Des économistes répondent aux populistes est un livre d'économie dirigé par Hippolyte d'Albis et Françoise Benhamou. Il est sorti en aux éditions Odile Jacob.

Présentation générale Les économistes répondent aux populistes est un livre d'économie destiné au grand-public, qui traite de questions d'économie et d'économie politique. Chaque chapitre est écrit par un auteur différent, parmi lesquels Yann Algan, Jean-Hervé Lorenzi, André Cartapanis, etc.

Les auteurs définissent le populisme Ils rappellent que , mais que, derrière la variété, se trouve un qui est un ensemble de . Les auteurs écartent l'explication économiciste du populisme selon laquelle ils ne seraient qu'une conséquence de crises économiques.

Résumé

Première partie - Populismes d'hier et d'aujourd'hui

Les échecs des expériences populistes André Cartapanis revient sur les expériences populistes successives, en partant de l'Amérique latine. Elles se caractérisent souvent par . Les phases d'embellie sont souvent suivies par une dégradation de la situation économique, avec un excès de demande et une baisse de l'offre et de l'investissement. Par conséquent, les politiques populistes , prélude à la crise.

Les politiques néopopulistes, elles, ont une approche souvent microéconomique : elles critiquent la concurrence des firmes étrangères, des travailleurs immigrés, etc. Ainsi, leurs échecs sont moins retentissants, . Les néopopulistes ne basculent pas dans le financement monétaire de la dette publique, mais exercent des pressions sur les banques centrales pour obtenir une baisse des taux.

La récurrence d'échecs économiques par les néopopulistes est due à trois facteurs : l'ignorance de principes économiques de base (confusion entre dépréciation nominale et réelle ; surestimation de la substituabilité de l'offre domestique à l'offre étrangère) ; non prise en compte des mesures de rétorsion ; focalisation sur le court terme.

L'auteur remarque que, selon Dani Rodrik, il peut exister de bonnes politiques populistes : il s'agit de celles qui se limitent à viser . Il remarque ainsi que l'insoutenabilité des politiques populistes , et que des politiques utilisées par des populistes par le passé ont pu être par la suite validées par la théorie économique. Ainsi, .

Les trois faces du populisme économique Jean-Hervé Lorenzi revient sur trois épisodes populistes. Le premier est celui du péronisme argentin, rendu possible par une autarcie économique qui a empêché le pays de s'endetter de manière pérenne auprès du système bancaire et financier international, causant des décennies plus tard des crises de la dette à répétition. Ensuite, l'URSS, issue de la révolution d'Octobre. Dès 1921, face à des niveaux de production faibles (15% du niveau d'avant-1914) et à une famine, l'URSS est obligée de revenir sur ses engagements et de mettre en place la Nouvelle politique économique : elle rétablit la propriété privée des paysans et accepte l'investissement capitaliste étranger. En 1926, . Si Joseph Staline fait le choix de l'industrialisation à marche forcée, c'est au sacrifice du secteur agricole ; de fait, . Il remarque toutefois les aspects positifs de la politique menée (). Enfin, la République populaire de Chine : le Grand Bond en avant est une expérience désastreuse qui provoque une famine et 36 millions de morts chez les paysans.

Les risques économiques et la solitude, ferments du populisme Yann Algan revient sur les conclusions du livre Les origines du populisme. Il rappelle que les populismes de gauche et de droite partagent leur rejet de ce qu'ils considèrent comme le système, mais que la gauche radicale est . La première cause de la montée des populismes réside dans . Le risque économique de voir sa situation empirer . Cette colère est , qui participe de l'ébranlement de la confiance des citoyens dans les institutions.

Algan rappelle que David Autor a montré que les États américains les plus touchés par la concurrence chinoise dans les années 1990, où le plus d'emplois avait été détruit, . L'auteur rappelle toutefois qu'il faut rejeter l'économicisme : le facteur des relations interpersonnelles, des relations de confiance en les autres, joue aussi fortement, et les populistes de droit se caractérisent par une forte défiance envers autrui. Ainsi, la forte défiance interpersonnelle .

Le populisme et le rapport aux chiffres Alain Trannoy rappelle que ; dans cette brèche consubstantielle au métier du politique s'immiscent les populistes, . Le populiste a deux attitudes principales face aux chiffres. La première est de nier à la statistique, , toute validité, car . La deuxième est l'invention de chiffres ou le fait de les tordre, et dans le cas où il est pris en flagrant délit, .

L'objectif des populistes est de faire fructifier l'ignorance des électeurs dans des domaines souvent techniques, .

Deuxième partie - La finance et les errements du complotisme

Finance et banques : entre défiance et stigmatisation Catherine Lubochinsky revient sur la question financière, au cœur des rhétoriques populistes. Elle remarque que le discours antifinancier est monnaie courante au sein de discours qui ne sont pas populistes en soi. Ainsi, Napoléon Ier déclarait en 1813 : , et Vincent Auriol, en 1937 : . Ainsi, la critique des excès de la finance n'appartient pas au populisme : Joseph Stiglitz a montré que la finance dérégulée connaît des débordements conduisant à une déstabilisation particulièrement nocive des économies. Si la dérégulation a .

Toutefois, nationaliser les banques n'est pas une solution viable, car . Aussi, . Elle rappelle que ; aussi, qu'il est nécessaire d'. À ce titre, .

Si l'indépendance financière est , on ne peut éluder la question de la position de la France vis-à-vis du monde. La position extérieure nette de la France en 2020, c'est-à-dire la différence entre ses actifs et ses passifs, est de 30,2% du PIB : si le reste du monde ne finançait pas la France, elle ne pourrait financer ses déficits.

Dividendes, actionnaires et croissance économique Valérie Mignon revient sur la question de la distribution des dividendes. Le sujet du versement des dividendes a car c'est qui possède des actions. L'action est perçue comme une rémunération de l'actionnaire, ce qui est faux car, : l'actionnaire n'est pas enrichi, mais la valeur de sa trésorerie a augmenté au moment où la valeur de son portefeuille financier a baissé d'autant.

Les actionnaires sont toutefois attachés aux dividendes car ils perçoivent leur montant versé comme un signal de la bonne santé de l'entreprise. Le versement de dividendes par des entreprises non cotées peut freiner l'investissement. Ce n'est toutefois pas vraiment le cas pour les sociétés cotées, car les dividendes n'en représentent généralement qu'une faible proportion de leur trésorerie. En 2018, .

La souveraineté monétaire nationale dans une union économique Christian de Boissieu traite de la souveraineté monétaire et financière. Il explique qu'en réalité, la France ne disposait plus de souveraineté monétaire à partir de l'entrée dans le système monétaire européen, car son économie était déjà indépendante de l'international : la Banque de France devait modifier ses taux d'intérêt pour les aligner sur ceux pratiqués par la Banque fédérale d'Allemagne et plus largement la Réserve fédérale des États-Unis. L'entrée dans l'euro a donc permis à la France de regagner une marge de manœuvre par sa participation aux codécisions de la Banque centrale européenne.

L'auteur rappelle les asymétries qui existent entre les monnaies. Le dollar conserve son privilège exorbitant, et il est aujourd'hui d'autant plus critiqué qu'il est utilisé comme arme de guerre économique par les États-Unis dans le cadre de sanctions judiciaires contre les entreprises pratiquant la corruption qui utilisent des dollars. La transition vers un système monétaire international multipolaire est déjà enclenchée avec l'émergence de l'euro, mais devrait continuer pendant quelques décennies avec la montée en puissance du yuan.

De Boissieu traite enfin des politiques monétaires. Elles font face au triangle d'incompatibilité : un pays ne peut avoir, en même temps, une politique monétaire autonome, des taux de change fixes et la liberté de circulation des capitaux. La souveraineté monétaire signifierait se passer ou bien du taux du taux de change fixe, ou bien de la liberté de circulation.

Banque centrale indépendante : cette ennemie des populistes, qui se défend Jean-Paul Betbeze rappelle que les grandes banques centrales du monde sont aujourd'hui indépendantes de la politique politicienne. Elles restent toutefois dépendantes du mandat que les politiques leur ont fixés, et à l'aune desquels leur activité doit être jugée.

Les banques centrales gèrent aujourd'hui non seulement leurs taux directeurs, mais aussi la supervision du système financier. Leur pouvoir s'est paradoxalement accru au moment où les politiques monétaires conventionnelles devenaient inutiles : les politiques monétaires non conventionnelles ont permis (notamment par l'assouplissement quantitatif) d'augmenter la force des interventions sur les marchés financiers.

Betbeze rappelle que les banques centrales prêtent le flan aux critiques, car elles ont souvent raté leurs cibles d'inflation. Aussi, leur politique de liquidité abondante a stimulé les prix de l'immobilier, qui ont augmenté de 20% en France, 45% en Allemagne et 30% en zone euro depuis 2015. Enfin, ces politiques non conventionnelles sont inégalitaires, car elles stimulent la détention d'actifs financiers. Mais ces décision de politique monétaire ne sont-elles pas dues en premier lieu aux activités des États ?

Troisième partie - La mondialisation et la fermeture populiste des économies La mondialisation n’est pas responsable des problèmes économiques structurels de la France Patrick Artus s'attaque à des idées reçues au sujet de la mondialisation. Il souligne toutefois que la dégradation du commerce extérieur français est dû à la concurrence de l'Europe de l'Ouest, et non des pays émergents. Le déficit de modernisation des entreprises françaises, ainsi que la faiblesse des compétences de la population active, expliquent plus les maux de l'économie française que la mondialisation.

Ainsi, de 1990 à 2021, le commerce mondial a augmenté, en volume, de 320%, mais les exportations de la France n'ont augmenté que de 200%, ce qui témoigne de la fragilité de sa situation commerciale. Le taux d'emploi français, particulièrement faible à 66%, contre 76% en Allemagne et 78% au Japon, cause une augmentation du niveau de pauvreté et réduit les recettes fiscales.

Les déficits français sont surtout vis-à-vis de l'Europe de l'Ouest. La compétitivité-coût n'est pas problématique : le coût salarial unitaire de l'industrie en France était 15% plus élevé que celui de la zone euro en l'an 2000, contre 3% aujourd'hui. La compétitivité hors coût est bien plus handicapante : les entreprises françaises ont moins investi dans les nouvelles technologies, moins robotisé, etc. Aussi, les employés sont moins bien formés. Les politiques les plus efficaces réduiront l'échec scolaire, créeront un système d'enseignement professionnel solide, et amélioreront la compétitivité hors-coût.

Une stratégie de réindustrialisation pour la France Christian Saint-Étienne rappelle que . Entre 2000 et 2019, la part de l'industrie manufacturière dans le PIB a baissé de 4 points (14% à 10%), alors qu'elle s'est stabilisée à 20% en Allemagne.

Saint-Étienne souligne les contradictions des populistes : l'extrême-droite souhaite une réindustrialisation mais , ce qui en fait un échec-né. L'extrême gauche partage une méfiance envers la robotisation, et considère que la solution du chômage réside dans le partage du temps de travail.

L'économiste remarque que . Fermer les frontières a d'autant moins de sens que les industries subsistances en France (aéronautique, luxe) sont les plus ouvertes sur l'international.