Durant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le gouvernement russe est accusé denlèvements et de déportation d'enfants, ainsi que d'adoptions forcées. Selon le droit international, y compris la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, cela pourrait être constitutif d'un génocide.
La Russie soutient qu'elle évacue, et non expulse de force, des civils vers la Russie, mais les rapports d'ONG, témoignages et recherches démentent cette version.
Le , Vladimir Poutine signe un décret visant à faciliter et accélérer l'adoption des enfants ukrainiens réputés orphelins en une journée. Des collectifs et ONG ukrainiens et internationaux rassemblent des informations et preuves disponibles en sources ouvertes afin de saisir la justice et permettre d'essayer de retrouver les enfants ainsi déportés. Plusieurs ONG travaillent à retrouver et localiser des enfants déportés vers la Russie ou les territoires occupés d'Ukraine (19 546 mineurs identifiés en ) et si possible a les réunir avec leurs parents. L'une d'elles a rapatrié 61 enfants, Kiev annonce que 388 enfants ont été ramenés en Ukraine.
Début 2023, des enquêtes internationales, notamment de la Cour pénale internationale (CPI), sont annoncées. Le , des mandats d'arrêts de la CPI sont émis, pour crimes de guerre, à l'encontre de Vladimir Poutine et de Maria Lvova-Belova, commissaire russe aux droits de l'enfant, « présumés responsables » de la déportation et des transferts illégaux d'enfants ukrainiens. Ces enquêtes permettent également de reconnaître la participation de la Biélorussie dans ces transferts. En 2025, une chercheuse a proposé de créer une base de données génétiques afin d'aider à retrouver et réunir ces enfants ukrainiens à leurs familles.
Contexte Durant l'invasion de l'Ukraine par la Russie de 2022, l'Ukraine, ainsi que des organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits humains, de même que des journalistes, affirment que les autorités russes procèdent à des enlèvements d'enfants, déportés vers la Russie et les régions d'Ukraine occupées par les forces russes. Ces accusations sont jugées fondées et crédibles par l'Organisation des Nations unies (ONU).
Les premières déportations forcées vers la Russie sont signalées à la mi-mars, lors de la bataille de Marioupol.
Le , les autorités ukrainiennes et américaines dénoncent que plus de ont été par les forces russes dans les oblasts de Donetsk et de Louhansk.
En , le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), n'a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante ces rapports qu'elle juge « incroyablement préoccupants ».
Le , Vladimir Poutine signe un décret visant à faciliter et accélérer l'adoption des enfants ukrainiens réputés orphelins en une seule journée, permettant également de changer l'état civil (noms, prénoms, date et lieu de naissance) des enfants adoptés en Russie.
Déroulement Selon un rapport du Centre Raoul Wallenberg pour les droits de la personne (RWCHR) à Montréal et du à Washington publié en , il existe des que la Russie viole deux articles de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, parmi lesquels le transfert forcé d'enfants ukrainiens vers la Russie, en soi un acte génocidaire.
Le , Vladimir Poutine signe un décret qui facilite le processus d'attribution de la nationalité russe aux orphelins ukrainiens ou à ceux qui n'ont pas de protection parentale.
Le , les deux tiers des d'enfants ukrainiens ont été déplacés selon l'Organisation des Nations unies (ONU), en raison du conflit. La commissaire ukrainienne aux droits de l'homme, Lyudmila Denysova, et l'ambassadeur de l'ONU Sergiy Kyslytsya, déclarent à l'époque que plus de ont été expulsés vers la Russie. Au , plus de ukrainiens auraient été expulsés vers le territoire russe.
L'Ukraine soulève la question lors d'une réunion de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) début juin, lors de laquelle le chef de la mission ukrainienne Yevhenii Tsymbaliuk cite le message d'un enfant ukrainien adopté de force, malgré des relations existantes avec des proches en vie.
Selon l'Ukrayinska Pravda, la Russie a emmené de Marioupol à Rostov pour leur y attribuer la nationalité russe, sous la supervision de Maria Lvova-Belova. Le journal signale également que les autorités russes ont recherché et recueilli des enfants orphelins, pour les emmener vers une destination inconnue.
Foyer de Kherson : 48 enfants de moins de cinq ans d'un foyer d'accueil de Kherson sont cachés pendant deux mois dans le sous-sol d'une église avant d'être trouvés par des soldats russes dirigés par Igor Kastioukevitch. Ils sont d'abord ramenés dans le foyer, où est filmée une visite officielle d'Anna Kouznetsova, avant de disparaître.
Différentes manières d'enlever les mineurs Les enfants sont généralement enlevés de plusieurs manières : enlevés après l'assassinat ou l'arrestation d'un parent, ou lors d'un passage dans des « camps de filtration », ou selon une « méthode insidieuse », comme un refus de les rendre à l'issue d'un camp de vacances. Ils sont alors gardés le plus souvent dans des camps dits de rééducation, où ils doivent retirer toute marque d'appartenance ukrainienne (comme un bracelet bleu et jaune), subissent la propagande russe dans un effort de russification (chanter chaque jour l'hymne russe, suivre de nouveaux programmes scolaires, endoctrinement...), ou des familles d'accueil. Ils sont ensuite déclarés orphelins, leur état civil est ensuite modifié (changement de nationalité, de nom et de date de naissance), afin qu'ils puissent être adoptés en Russie, ce qui complexifie le processus pour tenter de les retrouver. Les enfants qui vivaient en orphelinat, étaient en foyer d'accueil ou à l'hôpital pour enfants au moment où les forces russes envahissent la ville où ils se trouvent, sont également systématiquement enlevés et portés disparus.
Enquêtes Début septembre, l'Organisation des Nations unies (ONU) juge crédibles les accusations contre la Russie d'organiser « des transferts forcés d'enfants non accompagnés vers le territoire occupé par la Russie ou vers la fédération de Russie elle-même »..
En , des journalistes de médias indépendants russes concluent que 14 enfants de moins de 5 ans originaires de Kherson ont été déportés dans un centre connu pour sa maltraitance en Crimée, qualifié de « camp de concentration pour enfants », dont l'objectif officiel est de « favoriser le patriotisme (russe) et le sens civique » chez les enfants..
En , l'université Yale publie une étude dont le rapport est intitulé « Programme systématique de la Russie pour la rééducation et l'adoption des enfants ukrainiens », et qui établit « l'échelle, la chaîne de commandement, la complexité logistique et soigneusement orchestrée », notant l'existence d'au moins 43 camps où sont enfermés au moins ukrainiens. Les enfants sont soumis à de la propagande russe de « rééducation ». Certains, « prétendument orphelins » ont été adoptés par contrainte....
Au , selon le National Information Bureau (organisme gouvernemental ukrainien qui enregistre les prisonniers de guerre et civils disparus), auraient été déportés depuis les territoires occupés d'Ukraine vers la Russie..
En , la Biélorussie est également reconnue comme participante du transfert illégal d'enfants ukrainiens, ayant reçu jusqu'à de 6 à 15 ans selon Pavel Latouchka, opposant au régime d'Alexandre Loukachenko à partir de documents transmis le à la Cour pénale internationale. La Croix-Rouge biélorusse revendique également sa participation à ces déplacements. Le chef de l'organisation a été aperçu et fait des déclarations sur ces transferts depuis les territoires occupés ukrainiens..
En un rapportRaymond, Nathaniel A., Oona A. Hathaway, et Caitlin N. Howarth et al., “Russia's Systematic Program of Coerced Adoption and Fostering of Ukraine's Children.”, 3 December 2024. Humanitarian Research Lab at Yale School of Public Health: New Haven. de l'Observatoire des conflitsConflict Observatory. de l'université Yale citent 314 enfants emmenés dans 21 régions de la Fédération de Russie ; ils provenaient surtout des oblasts de Donetsk et Luhansk. Au moins 122 des 314 enfants (38,9 %) ont été enlevés dans des institutions situées dans ces oblasts, dont 86 enfants pris dans deux institutions éducatives de l'oblast de Donetsk avant 2022, sauf un enfant emmené de Marioupol. Dans les trois principales bases de données russes sur l'adoption, ils sont présentés comme s'ils étaient nés en Russie. Des changements de profil et des suppressions de contenu ont eu lieu dans ces bases de données après que la Cour pénale internationale (CPI) a lancé des mandats d'arrêt contre Vladimir Poutine et Maria Lvova-Belova en . Selon ce rapport, la Russie utilise des psychologues pour présenter ces déportations comme étant médicalement nécessaires et pour assortir les enfants avec des citoyens russes pour un placement éventuel, après un passage dans des centres d'hébergement temporaire ou des écoles dans les oblasts de Koursk et de Rostov dans les cas de ces enfants.
Utiliser des professionnels de santé pour légitimer les abus des droits de l'homme est bien documenté, en Russie et dans d'autres pays précisent les auteurs. Selon Guillaume Levrier, chercheur associé à Sciences Po, début 2025 :
Un reportage d'Arte suit le travail d'enquête de bénévoles de Kherson avec deux documentaires Ukraine - Les enfants volés., et En Ukraine, le retour des enfants déportés en Russie diffusés en 2024.
Des journalistes d'investigation russes aident des associations ukrainiennes à identifier des enfants, ainsi qu'à déterminer le rôle de personnes russes impliquées dans la déportation d'enfants, dont Inna Verlamova, femme de Sergueï Mironov, ce qui permet de découvrir que l'enfant adoptée par le couple est une petite fille enlevée en Ukraine.
Efforts de rapatriement Très rarement, des parents, de manière isolée, par exemple après avoir été détenus par les occupants russes, ne retrouvant plus leurs enfants à leur retour, réussissent à retrouver la trace de leurs enfants et parfois même à les ramener avec eux, depuis la Russie où les territoires occupés.
Le plus souvent, ce sont des ONG internationales ukrainiennes et internationales qui travaillent à l'identification et la localisation des enfants. L'ONG Save Ukraine, organise dès que possible le voyage de parents vers les territoires occupés avec les papiers prouvant l'identité et les liens familiaux de l'enfant, afin qu'il ne puisse pas être déclaré orphelin, que son identité (nom et date de naissance) ne soit modifiée lors de l'attribution de la nationalité. En , après un voyage en bus passant par la Pologne, la Biélorussie et la Russie, plusieurs mères originaires de Kherson arrivent jusqu'en Crimée, et reviennent avec leurs 17 enfants, enlevés à l'occasion d'une colonie de vacances à l'automne 2022, jusqu'en Ukraine. Les autorités russes tentent d'intimider les proches souhaitant récupérer des enfants retrouvés, avec des interrogatoires à la frontière, l'obligation de fournir de nombreux papiers, de se rendre en personne dans les territoires russes ou occupés, la peur d'être arrêtés à leur tour. Des vidéos de propagande de la télévision russe vantant l'accueil d'enfants ukrainiens par des familles russes permet également l'identification d'enfants par leurs proches.