Le colonel Antoine Argoud, né le à Darney (Vosges) et mort le . à Vittel (Vosges)État civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est un officier supérieur français. Il fait partie de l'Armée de Vichy en Afrique du Nord, puis combat dans l'Armée française de la Libération en Afrique et jusqu'en Allemagne. Après la guerre d’Algérie, il est condamné, en 1964, à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour de sûreté de l'État pour son activité au sein de l'OAS et il est finalement amnistié en 1968.
Biographie Issu d'une famille de paysans lorrains, son père Gustave Argoud est officier de cavalerie au de chasseurs à cheval à VesoulRadioscopie de Jacques Chancel du 7 octobre 1974.. Antoine Argoud fait ses études au lycée de Vesoul et est reçu à 20 ans en 1934 à l’École polytechnique. Il en sortSa fiche comporte les mentions : orphelin et boursier Fiche matricule sur le site des anciens élèves de l'École polytechnique. en 1936 et, à sa sortie de l'école, choisit l'arme blindée et cavalerie. Après l’École de cavalerie de Saumur, il est affecté en 1937, comme sous-lieutenant au de chasseurs d'Afrique.
Seconde Guerre mondiale
Lors de la Seconde Guerre mondiale, après le débarquement anglo-américain du en Afrique française du Nord, il fait la campagne de Tunisie avec son régiment au sein de la Brigade légère mécanique (Afrique du Nord) (Régis Exbrayat, Souvenirs d’un ancien du 3e RCA. https://www.anciens3rch-3rca.fr/historique-3-rca/1939-1945-2%C3%A8me-gm/ file:///C:/Users/Max/Downloads/Tunisie%201942-43%20Gafsa.pdf)..
Capitaine à 28 ans, il commande en 1944-1945 le du de chasseurs d'Afrique au sein de la blindée de la Armée française du général de Lattre, escadron de reconnaissance avec lequel il combat dans les Vosges, en Alsace, puis en Allemagne.
De 1947 à 1950, il sert à l’état-major particulier du général Jean de Lattre de Tassigny. Il l’accompagne lors de ses inspections en France lorsque celui-ci est inspecteur général des Forces armées, puis à l’étranger lorsqu’il devient commandant en chef des forces terrestres de l’Europe occidentale.
En 1950, il ne le suit pas en Indochine pour participer en Allemagne, avec une petite équipe, à la constitution de la brigade expérimentale « Javelot », première grande unité française de l’âge atomique qui deviendra la blindée.
En 1951, Antoine Argoud suit les cours de la de l'École de Guerre et en sort majorAnnuaire de la promotion 65 de l’École de guerre..
En , un mois avant le début de la guerre d'Algérie, il est nommé, en tant que technicien de l’arme blindée, à l’état-major particulier de Jacques Chevallier, secrétaire d'État à la Guerre du gouvernement Pierre Mendès France.
Guerre d'Algérie Après la chute du gouvernement Mendès-France, il sollicite le poste de commandant en second au de chasseurs d'Afrique, régiment qui a servi de base à l’expérience Javelot et tient garnison à Weingarten en Allemagne. Il y reste d’ à , date à laquelle la blindée dont fait partie son régiment est envoyée en Algérie pour renforcer le maintien de l’ordre.
La division, qui comprend plus de cent soixante-dix engins blindés, est peu adaptée à une guerre de guérilla. Elle participe pendant trois mois à des opérations dans l’Algérois et le Constantinois (-) sans grands résultats. Technicien de la guerre mécanique, Argoud découvre la « guerre révolutionnaire » dont il va vouloir se faire le théoricien. Au retour de ces opérations, il adresse au commandement, par voie hiérarchique, un rapport très critique sur la situation militaire en Algérie :
Il communique son rapport à Jean-Jacques Servan-Schreiber, polytechnicien lui-aussi, directeur de L'Express, rappelé sous les drapeaux comme officier de réserve dans le même secteur. Celui-ci en publie les conclusions dans son livre Lieutenant en Algérie, et y dépeint Argoud sous le nom de Marcus :
Pour Argoud, la population doit être l’objectif essentiel de l’action de l’armée selon sa formule : . Il prône des actions de contre-guérilla.
Dans son secteur, se refusant au système des corvées de bois, il met en pratique les exécutions publiques, réunissant un tribunal militaire parfaitement illégal, faisant fusiller sur la place publique les chefs rebelles et les responsables d’exactions et prenant la responsabilité entière de cette justice expéditive mais à ciel ouvertJacques Fauvet, Jean Planchais, La fronde des généraux, Arthaud, 1961, p.93. Voir aussi : Georgette Elgey, Histoire de la IVe République, La Fin, Fayard, 2008, p.205..
Le , Argoud prend le commandement de son régiment. À 42 ans, il est alors le plus jeune colonel de l’armée française et on voit souvent en lui le futur chef d’état-major de l’armée. Il est désigné pour faire partie de la force A au cours de la crise du canal de Suez, embarque le sur le Pasteur, quitte le port d’Alger pour y revenir le , l’expédition ayant tourné court.
Revenu dans ses cantonnements de la Mitidja, partie du secteur Est-Atlas blidéen commandé par le général Jacques Pâris de Bollardière, il se voit confier le un secteur du Sud Algérois comprenant les communes de l’Arba, Rovigo, Rivet. Persistant dans ses méthodes, faisant peu de cas des ordres de ses supérieurs de ne procéder à aucune exécution, il est muté le à l’état-major des Forces françaises en Allemagne. Quelques jours avant son départ, sa mutation est annulée et il est affecté à l’état-major particulier de Chaban-Delmas, ministre de la Défense nationale. Il n’y reste qu’un mois, l’atmosphère d’un cabinet ministériel ne lui convenant pas et il est à Baden-Baden en Allemagne lorsque survient le putsch d'Alger le .
En , on lui propose de revenir à Alger comme chef d’état-major du corps d'armée d'Alger du général Massu qui s'étend sur carrés, soit le tiers de l'Algérie et comprend plus de . Pour connaître à fond le terrain et ses unités, il part visiter ses secteurs sans les prévenir, le dimanche pour ne pas gêner le travail de l'état-major, parcourant à pied jusqu'à quarante kilomètres de djebels avec ses collaborateursJacques Fauvet, Jean Planchais, La fronde des généraux, Arthaud, 1961, p.94.. Il met en œuvre ses idées sur le rôle de la population.
Semaine des barricades vignette|La semaine des barricades. La Semaine des barricades va mettre un point d'arrêt à sa carrière militaire.
Le , lors d'une entrevue accordée à un journaliste allemand, le général Massu fait part de son scepticisme quant à la conduite des affaires algériennes par l'Élysée, ce qui entraîne son rappel immédiat en métropole. C'est sur Argoud que retombe la responsabilité du corps d'armée« Après le départ de Massu, trois officiers du Corps d'armée ont le pas sur moi, mais ils disparaîtront comme dans une trappe, peu soucieux de prendre des responsabilités » (Antoine Argoud, La Décadence, l’imposture et la tragédie, Fayard, 1974, p.204.).
S'il est résolument hostile à la politique d'autodétermination du général de Gaulle, Argoud n'a pas de contact avec les activistes d'Alger et il n'a guère de goût pour les Européens d'Algérie
Convoqué chaque jour par Paul Delouvrier, le délégué général du gouvernement en Algérie et par le général Challe, commandant en chef en Algérie, il apparaît comme le représentant de la fronde militaire et un intermédiaire auprès des activistes d'Alger. Il tente d'abord de dissuader Joseph Ortiz puis, le mouvement insurrectionnel déclenché, il essaie de l'utiliser pour faire revenir de Gaulle sur sa politique d'autodétermination. , écrivent Jacques Fauvet et Jean PlanchaisLa fronde des généraux, Arthaud, 1961, p.95.. écrit Pierre Viansson-Ponté dans son Histoire de la République GaullienneFayard, 1970, p.258..
Quand le Premier ministre, Michel Debré, se rend à Alger dans la nuit du au pour évaluer les possibilités d'action du gouvernement et reçoit un par un six généraux et quatorze colonels, c'est Argoud qui est le plus directViansson-Ponté, Histoire de la République Gaullienne , Fayard, 1970, p.263.. Argoud écrit : Le dialogue avec Debré est rapporté par Argoud dans son livre La Décadence, l’imposture et la tragédie, p.213 : .
Après l’effondrement de l’insurrection, les sanctions tombent : le départ du général Challe est décidé, les colonels Argoud, Godard, Broizat sont mutés en métropole. Argoud est muté à Montpellier. Il demande une permission de trois mois et se retire dans sa maison natale de Darney. Il y passera sept mois, affecté par ordre à la subdivision de Montpellier puis d’Épinal et surveillé par les Renseignements Généraux.
Putsch des généraux Muté à sa demande le auprès du général Lecoq, gouverneur militaire de Metz, avec qui il est en excellents termes et qui lui confie l’instruction des officiers de réserve de l’état-major, il est l'un de ceux qui préparent le putsch des généraux, avec les colonels Broizat, Godard, Lacheroy et Gardes. Il leur faut trouver un chef prestigieux capable d’inspirer confiance, de donner des ordres aux généraux. Le général Challe, en retraite sur sa demande depuis six semaines, donne son accord en . La présence des généraux Salan, Jouhaud, Faure, Zeller, Gardy est acquise.
Le au soir, Argoud quitte clandestinement Paris pour l’Algérie avec Gardes, Gardy et Godard. Il se rend à Constantine chez le colonel de La Chapelle, acquis au mouvement, qui commande le 1er régiment étranger de cavalerie (1er REC). Le 21, il va voir le général Gouraud, qu’il connaît de longue date, à Constantine pour le rallier à la rébellion mais Gouraud reste incertain, même s’il donne à demi-mot son accord pour que trois régiments paras de son corps d’armée prennent la route d’Alger (1er REC, 14e et 18e RCP)Jacques Fauvet, Jean Planchais, La fronde des généraux, Arthaud, 1961, p.95-98..
À Alger qui a été prise sans un coup de feu par le 1er régiment étranger de parachutistes (1er REP) du commandant Hélie de Saint Marc, il retrouve Challe qui lui donne l’ordre de se rendre à Sidi-Bel-Abbès où se trouve le général Paul Gardy pour s’emparer d’Oran avec l’aide de la Légion étrangère.
Mais les légionnaires refusent de participer au putsch et Oran ne se rallie pas. Le général de Pouilly qui commande le corps d’armée éconduit Argoud et préfère quitter Oran avec le préfet IGAME pour Tlemcen, laissant l’état-major d’Oran à Gardy et à Argoud, Jacques Fauvet, Jean Planchais, La fronde des généraux, Arthaud, 1961, p.173. et . Faute de ralliements, Argoud doit repartir vers Alger avec les deux régiments paras ( et ) qui l’ont suivi depuis le Constantinois et qui sont maintenant partagés en deux factions hostilesJacques Fauvet, Jean Planchais, La fronde des généraux, Arthaud, 1961, p.131-138 et 173-176.. A 20 h, il apprend que le général Challe s’est rendu. Le putsch a duré quatre jours. Il a échoué parce que l’armée, à l’exception des éléments de choc, n’était pas prête à la sédition contrairement à ce qu'il pensait. Destitué le , il est condamné à mort par contumace le .
OAS Après l'échec du putsch, Argoud entre dans la clandestinité alors que les négociations avec le FLN s’ouvrent et que le général Salan et le colonel Godard commencent à organiser militairement l’Organisation Armée Secrète (OAS). Godard crée un Comité supérieur de l’OAS, présidé par Salan, de qui dépendent trois branches : renseignements et opérations, qu’il se réserve, organisation des masses confiée au colonel Gardes, action psychologique et propagande partagée entre Jean-Jacques Susini et le général Gardy. Le capitaine Sergent est envoyé en métropole pour diriger l’OAS-métro.