Une affiche est un support de publicité ou de propagande destiné à être vu dans la rue et plus généralement dans les espaces publics. Imprimée sur papier, du tissu ou des supports synthétiques, elle adopte des dimensions variables, pouvant aller jusqu'à plusieurs mètres.

Jean-Alexis Rouchon est considéré comme le premier fabricant d'affiches en couleurs. Son activité disparaît un peu après 1870.

L'affiche gagne ses lettres de noblesse à la fin du avec des illustrateurs comme Jules Chéret ou Alphonse Mucha et des peintres comme Toulouse-Lautrec, qui ne dédaignent plus y avoir recours comme moyen d'expression.

Histoire de l'affiche vignette|redresse| La Musique des chats, une rare affichette conservée imprimée vers 1702 (Fonds Ernest Maindron, 1886). vignette|redresse|Henri Privat-Livemont : affiche pour la marque d'absinthe Robette (1896). vignette|redresse|Weimer Pursell : affiche de l'Exposition universelle de 1933 à Chicago. Principe de l'affichage Le principe de l'affichage remonte à l'apparition des premières grandes agglomérations. Alain Weill cite les notices publiques qui annoncent les décisions officielles : gravure sur stèle à Babylone (tel le Code de Hammurabi), axone (panneau de bois pivotant) en Grèce antique ou album (mur blanchi à la chaux) dans la Rome antique. Ernest Maindron citeL'Affiche illustrée, 1886 les cas d'Alexandrie et de Pompéi, avec comme exemples bien connus des panonceaux privés signalant, là une représentation théâtrale, ici un chien méchant (motifs peints ou en mosaïque).

Sous Charlemagne, apparaît l'affichage des textes de loi par l'intermédiaire d'un registre des notices sur des rouleaux qui étaient expédiés aux comtes, mais l'analphabétisme freine le développement de cette technique d'information à laquelle on préférera longtemps celle de crieur publicAlain Weill, La Préhistoire de l’affiche, , p. 10. L'invention de l'imprimerie vers 1450 permet l'éclosion de l'affiche en Occident au sens moderne. Il est indéniable qu'en Chine, en Corée et au Japon, il exista des systèmes d'affichage antérieurs utilisant le papier et des matrices d'impressions par bloc. Dans le Japon médiéval, le kōsatsu (高札) est un avis gouvernemental affiché aux yeux de tous, soit directement gravé sur bois, soit imprimé Sara Thompson, « A Case Study of Tokugawa Japan through Art: Views of a Society in Transformation », Imaging Japanese History, Boulder, Université du Colorado, 2008, ..

Les premières traces de « réclame », simple feuille imprimée sur le recto et collée sur un mur, surgissent dans la deuxième moitié du pour le compte d'imprimeurs et d'éditeurs vantant leurs productions : à Mayence (affiche de Jean Mentel en 1469), Nuremberg, ou encore à Londres (par William Caxton en 1477"Depuis quand ?", le dictionnaire des inventions, Pierre Germa, page 16) qui annonce les cures thermales de Salisbury, en France l'affiche grand folio dite du Grand pardon de Nostre Dame de Reins en 1482 et surtout à Anvers, où, grâce à Gerard Leeu, l'image apparaît pour la première fois, en plus du texte, pour annoncer la légende de Mélusine en 1491.

Au , naissent les affiches destinées aux spectacles forains, aux loteries, mais aussi aux protestations de nature politique et religieuse. Le pouvoir politique décide d'en contrôler l'usage. Pour Paris et ses faubourgs, à la suite de l'affaire des placards, le roi François signe le un édit qui lui octroie le monopole de l'affichage et en « interdit l'arrachage sous peine de punition corporelle »Alain Weill, L’affiche dans le monde, , p. 12.

Au et au , la gravure sur cuivre se met au service de la publicité : les affiches illustrées de gravures pullulent, promouvant spectacles en tous genres, ventes d'esclaves, recrutement militaire, articles de mode, livres, compagnies de transport, nouvelles boutiques, etc. Le métier d'« afficheur » est alors synonyme de « colleur d'affiches », certains s'organisent en corporations. Mais le gros de la production comprend surtout des affiches typographiées, rapportant à la vente ou aux annonces légales. Quant aux couleurs, le procédé du pochoir limite la production en grand nombreWeill, infra, pp. 17-19. Un arrêt du Conseil d'État du organise l’affichage public et réglemente l’activité des colleurs d’affiches. Au Japon, il n'est pas rare qu'à cette époque, les murs des villes se couvrent d'estampes en couleursEdmond de Goncourt, Hokousaï : l'art japonais au XVIIIe siècle, Paris, Flammarion / Fasquelle, 1922..

Vers 1780, le terme affichiste est utilisé dans un tout autre sens qu'aujourd'hui : il désignait la personne qui colle sur les murs des feuilles périodiques.

Protohistoire de l'affiche vignette|Mur couvert d'affiches à Paris vers 1860. Cliché de Charles Marville.

Placard, réclame, annonce légale ou de vente, souffrent d'un même problème technique : leur format sont limités à la feuille et aux coûts excessifs de la gravure. L'invention vers 1796 de la lithographie par l'Allemand Aloys Senefelder permet l'éclosion de formats plus important et surtout en couleurs, et ce pour un coût moindre. Le premier atelier français ouvre en 1816 grâce à Godefroy Engelmann, qui, dans les années 1830, fait appel à des artistes comme Carle Vernet, Théodore Géricault ou Achille Devéria. Les procédés de presse à la vapeur mis au point par Friedrich Koenig et Friedrich Andreas Bauer permettent de tirer planches à l'heure.

Sous la monarchie de Juillet, l'art publicitaire connaît sa première révolution avec l'éclosion de centaines d'annonceurs. Éditeurs de livres illustrés et d’almanachs, commerçants, inventeurs, industriels, maisons de banque, tous font appel à la technique de l'affiche publicitaire. Les auteurs sont pour la plupart des anonymes, le travail graphique étant non signé et les dessins souvent fort médiocres.

En 1844, un certain Jean-Alexis Rouchon dépose à Paris le brevet d'un procédé qui permet d'atteindre des formats jamais vus, en détournant la technique de fabrication du papier peint (gravure sur bois de 280 x 143 en moyenne), créant des placards colorés collés sur les murs de la ville pour des grands magasins parisiens comme La Belle JardinièreD'après Mariel O'Neill-Karch in The Renaissance in the Nineteenth Century, Toronto, CRRS Publications, 2003, pp.171-178. Aux États-Unis et en Angleterre, les cirques apportent les premières grandes planches en couleurs utilisant la technique de chromolithographie quand en France se développe la gravure sur zinc grâce au procédé Firmin Gillot.

En , Ernest Maindron signe le premier article sur l'affiche en FranceLa Gazette des beaux-arts, juillet 1884.. Il est aussi l'un des premiers à mettre cet art en lien avec le japonisme.

« Âge d'or » de l'affiche en France vignette|Moulin Rouge - La Goulue. (1891) Affiche de Toulouse-Lautrec.|alt=

Selon le critique d'art Alain Weill et l'essayiste Max GalloMax Gallo, L'Affiche miroir de l'Histoire, Paris, Robert Laffont, 1973, ., l'art publicitaire et celui de l'affiche apparaissent en même temps, entre 1848 et le début du Second Empire, au moment où la bourgeoisie industrielle prend l'ascendant sur l'économie et les spectacles. Le Français Jules Chéret est regardé comme « le père de l'affiche artistique », il a pour premiers clients les Folies-Bergère mais aussi des industriels et des commerçants (Vin Mariani, Saxoléine, Cosmydor, Pastilles Géraudel, JOB, etc.). En 1889, lors de l'Exposition universelle, son œuvre est présentée et, pour la toute première fois, l'affiche est reconnue comme un moyen d'expression artistique. Dès lors, une foule de créateurs va s'emparer de ce médium.

Avant 1896, Chéret avait produit près de 1000 affiches et lancé un périodique appelé Les Maîtres de l'affiche qui, durant cinq ans, proposa de reproduire les créations des plus grands créateurs européens.

Entretemps, vers 1890, le mouvement est lancé, surtout que la loi du 29 juillet 1881 proclame une liberté absolue d'affichage. En 1891, l'engouement des collectionneurs et des amateurs est si important qu'Octave Uzanne qualifie cette mode d'« affichomanie » et le marchand Edmond Sagot publie le premier catalogue du genre. En Angleterre, les Beggarstaffs et Dudley Hardy tracent le sillon qui devait les conduire à faire imprimer leurs œuvres à Paris chez Chaix, à l'instar de la plupart des créateurs européens. La Ville lumière devient, à la Belle Époque, la Mecque de l'affiche artistique, polarisant des créateurs italiens comme Leonetto Cappiello et bien sûr, des peintres comme Toulouse-Lautrec. L'affiche permet l'expression d'un style appelé art nouveau avec des figures dominantes comme Eugène Grasset, Alphonse Mucha ou Jules Grandjouan, créateur de l'affiche politique illustrée.

À la fin du , l'affiche a conquis, outre les collectionneurs, le monde entier ; elle a droit à ses propres expositions (dont celle au cirque de Reims en 1896), ses concours, notamment à New York avec Edward Penfield, et à Chicago, où William H. Bradley et des magazines comme The Inland Printer, The Chap-Book ou The Poster font figure de pionniersDavid Jury, Graphic design before graphic designers. The printer as designer and craftman 1700-1914, Thames & Hudson, 2012, p. 215 .

En Allemagne, l'affiche arrive plus tardivement, notamment à Munich vers 1896 avec des pionniers comme Josef Rudolf Witzel et Franz von Stuck et se poursuivra à travers le ou Sachplakat (« affiche-objet ») avec des créateurs comme le prolifique Ludwig Hohlwein ou Lucian Bernhard, lequel invente ce concept (un objet, un message). En 1910, il cofonde avec Hans Sachs, le magazine Das Plakat. L'affichomanie gagne l'Allemagne dès avant 1914. En 1938, Sachs avait réuni la plus grande collection au monde d'affiches artistiques René Grohnert, « Hans Sachs. Der Plakatfreund. Ein außergewöhnliches Leben 1881-1974 », Berlin, Deutschen Historischen Museum, juin 2009 — archives en ligne..

Avant-gardes entre rationalisation et expérimentation vignette|alt=Colleur d’affiche dans une rue de Vienne en Autriche, photographié par Emil Mayer au début du .|Colleur d’affiche dans une rue de Vienne en Autriche, photographié par Emil Mayer au début du .

Au tournant du siècle, l'affiche devient, comme l'estampe, un objet de collection, et reflète l'anti-académisme. La France, à partir de 1902, semble s’essouffler. À travers ce que les critiques de l'époque regroupent sous le label « Art nouveau », pointent déjà des œuvres résolument avant-gardistes, comme celles de Henri Bellery-Desfontaines, Maxfield Parrish, Lucian Bernhard, Peter Behrens, Koloman Moser qui annoncent l'art déco et le futurisme. C'est aussi à cette époque que naissent les premières affiches de cinéma.

La Première Guerre mondiale, loin de mettre un frein à la production, voit l'éclosion de l'affiche de propagande. Avec la révolution russe, des artistes comme Alexandre Rodtchenko et El Lissitzky, marient cubisme et géométrisme, puis intègrent le photomontage. Un renouveau typographique émerge à la fin de la guerre avec des artistes comme Kurt Schwitters issu du dadaïsme et Piet Zwart issu du mouvement De Stijl. En Allemagne, dans les années 1920, l'école allemande du Bauhaus, avec notamment Jan Tschichold, influence le Français Cassandre, qui signe plusieurs affiches célèbres pour les vins Nicolas ou Dubonnet, mais surtout pour l’iconique affiche Normandie, réalisée pour la mise en service du plus grand paquebot du monde.

Quant à eux, les tenants de l'art déco voient en Paul Colin, Jean Carlu et Léo Marfurt ses meilleurs représentants.