Le Faubourg est un quartier de la ville belge de Charleroi dans la province du Hainaut. Le quartier se situe au nord de l'ancienne ville, l'actuelle section Charleroi.

Géographie

Quartiers limitrophes Le Faubourg est entouré par les quartiers de la Neuville à Montignies-sur-Sambre à l'est, la ville-haute de Charleroi au sud, la Broucheterre à l'ouest, le Gros-Fayt à Lodelinsart et Gilly-Haies au nord.

Rues et places Le quartier du Faubourg possède les rues et place suivantes : rue de l'Alouette, rue Barvais, sentier Bauthière (disparu), rue Bayet appelée autrefois « sentier de la Chapelle Bayat »’, rue de Bethléem, sentier Bodart (disparu), rue du Bois del Bol, rue Carpet, rue de la Cayauderie, rue Casimir Lambert, rue du Daring Club, rue Dourlet, sentier des Écoliers ou des Écoles, place Élie Delferrière, rue Émile Vandervelde, rue de l'Enseignement (devenue sous le nom de rue Isabelle Gatti de Gamond), rue Fréché, Grand'Rue, rue du Gurgeat, rue de l'Hospice (à la limite avec Montignies-sur-Sambre), rue Joseph Wauters (devenue rue d'Himeji), rue Jules Destrée (devenue rue Marie Danse), rue Barry, rue Laviolette, rue de Lodelinsart, rue Motte, place du Nord Michel Levie, rue Omer Lefèvre, rue Petit Pige, rue du Pinson, rue du Presbytère, rue du Prince, rue Quinet, rue du Roton, rue Stassart, rue Stassin, rue de la Terre al'danse, rue du Terril, rue de la Tourette, rue des Verreries (devenue rue de Pittsburgh) et rue du Warmonceau.

Histoire À la disparition du village de Charnoy, démantelé pour permettre l’édification de la forteresse de Charleroi au , son territoire fut redistribué entre deux ensembles humains distincts. Une partie des habitants rejoignit la population appelée à s’installer dans la nouvelle ville en formation, à l’intérieur des remparts conçus pour la défense stratégique de la place forte. L’autre partie demeura dans les zones périphériques qui n’avaient pas été intégrées à l’espace fortifié. Selon Auguste Soupart, cette répartition marqua durablement l’organisation sociale et topographique du site. Les secteurs extérieurs, bientôt qualifiés de faubourgs, se structurèrent en plusieurs noyaux d’habitat : le Spiniat, le Rossignol, la Cayaudrie, le Pige-au-Croly, la Broucheterre, la Garenne et Bethléem. D’après Paul Huwart, ces quartiers conservèrent longtemps une physionomie rurale, caractérisée par des activités artisanales, des exploitations agricoles et une densité de population relativement faible. Leur évolution se distingua nettement de celle de la ville close, où l’urbanisation et les fonctions militaires imposaient un développement plus rapide et plus structuré. Comme le souligne Marc Bourgeois, cette dualité entre l’espace intra-muros et les faubourgs façonna l’identité de Charleroi durant plusieurs générations. Les anciens terroirs de Charnoy, bien que absorbés par la croissance urbaine, continuèrent à influencer la toponymie, les pratiques économiques et la mémoire collective des habitants. L’ensemble constitue aujourd’hui un témoignage précieux de la transition entre un village disparu et une ville nouvelle née de la volonté stratégique des autorités de l’époque.

Le cadastre dressé en 1769 pour la ville de Charleroi offre un aperçu précis de la répartition de l’habitat au . Il y apparaît que le centre urbain regroupait alors 313 maisons, tandis que les faubourgs n’en comptaient que 180. Les zones périphériques demeuraient largement rurales : selon Auguste Soupart, les surfaces non bâties se composaient de terres labourées, de prés, de bois, de friches, ainsi que de jardins et de vergers, témoignant d’une économie encore largement tournée vers l’agriculture et les activités de subsistance. Au fil des décennies, l’importance démographique et spatiale des faubourgs continua de s’affirmer. En 1780, le centre-ville recensait et , tandis que les faubourgs en regroupaient 240 pour . Cette progression, que Paul Huwart analyse comme un signe d’expansion progressive hors des remparts, illustre la dynamique d’un espace urbain en transition, où les quartiers extérieurs se densifiaient lentement tout en conservant une forte identité rurale. Après la Révolution française, les transformations administratives et symboliques touchèrent également ces quartiers. L’un d’eux adopta le nom de « Quartier de l’Égalité »’, appellation qui reflétait les idéaux politiques de l’époque. Cette nouvelle dénomination s’inscrivait dans un mouvement plus large de réorganisation territoriale et de réinterprétation des espaces urbains à la lumière des valeurs révolutionnaires.

Au cours du , les faubourgs de Charleroi connurent une croissance particulièrement soutenue. Entre 1830 et 1860, l’essor de la construction y fut si marqué que le nombre de maisons y fut multiplié par deux. Cette expansion, que Auguste Soupart décrit comme l’un des signes les plus visibles de la pression démographique et économique exercée hors des remparts, transforma progressivement des zones encore largement rurales en espaces suburbains plus densément occupés. L’évolution des faubourgs ne se limita pas à leur développement matériel. Les différences de modes de vie, de pratiques sociales et de mentalités entre les habitants de la ville close et ceux des quartiers périphériques se renforcèrent au fil des décennies. Selon Paul Huwart, ces contrastes étaient suffisamment marqués pour nourrir, à plusieurs reprises, un sentiment d’identité propre au sein des faubourgs. Ce phénomène culmina en 1843 puis en 1874, lorsque certains résidents exprimèrent le souhait de voir leur territoire érigé en commune indépendante, sous le nom de Sainte-Barbe. Cette revendication, bien que restée sans suite, témoigne de la volonté de certains groupes de se distinguer de l’administration urbaine centrale. Comme le souligne Marc Bourgeois, ces aspirations autonomistes s’inscrivent dans un contexte plus large de transformation sociale et territoriale, où les faubourgs, longtemps considérés comme des espaces secondaires, cherchaient à affirmer leur place dans la dynamique urbaine carolorégienne. gauche|vignette|La place Élie Delferrière. Au milieu du , les faubourgs de Charleroi devinrent un foyer particulièrement actif de mobilisation ouvrière. Le , s’y tint ce que les historiens, dont Auguste Soupart, considèrent comme le premier grand rassemblement socialiste de la région : un meeting réunissant environ 400 mineurs, témoignant de l’émergence d’une conscience collective au sein du monde du travail. Cette réunion marque l’un des premiers signes d’organisation structurée dans un milieu où les conditions de vie et de travail demeuraient difficiles. Quelques années plus tard, à la fin du mois de janvier 1867, les mineurs du faubourg prirent à nouveau l’initiative en déclenchant la première grève connue à Charleroi-Nord. Selon Paul Huwart, cet épisode illustre la montée en puissance d’un mouvement ouvrier qui, bien qu’encore embryonnaire, commençait à s’affirmer comme un acteur social incontournable dans le bassin industriel carolorégien. Le , une étape supplémentaire fut franchie lorsque les Chevaliers du Travail, organisation ouvrière d’inspiration internationale, tinrent une réunion à Charleroi-Nord. Mineurs et verriers y élaborèrent ensemble un programme d’action sociale ambitieux, destiné à structurer leurs revendications et à renforcer la solidarité entre les différents corps de métiers. Marc Bourgeois souligne que cette collaboration entre professions, rare à l’époque, témoigne de l’évolution des stratégies collectives et de la volonté croissante d’inscrire les luttes locales dans un cadre plus large de transformation sociale.

En 1881, l’autorité diocésaine de Tournai procéda à la création de la paroisse Saint‑Éloi, marquant une étape importante dans l’organisation religieuse des faubourgs de Charleroi. L’église nouvellement édifiée fut bénie le par le chanoine Jean‑Baptiste Van Geersdaele, alors curé‑doyen, qui en consacra officiellement l’usage. Dès le lendemain, l’édifice ouvrit ses portes au culte, devenant le centre spirituel d’une communauté en pleine croissance. Selon Auguste Soupart, cette fondation répondait à la nécessité d’encadrer pastoralement une population ouvrière en expansion rapide. Paul Huwart souligne que l’établissement de la paroisse contribua à structurer la vie sociale du faubourg, tandis que Marc Bourgeois rappelle que l’implantation de Saint‑Éloi s’inscrit dans un mouvement plus large de création de nouvelles entités paroissiales destiné à accompagner l’urbanisation du . En 1886, lors des émeutes qui agitaient la région de Charleroi, les verreries du Faubourg furent saccagées, faisant des blessés et des morts. En 1894, le Conseil communal de Charleroi décide de créer un nouveau cimetière à l’emplacement du caya Bethléem, sur des vergers et un champ de blé qui s’étendaient jusqu’au chemin de fer, remplacé depuis par l’actuelle autoroute. Le , des « Mosquitos » de l’aviation alliée en patrouille, pris pour cible depuis le sol, lâchèrent quelques bombes au début de la rue Émile Maufort. Plusieurs immeubles furent touchés et détruits, causant la mort de six personnes et faisant plusieurs blessés.

Industries vignette|La Porte de Waterloo au début du . Les habitants de Charnoy vivaient principalement de l’agriculture, comme la plupart des communautés rurales de la région. Toutefois, selon Auguste Soupart, certains d’entre eux exploitaient depuis longtemps les gisements de terre‑houille découverts dans leurs champs. Cette extraction demeurait artisanale et reposait sur des fosses appelées « cayas », creusées dès le pour obtenir un combustible destiné au chauffage domestique. Cette pratique, attestée de manière continue, témoigne d’une forme précoce d’exploitation minière à petite échelle. Au fil des siècles, l’usage et la commercialisation de la houille contribuèrent à l’apparition d’un autre métier artisanal : la clouterie. D’après Paul Huwart, la présence de minerais de fer dans l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse favorisa l’essor de cette activité complémentaire, qui s’inscrivait dans une économie locale mêlant agriculture, extraction et travail du métal. Des traces de clouteries sont déjà attestées à Charnoy au , ce qui montre l’ancienneté de cette production. Vers la fin du , la fabrication de clous commença à s’industrialiser progressivement. Toutefois, comme le souligne Marc Bourgeois, ce sont surtout les industries du charbon et du verre qui, dans les faubourgs de Charleroi, prirent un essor décisif. Leur développement entraîna une transformation profonde du paysage social et économique, faisant disparaître peu à peu le caractère rural du lieu au profit d’une structure urbaine marquée par l’activité industrielle.

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