Lhistoire de Paray-le-Monial décrit l'histoire de la commune française de Paray-le-Monial située dans le département de Saône-et-Loire en région Bourgogne-Franche-Comté.

Préhistoire et antiquité C’est au lieudit Grainetières, sur le rebord de la terrasse dominant d’une trentaine de mètres la rive droite de la Bourbince que la présence de l’homme est attestée pour la première fois. L’étymologie du nom de Paray la plus généralement proposée n’est guère éclairante : la parée serait une charge grevant un bien dont le revenu était affecté à la couverture des dépenses faites par un curé pour recevoir un évêque ou un archidiacre. Qu’on se représente un petit groupe d’habitations autour d’une église vouée à la Vierge Marie sur l’emplacement du cimetière actuel. Le voisinage d’une source, toujours existante, rendait possible la vie de cette communauté. Qu’elle ait été dédiée à saint Martin ne surprend pas : « lors de la christianisation de la Gaule, c’est une pratique courante que de donner un nom chrétien aux anciennes sources sacrées pour détourner les habitants des pratiques païennes ». Le fameux évangélisateur des campagnes ayant vécu à la fin du , peut-on trouver là le plus ancien élément de datation ?

L'existence à l'entrée du cimetière d'un édifice religieux est attestée depuis 876. En fait le bâtiment, reconstruit au dans le style préroman, était aux dimensions d'une grande église large de et longue de . La partie conservée (en orange sur le plan) n'en serait que les deux dernières travées et l'abside. Elle était le siège d'une paroisse et devait le rester jusqu'au .

Moyen Âge Chaque étape de la transformation de Paray-le-Monial en un organisme urbain est à mettre en relation avec des facilités accrues de communication. Lorsqu’en 973 le comte Lambert de Chalon, en remerciement des bienfaits de Dieu, vient reconnaître les lieux d’implantation d’un monastère en compagnie de Mayeul, abbé de Cluny, il arrête son choix sur le site du Val d’Or au bord de la Bourbince à proximité d’un gué sur l’ancienne voie romaine de Mâcon à Digoin, sur un léger relief à l'abri des crues. L'abbaye apparaît dès l'origine comme devant accueillir une importante communauté monastique. Les moines sauront tirer parti des eaux de la rivière et de la forêt, et les voyageurs pourront y faire étape. En trois ans sont construits les bâtiments conventuels et une première église. La consécration officielle a lieu en 977, en présence des évêques de Chalon, de Mâcon et d’Autun. Quand en 999 le comte Hugues de Chalon fait don du monastère et des biens dont il peinait à s’assurer le contrôle, à l’abbé de Cluny Odilon de Mercœur, Paray prend rang de prieuré et le restera jusqu’à la Révolution.

La première église rapidement détruite a fait place à Paray II dès 1004 et c’est sur les ruines de celle-ci qu’a été édifiée en plus grand la basilique dite Paray III par l’abbé saint Hugues vers 1100, dans les mêmes temps que Cluny III. On estime que leur construction a été faite par les mêmes équipes, Paray servant de laboratoire pour l’abbaye mère. Tels que nous les observons aujourd’hui, les bâtiments ont subi peu de transformations depuis plus d’un millénaire. Une contribution détaillée sur la basilique de Paray-le-Monial nous instruisant sur l’essentiel, on se contentera ici de rappeler la seule modification apportée en 1470. La grande famille de Damas-Digoine a alors obtenu moyennant des donations l’autorisation d’avoir une chapelle funéraire à l’emplacement de l’absidiole du transept sud dans le style du gothique flamboyant. Le porche a certes été fragilisé par les protestants en 1562. Ils y ont allumé un gigantesque brasier dans lequel ils ont brûlé le mobilier de l’église, les boiseries, les livres, les archives… L’entrée principale a été condamnée jusqu’en 1860. Mais l’architecte Millet en a réussi la restauration en 1860 malgré les difficultés de l’entreprise, le problème étant de soutenir le poids des tours pendant la reconstruction de leur base. Quant au clocher, il a été abattu par les Révolutionnaires en 1794. On a procédé à une première reconstruction en 1810 en forme de dôme et c’est encore l’architecte Millet qui a rétabli la flèche d’origine en 1858. Au total, la basilique de Paray offre aujourd’hui l’image la plus proche de ce que pouvait être Cluny III avant sa démolition.

Deux kilomètres en amont de la rivière Bourbince, la chapelle de Romay est à ses débuts en rapport avec la basilique. Construite comme elle au , sur son site avait été ouverte une carrière de calcaire qui alimenta les chantiers de Paray II et Paray III. Les ouvriers devaient y trouver la commodité d’un service religieux tout proche. Surtout, elle tirait sa célébrité d’une fontaine dont les eaux avaient la vertu de guérir des maladies des yeux. On amenait aussi dans ce sanctuaire de répit les enfants mort-nés : ils étaient supposés retrouver vie le temps du baptême et obtenaient ainsi une mort chrétienne. Romay devint un lieu de pèlerinage suivi par de nombreux fidèles, encore au surlendemain de la Libération en 1944.

alt=tour du château des abbés de Cluny|vignette|tour du château des abbés de Cluny Pendant tout le Moyen Âge les moines du prieuré vivent en milieu fermé à proximité de l’église sur l’emplacement de l’actuel jardin Saint Hugues. Ils respectent la règle fixée par saint Benoît, dont Cluny était le symbole et le phare. Ils partagent leur temps entre la prière en commun, de l’aube (les vigiles nocturnes) à la tombée de la nuit (les complies), la lecture priante de l’écriture sainte et le travail manuel. Leur nombre oscillera entre 20 et 35 (en 1381). Ils ont creusé un canal de dérivation en rive gauche de la Bourbince ce qui a permis la construction d ’un moulin. Ce bras artificiel devait être comblé à la fin du : il correspond aux actuels boulevards du dauphin Louis et du Collège mais le nom de rue des Deux Ponts perpétue le souvenir de l’île ainsi créée. C’est là qu’ils exercent leur fonction hospitalière mais cet hôtel Dieu de très faible capacité recueille surtout des pauvres, des mendiants et des vagabonds. Il faut attendre le pour que soit construit le château où aimaient à séjourner les abbés de Cluny. Seule en subsiste la tour car il a été détruit pour faire place à la maison des Chapelains en 1889.

Temps modernes alt=Plan de Paray au XVIIe siècle|vignette|Plan de Paray au .

Une vie prospère Avec une population qui a pu atteindre les 3000 habitants, pendant les trois siècles qui précèdent la Révolution et surtout à partir des années 1600-1630 Paray devient le premier pôle démographique et économique du Charolais. Elle a dû cet essor à son rôle de centre commercial et artisanal. Au terme de cette période, en 1790, il existait dans la cité « environ 55 commerçants et 230 artisans pratiquant des métiers divers dans l’alimentation, les textiles, l’habillement, le cuir, l’outillage, le bâtiment, la chaudronnerie, le chauffage, le jardinage, le voiturage et environ 50 paysans ». Si la présence d’un marché est attestée dès 1228, celui-ci occupe une place de plus en plus envahissante d’est en ouest du lotissement médiéval jusqu’à la place Guignaud. Et il existe déjà un marché aux bestiaux sur le champ de foire (actuelle place de l’Europe). On construit beaucoup. Les habitants éprouvent le besoin d’une meilleure protection. Vers 1540 ils obtiennent de l’autorisation d’élever de nouveaux remparts. Par rapport aux anciens, ils sont élargis et englobent désormais le territoire du monastère jusques et y compris le château abbatial. Mais ils restent cantonnés à la rive droite de la Bourbince. On pénètre dans la cité par quatre portes encadrées de tours. Devenus inutiles, ces remparts disparurent peu à peu au par manque d’entretien. Des riverains ne se firent pas faute d’utiliser leurs pierres pour d’autres constructions et l’on vendit celles des portes.

Premières confrontations religieuses Pendant toute cette période les problèmes religieux vont dominer la vie de la communauté parodienne. L’affrontement, en partie légendaire, entre les frères Jayet peut servir de prologue à cette longue histoire. Pierre était un fabricant de serges, tissus de laine et de soie légers et serrés, en relation avec les banquiers et commerçants de la diaspora italienne à Lyon. Il était marié à une protestante dont il avait épousé la cause. C’est pour faire étalage de sa réussite sociale qu’il s’est fait construire entre 1525 et 1528 une maison dans le style renaissant avec ses deux étages de fenêtres à meneaux entre lesquels s’interposent des rangées de médaillons : figures de chevaliers et emblèmes féodaux, galerie des 22 rois de France sans oublier la représentation de son couple. Cet édifice, le plus remarquable de la ville, a été classé aux monuments historiques en 1865. Quant à son frère, en contribuant au financement de la construction de l’église Saint-Nicolas en vis-à-vis, il affirmait fermement sa fidélité au catholicisme. La nef unique sur laquelle s’ouvraient de petites chapelles était normalement orientée vers l’est. La tour du clocher aux formes pesantes a été construite ultérieurement hors œuvre. Devenue trop petite, elle a perdu son rang paroissial en 1792 au profit de l’église abbatiale. En 1860, on démolit les chapelles et le chevet afin d’aérer l’espace devant la maison Jayet où l’on prévoyait d’installer la mairie.

Évolution des rapports religieux C’est à partir de Genève où Calvin s’était installé en 1541 que les idées protestantes, plus radicales que celles de Luther, se sont propagées jusqu’à Paray-le-Monial. On évalue entre 40 et 50 le nombre de familles converties à cette doctrine vers la fin du , soit un dixième de la population. Mais leur influence ne se mesure pas seulement à leur nombre car ils exerçaient des fonctions importantes dans le commerce, l’industrie (textile et tannerie), voire comme médecins. Ils voyaient dans leur réussite même la confirmation de la justesse de leur engagement religieux. Ils surent aussi rapidement s’organiser, avoir leur lieu de culte et leur école.

Les relations avec la majorité catholique devaient connaître d’importantes fluctuations. Elles sont d’abord très conflictuelles car leurs méthodes étaient marquées par la violence. Il a déjà été question des graves dégradations occasionnées à l’église abbatiale en 1562 après que l’un d’entre eux eut ouvert les portes de la ville à deux chefs calvinistes à la tête d’une troupe de 400 hommes. Mais la liste est longue des attaques huguenotes entre 1569 et 1591 : leur recension occupe toute une page de l’ouvrage de Lavader ! Ces rapports se sont apaisés sous le règne de Henri IV à partir de la publication de l’édit de Nantes en 1598. Leurs institutions, temple et école, ont été reconnues officiellement et Théodore de Bèze, le grand continuateur de l’œuvre de Calvin a pu venir en visite dans la cité. Ils avaient droit à un représentant dans ce qui tenait lieu de conseil municipal. Les brimades devaient se multiplier surtout à partir de 1634. Elles devaient même être orchestrées de manière systématique lorsque Gabriel de Roquette devint évêque d’Autun (1666 – 1702). Sa réputation peu flatteuse devait justifier des critiques acerbes jusqu’au niveau du royaume.