La sécheresse en France est un aléa naturel de type sécheresse se produisant sur le territoire national français et se traduisant par l'état de l'environnement confronté à un manque d'eau significativement long et important pour qu'il ait des impacts sur la flore (naturelle ou cultivée), la faune (sauvage ou d'élevage) et les sociétés.
Il existe trois types de sécheresses liées à un déficit hydrologique : météorologique, correspondant à un déficit de précipitations, agricole ou édaphique, correspondant à un niveau faible de l’humidité des sols, et hydrologique, correspondant à un niveau anormalement bas des cours d’eau ou des nappes phréatiques. Ces sécheresses ont en général des impacts importants sur l’environnement, l’agriculture et certains autres secteurs de l’économie.
Si le déficit hydrologique se cumule avec l’aléa de retrait-gonflement des argiles, le territoire concerné peut être confronté à une sècheresse dite géotechnique pouvant occasionner de graves dégâts aux bâtiments vulnérables à ce type d’aléa.
Le risque de sécheresse, à savoir la possibilité que cet aléa survienne, est classé dans la catégorie des risques naturels majeurs. Il fait l'objet d'un suivi continu, d'un cadre réglementaire de prévision, de prévention et d’alerte et d'une information de la population.
L'information de la population est faite via différents vecteurs. Les principaux sont le site Propluvia qui informe sur l'état des arrêtés de restriction des usages de l'eau sur le territoire national, le site Onde qui présente les données de l’observatoire national des étiages et le site Ades qui rassemble les données quantitatives et qualitatives relatives aux eaux souterraines. Plus globalement, le risque sécheresse est recensé dans le dossier départemental des risques majeurs (DDRM) qui recense à l’échelle d’un département l’ensemble des risques majeurs par commune et définit l'organisation de crise et des secours. Il est complété par le plan communal de sauvegarde () qui définit l'organisation locale pour y faire face. Enfin, depuis 2006, l’information des acquéreurs ou locataires doit être faite sur les risques auxquels le bien immobilier est exposé.
Définition et typologie Définition Une sécheresse est une période de temps anormalement sèche et suffisamment longue pour causer un grave déséquilibre hydrologique. Si elle est généralement liée à un déficit de précipitations, elle est accentuée par l’augmentation, liée au réchauffement climatique, de l’évapotranspiration.
Elle doit être distinguée de deux autres notions : le stress hydrique et la pénurie d'eau : il y a stress hydrique lorsque la demande d’eau pour satisfaire les différents usages excède la quantité d’eau disponible en un temps et un lieu donnés. La littérature scientifique considère qu’un pays est en situation de stress hydrique lorsque la population dispose de moins de cubes d’eau par habitant et par an ; il y a pénurie d'eau en cas de stress hydrique aggravé. Un pays est en situation de pénurie lorsque la population dispose de moins de cubes d’eau par habitant et par an.
Ainsi une pénurie d’eau peut intervenir même en l’absence de sécheresse, du fait de la mauvaise qualité de l’eau disponible – cela peut notamment être le résultat de pollutions ou d’inondations.
Typologie Sécheresses liées à un déficit pluviométrique On distingue plusieurs types de sécheresses, par ordre d’intensité croissante. : Type DéfinitionmétéorologiqueElle correspond à un déficit prolongé de précipitations.agricole ou édaphique Elle est liée à l’humidité moyenne des sols et se caractérise par un déficit en eau des sols superficiels (entre de profondeur), suffisant pour altérer le bon développement de la végétation. Elle dépend des précipitations et de l’évapotranspiration des plantes (l’eau puisée par les racines est évaporée au niveau des feuilles). La sécheresse agricole est donc sensible aux précipitations, à l’humidité et à la température de l’air, au vent mais aussi à la nature des plantes et des sols.hydrologique ou hydrogéologique Elle est caractérisée lorsque les débits des cours d’eau (hydrologique) ou le niveau des nappes phréatiques (hydrogéologique) sont anormalement bas. Elle dépend des précipitations mais aussi de l’état du sol influant sur le ruissellement et l'infiltration. Le réseau hydrographique détermine les temps de réponse aux déficits de précipitations observés sur différentes périodes.
Cumul avec l’aléa retrait-gonflement des sols argileux : sécheresse géotechnique
La sécheresse géotechnique, également dénommée « retrait-gonflement des sols argileux » ou encore « sécheresse liée à la présence de sols argileux » est caractérisée par une diminution de la teneur en eau du sous-sol. Le sol argileux présente la particularité de voir sa consistance se modifier en fonction de sa teneur en eau. Dur et cassant lorsquʼil est asséché, il devient plastique et malléable à un certain degré dʼhumidité. Ces modifications de consistance peuvent sʼaccompagner de variations de volume : fortes augmentations de volume (phénomène de gonflement) lorsque la teneur en eau augmente, et inversement, rétractation (phénomène de retrait) en période de déficit pluviométrique marqué..
Caractérisation des sècheresses en France Sécheresses hydrologiques et agricoles : projet ClimSec ClimSec est un projet de recherche sur les sécheresses des sols superficiels, qui s’est déroulé entre 2008 et 2011 et qui avait pour objectif de caractériser l’impact du changement climatique sur l’humidité des sols, et de produire de nouveaux outils pour les services chargés du suivi climatique. Le projet a été mené par la Direction de la Climatologie de Météo-France avec le soutien de la Fondation MAIF et l’appui du CNRM-GAME, du CERFACS, du Cemagref et de l’UMR Sisyphe.
La diversité des domaines d’application des sècheresses ne permet pas de disposer d’indices universels pour leur caractérisation, toutefois, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a recommandé en 2009 l’utilisation du Standardized Precipitation Index (SPI) pour le suivi des sècheresses météorologiques.. Dans le cadre du projet ClimSec, des indices standardisés « Standardized Precipitation Index » (SPI) et « Standardized Soil Wetness Index » (SSWI) ont été utilisés pour caractériser les différents types de sécheresses (météorologique et agricole) à partir d’une climatologie de . La moyenne de l’humidité des sols, représentée par le Soil Wetness Index (SSWI), est donnée par la formule : où représente le contenu intégré en eau du sol, le contenu en eau au point de flétrissement et le contenu en eau du sol à la capacité au champLa réserve en eau d’un sol correspond à la quantité d’eau que le sol peut absorber ou restituer aux plantes. Le contenu en eau à capacité au champ correspond aux conditions d’un sol ressuyé où le drainage est assuré librement ; au point de flétrissement, l’eau est retenue par le sol avec des forces de succion supérieure à celle des racines.. Les indices SPI et SSWI ont été calculés sur la période de , commençant en 1958, avec une résolution de sur la France ().
Sécheresses hydrogéologiques La sécheresse hydrogéologique peut être définie selon deux perspectives : dans un cadre naturel : elle correspond à l’assèchement des sources pérennes, à la diminution de la contribution aux cours d’eau, aux assecs ; dans un cadre anthropocentrique : elle correspond à des baisses significatives de niveaux piézométriques dans les forages, conduisant à leur assèchement ou leur inexploitabilité.
Pour décrire la sécheresse hydrogéologique d’un système aquifère, il est donc nécessaire de caractériser des flux (recharge du système et exutoire, sources ou débits de base des cours d’eau) mais aussi des variables d’état (niveau piézométrique et réserves au sens large : emmagasinement, géométrie de l’aquifère, perméabilité, etc.). Une étude présentée lors du colloque Unesco-SHF : « Sécheresses 2019, Paris 11-12 et » précise qu'en plus du manuel de l'OMM, plusieurs publications détaillent les indicateurs les plus usités, en décrivant leurs mérites et leurs faiblesses : on peut citer [Tallaksen et Van Lanen, 2004], [Mishra et Singh, 2010] et enfin [Van Loon, 2015] et en propose de nouveaux en les testant dans le contexte français.
Histoire Séries historiques Sécheresses pluviométriques De longues séries de données pluviométriques permettent d’analyser les sécheresses météorologiques depuis la fin du . Celle disponible sur Paris, à l'observatoire météorologique du Parc Montsouris, depuis 1873 est par exemple marquée par une forte variabilité interannuelle à décennale. La sécheresse de 1921 qui a duré de à , avec un pic en , était de loin la plus sévère des ayant précédé 2022. Elle est suivie, en matière de sévérité, par deux sécheresses successives à la fin des années 1940 ( à et à ). La sécheresse forte la plus récente et antérieure à 2022 a eu lieu en 2005.. vignette|centre|upright=1.2|Évolution des sècheresses météorologiques en France entre 1874 et 2018 (indice SPI) (d'après les données de l'observatoire du Parc Montsouris).
Si les précipitations s'apprécient sur l'ensemble de la période précédant l'état de crise et notamment l'automne et le printemps précédents, le mois de juillet est néanmoins un marqueur permettant pour partie de qualifier la situation. Le mois de est ainsi le plus sec jamais enregistré depuis 1959, soit le début des mesures. Selon les données de Météo France, il n’a plu que entre le et le , contre en 2021, soit dix fois plus. Les précédents records à la baisse de précipitations au mois de juillet étaient 1963 (), 1967 (), 1979 () et 2019 ().. vignette|centre|upright=1.2|Cumul de pluie au mois de juillet en France entre 1959 et 2022 (en millimètres de pluie).
Sécheresses agricoles Le graphique représentant la fraction du territoire en sécheresse agricole au cours d’une année de 1958 à 2018 donne un diagnostic assez différent de celui posé pour les sécheresses météorologiques. La tendance à l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des sécheresses (au sens de la surface affectée) est particulièrement nette depuis la fin des années 1980. Entre 1975 et 1991, environ 5 % de la surface agricole utile est drainée. L'augmentation des surfaces touchées par la sécheresse a eu lieu pendant cette période et est stable depuis 30 ans.. vignette|centre|upright=1.2|Pourcentage de surface agricole affectée par la sécheresse en France entre 1959 et 2018.
Événements historiques remarquables Sécheresse de 1921 En 1921, une sécheresse exceptionnelle a sévi sur l'Ouest de l’Europe. À l'observatoire du Parc Saint-Maur, les six premiers mois de l’année ont été déficitaires de 60 %. La sécheresse, qui a atteint son maximum dans le bassin parisien, s’est étendue à toute la France, l’Angleterre, les Pays-Bas, l'Ouest de l'Allemagne et la Suisse. Le déficit était de 38 % à Nantes, de 42 % a Dunkerque et à Bordeaux. Cette pénurie des pluies, qui sévissait déjà à la fin de 1920, a eu pour conséquence un abaissement général des nappes d’eau souterraines et une diminution importante du débit des rivières, mais aussi de l’alimentation des canaux, entraînant une gêne sérieuse dans l’exploitation des voies de navigation intérieure. La sécheresse a continué en juillet et ce n’est que dans la première quinzaine d’août que des orages ont amené des précipitations et rafraîchi l’atmosphère. .
Sécheresse de 1942-1949