En 1984, l'entreprise Disney, alors nommée Walt Disney Productions est dirigée par Ron Miller, le gendre de feu Walt Disney, et un cercle de vétérans de l'entreprise mais la société subit une attaque en bourse. La raison est une fragilité de l'entreprise à la suite de plusieurs années de mauvais résultats principalement au cinéma. De plus, un conflit familial amène Roy E. Disney, neveu de Walt, à agir contre la direction. Il s'ensuit une véritable guerre financière entre plusieurs camps avec des rebondissements.

Les événements aboutissent à la fin de l'année 1984 par la mise en place d'une nouvelle direction à la suite d'un changement d'actionnaires majoritaires. Les nouveaux haut responsables sont Michael Eisner (CEO) et Frank Wells (COO). L'entreprise changera de nom pour The Walt Disney Company moins de 18 mois plus tard.

Contexte

William Kallay écrit que quand la société Walt Disney Productions acquiert les droits de Tron (1982) à l'auteur et réalisateur Steven Lisberger, le studio luttait désespérément pour se réinventer. Une stabilité financière permet au studio de persister au début des années 1970, malgré la mort de Walt Disney en 1966, mais la seconde moitié de la décennie voit le studio enchaîner les déceptions en salles au point que l'action en bourse devient la risée du secteur cinématographique. La direction demande à changer la formule traditionnelle du film familial et à de jeunes directeurs de prendre des risques dont Tron, Condorman (1981) et La Foire des ténèbres (1983). .

vignette|Plaque de Donald Duck et Clarence Nash au Grauman's Chinese Theatre|gauche À partir de , le service communication de Disney se lance dans un projet pour mettre Donald Duck en vedette à l'occasion de son cinquantième anniversaire choisi comme étant le , cinquante ans après la sortie de Le Vilain Petit Canard (1939). La sortie en ce , du film Le Noël de Mickey n'est pas étrangère à l'affaire et plusieurs manifestations sont programmées. Au printemps 1984, Donald Duck est officiellement soustrait de ses obligations militaires en présence d'un lieutenant général de Torrance en Californie avec un document du secrétaire général des armées, John Otho Marsh Jr.. Le , deux jours après cette démobilisation Donald Duck laisse ses empreintes de pas dans le ciment devant le Grauman's Chinese Theatre, aux côtés du nom de Clarence Nash. Début , Nash et Donald Duck entament une tournée des États-Unis dans quinze villes. Le , le duo est l'hôte du Festival du film de New York.

Malgré ces cérémonies, qui sont la face commerciale visible de l'entreprise, l'avenir de la société Disney est en jeu et le même jour que l'anniversaire de Donald, l'un des faits majeurs de la guerre pour le contrôle de Disney a lieu, l'annonce d'une OPA hostile de la part de Saul Streinberg.

Querelle familiale vignette|Roy E. Disney.

Un élément important est la tension entre les deux côtés de la famille Disney, celle de Walt Disney et celle de Roy Oliver, père de Roy Edward. Dans les années 1950, les nombreuses activités de Walt Disney créent une distance entre lui et son frère, par exemple les films ou le parc Disneyland. Cela provoque des tensions dans la gestion de l'entreprise, Walt gérant le côté créatif tandis que Roy O. cherche à avoir le budget pour les idées de son frère. En 1953, malgré l'hostilité de Roy, Walt crée Retlaw Enterprises une société privée pour gérer les droits sur son nom. Il impose à Walt Disney Productions de payer une redevance de 5 % sur tous les produits dérivés et une possibilité d'investissements jusqu'à 15 % de tout projet. Roy y voit une forme de siphonnage de leur société commune au profit de Walt et ses deux filles. Du milieu des années 1950 au début des années 1960, les deux frères s'évitent et ne se parlent plus. Cette querelle s'applique aussi à la société Disney. D'un côté, il y a les services financiers, de la paye, du légal et de l'administratif, le tout administré par Roy O. Disney. De l'autre côté, il y a les services créatifs, les parcs à thèmes, le service des ventes et des produits dérivées, supervisés par Walt Disney. John Taylor explique que les rares employés qui se risquaient à vouloir changer de camp, le faisait au prix de leur carrière. Ce n'est qu'au début des années 1960 que les deux frères se réconcilient, mais l'organisation de la société, elle, n'a pas changé. En 1966, à la mort de Walt Disney, la famille Disney - parents, enfants et petits-enfants - détient 34 % des actions de Walt Disney Productions Joe Flower, Prince of the Magic Kingdom, ..

Le fonds Shamrock Holdings vignette|Stanley Gold.

Le , Roy E. Disney, neveu de Walt Disney démissionne de son poste chez Mark Arnold, Frozen in Ice : The Story of Walt Disney Productions, 1966-1985, .. Il possède toujours son propre fonds d'investissements personnel, Shamrock Holdings alors domicilié au , juste entre Universal Studios Hollywood et les Warner Bros. Studios. Grâce à ce fond, il détient 1,1 million d'actions de Disney, mais durant l'année 1983, la valeur de l'action est tombée de à soit une perte de près de 30 millions de dollars. En parallèle, le Dow Jones a augmenté de plus de 200 points, ce qui démontre un problème. Selon son ami et conseiller Stanley Gold, les raisons sont liées à l'investissement pour EPCOT estimé à un milliard de dollars et les mauvais résultats des studios Disney. Gold a réussi à faire fructifier les économies de Roy E. Disney et elles sont estimées début 1984 à plus de 200 millions d'USD. Le fonds d'investissements possède aussi bien des fermes de bétails que des stations de radio et de télévisions.

1982-1983 : mise en place des différents groupes Chez Disney En 1983, au sein de Walt Disney Productions, deux camps s'affrontent principalement à propos de l'identité de l'entreprise. D'un côté, Ron Miller et Tom Wilhite cherchent à produire des films contemporains. Le duo propose la création d'un label plus adulte, d'abord nommé Hyperion d'après le nom de l'avenue bordant les studios. Mais depuis l'automne 1982, Miller n'est plus satisfait des performances de Wilhite. Malgré cela, le , Ron Miller est nommé directeur général (CEO) de Walt Disney Productions Mark Arnold, Frozen in Ice : The Story of Walt Disney Productions, 1966-1985, .. Miller a approché différentes personnes dont Dennis Stanfill ancien chef de Twentieth Century-Fox Film Corporation, Michael Eisner, président de Paramount Pictures. Eisner s'intéresse à la fois aux studios mais aussi aux parcs à thèmes, Miller n'ayant pas le pouvoir de lui donner le contrôle de toute la société. William Self, directeur de Walt Disney Television propose à Miller de contacter Richard Berger, vice-président des productions internationales de la Fox. Il est nommé en à la direction des studios Disney et propose-lui aussi la création d'un second label.

De l'autre, Card Walker, James P. Jimirro, nouveau président de Disney Channel fondé en 1983 et Richard Nunis, président des parcs à thèmes sont pour conserver l'esprit familial et les valeurs américaines. Lors de la nomination de Miller comme directeur général en , Raymond Watson est nommé vice-président du directoire et tandis que Walker est officiellement à la retraite, il conserve le poste de président du directoire jusqu'au pour superviser l'ouverture de Tokyo Disneyland Dave Smith, Disney A to Z: The Updated Official Encyclopedia, . Watson ne lui succède qu'en mai. La direction commissionne une étude de marché qui confirme que le seul studio d'Hollywood ayant un nom bien identifié est Disney. Mais ce nom est associé aux enfants, mais ni les adolescents ni les personnes âgées, seuls les adultes apprécient de regarder les films avec leurs enfants.

Watson découvre rapidement que l'entreprise, malgré sa présence au Fortune 500 et un chiffre d'affaires de plus d'un milliard d'USD, ne possède aucun plan d'affaires. Watson persuade les directeurs de Disney d'établir des perspectives, mais en , lors du bilan annuel, la baisse du chiffre d'affaires devient un problème plus urgent que la gestion à long terme. L'annonce des résultats pousse à la fois Wall Street et Hollywood à s'intéresser à Disney, pas nécessairement en bien. De nombreux problèmes surviennent, dont un lié au nombre de visiteurs en deçà des attentes du parc Epcot, les expositions thématiques du même genre n'attirant alors plus les foules d'avant, comme l'Exposition spécialisée de 1982 à Knoxville. Le nombre d'abonnés à Disney Channel est moitié moins important que prévu et les productions cinématographiques devant avoir du succès sont en retard.

À l'automne 1983, la vulnérabilité de l'entreprise Disney à une prise de contrôle apparaît. La direction, Miler et Watson, commandite un cabinet pour analyser les possibilités de rachat à effet de levier. Le cabinet Kenneth Leventhal rend son rapport en alors que l'action de Disney tourne autour de l'unité. Le rapport pointe un seuil à deux milliards d'USD pour 34,5 millions d'actions pour prendre le contrôle de l'entreprise. Malheureusement, l'une des divisions ayant le plus de valeur, les parcs à thèmes, est estimée à cette valeur, démontrant une forte vulnérabilité. L'action Disney a connu durant la décennie précédente des hauts et des bas, avec en 1973, un maximum à à la suite des bons résultats de Walt Disney World mais en 1974, la crise pétrolière fait chuter l'action à .

En dehors de Disney vignette|William Simon, copropriétaire de Gibson Greetings. En 1982, Raymond Chambers, président de Wesray Capital Corporation et son partenaire William Simon, ancien secrétaire au trésor achètent grâce à un effet de levier la société de carte postale Gibson Greetings pour un million d'USD. Le duo détient 38 % de la société et elle est introduite en bourse fin 1983 à hauteur de 70 millions d'USD.

En 1983, Roy E. Disney cherche aussi à relancer le studio, déçu par les récentes productions. Alors que l'action oscille entre et , Stanley Gold convainc Roy Disney d'augmenter sa participation à 4,7 % en achetant dans un court laps de temps . Gold imagine que l'action peut au pire descendre de 5 points ou au mieux reprendre 25 points. Gold contacte Frank Wells, avec qui il avait travaillé dans la même firme d'avocat à partir de 1968. Depuis, Wells avait rejoint la présidence de Warner Bros., et le portefeuille de Wells était tombé chez Gold, dont Peter H. Dailey, beau-frère de Roy. Wells a quitté Warner en 1982 et n'est pas pressé de trouver un nouveau poste, mais Gold lui propose un poste chez Disney si son projet de prise de contrôle de Disney avec Roy aboutit. Wells préfère s'adonner à sa passion, l'escalade. Après avoir gravi six des sept plus hauts sommets de chaque continent et presque atteint le sommet de l'Everest, il conserve un poste de consultant chez Warner. Toutefois, les deux hommes font leur footing quotidien sur la piste de l'UCLA.

Durant l'année 1983, la société Shamrock Holdings de Roy E. Disney essaye d'acheter la station de Springfield détenue par Reliance Group de Saul Steinberg. Malgré un accord oral, Steinberg annule la transaction et Gold le poursuit en justice. Des tensions entre Gold et Steinberg apparaissent.

En 1983, le producteur Jonathan T. Taplin cherche des fonds pour produire un film en Afrique et prend contact avec Richard Rainwater, gérant les actifs non pétroliers de l'entreprise Bass Brothers dirigée par Sid Bass. Rainwater lui répond qu'il n'est pas intéressé par les projets à moins de 5 millions d'USD. Malgré ce refus, il est contacté par Richard Berger, récemment nommé (voir ci-dessus) qui lui propose d'être l'un des premiers producteurs indépendants de Disney, au travers de Silver Screen Partners. Il part donc pour la Côte d'Ivoire pour le tournage de Baby : Le Secret de la légende oubliée (1985).

L'année 1984 : une guerre financière Janvier-février 1984 : Début des manœuvres