José Antonio Girón de Velasco (Herrera de Pisuerga, 1911-Fuengirola, 1995) était un militaire, homme politique, juriste, journaliste, homme de presse, auteur et homme d’affaires espagnol. Figure de proue du phalangisme, il joua un rôle politique de premier plan sous la dictature de Franco.
Après des études de droit, pendant lesquelles il milita (en usant souvent de violence de rue) dans des organisations d’extrême droite et fut le cofondateur des JONS avant de devenir membre de la Phalange, il s’engagea dans la Guerre civile en juillet 1936 et participa à la bataille de Guadarrama. Le conflit conclu par la victoire nationaliste, il devint l’un des principaux hiérarques du nouveau régime, occupant en particulier le poste de ministre du Travail durant près de consécutives (1941-1957).
Pendant ce mandat, en application des préceptes phalangistes de justice sociale, il s’employa à mettre en place une politique sociale de grande envergure englobant indemnités de chômage et d’invalidité, soins de santé (avec création des infrastructures nécessaires), congés payés, et aussi fondation des dénommées universités du Travail, l’une de ses réalisations phare. Incarnation de la gauche phalangiste, c’est-à-dire de l’aile national-syndicaliste du phalangisme, il fut l’adversaire de José Solís, chef du syndicat officiel OSE, non seulement pour des raisons personnelles et pour le partage des compétences en matière sociale, mais aussi idéologiquement, Girón accusant Solís de dévier du dogme organiciste quand il revendiquait pour son syndicat un droit de décision dans la politique économique de l’État.
Son échec dans la gestion des graves troubles sociaux de 1955 et 1956 (avec grèves massives, manifestations), qu’il avait escompté résoudre par des hausses inconsidérées de salaire, lesquelles ne manquèrent d’alimenter ensuite une inflation galopante, lui valut de passer à la trappe lors du remaniement gouvernemental de 1957, en même temps que deux autres ministres phalangistes, dans un contexte de montée en puissance des dénommés « technocrates », partisans de la rigueur budgétaire et de ouverture économique.
Si par la suite il se voua aux affaires, notamment à des opérations immobilières sur la Costa del Sol, il garda un pied dans le monde politique, indirectement par ses manœuvres de presse (rachat de titres) et par la publication de quelques articles retentissants sortis de sa plume, et directement comme membre du Conseil du Royaume et du Conseil national du Mouvement, comme député aux Cortes, et aussi comme tribun populiste. Dans les dernières années de la dictature de Franco, et encore après la mort du Caudillo, il fut une figure emblématique des fractions les plus intransigeantes du franquisme, adverses à toute tentative de réforme politique et acharnées à faire obstacle à la transition démocratique de l’Espagne.
Biographie Formation et jeunes années Né en 1911 dans une bourgade de Castille-et-León., au sein d’une famille aisée, Girón entreprit, à l’instar de son père avocat., des études de droit à l’université de Valladolid et adhéra vers la même époque au parti fasciste Juntas Castellanas de Actuación Hispánica (JCAH), fondé en 1931 par Onésimo Redondo. À la suite d’un incident avec des étudiants de gauche, il fut expulsé de l’université de Valladolid, mais acheva ses études à l’université de Salamanque, où il obtint sa licence de droit en 1932. Les JCAH finirent par s’associer au mouvement politique emmené par Ramiro Ledesma Ramos, pour constituer ensemble les Juntas de Ofensiva Nacional-Sindicalista (acronyme JONS), nouveau parti auquel Girón de Velasco s’affilia en . Le parti fusionna deux ans plus tard, en , avec la Phalange fondée en par José Antonio Primo de Rivera, donnant naissance à la Falange Española de las JONS (en abrégé FE de las JONS).
vignette|Université de Valladolid, où Girón débuta dans le militantisme politique. Girón eut donc très tôt des accointances avec l’ultra-droite castillane, laquelle allait pourvoir FE de las JONS d’un ensemble d’idées et de symboles essentiels, dont notamment : la « morale de la violence » ; l’idée que la Castille aurait à servir d’axe structurant de l’unité de l’Espagne ; l’emblème du joug et des flèches ; le drapeau rouge-et-noir ; et plusieurs mots d’ordre et invocations rituelles comme « Arriba, España » (Debout Espagne !) et « España, una, grande y libre », panoplie officialisée quelque temps après par le régime de Franco. Pendant ces années, Girón déploya une forte activité militante, organisant des rassemblements, s’adonnant à l’agitation propagandiste, s’impliquant dans des échauffourées sur le campus universitaire, et, surtout, se manifestant comme un phalangiste violent, à telle enseigne qu’en , alors qu’il se trouvait à San Sebastián, il fut écroué par les autorités républicaines et inculpé pour détention illégale d’armes et stockage d’explosifs, en considération de quoi le ministère public requit contre lui d’emprisonnement.
Guerre civile Au moment où éclata la Guerre civile, Girón se trouvait incarcéré dans la prison provinciale de Valladolid, d’où il fut libéré par les phalangistes après la victoire du soulèvement militaire dans cette ville.. Nommé commandant en chef provincial des milices (dites « centuries ») de la Phalange, il fit mouvement le avec ses troupes vers le front du Guadarrama et prit part aux durs combats qui avaient lieu au cours de cet été 1936 dans les défilés de montagne entre Ségovie et Madrid (en particulier dans celui stratégique de l’Alto del León), ainsi que, plus tard, dans le col Puerto Ventana, entre la ville de León et les Asturies, actions qui lui valurent la médaille militaire du Mérite individuel.
En même temps qu’il organisait l’envoi de colonnes de combattants à destination de Madrid., il se vouait parallèlement à des tâches politiques dans les zones de l’arrière. Conjointement avec Luis González Vicén, il dirigea le noyau de phalangistes dissidents autour d’Andrés Redondo, frère d’Onésimo Redondo et chef provincial de la Phalange à Valladolid. Après que tous deux — Redondo et Girón — eurent été invités à comparaître devant Manuel Hedilla, chef de Falange Española de las JONS, celui-ci destitua Redondo comme chef provincial et désigna en revanche Girón au poste d’inspecteur territorial.
Délégué national des Anciens Combattants de FET y de las JONS La Guerre civile terminée, Girón fut nommé le délégué national des Anciens Combattants de FET y de las JONS., poste de prestige et de grande portée symbolique et politique, qu’il allait occuper jusqu’en 1954, date à laquelle Tomás García Rebull, futur capitaine général de Madrid, viendra le remplacer. Dans la première phase du régime franquiste, il se brouilla avec le général Muñoz Grandes, qu’il accusait de conspirer contre le régime, et qui de son côté tenait Girón pour un démagogue corrompu ; cependant les deux hommes allaient se réconcilier en 1954..
Ministre du Travail (1941-1957) Nomination Réputé être un phalangiste loyal à Franco (ouvrage collectif dirigé par Damián A. González, Manuel Ortiz et Juan Sisinio Pérez)., Girón fut nommé par celui-ci, sur recommandation de Ramón Serrano Súñer, au poste de ministre du Travail en (thèse de doctorat, sous la direction de Miguel Jerez Mir).. Cette nomination intervint dans le cadre de la crise de gouvernement survenue à cette époque consécutivement à la lutte, dans l’appareil d’État du nouveau régime, entre militaires et phalangistes, crise que Franco s’ingénia à résoudre en désignant le militaire monarchiste Valentín Galarza au poste de ministre de l’Intérieur (au détriment de son gendre Serrano Suñer) et en nommant en contrepartie à la tête de trois autres ministères José Antonio Girón, José Luis Arrese et Miguel Primo de Rivera, tous trois phalangistes, mais qui s’étaient surtout signalés par leur loyauté absolue au Mouvement et au Caudillo lui-même.
Cette promotion de Girón avait été favorisée par l’éviction de Salvador Merino, alors chef du syndicat vertical unique OSE (Organisation syndicale espagnole), qui, jugé trop « germanophile » et accusé d’appartenance à la franc-maçonnerie par Andrés Saliquet, président du Tribunal spécial de répression de la franc-maçonnerie et du communisme, avait dès lors été brutalement écarté, avec l’acquiescement non seulement du patronat, de l’armée et de ses rivaux politiques, mais aussi de plusieurs hautes figures du national-syndicalisme, y compris quelques-uns de ses compagnons, tels Arrese et Girón, qui escomptaient de sa chute une redistribution des responsabilités politiques qui leur serait plus favorable, Girón allant même jusqu’à suggérer que Salvador Merino devait être fusillé.
Fermín Sanz-Orrio, nommé à la tête de l’OSE en remplacement de Salvador Merino, et par conséquent rival de Girón pour le partage des compétences dans le domaine social, déployait un discours se caractérisant par une optique paternaliste de forte inspiration catholique, assez éloigné des allures plus populistes et socialisantes du ministre du Travail Girón, même s’ils représentaient, malgré leurs façons divergentes d’aborder le social et en dépit de leur animosité réciproque, les deux faces de la même médaille. Tous deux soulignaient la nécessité pour le Régime de tenir un discours vigoureux en faveur de la justice sociale, comme outil complémentaire à l’ordre hiérarchique instauré dans le monde du travail sous l’égide de l’OSE et sous la férule du ministère du Travail. La modération d’expression de Sanz-Orrio, induite par sa personnalité et par sa bonne entente naturelle avec le patronat, était nécessaire à la propagande du Régime tout autant que la propension spontanée de Girón à la rhétorique populiste ; or, étant donné le peu de goût de Sanz-Orrio pour l’exaltation discursive, c’est Girón qui, par exemple, devait suppléer aux besoins populistes du journal syndical Pueblo et combler ainsi la défection forcée de Salvador Merino. Dans les colonnes de ce journal, voué désormais à se mettre politiquement au service du national-syndicalisme et du régime, aux dépens de sa mission d’information, Girón devint l’un des intervenants principaux, tout en concentrant entre ses mains la compétence exclusive en matière de conception des réglementations du travail, en particulier grâce à la loi y afférente d’.
Dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, certaines fractions phalangistes en vinrent à spéculer que Girón prendrait la tête de la division Bleue, corps de combattants volontaires espagnols alors en passe d’être envoyé sur le front de l’Est, toutefois le commandement en fut finalement confié au général Muñoz Grandes (ouvrage collectif dirigé par Stanley G. Payne et Delia Contreras García). Lorsque se produisit le débarquement allié en Afrique du Nord en , Girón de Velasco fut, avec Carlos Asensio Cabanillas et José Luis Arrese, parmi les ministres qui estimaient que c’était là le moment pour l’Espagne d’entrer en guerre aux côtés des puissances de l’Axe. Cette prise de position déclencha de vifs débats dans le gouvernement franquiste, mais l’entrée en guerre de l’Espagne n’eut pas lieu.
Catégorisé dans le groupe des phalangistes « domestiqués », au même titre qu’Arrese ou que Manuel Valdés Larrañaga, Girón sut, en se montrant toujours obéissant à l’autorité de Franco, se maintenir dans ses différentes fonctions.. En 1945 p. ex., alors que la Phalange avait vu son rôle politique érodé, Girón de Velasco garda pourtant son portefeuille dans le gouvernement. À son ministère, il pouvait compter sur l’étroite collaboration du phalangiste Carlos Pinilla Turiño, sous-secrétaire au Travail., de qui il avait fait la connaissance dès ses années d’université..
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