vignette|page=5|Mississippi Secession Convention (1861)
Les origines de la guerre de Sécession sont un ensemble complexe d'éléments historiques, sociaux et économiques qui ont conduit à un conflit de quatre ans entre le Nord et le Sud des États-Unis.
Les retombées économiques Des terres différentes Les États-Unis s'étendaient à l'origine sur deux régions climatiques radicalement différentes.
Le Nord Sur des latitudes comparables à celles de l'Europe moyenne et même méditerranéenne, le Nord-Est des États-Unis n'est pas réchauffé par un courant chaud comparable au Gulf Stream. Au contraire, il reçoit un courant froid venu du Groenland qui s'ajoute à la forte influence continentale pour produire des hivers froids et neigeux. L'été, chaud et pluvieux, permet par contre de bonnes récoltes.
En l'absence de sécheresse estivale, le débit fluvial reste important toute l'année, facteur économique important : le moulin à eau reste la première source d'énergie jusque vers 1870. En outre, le Nord est doté de richesses minières, surtout en charbon.
Le Sud 260px|thumb|Le Mississippi à Natchez, Mississippi. À partir de la Virginie, le climat devient plus chaud, voire subtropical dans les basses terres de Louisiane et de la Floride. Selon la conception de l'époque, cela prédispose à une agriculture de plantation, où le travail est fait par une main-d'œuvre d'origine africaine : tabac ou chanvre de la Virginie au Missouri, canne à sucre dans l'extrême sud, et surtout coton dans une dizaine d'États. C'est le Dixieland. Les fleuves, surtout l'immense Mississippi et ses affluents, et les voies ferrées, moins denses que dans le Nord, assurent l'exportation des récoltes.
Les marécages, alimentés par les crues des grands fleuves, servent parfois de refuge aux hors-la-loi, comme les Indiens Séminoles de Floride et les esclaves fugitifs. Pendant la guerre, la malaria et autres maladies endémiques décimeront les armées.
Cependant, à l'écart des voies de communication, les collines des Appalaches et des Ozarks sont peuplées de fermiers blancs, qui n'ont pas ou peu d'esclaves et se sentent délaissés par l'aristocratie des riches planteurs. Ils sont partagés entre le ressentiment envers les élites et la crainte d'être rabaissés au niveau des Noirs.
Le retard industriel du Sud Dans les années 1850, le Sud prit conscience de sa subordination économique envers le Nord. Le recensement de 1850 inquiéta de nombreux Sudistes. Au cours de la décennie précédente, la croissance démographique avait été de 20 % plus élevée dans les États du Nord que dans les États du Sud. Le manque de débouchés économiques semblait apporter une explication à cette réalité. Trois fois plus d'individus du Sud étaient allés s'installer dans le Nord que le contraire. Sept huitièmes des immigrants élisaient domicile dans le Nord. En 1840, seuls 14 % des canaux passaient par les États du Sud. En 1840, le Sud possédait 44 % des kilométrages ferroviaires de l'union mais en 1850, le rythme de construction plus rapide du Nord fit tomber ce pourcentage à 26 %. Les données concernant la production industrielle étaient aussi inquiétantes.
Avec 42 % de la population, les États du Sud ne détenaient que 20 % de la capacité de fabrication, sachant que cette proportion était déjà en baisse entre 1840 et 1850. Près de la moitié de ce capital industriel se regroupait dans les quatre États frontaliers. 270px|thumb|Un plant de coton. Le secteur de l'économie sudiste vraiment florissant était l'agriculture. En 1850, le prix du coton était remonté pour atteindre presque le double des cours de 1840. Mais les États producteurs de coton ne conservaient même pas 5 % de leur production sur leurs territoires pour la fabrication de leurs textiles. Ils en exportaient 70 % à l'étranger et le reste se retrouvait dans les fabriques du Nord. Le sud devait donc ensuite importer les deux tiers de ces vêtements et autres produits manufacturés venant du Nord ou de l'étranger. De plus, 15 à 20 % du prix du coton brut bénéficiait à des « agents » qui organisaient pour les planteurs le crédit, l'assurance, le transport et le stockage du coton. Or, la plupart de ces agents étaient des représentants de firmes nordistes ou britanniques. Les frais qui accompagnaient le prix des marchandises importées étaient d'autant plus importants que généralement ces produits venus d'Europe étaient déchargés dans les ports du Nord, pour ensuite être acheminés vers le Sud par cabotage ou par voie de terre. . Cette autocritique devint une litanie dans le Sud, comme le montre la ville de Mobile où les sept huitièmes des valeurs bancaires appartenaient à des agents économiques du Nord.
Les dirigeants du Sud, devant cette infériorité se lancèrent dans l'industrialisation. Le textile semblait une route toute tracée pour l'industrialisation du Sud. Juste après l'industrie, le principal instrument de salut du Sud devait être le chemin de fer. thumb|300px|Égrenage du coton en 1869. Le Sud fit, en effet, des progrès importants dans les années 1850. Les États du Sud multiplièrent leurs kilométrages ferroviaires par quatre. Les capitaux augmentèrent de 77 % excédant la croissance démographique, si bien que le taux d'investissements par habitant augmenta de 39 %. Même si la part des États du Sud dans le réseau ferroviaire national était passée à 37 %, elle représentait toujours moins qu'en 1840. En 1860, le Nord restait tout de même deux fois mieux équipé au niveau du nombre de kilomètres de voies ferrées. Même si l'investissement industriel par habitant n'augmenta pas plus vite dans le Nord que dans le Sud, la population des États libres s'accrut plus vite, 40 % au Nord contre seulement 27 % dans le Sud. En particulier, l'effort tenté par les dirigeants du Sud dans l'industrie textile échoua : en 1850, la valeur du tissu de coton produit dans le Sud ne représentait que 10 % du total américain. Les banques, les firmes commerciales, les agents, les courtiers, les compagnies de transports nordistes continuaient à monopoliser le déplacement des marchandises dans le Sud.
La croissance irrésistible du Nord La période qui suivit le compromis de 1850 fut pour les États-Unis une véritable révolution démographique. Avec la guerre américano-mexicaineUlysses Grant écrira dans ses mémoires : Voir: Personal Memoirs of General U. S. Grant, les États-Unis continuèrent leur expansion territoriale. En 1850, les États-Unis sont un État-continent : la population connaît un grand rythme de croissance, et d’un recensement à l’autre les statistiques font des bonds. En 1790, on compte de citoyens américains, en 1830, on en décompte et en 1840, la population s'est accrue de 23 % avec plus de de citoyens. La progression continue à s’accélérer avec d'individus en 1850, pour atteindre en 1860. En vingt ans, la population a doublé, rendant de fait nécessaire une profonde mutation des infrastructures de transport et de logistique marchande (transport des denrées alimentaires et des biens de consommation bruts ou finis). Cette révolution des transports va définitivement métamorphoser le visage de l’économie américaine.right|300px|thumb|Une voie de chemin de fer aux États-Unis, années 1860. 250px|thumb|Bateau à vapeur. Le chemin de fer et les bateaux à vapeur devinrent donc le moyen de développement et de mise en valeur du territoire. En 1850, les États-Unis avaient quatorze mille kilomètres de voies ferrées, et pouvaient se vanter d'avoir le plus vaste réseau du monde. Et ce réseau fut complété par trente mille nouveaux kilomètres de voies durant la décennie suivante.
L’exemple de Chicago illustre bien l’explosion économique que connurent les villes des États-Unis grâce aux trains. En effet, la population de la ville augmenta de 37,5 % au cours de la décennie 1840-1850. Le voyage de New York à Chicago passa de trois semaines à deux jours. Il ne fallait plus que cinq jours entre Cincinnati et New York pour le transport des marchandises. Le chemin de fer permit de nationaliser l’économie et de permettre l'établissement de contacts rapides et directs entre tous les points du pays. Désormais, il fallait produire plus car on ne vendait plus à ses voisins ou dans sa ville, mais on vendait à des villes lointaines, et même à d’autres états qui ne pouvaient pas produire ce que l'on faisait communément. Et cette spécialisation des cultures amena à s’équiper de manière nouvelle, il fallait désormais posséder des semoirs, des motoculteurs, des tondeuses et des moissonneuses. Les industries de machines agricoles étaient en plein essor et la demande était croissante. Dans les villes, des entrepreneurs réorganisaient et normalisaient la production de toute une variété de marchandises destinées à la vente en grosses quantités sur des marchés régionaux et finalement nationaux. Et cette remise en forme passait par diverses formes, mais d’une manière générale, un trait ressort : l’usine. Dès que la production demandait un minimum de mécanisation, on mécanisait au maximum et on regroupait l’activité sur un site, en spécialisant le plus possible les tâches.
Un des facteurs qui aida à cette mécanisation de l'industrialisation accélérée est le manque permanent de main-d’œuvre. Constamment, les immigrés arrivaient, mais très vite ils repartaient vers l’Ouest, laissant les places vacantes. Ces ouvriers étaient toujours non qualifiés, la mécanisation était donc nécessaire à cette économie prospère. Une autre raison vient expliquer cette industrialisation : l’abondance d’énergies (bois, énergie hydraulique et charbon).
La puissance économique du Nord vient aussi du fait qu’elle généra de nombreuses innovations. Les ingénieurs américains sont à l’origine de la standardisation des pièces dans l’outillage et l’armement, ce sont eux qui ont mis au point le système de réfrigération.
Plus de 96 % de la population adulte savait lire et écrire, les trois quarts des enfants entre 5 et étaient inscrits dans les registres d’écoles et ils la fréquentaient plus de six mois par an. Le Sud restait à la traîne avec 80 % de la population blanche alphabétisée et un enfant sur trois inscrit à l’école, la fréquentant au moins par an. Les esclaves, pour la très grande majorité, n’étaient pas alphabétisés.
Des conceptions différentes Nord/Sud, deux immigrations, deux populations Le Nord, une immigration permanente Le Nord est très différent du Sud sur le plan de l’immigration. L'économie du Nord fait appel à la main-d'œuvre abondante et peu coûteuse que constituent les immigrants de fraîche date, obligés de se louer par contrat pour rembourser leurs frais de voyage. Après une phase d'assimilation, souvent au contact de compatriotes déjà établis, les immigrants peuvent prétendre à des emplois plus qualifiés et mieux payés. Ils ont aussi l'espoir de se mettre très vite à leur compte, en profitant des terres à bon marché de l'Ouest, ou en tentant leur chance comme chercheurs d'or en Californie.
À chaque grande crise en Europe, les États-Unis voient arriver sur leur territoire en grand nombre les populations persécutées pour leurs idées, comme les révolutionnaires de 1848, ou victimes de catastrophes naturelles, comme les Irlandais après la Grande famine de 1847. En 1855 aux États-Unis, Castel Garden, un des théâtres les plus prestigieux est devenu le bureau de l’immigration de l’État de New York et le foyer est aménagé pour les visites médicales. Les migrants mettent environ six heures à s’inscrire au bureau de l’immigration et à passer la visite médicale. Si tout est en ordre ils franchissent alors la passerelle en bois qui mène à Manhattan où les attend une foule de gens empressés de les prendre en charge.