Les élections législatives bulgares de 2022 (en ) se tiennent le afin d'élire les de la de l'Assemblée nationale pour un mandat de quatre ans.

Prévues pour au plus tard, les élections ont lieu de manière anticipée en raison de la chute du gouvernement Petkov le . C'est la quatrième fois en deux ans que les électeurs bulgares se rendent aux urnes, du fait d'une scène politique à la fois polarisée autour du parti Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB) de Boïko Borissov et fragmentée entre formations aux vues politiques différentes. La coalition finalement formée après trois élections successives par Kiril Petkov, codirigeant de Nous continuons le changement, s'effondre à son tour avec le retrait du parti Il y a un tel peuple (ITN) de Slavi Trifonov, qui vote une motion de censure avec l'opposition.

Marquées par une faible participation, les élections voient le GERB arriver en tête devant le PP, tandis qu'ITN s'effondre et perd toute représentation à l'Assemblée nationale. Le parti d'extrème droite Renaissance et le nouveau parti russophile Réveil bulgare effectuent tous deux une percée. Si l'arrivée en tête du GERB permet à Boïko Borissov de se voir confier en premier la tâche de former un gouvernement de coalition, l'Assemblée se révèle à nouveau fragmentée et polarisée, augurant d'une difficile formation du gouvernement.

Les négociations s'étalent jusqu'en janvier 2023, et finissent par échouer, ouvrant la voie à la tenue de nouvelles élections début avril.

Contexte Crise politique et législatives de novembre 2021 vignette|gauche|redresse|Kiril Petkov

Les précédentes élections, en , mettent fin à plusieurs mois de blocage politique, le pays ayant été confronté tout au long de l'année 2021 aux conséquences politiques des manifestations anti-corruption de grande ampleur à l'encontre du gouvernement de Boïko Borissov. Ces évènements polarisent fortement la scène politique bulgare, aucune des différentes formations, pour la plupart réparties entre alliées et opposantes à Borissov, ne parvenant initialement à s'entendre pour former une coalition. Là où les élections d'avril et de juillet avaient toutes deux conduit à l'échec de la formation d'un gouvernement, celles de novembre aboutissent finalement à la formation en moins d'un mois du gouvernement Petkov.

Créée peu avant le scrutin de novembre, la coalition Nous continuons le changement (PP) devient la première force politique bulgare, profitant des reports de voix dus à l'effondrement d'Il y a un tel peuple (ITN), jugé responsable de l'échec des négociations de juillet.... Menée par les anciens ministres Kiril Petkov et Assen Vassilev, la coalition provoque la surprise en arrivant en tête avec un peu plus d'un quart des suffrages pour sa première participation à des élections. Hormis le Mouvement des droits et des libertés (DPS) de la minorité turque et le parti nationaliste Renaissance, qui fait son entrée à l'Assemblée, l'ensemble des autres partis subissent un recul, notamment Bulgarie démocratique (DB) et le Parti socialiste bulgare (BSPzB) ainsi que Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB), au pouvoir depuis 2014. La coalition Debout.BG ! Nous arrivons ! (IBG-NI) perd quant à elle toute représentation parlementaire....

La formation arrivée en tête bénéficiant de la première tentative de formation d'un gouvernement, Petkov entame rapidement des négociations qui donnent lieu, après plusieurs semaines, à la constitution d'un gouvernement de coalition réunissant Nous continuons le changement, le Parti socialiste bulgare, Il y a un tel peuple et Bulgarie démocratique... Fort du soutien de ces quatre formations qui réunissent ensemble la majorité absolue à l'Assemblée, ainsi que de celui du président de la République, Roumen Radev, largement réélu au second tour de l'élection présidentielle de novembre, Kiril Petkov forme son gouvernement et prend ses fonctions le , après avoir reçu la confiance de l'Assemblée par 134 voix pour et 10 contre...

Chute du gouvernement Petkov La coalition gouvernementale s'avère finalement de courte durée. À la suite d'une rencontre entre Kiril Petkov et le dirigeant d'ITN, Slavi Trifonov, sur des questions budgétaires, ce dernier met en cause le Premier ministre sur la répartition des fonds du budget de l'État ainsi que sur l'annonce de la levée du veto bulgare à l'adhésion de la Macédoine du Nord à l'Union européenne. Le , Trifonov annonce en conséquence le départ d'ITN du gouvernement, accusant le Premier ministre de manquer à sa parole. De son côté, Kiril Petkov assure être prêt à diriger un gouvernement minoritaire et reproche à ITN d'avoir cherché à obtenir près de deux millions d'euros supplémentaires pour le ministère du Développement régional, une somme qui aurait, selon Petkov, été versée à des entreprises poursuivies pour corruption..

Le départ d'ITN dans l'opposition conduit à la perte par le gouvernement de sa majorité à l'Assemblée. Sur proposition du parti GERB, une motion de censure est mise au vote le , et adoptée le même jour par 123 voix pour et 116 contre. Ainsi renversé, Kiril Petkov peut de nouveau proposer une équipe gouvernementale ; en cas d'échec, deux autres mandataires peuvent être désignés, après quoi le président de la République sera contraint de dissoudre l'Assemblée nationale..

La censure du gouvernement intervient quelques jours avant le Conseil européen du devant préparer un sommet avec les pays des Balkans dans le contexte de l'accession de l'Ukraine et de la Moldavie au statut de candidat à l'Union européenne le . Accélérées par l'invasion de l'Ukraine par la Russie, ces accessions provoquent des tensions chez les pays candidats des Balkans, dont les procédures sont en comparaison très ralenties depuis plusieurs années. La levée du véto bulgare sur la candidature de la Macédoine du Nord, qui devait y être officialisée sous condition d'un vote favorable du Parlement, se retrouve bloquée par la crise provoquée par ITN, qui se voit ainsi accusé d'avoir manœuvré avec les partis nationalistes et pro-russes pour faire échouer le sommet..

La politique de rapprochement avec Skopje menée par le Premier ministre fait cependant l'objet d'un retournement d'alliance inattendu, le gouvernement recevant finalement le soutien du GERB. Pro-européen bien que situé dans l'opposition, celui-ci avait pourtant été à l'origine du veto en 2020. Sous l'égide de la présidence tournante de l'Union européenne alors détenue par le président français Emmanuel Macron, un accord de compromis est en effet trouvé, dans lequel la Bulgarie reconnait que la Macédoine du Nord possède une culture propre, tandis que cette dernière doit modifier sa Constitution afin d'y inscrire explicitement l'existence d'une minorité bulgare sur son territoire.. Le vote sur la levée du veto bulgare organisé le est approuvé par 170 voix pour, 37 contre et 21 abstentions. Proposée par les partis PP et DB, la décision reçoit ainsi le soutien du GERB et du DPS, tandis que le BSPzB s'abstient et qu'ITN et Renaissance votent contre...

Le , Petkov remet sa démission.. Le , le président Roumen Radev charge Assen Vassilev, cofondateur de Nous continuons le changement, de former un gouvernement.. Préconisant un scrutin anticipé, celui-ci indique qu'il ne présentera pas de proposition de gouvernement, faute de pouvoir réunir une majorité parlementaire, et rend son mandat le . Comme préalablement annoncé, le GERB rend quant à lui son mandat dès qu'il lui est proposé, le .. Le troisième et dernier mandat est confié le au BSP, qui prend acte neuf jours plus tard de l'impossibilité de former un nouveau gouvernement, Slavi Trifonov ayant demandé aux députés d'ITN de ne pas participer aux négociations. Le refus de Trifonov intervient après la fuite d'un enregistrement d'une réunion interne de cadres du BSP au cours de laquelle ITN est traité de , provoquant l'indignation de son dirigeant... Devant ces trois échecs successifs, le président Radev nomme le un gouvernement apolitique mené par un ancien ministre du Travail, Galab Donev, chargé d'assurer l'intérim jusqu'aux élections anticipées, convoquées pour le ....

Système électoral vignette|Bâtiment de l'Assemblée à Sofia. L'Assemblée nationale (en ) est composée de pourvus pour quatre ans au scrutin proportionnel suivant la méthode du quotient de Hare dans 31 circonscriptions électorales de quatre à seize sièges. Les listes sont ouvertes, avec la possibilité pour les électeurs d'effectuer un vote préférentiel envers un candidat de la liste choisie afin de faire monter sa place dans celle-ci. Après décompte des suffrages, la répartition est faite entre les listes de candidats ayant atteint le seuil électoral de 4 % des suffrages exprimés au niveau national sur des partis. Les votes pour les candidats indépendants ainsi que ceux sont comptés comme des votes valides, mais n'entre pas en compte pour le calcul du seuil.Code électoral..

Le système bulgare prévoit un maximum de trois tentatives de formation d'un gouvernement à la suite des élections. Le président confie ainsi en premier lieu cette responsabilité au parti arrivé en tête, puis au deuxième et enfin à un parti de son choix. Si aucun ne parvient à former un gouvernement capable de recevoir le vote de confiance de l'Assemblée, le président nomme un gouvernement d'intérim et convoque de nouvelles élections anticipées dans les deux mois. Cette procédure est également utilisée en cas de chute du gouvernement en cours de législature, le Premier ministre sortant disposant de la première tentative...

Forces en présence Partis Idéologie Chef de file Résultats en 2021Nous continuons le changementProdaljavamé promianata (PP) CentreLutte contre la corruption, europhilieKiril Petkov / Assen Vassilev25,32 % des voix Citoyens pour le développement européen de la BulgarieGrajdani za evropeïsko razvitié na Balgaria (GERB) Centre droitConservatisme, démocratie chrétienne, europhilie Boïko Borissov 22,44 % des voix Union des forces démocratiquesSayouz na demokratitchnité sili (SDS) Centre droitConservatisme, démocratie chrétienne, national-conservatisme Mouvement des droits et des libertésDvijenié za prava i svobodi (DPS) CentreSocial-libéralisme, défense des Turcs de Bulgarie Mustafa Karadayi 12,83 % des voix BSP pour la BulgarieBSP za Balgaria (BSPzB) Centre gauche à gaucheSocial-démocratie, socialisme démocratique Korneliya Ninova 10,07 % des voix Il y a un tel peupleIma takav narod (ITN)Centre droitPopulisme, démocratie directe, lutte contre la corruptionSlavi Trifonov9,39 % des voix Bulgarie démocratiqueDemokratitchna Balgaria (DB)Centre droitLibéral-conservatisme, europhilie, écologie politiqueAtanas Atanassov / Hristo Ivanov6,28 % des voix RenaissanceVazrajdané (V)Extrême droiteNationalisme, euroscepticisme, opposition aux mesures sanitairesKostadin Kostadinov4,80 % des voix Réveil bulgareBalgarski vazkhod (BV)Attrape-toutNationalisme, conservatisme social, russophilieStefan YanevNouveau

Sondages

centré|vignette|1000x1000px|Diagramme des sondages depuis les dernières élections

La barre verticale est placée au 22 juin 2022, date de la chute du gouvernement Petkov.

Campagne La campagne est dominée par le clivage opposant la Russie et l'Occident. Nous continuons le changement et Bulgarie démocratique soutenant des positions fermement pro-occidentales et pro-ukrainiennes tandis que le BSP, Renaissance et Réveil bulgare se tournent plutôt du côté russe. Le GERB et le DPS sont de leur côté théoriquement pro-occidentaux mais ont été accusés de sympathies pro-russes. C'est cependant la question de la flambée des prix, notamment de l'énergie et de l'alimentation, à l'approche de l'hiver qui inquiète davantage les électeurs que les questions géostratégiques.