michelin.

Alfa Romeo Yves Loubet et Bertrand Balas seront les principaux animateurs du groupe A au volant de leurs Alfetta GTV6. Ces coupés à moteur V6 de 2492 cm3 disposent de 220 chevaux et pèsent 1120 kg. Ils sont chaussés de pneus Pirelli.

Volkswagen Comme au Portugal, Volkswagen Motorsport engage deux Golf GTI groupe A pour Jochi Kleint et Franz Wittmann. Ces tractions pèsent 880 kg. Leur moteur quatre cylindres de 1781 cm3, alimenté par injection mécanique Bosch, a une puissance de 170 chevaux. Engagé à titre privé, Guy Chasseuil pilote un modèle identique. Les Volkswagen utilisent des pneus Pirelli.

Déroulement de la course Première étape Ajaccio - Quenza thumb|right|alt=Audi Sport Quattro|Une Audi Sport Quattro semblable à celle de Walter Röhrl. Les nouveaux disques de freins s'étant révélés très fragiles, le pilote allemand a abandonné à l'issue de la première épreuve chronométrée. Les équipages s'élancent d'Ajaccio le jeudi matin, sous le soleil. Dès le premier tronçon chronométré, Jean Ragnotti se montre très à l'aise au volant de sa Renault 5 Turbo. Il prend la tête de la course, dix secondes devant la Lancia d'Attilio Bettega. Les Peugeot 205 de Bruno Saby et Ari Vatanen viennent ensuite, alors que l'on enregistre l'abandon de leur coéquipier Timo Salonen (fil d'alimentation sectionné). Un problème de pompe à essence a entraîné le retrait de la 205 privée confiée à Bernard Darniche alors que Guy Fréquelin a également abandonné, pompe à huile de son Opel hors d'usage. Sur l'unique Audi Quattro engagée, Walter Röhrl n'ira guère plus loin, le champion allemand rejoignant son assistance avec un disque de frein cassé avant de renoncer, par mesure de sécurité. Après seulement quarante kilomètres de course, quatre équipages de pointe sont déjà éliminés ! Dans la deuxième épreuve spéciale, Vatanen passe à l'attaque et remonte à la deuxième place du classement général, revenant à huit secondes de Ragnotti. Des goujons de mauvaise qualité ont entraîné l'élimination de deux des principaux animateurs du groupe A, la casse des fixations de roue ayant entraîné les sorties de route de Franz Wittmann et de Guy Chasseuil (tous deux sur Volkswagen Golf).