est un genre éteint de synapsides Caseidae omnivore ayant vécu il y a 294 à 292 millions d’années environ au Permien inférieur (Sakmarien) dans ce qui est aujourd’hui le centre de l’Allemagne. Le genre n’est représenté que par son espèce type, Martensius bromackerensis, qui fut érigée en 2020 par Berman et des collègues, à partir de quatre squelettes plus ou moins entiers. Ils appartiennent à trois individus adultes et un juvénile. Ensemble, ces spécimens fournissent une connaissance presque complète du squelette de ce taxon qui font de lui l’un des caséidés les mieux connus avec Cotylorhynchus romeri. Comparé aux caséidés herbivores plus tardifs, caractérisés par leur très grandes narines externes, leur cage thoracique très large en forme de tonneau, et leurs dents en formes de feuilles ou spatulées et pourvues de cuspides plus ou moins nombreuses, Martensius se distingue par ses narines externes beaucoup plus petites, sa cage thoracique à peine élargie, et ses dents pointues. Martensius est également remarquable par la présence d’une denture différente entre les juvéniles et les adultes, indiquant un changement de régime alimentaire au cours de la vie de l’animal. Celui-ci passait d’un régime insectivore au stade juvénile à omnivore à l’âge adulte. Le régime alimentaire de Martensius, couplée à la découverte du genre insectivore Eocasea du Carbonifère supérieur, suggère que les grands caseidés herbivores de la fin du Permien inférieur et du Permien moyen ont évolué à partir d’espèces prédatrices de petites tailles. Martensius appartient à un écosystème permien unique qui s’est développé dans un environnement montagneux, au centre d’un fossé d’effondrement où les paysages étaient relativement plats. Ces plaines d’altitudes étaient dépourvues d’animaux franchement aquatiques et étaient dominés par des tétrapodes terrestres et herbivores (les Diadectidae) et omnivores comme Martensius, tandis que les carnivores comme Dimetrodon étaient particulièrement rares.

Étymologie Le nom de genre honore le Thomas Martens, découvreur des premiers restes squelettiques dans la carrière de Bromacker dans les années 1970, et instigateur du programme à long terme d’exploitation du site. L’épithète spécifique bromackerensis réfère à la localité type, la carrière de Bromacker, la seule localité où l'espèce est connue.

Description vignette|gauche|alt=Silhouettes des caséasaures basaux montrant leur différente taille. Martensius mesurait un peu plus d’un mètre de long, dont plus de la moitié pour la queue.|Diagramme publié en 2016 montrant la comparaison de la taille des caséasaures basaux. Martensius, alors encore non décrit, est désigné « Bromacker form ».

Martensius est représenté par quatre squelettes partiels à presque complets. L’holotype, qui est le plus grand individu connu, ainsi que le plus petit spécimen, sont les seuls squelettes ayant conservé tout ou partie du crâne.

L’holotype MNG 13814 consiste en un squelette presque complet et bien conservé, se présentant en plusieurs sections articulées ou étroitement associées comprenant le crâne presque complet, faiblement désarticulé mais écrasé dorsoventralement ; la colonne vertébrale présacrée largement articulée; les deux premières vertèbres sacrées à côtes fusionnées et l’intercentrum de la troisième ; trois sections de la série caudale de 26, 6, et 21 vertèbres de positions progressivement plus postérieures dans la queue ; de grandes parties des ceintures scapulaires, mais sans les clavicules ; une plus grande partie de la ceinture pelvienne qui comprend l’ilium droit et des plaques pubo-ischiatiques articulées et conservées principalement sous forme d’empreintes ; les membres antérieurs articulés presque complets (le bras gauche étant dépourvu principalement de l’humérus et de la partie proximale de l’ulna) ; et le pied gauche complet et articulé avec l’extrémité distale de la fibula.

MNG 14230 est le plus petit des quatre spécimens de Martensius et représente un individu juvénile. Il est composé d'un squelette articulé presque complet qui comprend la partie antérieure du crâne (incluant le prémaxillaire et le maxillaire droit partiels, des restes du palais, une grande partie antérieure de la mandibule gauche et une partie antérieure de la mandibule droite) ; une grande section articulée de la colonne vertébrale s’étendant des trois ou quatre dernières vertèbres cervicales jusqu’aux sept premières caudales, laquelle est suivie de deux séries de 6 et 11 vertèbres qui sont chacune précédées de mauvaises empreintes de trois et quatre vertèbres respectivement ; les ceintures scapulaires fragmentaires et les ceintures pelviennes complètes; un membre antérieur gauche partiel et les membres antérieur et postérieur droits en grande partie complets et articulés.

MNG 10552 est un spécimen adulte légèrement plus petit que l'holotype. Il est composé d'os postcrâniens désarticulés et dispersés de manière aléatoire et de quelques éléments crâniens.

MNG 10595 est la plus grande partie d'un squelette postcrânien articulé d'un adulte légèrement plus petit que l'holotype. Il comprend presque toutes les vertèbres dorsales, des membres antérieurs partiels, un membre postérieur droit presque complet, et un ensemble presque complet de gastralia.

Le crâne Comparé aux autres caséidés, le crâne de Martensius présente plusieurs caractères primitifs qui le distinguent clairement des membres plus dérivés de la famille. Le crâne est proportionnellement plus long et plus étroit. Le museau est beaucoup moins incliné vers l’avant et les narines externes sont beaucoup plus petites dorsoventralement. Elles forment une ouverture oblongue deux fois plus longue que haute qui occupait une zone réduite sur le museau. Chez les caséidés plus dérivés, la narine est considérablement élargie dorsalement en une ouverture subcirculaire qui occupe la majeure partie de la surface latérale du museau et rivalise en taille avec l’orbite. Les narines de Martensius diffèrent également de celles des autres caséidés par l'absence d'extensions médiales en forme d'étagère des marges nasales des prémaxillaires, du maxillaire et des lacrymaux, qui forment ensemble une paroi nasale étroite et continue. En vue dorsale, le crâne de Martensius montre un contour triangulaire à base large dont les marges latérales convergent fortement en avant vers un museau pointu. Ceci le distingue des autres caséidés chez qui la largeur du crâne reste inchangée de l'occiput à environ la mi-longueur du crâne avant de se rétrécir rapidement en un museau pointu. En vue latérale, le toit crânien est modérément convexe sur toute sa longueur. Le lacrymal est très caractéristique par sa grande taille et sa morphologie. D’une part il s’étend postérieurement pour contribuer à la marge antéroventrale de l’orbite. D’autre part il s’étend antérieurement bien au-delà de son contact dorsal avec le préfrontal, et se termine par un contact irrégulier avec la marge postéro-ventrale du nasal et a une contribution très étroite à la marge postéro-dorsale des narines externes. Le squamosal bordant la fenêtre temporale est relativement large avec sa plus grande largeur presque égale à celle de la fenêtre. La fenêtre temporale est de taille modeste. Elle est allongée verticalement, de forme légèrement ovale, avec sa plus grande longueur égale à environ 40% de la longueur de la région postorbitaire. En comparaison, chez d'autres caséidés cette mesure peut atteindre 75%, ce qui se reflète chez ces formes dans l’extrême étroitesse du squamosal bordant la marge postérieure de l'ouverture. Le crâne se caractérise également par la présence d’un condyle occipital double. La mâchoire inférieure est caractérisée par la non participation du splénial à la symphyse mandibulaire, et par la présence d’une éminence coronoïde entièrement formée par le surangulaire.

Les dents Martensius montre une denture adulte et juvénile qui diffère l’une de l’autre par le nombre et la morphologie des dents de la mâchoire inférieure. Chez l’adulte, la denture supérieure est composée de quatre dents sur les prémaxillaires et 18 dents sur les maxillaires (contre 8 à 15 dents maxillaires chez les autres caséidés). Elles sont étroitement triangulaires et très légèrement recourbées. Les deux premières dents du prémaxillaire sont les plus grandes de la denture marginale. La taille des dents maxillaires augmente progressivement en série en arrière jusqu'à environ la neuvième dent avant de diminuer progressivement en arrière, les dernières étant extrêmement petites. Sur la mandibule, le dentaire porte 25 dents, ce qui dépasse de loin ce qui est observé chez les autres caséidés, dont le nombre de dents varie de 8 à 17 ou 18. Elles sont identiques à celles du maxillaire mais sont de taille légèrement inférieure. Chez le juvénile, les dents supérieures sont similaires à celles de l’adulte. En revanche, la denture de la mandibule se distingue en portant 31 dents qui, bien que représentées uniquement par leurs bases, sont extrêmement petites et de forme cylindriques ou tubulaires.

Le squelette postcrânien Le squelette postcrânien est caractérisé par ses vertèbres cervicales, dorsales et sacrées dont les marges latérales des zygapophyses antérieures se courbent vers le haut pour englober les marges latérales des zygapophyses postérieures, ce qui aurait vraisemblablement limité partiellement la flexion latérale du tronc. Toutes les vertèbres dorsales, à l'exception peut-être des deux premières, possèdent une petite excavation en forme de fossette bien définie dans l'angle formé entre la zygapophyse antérieure et la marge antérieure du processus transverse. Il n'y a pas d'encoche ovale profonde sur la marge antérieure de la lame scapulaire, comme cela est observé chez certains genres de caséidés et qui marquerait l'étendue dorsale du contact de la clavicule. De manière unique chez les caséidés, chez Martensius l’avant-dernière phalange des doigts II à V de la main et du pied est plus longue que l’antépénultième phalange, et l’avant-dernière phalange du doigt I du pied est plus longue que le métatarse I. Les unguéaux sont exceptionnellement longs, massifs, fortement incurvés, étroits distalement, et possèdent un grand processus basal triangulaire ou rétracteur. Martensius a conservé une formule phalangienneLa formule phalangienne correspond au nombre de phalanges constituant chaque doigt des mains et des pieds des tétrapodes. Elle s’énumère en partant du doigt I (correspondant chez l’homme au pouce et au gros orteil) jusqu’au doigt V (l’équivalent de l’auriculaire et du petit orteil). primitive de 2-3-4-5-3 pour les mains et 2-3-4-5-4 pour les pieds.

Évolution du régime alimentaire des caséidés