Dans la religion grecque antique, Perséphone (en grec ancien , chez Homère et Pamphos d'Athènes ) est l'une des principales divinités chthoniennes, reine du monde souterrain (les Enfers), elle est également associée au retour de la végétation lors du printemps dans la mesure où, chaque année, elle passe huit mois sur Terre puis quatreSelon certains auteurs tardifs, dont Ovide et Hyginus, c'est six mois et six mois. (l'hiver, sans végétation) dans le royaume souterrain avec son époux Hadès. Elle est la fille de Déméter et de Zeus et a pour époux Hadès. Son mythe principal détaille son enlèvement par celui-ci, la quête entreprise par sa mère Déméter pour la retrouver et son retour périodique au printemps, figure ainsi le cycle annuel. Il était enseigné à tous les Grecs lors des cérémonies liées aux mystères d'Éleusis.
Elle est d'abord connue sous le simple nom de Coré (, .), ou encore , par opposition à Déméter, ().
Perséphone est assimilée à Proserpine (en latin Proserpina) dans la mythologie romaine et possède comme domaine les fameux Champs Élysées.
Étymologie est son nom dans le grec ionien de la littérature épique. La forme homérique de son nom est . Dans d'autres dialectes, elle était connue sous des noms différents : ou (« batteuse de grain ») ou « fille, jeune fille, jeune vierge ») H.G. Liddell and R. Scott, A Greek-English Lexicon.
Platon la nomme dans son Cratyle, « parce qu'elle est sage et touche ce qui est en mouvement ». Il existe aussi les formes et . L'existence de tant de formes différentes suggère qu'il était difficile pour les Grecs de prononcer le mot dans leur propre langue et suggère que le nom peut avoir une origine pré-grecque Martin P. Nilsson, Die Geschichte der Griechische Religion, , C.F. Beck Verlag, 1967, p. 474..
On pense que le nom de la déesse albanaise de l'aube, déesse de l'amour et protectrice des femmes, Premtë ou P(ë)rende, correspond régulièrement à son homologue grec ancien Περσεφάττα (Persephatta), une variante de Περσεφόνη (Perséphone). Les théonymes remontent à l'indo-européen *pers-é-bʰ(h₂)n̥t-ih₂ « celle qui fait passer la lumière ».
Mythe Enlèvement de Perséphone
vignette|Perséphone chez Hadès, médaillon d'un kylix attique, vers 440-430 av. J.-C., British Museum.
Perséphone est une des principales divinités chthoniennes des Grecs. Son histoire est contée notamment dans l’Hymne homérique à Déméter. Perséphone est une très belle femme, et sa mère Déméter l'élève en secret en Sicile, son île favorite, où la jeune fille est en sécurité. Dans les bois d'Enna (ou dans les bois de Mysa selon certains), Perséphone se divertit en compagnie de nymphes, des Océanides. Un jour, alors qu'elles sont occupées à cueillir des fleurs, Perséphone s'écarte du groupe, pour cueillir un narcisse. Là, elle est remarquée par Hadès, son oncle, qui souhaite en faire sa reine. Il enlève la jeune fille qui d'un cri alerte sa mère mais celle-ci arrive trop tard. La scène se serait déroulée près du lac de Pergusa, en Sicile. Personne n'ayant rien vu, Déméter partira à la recherche de sa fille unique pendant neuf jours et neuf nuits avant de déclarer : . Hélios, le Soleil, décidera alors de révéler à Déméter qu'Hadès a enlevé sa fille. La déesse ira jusqu'aux Enfers afin d'aller la chercher, mais Hadès refusera de la rendre. L'affaire est portée devant Zeus.
Zeus n'est pas capable de prendre une décision car il ne veut froisser ni Déméter, ni Hadès. Zeus pense que Perséphone doit rester aux Enfers. Cependant il décide de faire un compromis. La jeune fille passera six mois (les périodes automnale et hivernale) aux côtés de son époux en tant que reine des Enfers. Les six autres mois de l'année, elle retournera sur Terre et dans l'Olympe en tant que Coré, pour redonner la joie à sa mère, ce qui provoque le printemps et l'été. Déméter, elle, souhaitait profiter de sa fille plus que six mois par an. Elle prit donc comme argument que Perséphone était sa fille et aurait voulu que celle-ci restât huit mois sur terre et quatre mois aux Enfers. Zeus et Hadès acceptèrent.
Perséphone semble avoir accepté son rôle de reine des Morts, puisque dans les légendes, elle agit toujours en accord avec son époux. Elle se montre même dure et inflexible. Toutefois, certains auteurs ne la reconnaissent pas comme la fille de Déméter, mais comme celle du Styx, et selon eux, Perséphone est depuis toujours la déesse des Enfers, , 13..
, ouvrage faussement attribué à Aristote, 82, lire en ligne le texte grec, ainsi que sa traduction en anglais., raconte la légende d'une grotte par laquelle Hadès serait parvenu jusqu'à Perséphone :
Autres mythes Perséphone intervient peu dans les légendes (voir cependant Orphée, Adonis et Pirithoos).
D'après Apollodore, au cours de sa descente aux Enfers pour accomplir le douzième de ses Travaux, Héraclès, qui souhaite sacrifier aux morts l'une des vaches du troupeau d'Hadès, combat à la lutte leur gardien Ménétès, fils de ., qui tentait de l'en empêcher. Il le tient si fortement par la taille qu'il lui brise les côtes, Ménétès ne devant son salut qu'à l'intervention de Perséphone, grâce à qui Héraclès le laisse aller (, 5, 12)..
Épithètes
En tant que déesse des enfers, Perséphone a reçu des noms amicaux par euphémismeErwin Rohde, Psyche. Seelenkult und Unsterblichkeitsglaube der Griechen, Wissenschaftliche Buchgesellshaft. Darmstad, 1961, pp. 206–210. Cependant, il est possible que certains d’entre eux soient les noms de déesses originelles :
Despoina (dems-potnia) « la maîtresse » (littéralement « la maîtresse de maison ») en Arcadie. Hagne, « pure », à l'origine déesse des sources en MessénieMartin P. Nilsson, ibid., 1967, , pp. 478–480. Melindia ou Melinoia (meli, « miel »), en tant qu'épouse d'Hadès, à Hermione. Aristi chthonia, « la meilleure chthonienne ». Praxidike, l'hymne orphique à Perséphone identifie Praxidike comme une épithète de Perséphone : « Praxidike, reine souterraine. La source [mère] des Euménides, blonde, dont le corps provient des graines ineffables et secrètes de ZeusHymne orphique 29 à Perséphone.
En tant que déesse de la végétation, elle était appeléeMartin P. Nilsson, ibid., 1967, , pp. 463–466 :
Koré, « la jeune fille ». Kore Soteira, « la jeune fille sauveuse », à Mégalopolis. Neotera, « le plus jeune », à Eleusis. Koré de Déméter Hagne dans l'hymne homérique.
Ensemble, Déméter et sa fille Perséphone étaient généralement appelées :
Les « déesses », souvent distinguées comme « la plus âgée » et « la plus jeune » à Eleusis. « Déméters » à Rhodes et à Sparte Les thesmophoroi, « les législatrices » lors des Thesmophories. Les Grandes Déesses, en Arcadie. Les maîtresses d'Arcadie. Karpophoroi, « les porteuses de fruits », à Tégée en Arcadie.
Culte vignette|400px|Enlèvement de Perséphone par Hadès, fresque de la tombe de Vergina, Grèce, 340 av. J.-C. Perséphone occupe une place importante dans les cultes de nombreuses villes, en particulier ceux d'Éleusis, de Thèbes et de Mégare, ainsi qu'en Calabre, en Sicile et en Arcadie. Le culte éleusinien (culte à mystères) ainsi que le culte des thesmophories (fêtes en l'honneur de la déesse Déméter). sont les deux axes du culte de la déesse Coré Perséphone en Attique. Perséphone, associée à Déméter, est vénérée tout particulièrement dans le cadre de fêtes féminines promouvant la fertilité de la terre ainsi que la fécondité des femmes. L'image de la déesse Perséphone dans les cultes, n'est donc pas effrayante, puisque c'est sous cet aspect de Coré qu'elle est honorée et non en tant que souveraine des morts.Le mythe de Perséphone est également célébré aux mystères de Samothrace où celle-ci est identifiée à la déesse Axiokersa, ainsi qu'à Pella en relation avec des mystères dionysiaquesM. W. Dickie, «The Dionysiac mysteries in Pella», ZPE 109 (1995), p. 81-86..
En Calabre, en particulier, Perséphone jouait un rôle prédominant, avec son célèbre sanctuaire de la Mannella situé sur la partie collinaire de la ville de Locres. La position hors les murs était propice à un culte, qui était réservé aux femmes et lié à l'initiation des jeunes filles, lors du passage à l'âge adulte.
L’importance régionale de la Perséphone de Locres a contribué à la représentation de la déesse en Grande-Grèce. Des représentations mythiques et cultuelles sur les tablettes en terre cuite (pinakes., conservés au Musée national de la Grande-Grèce, à Reggio de Calabre) dédiées à cette déesse révèlent non seulement une « reine chtonienne », mais aussi une divinité concernée par les sphères du mariage et de la naissance..
Les pinakes de Locres constituent depuis bientôt un siècle le socle emblématique de l'imagerie de la Grande Grèce..
Interprétations du mythe vignette|La triade éleusinienne : Déméter, Perséphone et Triptolème, relief votif, v. 440-430 av. J.-C., musée national archéologique d'Athènes. L'enlèvement de Perséphone est un mythe étiologique expliquant le changement des saisons. Perséphone ayant consommé des pépins de grenade dans le monde souterrain, elle est forcée d'y passer quatre mois, ou dans d'autres versions six mois pour six graines Walter Burkert, Greek Religion, Harvard University Press, 1985, p.160 T. Gantz, Early Greek Myth: A guide to literary and artistic sources, Johns Hopkins University Press, p.65 et suiv.. Le désespoir de Déméter de perdre sa fille provoque le flétrissement de la végétation et de la flore, se traduisant par les saisons d'automne et d'hiver. Lorsque le séjour de Perséphone aux enfers s'achève et qu'elle retrouve sa mère, la joie de Déméter fait fleurir la végétation de la terre, provoquant ainsi le printemps et l'été. Cela explique également pourquoi Perséphone est associée au Printemps : sa réémergence des enfers signifie l'arrivée du Printemps. Par conséquent, le récit du ravissement de Perséphone, de sa recherche par Déméter et de son retour à la surface terrestre illustrent le cycle saisonnier de la végétation et de la culture des céréales comprenant également la mort et la régénération de la vie Martin Nilsson, Die Geschichte der Griechischen Religion, . Revised ed. Muenchen, DE: C.F Beck Verlag., 1967, pp. 473–474.
Divinité infernale, Perséphone est donc à l'origine une déesse de l'agriculture tout comme sa mère, Déméter. Chez les Grecs, la fertilité du sol est étroitement liée à la mort, et les grains de semence sont conservés dans l'obscurité pendant les mois d'été, avant les semailles de l'automne. Ce retour de la vie après l'ensevelissement est symbolisé par le mythe de Perséphone autrefois enlevée, puis restituée grâce aux rites des mystères d'Éleusis se caractérisant comme des cultes à mystères dont on ignore le contenu..
Interprétations psychologiques et philosophiques Une interprétation psychologique et morale du mythe a été donnée par le psychothérapeute Paul Diel : , écrit-ilPaul Diel, Le symbolisme dans la mythologie grecque, Petite Bibliothèque Payot, 1966, et La divinité, Petite Bibliothèque Payot, 1971, .. C'est-à-dire, qu'en langage mythique, la région souterraine, dont Hadès est le souverain, est toujours le symbole du subconscient : c'est-à-dire dans l’ambiguïté, l'obscurité. Dans sa portée métaphysique, inhérente au mythe avec le mystère de la mort (le grain enseveli meurt), le mythe du retour sur terre de la déesse offre aussi aux fidèles une promesse formelle de leur propre résurrection. Or, cette signification métaphysique est, selon Diel, inséparable de la signification morale, dans la mesure où Hadès, frère de Zeus, est le juge des morts : un jugement des morts n'aurait aucun sens si la vie humaine se résumait uniquement à se nourrir de pain terrestre ; il en prend un au contraire si la vie humaine consiste à Paul Diel, La divinité, Petite Bibliothèque Payot, 1971, 97..