L'attaque de Pearl Harbor est une attaque surprise menée par les forces aéronavales japonaises le contre la base navale de Pearl Harbor située sur l'île d'Oahu, à Hawaï. Autorisée par l'empereur du Japon Hirohito, elle vise à détruire la flotte du Pacifique de l'US Navy située dans la baie de Pearl Harbor. Cette attaque provoque l'entrée des États-Unis dans le conflit mondial.
L'anéantissement de la principale flotte américaine doit permettre à l'empire du Japon de continuer à établir sa sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale en privant les Américains des moyens de s'y opposer militairement ; c'est aussi une réponse aux sanctions économiques prises par Washington en , contre sa politique impérialiste, après l'invasion de la Chine et de l'Indochine française dans le cadre de l'expansionnisme du Japon Shōwa.
L'attaque, dirigée par le général Hideki Tōjō, est lancée le dimanche à par le service aérien de la Marine impériale japonaise contre la flotte américaine du Pacifique et les forces stationnées sur place. Elle est conduite en deux vagues aériennes parties de six porte-avions impliquant plus de . En moins de vingt-quatre heures, l'empire du Japon attaque également les États-Unis aux Philippines et engage les hostilités avec le Royaume-Uni, en envahissant Hong Kong et en débarquant en Malaisie.
Les pertes américaines sont importantes : et . Mais seulement deux cuirassés sont détruits (le troisième n'étant qu'un bateau cible) ainsi que . Les seize autres navires endommagés sont remis en état dans les mois qui suivent (dont onze avant la fin de 1942). Parmi les navires endommagés figurent six cuirassés, trois croiseurs, quatre destroyers. Les trois porte-avions du Pacifique, alors absents de Pearl Harbor, demeurent intacts. Les Japonais perdent , et cinq sous-marins de poche ; un marin est capturé.
Aux États-Unis, cette attaque reste un des événements les plus marquants de l'histoire du pays et est synonyme de désastre national — chaque année le drapeau est mis en berne le . Les historiens ont mis en évidence l'audace du plan de l'amiral Isoroku Yamamoto et le manque de préparation et les négligences américaines. Le rôle du président Franklin Delano Roosevelt reste un sujet de polémique.
Contexte vignette|upright|L'empereur Meiji.
Pendant l'ère Meiji (1868-1912), l'empire du Japon s'engage dans une période de croissance économique, politique et militaire afin de rattraper les puissances occidentales. Cet objectif s'appuie également sur une stratégie d’expansion territoriale en Asie orientale qui doit garantir au Japon son approvisionnement en matières premières indispensables à son développement.
L'expansionnisme nippon se manifeste dès la fin du et au début du avec l'annexion de l'île de Formose (1895), du Sud de l'île de Sakhaline (1905) et de la Corée (1910). Pendant la Première Guerre mondiale, le Japon s'empare des possessions allemandes d'Extrême-Orient et du Pacifique et gagne des parts de marché au détriment des Européens et des Américains présents dans la région. Après 1920, la croissance économique nipponne ralentit et le chômage augmente ; l'industrie souffre du manque de matières premières et de débouchés.
Dans l'entre-deux-guerres, l'archipel se dote d'une marine de guerre moderne. La Grande Dépression des années 1930 n'épargne pas l'économie du Japon. Aux effets de la crise économique s'ajoute une montée des nationalistes et des militaires au cours de l'ère Shōwa. L'Armée impériale japonaise envahit la Mandchourie en 1931 et ce territoire devient l'État fantoche du Mandchoukouo. Le Japon prend ensuite progressivement le contrôle d'autres régions de la Chine. En 1937, le Japon envahit le reste de la Chine à partir de Shanghai sans toutefois déclarer officiellement la guerre.
La dégradation des relations entre Tokyo et Washington vignette|gauche|upright|L'empereur Shōwa. vignette|gauche|upright|Osami Nagano, chef d'état-major de la Marine. Les conquêtes nipponnes en Asie orientale menacent les intérêts américains et Washington intervient contre le Japon, sans aller jusqu'à l'affrontement armé. Ainsi, le traité de Washington de 1922 limite le tonnage de la flotte de guerre japonaise au troisième rang mondial. En réponse aux pressions diplomatiques internationales à la suite de l'invasion de la Mandchourie, Tokyo décide de quitter la Société des Nations en 1933. Entre 1935 et 1937, les États-Unis choisissent la non-intervention en promulguant une série de lois sur la neutralité.
Le Japon signe le pacte anti-Komintern en 1936. En 1937, le président Franklin Delano Roosevelt prononce à Chicago le discours de la quarantaine dans lequel il condamne les dictatures, y compris celle du Japon. L'année suivante, son discours sur l'état de l'Union propose d'augmenter les dépenses militaires. En , au moment du massacre de Nankin, les avions japonais coulent la canonnière américaine sur le Yang-tse-Kiang. Washington obtient des excuses mais la tension monte rapidement entre les deux pays. En 1939, le gouvernement américain met fin au traité de commerce signé en 1911, prélude à l'embargo commercial.
En 1940, l'Empire rejoint les forces de l'Axe en signant le Pacte tripartite. La même année, le quartier-général impérial, profitant de la défaite de la France et de l'affaiblissement du Royaume-Uni, autorise l'implantation de bases militaires en Indochine française. Immédiatement après un accord conclu le avec le gouverneur de l'Indochine française, le Japon déclenche une offensive sur Lang Son et bombarde Haïphong.
1941 est l'année de l'escalade entre les deux pays : en , Washington accorde son soutien à la Chine par l'octroi d’un prêt-bail. À la suite du refus du Japon de se retirer de l'Indochine et de la Chine, à l'exclusion du Mandchoukouo, les États-Unis, le Royaume-Uni et les Pays-Bas décrètent à partir du l’embargo complet sur le pétrole et l’acier ainsi que le gel des avoirs japonais sur le sol américain. Cinq mois plus tard, les approvisionnements de pétrole du Japon sont réduits de 90 %. Le gouvernement japonais, angoissé à l’idée que, tôt ou tard, le pays se retrouvera totalement privé de ces ressources précieuses, réalise qu’il doit vite trouver une solution pour se sortir de l’impasse.
La conférence impériale tenue le décide qu'une guerre sera entreprise contre les États-Unis et le Royaume-Uni, à moins qu'un accord ne soit trouvé à bref délai avec Washington. Ce compromis reflète les deux courants qui s’opposent au sein du gouvernement japonais. Fumimaro Konoe, alors Premier ministre du Japon, prend position du côté des négociations avec les États-Unis et, du moins l'espère-t-il, de la paix. Soutenu entre autres par l’empereur, il cherche à rencontrer le président Roosevelt début , dans l'optique de prouver la bonne foi japonaise, même si la guerre venait à éclater. De l'autre côté, les chefs militaires, comme Osami Nagano, s'opposent farouchement à tout ce qui peut retarder l'entrée en guerre immédiate du Japon. D'après leurs estimations, plus la guerre commence tôt et finit rapidement, plus les chances de victoire du Japon augmentent. Ainsi, c'est l'opposition de ces deux points de vue qui fait que, au terme de la conférence impériale du , le plan choisi est le suivant : les défenseurs de la diplomatie ont quelques semaines pour tenter des négociations pendant que l'on poursuit les préparatifs pour la guerre, après quoi celle-ci sera déclarée, ce qui déjà à ce stade semble être l'issue la plus probable. Ainsi, la guerre est probable, mais pas nécessairement inévitable, et à ce stade le renoncement des Japonais à leur politique expansionniste peut l'éviter.
L'attaque de Pearl Harbor n'est pas un plan préparé conjointement par l'Allemagne et par le Japon mais une initiative japonaise, les Allemands y ayant vu leur intérêt. Le , le Premier ministre du Japon Fumimaro Konoe démissionne de son poste après avoir pris conscience qu’. Il comprend aussi que ses idées ne plaisent pas, et préfère céder sa place à un militaire. Il manifeste son accord avec le général Tōjō, qui propose alors le prince Naruhiko Higashikuni, un oncle de l'empereur, pour le remplacer. Hirohito refuse cette candidature, proposée également par les militaires, et choisit plutôt le général Hideki Tōjō, un ferme partisan de la guerre mais également un homme renommé pour sa fidélité envers l'institution impérialePaul-Yanic Laquerre, Showa, chroniques d'un dieu déchu, Kindle, 2008, .. Ainsi, malgré sa conviction personnelle, la nomination de Tōjō peut au contraire s’avérer être une dernière chance pour la paix : . Après une discussion avec l’empereur, que l'idée de partir en guerre inquiète, Tōjō accepte de promouvoir autant que possible les négociations, dans un dernier effort pour éviter la guerre et pour satisfaire son souverain.
Toutefois, l'arrivée d'un nouveau Premier ministre ne change rien au dilemme qui secoue le gouvernement. Lors de la conférence de liaison qui dure du au , les options sont claires. Le Japon peut renoncer à la guerre, acceptant ainsi de devenir une puissance de troisième ordre, ou renoncer à la paix, et se lancer dans une guerre dont l'issue est plus qu’incertaine, sachant qu'après deux ans la victoire devient impossible, par manque de pétrole et d'acier. Ainsi, comme l'explique l'historien Ian Kershaw, . Malgré le compromis auquel parvient le gouvernement, c'est-à-dire préparer la guerre tout en continuant les négociations, la guerre est quasiment assurée. À ce moment, Shigenori Tōgō, le ministre des Affaires étrangères, propose deux plans de négociations, le plan A et le plan B. Le premier, à l'image du comportement du Japon depuis le début de l’affaire, est dénué de toute vraie concession. Tōgō lui-même était conscient que le plan A a peu de chance de convaincre les Américains et n'en attend donc pas grand-chose. Le plan B, plus engageant, peut quant à lui offrir un terrain pour les négociations, quoiqu'une bonne partie du gouvernement japonais soit réticente aux compromis qu'il propose. En effet, il comporte quelques concessions, entre autres concernant la Chine, qui est au cœur des tensions entre Japon et États-Unis, cependant il garantit la paix, bien qu'elle ne soit peut-être pas durable. Ainsi, le gouvernement de Tōjō est contraint d’accepter le plan B.
De son côté, Cordell Hull, le secrétaire d’État américain, après avoir intercepté des informations sur la volonté des Japonais d'attaquer les États-Unis, ne souhaite plus trouver un terrain d'entente avec ces derniers. Il repousse le plan B, qui ne fait pas assez de concessions selon lui. Roosevelt, quant à lui, cherche toujours à gagner du temps et ne ferme pas la porte à la négociation. Mais malgré une certaine bonne volonté du président, le gouvernement américain, convaincu de la mauvaise foi des Japonais, renonce finalement aux propositions d’accord, qui pourtant peuvent fonctionner.
vignette|upright|Le prince Nobuhito Takamatsu.