Henri de La Tour d'Auvergne, dit Turenne, né le au château de Sedan (Ardennes) et mort le près de Sasbach (Principauté épiscopale de Strasbourg, Saint-Empire romain germanique), est un gentilhomme et célèbre militaire français passé à la postérité sous le nom que lui donne son titre de courtoisie de vicomte de Turenne.
Maréchal de France en 1643 et maréchal général des camps et armées du roi en 1660, il est l'un des meilleurs généraux de Louis XIII puis de Louis XIV. Figure populaire, stratège de grand talent, gloire militaire du Grand Siècle avec son rival Condé, il reste un maître incontesté de l'art de la guerre. De son vivant, il fut considérablement admiré par ses soldats et les grands maréchaux de l'Europe ; lorsqu'il apprend la mort de Turenne à la bataille de Salzbach, Montecuccoli s'exclame : « Aujourd'hui est mort un homme qui faisait honneur à l'Homme. » Napoléon, qui admirait le génie militaire de Turenne, a affirmé à son sujet : « De tous les généraux qui m'ont précédé, et peut-être qui me suivront, le plus grand de tous est Turenne »B. E. O’Meara, Napoléon en exil à Sainte-Hélène. Relation contenant les opinions et réflexions de Napoléon sur les évènemens les plus importans de sa vie, Bruxelles, 1822 ( éd.), t. II, p. 182..
Famille gauche|vignette|198x198px|Portrait posthume de Turenne. Issu de l'illustre Maison de La Tour d'Auvergne dont descend la reine de France Catherine de Médicis, il est le fils cadet d’Henri de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon et prince souverain de Sedan, vicomte de Turenne, premier gentilhomme de la chambre d'Henri IV, maréchal de France en 1592. Par sa mère, Élisabeth de Nassau, il est le petit-fils de Guillaume , prince d'Orange et stathouder de Hollande, Zélande et Frise. Son frère aîné qui relèvera les titres de leur père est Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne (1605-1652), longtemps l'âme de la Fronde.
Élevé dans la religion réformée, il se convertit au catholicisme en 1668 sous l'influence de Bossuet. Il accède aux plus hautes dignités : prince étranger en 1651, maréchal de France en 1643 puis maréchal général en 1660.
Turenne épouse le Charlotte de Caumont La Force, fille d'Armand Nompar de Caumont, au château de La Boulaie, à Auteuil (Normandie). Elle mourut en 1666. Ils n'eurent pas d'enfants.
Guerre de Trente Ans
Cadet d'une famille souveraine, il est destiné à la carrière des armes. Pendant la guerre de Trente Ans, par commission du , le jeune vicomte lève à l'âge de 14 ans un régiment d'infanterie qui porte son nomHenri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, Chronologie historique-militaire, pages 32 et suivantes..
La même année, il fait ses premières armes dans l'armée hollandaise en tant que simple soldat, sous les ordres de son oncle, le stathouder Frédéric-Henri d'Orange-Nassau, qui lui offre un commandement en 1626. Le régiment qu'il avait créé en France est licencié en . En 1627 et 1628, il participe aux sièges de Klundert, de Willemstad et dans la plupart des expéditions contre Spinola. Il s'illustre notamment dans l'armée hollandaise, aux côtés de Frédéric-Henri d'Orange-Nassau, au siège de Bois-le-Duc en 1629, contre les Espagnols.
Cependant, il choisit l'année suivante de passer au service, plus prestigieux, de la France et son régiment d'infanterie est rétabli, le , sous le nom de régiment d'Eu.
Richelieu le nomme colonel et il participe au siège de La Mothe en 1634, où ses états de service lui valent une promotion au grade de maréchal de camp le . Après avoir participé à diverses campagnes en Lorraine, sur le Rhin et dans les Flandres, il s'empare notamment de Saverne en 1636, où il manque de perdre un brasHistoire de Turenne par Just Jean Étienne Roy, page 6., et de Landrecies en 1637. Il dirige l'assaut sur la puissante forteresse de Vieux-Brisach en 1638 et obtient sa capitulation le Histoire de Turenne par Just Jean Étienne Roy, page 22.Dictionnaire des sièges et batailles, Tome 1, pages 443–444.. gauche|vignette|Turenne maréchal de France. Sa réputation allant croissant, il sert en Italie de 1639 à 1641 sous le commandement d'Henri de Lorraine-Harcourt et s'y illustre à plusieurs reprises, puis participe, comme commandant en second, à la conquête du Roussillon en 1642. Il est nommé lieutenant général des armées du roi le , mais Louis XIII disparaît le , et c'est Anne d'Autriche, régente de France, qui le fait maréchal de France, le . Turenne n'a alors que Histoire de Turenne par Just Jean Étienne Roy, page 38.. Il est envoyé en Alsace où les armées françaises sont en position délicate. Empruntant sur ses deniersHistoire de Turenne par Just Jean Étienne Roy, page 40., il réorganise l'armée et traverse le Rhin au mois de juin 1644 avant d'opérer sa jonction avec les forces de Condé, qui prend le commandement. Il participe aux sièges de Mayence et de Philippsburg et aux batailles de Fribourg (1644) et Nördlingen (1645) aux côtés de Condé.. Celui-ci reparti, il mène ensuite avec ses alliés suédois une campagne décisive qui se termine par la victoire de Zusmarshausen le et son armée dévaste la Bavière. Les traités de Westphalie sont signés peu après et mettent fin à la guerre de Trente Ans.
Guerres de Louis XIV gauche|vignette|250x250px|Turenne à la bataille des Dunes. Un temps passé du côté des Frondeurs, il échappe à l'arrestation dont sont victimes d'autres princes (dont Condé) et cherche l'aide des Espagnols. Il connaît à cette occasion un revers en étant vaincu lors de la bataille de Rethel le . Après la libération des princes, il se réconcilie avec Mazarin et obtient le commandement des armées royales lorsque Condé se révolte à nouveau. Après l'indécise bataille de Bléneau le , il bat l'armée espagnole commandée par Condé à la bataille du faubourg Saint-Antoine le et réoccupe Paris le , obtenant définitivement le pardon de Louis XIV. Poursuivant la lutte contre Condé et les Espagnols, il les bat à Arras le mais il est, à son tour, sévèrement battu à la bataille de Valenciennes le . Il remporte néanmoins la décisive victoire des Dunes, près de Dunkerque, le , et le traité des Pyrénées signé l'année suivante met fin à la guerre franco-espagnole.
Nommé maréchal général des camps et armées du roi le , il dirige, durant la guerre de Dévolution, l'armée française qui envahit la Flandre et s'empare de plusieurs villes.
Selon les mémoires du Marquis de La Fare, proche de Turenne, celui-ci aurait été mêlé, en 1670, à une intrigue de cour liée à la préparation de la guerre contre les Provinces-Unies et aux négociations préalables au traité de Douvres. Le mémorialiste affirme que Turenne, alors dépositaire de projets confidentiels de Louis XIV, aurait imprudemment laissé filtrer certaines informations en raison d’un attachement pour une dame de l’entourage de Madame, duchesse d’Orléans. Selon ce témoignage, cette indiscrétion aurait contribué à révéler des négociations tenues secrètes au sein de la cour, notamment auprès de Monsieur, frère du roi, par l'entremise du Chevalier de Lorraine, suscitant l’embarras de Turenne. vignette|268x268px|La marche de Turenne dans les Vosges à l'hiver 1674-1675. En 1672, il est nommé capitaine général par Louis XIV. Durant la guerre de Hollande, battu par les Impériaux de Raimondo Montecuccoli, il est obligé de repasser le Rhin en 1673. Il prend sa revanche le , à la bataille de Sinsheim, où il empêche la jonction des deux armées ennemies. Un mois plus tard, il ordonne le ravage du Palatinat. Il vainc à nouveau les Impériaux en Alsace à la bataille d'Entzheim en , mais devant la disproportion des forces, il se replie sur Saverne et Haguenau, laissant les Allemands prendre leurs quartiers d'hiver en Alsace.
En plein hiver il fond sur Belfort le , entre dans Mulhouse le 29. Les Impériaux sont basés à Turckheim, dans une vallée des Vosges (côté alsacien). Sa tactique consiste à surprendre l'ennemi en attaquant par la montagne. Il monte au-dessus de la ville de Thann, passe à côté du château de l'Engelburg (qui n'a pas encore été détruit par Louis XIV), et établit son camp à l'endroit encore dénommé aujourd'hui « camp Turenne ». Puis son armée longe la crête et, arrivée au-dessus du camp adverse le , déboule dans la vallée et prend l'adversaire par surprise qui est mis en fuite.
thumb|upright|Document relatant la création de la médaille, datée 1675, relatant la défaite de l'armée allemande par les troupes de Turenne, extrait de Médailles sur les principaux évènements du règne entier de Louis le Grand, avec des explications historiques par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1723.|gauche
Les Impériaux sont contraints de battre en retraite et de repasser le Rhin. Louis XIV donne de nouveau à Turenne le commandement de la campagne de 1675, où il se trouve de nouveau face à Montecuccoli. Pendant deux mois, tous deux déploient leurs dons de manœuvriers. Lors de la bataille de Salzbach, enfin Turenne est sur le point d’amener son adversaire sur les positions qu’il juge souhaitables pour une bataille décisive, lorsqu'il est tué par un boulet de canon le . Raimondo Montecuccoli se serait alors écrié : . Selon les mémorialistes du temps, la France entière le pleure, et le peuple rassemblé sur les routes honore « le bon Monsieur de Turenne » lors du passage du convoi funèbre vers Paris.. Son oraison funèbre fut prononcée par Fléchier en l'église Saint-EustacheAbbé Duplessy, Paris religieux, Guide artistique, historique et pratique, A. Roger et F. Chernoviz Éditeurs, Paris, 1900, ..
Postérité Louis XIV accorde à Turenne l'honneur posthume d'être enseveli à la basilique Saint-Denis, avec les rois de France. Pendant la Révolution française, le samedi , son tombeau fut ouvert par des ouvriers ayant reçu les ordres d'exhumation des corps des rois et reines, des princes et princesses et des hommes célèbres. Le corps de Turenne fut trouvé dans un très bon état de conservation. Il fut exposé à la foule puis remis à un gardien de la basilique qui l'exposa plusieurs mois et, comme pour beaucoup de corps lors de la profanation des tombes de la basilique Saint-Denis, n'hésita pas à vendre ses dents au détail. Puis il fut transféré au Jardin des plantes de Paris et le 22 messidor de l'an VII (mercredi ) son corps fut transporté dans le musée des monuments français où un tombeau lui était destiné. Le cinquième jour complémentaire de l'an VIII (), Napoléon Bonaparte fit transférer sa dépouille à l'église Saint-Louis des Invalides, nécropole des gloires militaires de la FranceJoseph Fr. Michaud, Jean Joseph François Poujoulat, Nouvelle collection des mémoires pour servir à l'histoire de France, 1838, 315 à 317.. Son cœur embaumé fut conservé longtemps dans un coffret de plomb, au château de Saint-Paulet.. Le boulet ayant tué Turenne est exposé au musée de l'Armée à Paris. Napoléon disait son admiration pour le génie militaire de Turenne, et affirmait qu'en toutes circonstances il aurait pris les mêmes décisions que lui. Un timbre postal à l'effigie de Turenne a été émis le . Le nom de Turenne a été donné à un cuirassé de croisière, 850 cv - 12 canons - portant pavillon de l'amiral Henri Rieunier dans l'escadre d'Amédée Courbet (lui étant à bord du Bayard, cuirassé de croisière, frère du Turenne). Les Dragons de Noailles, chant militaire français, mentionne Turenne en évoquant le ravage du Palatinat et le passage du Rhin gelé. La chanson M'sieur de Turenne mentionne également le nom du maréchal. La société d'histoire et d'archéologie de Sedan a organisé, les 17 et , un colloque européen pour célébrer le anniversaire de sa naissance. Le nom de ce personnage historique a été utilisé pour nommer la de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (1973–1975). Le lycée français de Fribourg-en-Brisgau, qui relevait de la Direction de l'enseignement français en Allemagne, portait le nom de . un collège de Sedan est dénommé .