L’Association des étudiants protestants de Paris (AEPP) est une association loi 1901, fondée en 1892 par Jean Monnier et Raoul Allier, reconnue d’utilité publique par décret du .. D’abord centrée sur la formation intellectuelle et éthique des étudiants, l’association a ensuite développé une activité d’accueil en résidence étudiante. Lieu d’engagements et de dialogue, l’AEPP organise des conférences, évènements et débats réunissant invités et militants d’horizons divers pour réfléchir aux questions d’actualité.
Histoire
Création du cercle - 1892 à 1914 En 1892, à Paris, le pasteur Jean Monnier, alors membre de la Société Centrale d’Évangélisation, et Raoul Allier, professeur à la faculté de Théologie de Paris, organisent des soirées dont le but est de réunir des étudiants qui n’ont, selon Jean Monnier, d’autres lieux que les bibliothèques et universités pour se réunir et échanger sur des objets tels que la philosophie, l’art, la littérature, la politique et la théologie. À la fin de cette même année, Jean Monnier crée la Société fraternelle d’étudiants protestants dont Benjamin Couve prend la présidence. La société se situe alors dans le arrondissement de Paris. Elle offre aux étudiants une salle de conférences, une bibliothèque, une salle de rencontres et une salle d’étude. Des conférences mensuelles et des réunions d’Étude sur des questions religieuses actuelles y sont organisées. Des groupes de travail sont constitués.
En 1896 l’association prend la dénomination de Cercle des Étudiants Protestants de Paris et s’installe dans un hôtel particulier 46 rue de Vaugirard, dans le arrondissement.
À l’origine, seuls les « étudiants inscrits dans les Facultés et les Écoles Supérieures de Paris, appartenant aux Églises de la Réforme, […]» peuvent devenir membres actifs de l’association et élire le comité directeur de . Les autres étudiants peuvent participer aux activités en qualité de membres associés.
En , le Bulletin du Cercle (qui deviendra en 1901, le Bulletin des Associations Chrétiennes d’Étudiants) permet, sous l’impulsion de l’association, de rapprocher différents groupes et contacts de toute la France. Le bulletin, régulièrement publié, expose notamment les travaux présentés aux conférences annuelles d'étudiants chrétiens qui l’organisent. Un an plus tard, en , ce travail de mise en relation conduit au projet d’organisation de la Fédération Française des Associations Chrétiennes d’Étudiants (FFACE Fédé) qui est voté à l’unanimité.
En 1905, l’association prend le nom d’Association des Étudiants Protestants de Paris (AEPP).
En 1912, elle se dote d’un restaurant pour permettre aux membres de s’alimenter à moindre coût. Dès cette époque, l'association est rapidement marquée par la vie politique et la situation internationale, les étudiants refusant notamment de prendre part aux manifestations patriotiques.
Durant la période de la Première Guerre mondiale, les activités de l’association sont totalement interrompues.
Construction et affirmation – 1919 à 1939 Entre 1919 et 1939, la vocation de lieu d’engagement et de formation intellectuelle et philosophique s’affirme. La maison accueille des personnalités telles que Le Corbusier, Emmanuel Mounier, Marc Boegner, Suzanne de Dietrich, Charles Westphal, Pierre Maury et organise des expositions et conférences. Les sujets abordés sont variés et font encore écho aujourd’hui (la démocratie, la condition de la femme dans l’islam). L’AEPP est un lieu de rencontre ouvert où les spécialités culinaires et les musiques du monde entier s’échangent.
En 1923, la Société immobilière de l’Association des Étudiants de Protestants de Paris achète l’immeuble du 46 rue de Vaugirard dans lequel elle est installée. Cette même année, l’Association est reconnue d’utilité publique.
Les années de l’entre-deux guerres sont aussi consacrées à la construction de la FFACE (dite Fédé). D’origine protestante, la Fédé se déclare « non-confessionnelle » lors d’un congrès de . Son Comité National précise ensuite sa position : «
En 1928, alors que la Société Immobilière n’a pas les moyens financiers nécessaires au règlement d’importants travaux de restauration, la plupart des actionnaires abandonnent gratuitement leurs parts à l’Association des Étudiants Protestants de Paris. L’association peut alors se lancer dans de grands travaux d’aménagements (électricité, douches) et développer un projet d’accueil de résidents. Ainsi, l’on passe de 3 chambres en 1919 à 31 en 1937.
En 1934-1935, certains résidents souhaitent l’expulsion d’un de leur camarade qui ne souhaite pas conformer sa vie aux principes de l’Évangile. Les débats qui s’instaurent révèlent l’existence d’une réalité nouvelle au sein de l’Association : le Foyer. Les résidents, venus de tous les horizons, sont devenus le noyau de l’association. Ce sont eux qui organisent les conférences, groupes ou expositions et invitent très largement les étudiants de l’extérieur à se joindre à eux. L’Association confirme avec fermeté sa volonté de garder la structure ouverte et de ne pas uniquement regrouper des étudiants chrétiens. En effet, dès les années 1920, la question s’était posée et les membres de l’Association « avaient eu le souci, […] de ne pas s’engager théologiquement et de sauvegarder avant tout la liberté individuelle, et très précisément la liberté pour chacun de penser sa foi à sa manière ou de réagir personnellement devant l’Évangile », alors qu’à la même époque, la Fédé, sous influence de Suzanne de Dietrich d’abord, puis de Pierre Maury et de Jean Bosc ensuite, participait de plus en plus activement à la formation des étudiants en « bonne théologie ».
La Seconde Guerre mondiale Pendant l’occupation allemande et par l’application d’une décision des autorités d’occupation du interdisant aux associations de jeunes de fonctionner dans la zone nord, l’Association cesse officiellement ses activités. L’immeuble est alors loué à l’Église réformée de France, qui en prend la responsabilité et en assure la gestion.
Plusieurs des membres étudiants de l’AEPP s’engageront dans les activités de la Cimade et la défense des juifs et exilés entre 1939 et 1945.
L'après-guerre - 1944 à 1958 Au lendemain de la guerre, l’AEPP héberge à nouveau des étudiants de tous horizons (culturels et religieux). L’après-guerre marque un temps de réflexions et d’hésitations pour l’association qui s’efforce de chercher et de mettre en place de nouvelles formules pour reprendre son action au sein du milieu étudiant. En 1948, le Club du Luxembourg est créé : il réunit toutes les activités intellectuelles de l’Association et compte dès la première année une centaine d’inscriptions.
Les rencontres sont nombreuses et animées : des « grandes conférences » alternant sujets théologiques et questions de société sont organisées une à deux fois par mois. Elles sont animées par des historiens, chefs d’entreprise, écrivains, chercheurs, universitaires, personnalités de la culture. Des expositions, des groupes d’étude sur des sujets non-inscrits aux programmes universitaires, un groupe d’études religieuses, un cercle d’étude contemporaines sur les problèmes de la démocratie baptisé « groupe de critique et d’essai », ainsi qu’un cercle d’études sociales sont organisés.
En parallèle, des travaux sont entrepris rue de Vaugirard qui portent la capacité d’accueil à .
Forum d’associations - les années 1960 En 1965, la crise de l’habitat prend fin et les logements deviennent plus accessibles. Les étudiants, en recherche d’indépendance, veulent leur propre logement. Ils désertent les foyers considérés comme des lieux d’oppression.
Après 1968, la rue de Vaugirard cesse d’accueillir des résidents à l’année et devient un lieu d’hébergement provisoire et de passage pour étudiants étrangers. L’AEPP reste un espace de libre parole et de rencontres ouvert à tous. Les animations initiées par des étudiants du Sénégal et du Zaïre, traitent principalement des questions du tiers-monde, de leurs difficultés d’insertion et de la méfiance dont font preuve les Français qui en font les responsables de leurs difficultés économiques.
L’association met aussi ses locaux à la disposition d’une trentaine d’associations et d’organisations progressistes, œcuméniques ou humanitaires. La rue de Vaugirard s’affirme comme un lieu de défense des droits et d’accueil des exilés et communautés en lutte (réfugiés politiques de gauche du Chili et d’Argentine, étudiants protestants communistes, comité contre l’apartheid en Afrique du Sud, mouvement chrétien pour la paix, mouvement d’écologie politique, mouvement d’aide aux drogués). Cette nouvelle réputation lui vaut, le , l’attentat d’une organisation d’extrême droite, le « Club Charles Martel ». Ce jour-là, un engin explosif déposé sous la cage d’escalier du 46 rue de Vaugirard, fait dont un grave et d’importants dégâts matériels.
Renouveau des années 1980-1990 Après une longue concertation, le Conseil d’administration décide en 1981 de reprendre progressivement l’activité de résidence étudiante. Pour des raisons financières, l’hébergement de passagers et l’activité d’auberge de jeunesse perdurent mais le foyer attire à nouveau des étudiants protestants revenus en recherche de vie collective.
Dans les années 1980, le Cercle Jean-Jacques Rousseau, carrefour de réflexions sur les questions contemporaines, est créé avec un double pari : s’ouvrir au milieu universitaire, initier des contacts entre les étudiants et les intellectuels protestants et mettre en avant les références du protestantisme. Concrètement, il s’agit de relancer l’intérêt des étudiants pour une éthique protestante de résistance et de redonner aux intellectuels de la diaspora qui avaient souvent déserté les Églises, un lieu de réflexion et de débats.
L’AEPP redevient un centre de diffusion de la pensée. Des études sont faites et des textes produits sur l’éthique en économie notamment, mais aussi sur le rôle de l’Allemagne en Europe, « l’avenir politique de Dieu », la question foi/marxisme, l’écologie, la libération des femmes, les mouvements auto-gestionnaires. Les étudiants se réunissent, via de grandes conférences, débats ou colloques, autour de personnalités de leur époque (Robert Badinter, Edgard Pisani, Bassam Abu Sharif de l’OLP, Olivier Mongin, Régis Debray, Pierre Bourdieu, Claude Cheysson, Hervé Le Bras, etc.) pour essayer de mieux comprendre le monde qui les entoure.
Des associations y sont hébergées telles que l'Association pour la défense des droits de l'homme au Cameroun, l'Association pour la défense des droits de l'homme et des libertés démocratiques dans le monde arabe, l'Association pour le Droit à l'Information, etc.
Les de l’AEPP Le , une grande manifestation est organisée pour fêter le centenaire de l’AEPP démarrant par une conférence de Paul Ricœur : « Le rôle de l’intellectuel, la conscience tragique de l’histoire». Elle est suivie de nombreux débats dont Régis Debray, Ibrahim Souss, Gisèle Halimi, Pierre Vidal-Naquet, Etiki Mboumona, Olivier Abel, François Wilder et Monique Chemillier-Gendreau sont les maîtres d’œuvre. Les sujets abordés sont les suivants : « Palestiniens, mémoire et avenir d’un peuple », « L’Afrique, quel avenir ? », « Femmes actrices de leur histoire », « Les luttes urbaines », « Les francs-maçons dans l’histoire de la république », « Étrangers à qui, étrangers à quoi : que recouvre la qualification d’étranger alors que l’histoire montre toute culture est métissage », « Témoins d'histoire et d'espérance : Comment et pourquoi, dans des situations tragiques, des hommes et des femmes se sont dressés pour rendre droit à la justice et la liberté ».
La fin des années 1990 est marquée par de lourds problèmes financiers auxquels l'association doit faire face. En 2001, pour des raisons touchant à la sécurité des locaux et à l'amélioration des conditions de vie des résidents, le Comité d'Administration décide de vendre son immeuble du 46 rue de Vaugirard.