Geertruida Wijsmuller-Meijer, née le à Alkmaar, morte le à Amsterdam, est une résistante néerlandaise qui a sauvé un grand nombre d'enfants et adultes juifs avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.
Avec d'autres personnes ayant participé au transport d'enfants, elle a sauvé la vie de plus de juifs fuyant l'antisémitisme, notamment en organisant des convois emmenant les enfants par train ou bateau vers des pays plus sûrs. Elle est reconnue comme Juste parmi les Nations par le Yad Vashem.
Biographie
Jeunesse, études Geertruida Meijer, appelée « Truus » dans sa famille, est née en 1896 dans la ville d'Alkmaar. Elle est l'aînée des enfants de Jacob Meijer, employé dans une pharmacie, et de Hendrika Boer, couturière. Elle fréquente pendant deux ans l'École de commerce., sans succès ; ses professeurs la décrivent d'abord comme un « cas désespéré », « même si elle est diligente », puis sa situation s'améliore progressivementRegionaal Archief Alkmaar, Archief Handelsschool (Hogere) HBS-A, Notulen 1911-1912/ (engl. Regional Archive of Alkmaar, Archives of School of Commerce). En 1913, la famille déménage à Amsterdam. Ses parents lui apprennent à prendre la défense des autresNIOD Archiefcollectie 299A G. Wijsmuller-Meijer, p. 1 "Verslag van een op grammofoonplaten opgenomen gesprek van Mw. Wijsmuller-Meijer" (engl. page 1 "Report of a conservation by Mrs Wijsmuller recorded on gramophoon records"). et, après la Première Guerre mondiale, lui donnent l'exemple en aidant les personnes sans ressources et en recueillant un jeune autrichien sans-abri.
Début de carrière et bénévolat social L'année suivante, elle obtient son premier emploi, dans une banque. Elle y rencontre son futur mari, le banquier J.F. (Joop) Wijsmuller. Ils se marient en 1922, puis s'installent sur le Nassaukade. Après son mariage, Geertruida Wijsmuller arrête de travailler. Quand il s'avère qu'ils n'auront pas d'enfants, elle s'investit dans le travail social.. Son mari la soutient dans ses œuvres. À partir de 1933, ils sont aidés par une gouvernante, Cietje Hackmann., qui gère la maison et s'occupe des enfants accueillis pendant les absences de Geertruida Wijsmuller. Geertruida Wijsmuller occupe plusieurs postes bénévoles d'assistante sociale. Elle est ainsi coordonnatrice d'une association d'aide à domicile et administratrice d'une garderie pour les enfants de femmes actives. À partir de 1939, elle participe au conseil d'administration de Beatrix-Oord, un sanatorium d'Amsterdam, qu'elle fera plus tard transformer en hôpital général. Elle fait partie de l'association Vereeniging voor Vrouwenbelangen en Gelijk Staatsburgerschap (« Association pour les intérêts des femmes et pour l'égalité de citoyenneté »), et elle en rencontre la présidente Mies Boissevain-van Lennep, qui deviendra elle aussi résistante.
En plus de cela, Geertruida Wijsmuller se présente aux élections du conseil municipal d'Amsterdam en 1935, en sixième position sur la liste des candidats libéraux. En raison des menaces de guerre, elle fonde en 1938 le Korps Vrouwelijke Vrijwilligers (KVV, « Corps des volontaires féminines »), qu'elle dirige depuis son domicile. Elle bénéficie rapidement d'un vaste réseau de correspondants.
Premiers sauvetages À partir de 1933, Geertruida Wijsmuller se rend régulièrement en Allemagne pour y chercher des membres des familles juives qu'elle connaît et les amener en sécurité aux Pays-Bas, et continue à le faire pendant de nombreuses années. Après la Nuit de Cristal en 1938, elle est informée d'une rumeur signalant que des enfants juifs errent sans surveillance dans les bois ; elle part à la frontière germano-néerlandaise pour voir ce qui s'y passe, rencontre un garçon polonais parlant yiddish, lui fait passer clandestinement la frontière sous ses jupes et l'emmène à Amsterdam.
Elle retourne en Allemagne le pour emmener un premier groupe de six enfants, en les accompagnant de la salle d'attente du consulat néerlandais jusqu'au train. Les douaniers allemands voulurent les faire sortir du train ; mais Geertruida Wijsmuller ayant remarqué que la princesse Juliana est à proximité, elle dit aux enfants de se recoiffer pour les présenter tous les six à la princesse, ce qui fait renoncer les douaniers n'osant plus intervenir.
Rencontre avec Eichmann, décembre 1938 Le gouvernement britannique décide en d'autoriser les enfants juifs de moins de 17 ans en provenance des pays nazis à entrer au Royaume-Uni pour un séjour temporaire. Diverses organisations commencent à œuvrer ensemble au sein du Mouvement des enfants réfugiés (RCM) pour prendre soin de ces enfants.
Geertruide Wijsmuller reçoit le la demande de se rendre au Comité néerlandais des enfants nouvellement créé à Amsterdam. Lors de cette visite, elle rencontre l'Anglais Norman Bentwich, qui lui demande d'aller à Vienne pour rencontrer un certain , qu'ils croyaient être le nom d'Adolf Eichmann. Elle part le même jour pour Vienne.
Adolf Eichmann est alors le responsable nazi de l'émigration forcée des Juifs. On pensait que Geertruide Wijsmuller, en tant que femme non juive, pourrait obtenir la permission des nazis pour que les enfants se rendent en Grande-Bretagne. Eichmann s'emporta contre elle, mais elle resta imperturbable. Elle lui dit pourquoi elle était venue. , dit Eichmann. Il répond en lui permettant de faire le voyage avec 600 enfants, à condition que ce soit le samedi suivant, le jour du sabbat, seulement cinq jours après, une date rapprochée qu'il ne pensait pas qu'elle pourrait respecter..
Elle réserve d'abord à la gare les trains nécessaires. Ensuite, les parents, les organisations juives et Geertruide Wijsmuller réussissent à faire quitter Vienne à 600 enfants le . Le trajet de Vienne à Hoek van Holland dure environ 30 heures. Cent des enfants sont hébergés aux Pays-Bas, et 500 autres sont emmenés en Grande-Bretagne. En Angleterre, Geertruide Wijsmuller prend contact avec Lola Hahn-Warburg, présidente du RCM, qui lui dit avec étonnement : « mais vous n'avez été envoyée que pour parler ? »NIOD Archiefcollectie 299A G. Wijsmuller-Meijer "Verslag van een op grammofoonplaten opgenomen gesprek van Mw. Wijsmuller-Meijer"', . lorsque Geertruide Wijsmuller arrive avec les 600 enfants. Elle contacte aussi d'autres personnes. Aux Pays-Bas, elle coopère avec l'assistante sociale Gertrude van Tijn. du Comité pour les réfugiés juifs, avec Mies Boissevain-van Lennep et avec d'autres interlocuteurs.
Les actions énergiques de Geertruide Wijsmullers sont motivées par ses souvenirs de Vienne, où elle a vu les Juifs maltraités de façon dégradante. Mais aux Pays-Bas, personne n'avait voulu croire ce qu'elle avait vu.
Transports d'enfants, décembre 1938-septembre 1939 Jusqu'au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale le , Geertruide Wijsmuller continue à organiser des transports d'enfants jusqu'à 17 ans, en partant de l'Allemagne nazie et des territoires annexés, pour les emmener surtout en Grande-Bretagne, mais aussi vers les Pays-Bas, la Belgique et la France. Les trains du sud-est arrivent via Emmerich les mardis et mercredis ; les trains du nord-est passent par Bentheim le jeudiNIOD "Verslag van een op grammofoonplaten opgenomen gesprek Mw.Wijsmuller-Meijer", pag 13-14, (engl. "Report of a conversation by Mw. Wijsmuller recorded on gramophone records").
Après le premier grand voyage, les transports suivants s'organisent de façon plus structurée, avec un maximum de 150 enfants par voyage. Plusieurs fois par semaine, Geertruide Wijsmuller part en Allemagne et dans les territoires occupés par les nazis pour récupérer des enfants et préparer sur place les opérations avec les autres participants.
Les enfants sont autorisés à emporter une valise et 10 marks allemands mais aucune photo ni objet de valeur. La plupart du temps, sans que ce soit toujours permis, des accompagnateurs juifs peuvent voyager avec les enfants jusqu'à la frontière britannique, à condition que ces accompagnateurs reviennent tous, sinon les transports auraient pris fin.
C'est une opération exceptionnelle menée avec la collaboration de parents, d'accompagnateurs et d'associations de bénévoles dans de nombreux pays et villes. Ce sont principalement les femmes qui s'occupent du voyage et de l'hébergement des enfants.
Geertruida Wijsmuller est convaincue de l'urgence de ces transports et donne l'impulsion à ces évacuations, surnommées « Kindertransporte ». Elle entretient des contacts avec l'ensemble des acteurs impliqués dans plusieurs pays, les principaux comités étant à Vienne, à Hambourg, à Francfort et à Berlin, ainsi qu'à partir de à Prague et à Dantzig"Verslag van een op grammofoonplaten opgenomen gesprek met mw. Wijsmuller-Meijer", page 12.. Les compagnies ferroviaires et maritimes sont également impliquées.
Elle emporte toujours dans son sac à main une brosse à dents, du savon et une serviette, pour être toujours prête à un nouveau voyage. Elle s'occupe des documents officiels lors des voyages. Elle fait en sorte que la police des frontières et les contrôles douaniers soient effectués autant que possible avant la frontière, et sous sa direction ou celle de l'une des autres bénévoles néerlandaises, pour éviter les retards.
Le , elle est accueillie à la frontière par une délégation de la Gestapo avec fanfare. Elle est obligée de célébrer avec eux son cinquantième franchissement de la frontière à Bentheim.
Selon Geertruida Wijsmuller, le succès de l'opération est surtout dû aux comités juifs de Vienne, Francfort, Hambourg, Berlin et Breslau, et ensuite de Prague, Dantzig et RigaHenriëtte Boas "Het begon in 1938", NIW 12-12-1938. C'est un miracle de maîtrise de soi à ses yeux, car elle se rend compte combien les gens devaient avoir peur d'envoyer leurs enfants dans d'autres pays.
D'autres personnes ont organisé des transports similaires, comme Nicholas Winton et Recha Freier. Au total, jusqu'à ont été sauvés d'une mort certaine en étant transportés par la route à travers les Pays-Bas vers la Grande-Bretagne. Environ réfugiés de pays nazis sont restés aux Pays-Bas"Jewish Refugee Children in the Netherlands during World War II: Migration, Settlement and Survival", Miriam Keesing, Peter Tamnes and Andrew J. Simpkin, Published online by Cambridge University Press, 28 août 2019..
Le déclenchement de la guerre entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne en interrompt ces transports, les frontières avec le Royaume-Uni étant fermées.
Hébergement des enfants dans la Burgerweeshuis, mars 1939 Geertuide Wijsmuller devient en membre du conseil d'administration de l'orphelinat d'Amsterdam Burgerweeshuis (aujourd'hui le musée d'Amsterdam), qui commence à accueillir les enfants réfugiés. Elle et son mari s'impliquent beaucoup pour ces enfants qui arrivent en petits groupes pour passer la nuit chez eux. Joop Wijsmuller les emmène faire des sorties, par exemple à Artis, le zoo d'Amsterdam. Les enfants appellent Geertruide Wijsmuller « tante Truus ».
Navires de réfugiés, juin-juillet 1939 Des négociations internationales ont lieu à Anvers en entre pays européens au sujet de la répartition de près d'un millier de réfugiés juifs à bord du paquebot Saint Louis, dont le débarquement a été refusé à Cuba, aux États-Unis et au Canada. Geertruida Wijsmuller participe aux négociations comme membre de la délégation néerlandaise, elle monte à bord du navire et accueille 181 réfugiés aux Pays-Bas. Le mois suivant, elle participe au départ d'enfants à bord du cargo Dora qui accoste en Palestine alors sous mandat britannique, avec ses 450 réfugiés.
Derniers voyages à partir de la frontière allemande, septembre-décembre 1939 La mobilisation pour la guerre perturbe fortement le trafic ferroviaire ; la frontière de Bentheim en Allemagne est fermée. Geertruida Wijsmuller apprend le qu'un groupe d'enfants de la Youth Aliyah est bloqué à Clèves. Elle prépare alors les documents de voyage, récupère les enfants et les emmène dans des bus jusqu'au bateau à Hoek van Holland.