Le wing chun ou wing chun kuen () est un art martial chinois traditionnel, originaire du Sud de la Chine, destiné au combat rapproché, incluant des techniques à mains nues et le maniement d'armes.
Très développé à Hong Kong et Taïwan, le wing chun a bénéficié au d'une rapide expansion en Europe et aux États-Unis, en raison notamment de la notoriété de l'acteur Bruce Lee dont un des maîtres fut Yip Man, et de méthodes modernes d'enseignement.
Noms et transcriptions
En Chine, cet art martial est généralement désigné par 咏春拳 (écriture simplifiée) ou 詠春拳 (écriture traditionnelle). S'il s'écrit de manière quasiment identique en traditionnel et simplifié, il n'est pas prononcé et transcrit de la même manière selon les régions et leurs dialectes : Yǒngchūn quán en pinyin mandarin, wing-chun kuen en Wade-Giles cantonais. Il est formé de 2 termes : 拳(quan/kuen) qui signifie « poing, boxe » et du terme 詠春 (wing-chun en cantonais) ; le nom complet est ainsi traduit par « boxe du wing-Chun ».
Dans sa désignation courte, l'art martial est désigné simplement par ces deux sinogrammes : le sinogramme 詠 yǒng/wing : « chanter, entonner... » le sinogramme 春 chūn/chun : « printemps, vitalité... »
Cet art martial est parfois désigné par 永春, caractères différents de 詠春, mais prononcés et transcrits de manière identique : Ils sont traduits littéralement par « printemps éternel », le caractère 永 signifiant « éternel, sans fin ». Ces caractères désignent aussi la région du Yongchun à côté de la ville de Quanzhou (Fujian). Si l'usage de 詠春 semble aujourd'hui privilégié pour les styles wing chun, 永春 apparaît toujours dans le nom d'autres arts martiaux du Sud de la Chine (avec 永春 souvent transcrits Weng Chun) ; par exemple le jee shim weng chun et le wing chun bak hok kuen (永春白鶴拳)Usage de 永春 par plusieurs branches, dont notamment Pan Nam lui-même, attesté par Leung Ting dans Roots and Branches of Wing Tsun et par les auteurs de Complete Wing Chun. Voir aussi http://weng-chun.com et http://www.yongchunbaihechuen.com.
En Occident, le nom de cet art martial a été transcrit de manière variable en raison de l'utilisation de méthodes de romanisation des langues chinoises différentes ou personnelles, et des différences de prononciation selon les langues chinoises (mais le cantonais a été souvent privilégié) ou selon les langues occidentales. De plus, certains maîtres de wing chun créèrent volontairement leur propre terme, afin de dissocier leur enseignement personnel des enseignements traditionnels. Par exemple, le terme ving tsun de Yip Man ou la marque commerciale WingTsun de Leung Ting.
Finalement, cet art martial est prononcé de manière assez identique en Occident, mais s'écrit avec de nombreuses orthographes : ving tsun, wing tsun, wing tsung, yongchun, weng chun, wyng tjun, ving tjun, wing tzun, wing tschun… bien que l'écriture wing chun soit la plus courante pour s'appliquer à toutes les familles de cet art martial« As the art grows in popularity, many different Romanizations for the Chinese characters "wing chun" continue to be created, often as a result of the local dialect and pronunciation. This results in the ability to determine a lineage, student/teacher family tree or origin, by the spelling alone. The most common spelling is "wing chun", which applies generally to all families. » - Wayne Belonoha, The wing chun compendium, p.20.
Histoire et légendes
Le wing chun aurait été créé dans la province du Fujian en Chine il y a plus de trois siècles. L'histoire du wing chun était initialement transmise oralement de maître à élèves, plutôt que transcrite dans des documents. Il s'avère donc difficile de confirmer ou clarifier les différentes affirmations sur sa création. Certains auteurs ont cherché à appliquer les méthodes philologiques de la critique radicale aux récits oraux du wing chun et d'autres arts martiaux chinois. D'autres ont tenté de discerner l'origine véritable du wing chun par l'analyse de ses techniques. Les premières mentions de cet art martial dans des documents non contestés apparaissent seulement au , à l'époque du maître Leung Jan (1826-1901), rendant son histoire ultérieure et les divergences des différentes branches plus propices à la vérification documentaire.
La légende rapportée par certaines traditions orales, rattache la création de cet art martial à une jeune femme nommée Yim Wing-chun, vers le , à l'époque de la destruction par le gouvernement Qing d'un légendaire monastère Shaolin du Sud. Selon Yip Man, cette jeune femme aurait refusé la proposition d'un mariage avec un seigneur local. Pour faire accepter cette décision, Yim aurait été obligée de vaincre le potentiel mari dans un duel martial. Elle demanda alors à une nonne bouddhiste, Ng Mui, légendaire survivante Shaolin, de lui enseigner l'art du combat. Ce style, jusque-là sans nom, permit à Yim Wing-chun de vaincre son opposant. Plus tard, maître Ji Sin de la Société secrète Ciel et Terre enseigna à Yim Wingchun la technique des six bâtons et demi, faisant du bâton une arme longue dans le système Wingchun. Un autre membre de la Société Ciel et Terre, Miu Hin, lui enseigna une série de techniques de couteaux doubles Taiping. Yim Wingchun adapta les techniques des doubles couteaux et des longs bâtons dans le système Wingchun, qui furent plus tard appelées technique des huit couteaux à découper et technique des six bâtons et demi du WingchunBlog Wing Wing de ligné Yip Man seconde génération.. Elle épousa par la suite un certain Leung Bok-chau et lui enseigna cet art martial, qu'il nomma par la suite wing chun, en référence au nom de son épouse.
vignette|Artiste d'opéra cantonais, 1927 Les recherches contemporaines tendent à confirmer que cette légende n'a aucun caractère historique. Plusieurs hypothèses existent : l'une d'elles relie la création du wing chun à des membres d'une troupe d'artistes d'opéra cantonais de la « Jonque Rouge », naviguant dans le delta de la rivière des PerlesVoir Chu, Ritchie et Wu, reprenant notamment certaines armes ou techniques des bateliers hakka. Selon une autre hypothèse historique, Yim Wing-chun (嚴詠春) était une société secrète, en résistance contre l'envahisseur mandchou (dynastie Qing de 1644 à 1912). Le nom de cette société prenait ainsi le sens de rétablissement (« renaissance » 詠) et de perpétuation (« éternelle » 春) de l'ancienne dynastie Ming. Ultérieurement, cette secte se serait déplacée en secret en jonque, au sein de la troupe d'opéraVoir 儮史詠春拳 Lì shǐ yǒng chūn quán, 佛山人民出版社 Fúshān rénmín chūbǎn shè, 1978, imprimé en République Populaire de Chine</ref> (page traduite sur .
Au , la transmission du wing chun a souffert de la révolution culturelle (1966-1976). Devant la montée en puissance des Gardes rouges, de nombreux maîtres quittèrent le pays et se réfugièrent dans le Sud de la Chine continentale, c’est-à-dire à Hong Kong (alors colonie britannique), Formose (Taïwan) et au Viêt Nam. De ce fait, dans les années 1960, seule l'école à Hong-Kong de maitre Yip Man (1893-1972), une école à Foshan (Wing Chun Fat San) et une école taïwanaise existaient encore.
Les différents styles de wing chun se sont propagés ultérieurement, mais c'est le style de Yip Man qui domina largement par sa diffusion mondialeThomas A. Green, Martial arts of the world: an encyclopedia, Volume 1. Parce qu'il fut le premier maître à systématiser cet art et à l'enseigner à un large public dès les années 1960. Parce qu'il bénéficia aussi de la notoriété de son ancien élève Bruce Lee (1940-1973) devenu un acteur à la célébrité internationale. À Hong-Kong puis en Europe, son élève Leung Ting (1947-) favorisa encore la diffusion par une méthode d'enseignement structurée (système, uniforme, grades, diplômes). Notons encore Wong Shun-leung (1935-1997), Pan Nam (1911-1995) et Lo Man-kam (1933-) qui contribuèrent notablement au développement mondial du wing chun. Aujourd'hui, le wing chun est ainsi devenu un des arts martiaux chinois les plus pratiqués au monde, et il ne semble pas s'orienter vers une pratique sportive.
Branches du wing chun
Les branches du wing chun désignent des traditions et interprétations différentes du wing chun, et les relations entre maîtres et élèves qui perpétuent ces traditions. Ces pratiquants se réclament tous d'un art martial calligraphié « 詠春拳 » en entrée de porte, selon la tradition. S'il existe des différences dans la pratique et les techniques, entre les différentes branches et écoles, il demeure toujours un air de famille, c'est-à-dire une base identique de principes et techniques.
Il n'existe aucune organisation internationale contrôlant ou certifiant les lignées des différentes traditions, ou le contenu de l'enseignement dispensé. Les branches ci-dessous sont définies selon des publications détaillant les arbres des lignées (de maître à maître), sans classement particulierVoir Complete Wing Chun: The Definitive Guide to Wing Chun's History and Traditions., Chu & Ritchie & Wu, 1998 et Roots and Branches of Wing Tsun, Leung Ting, 2000-2003. Les écoles de Yip Man : Provenant d'abord du Foshan, il émigra à Hong-Kong. Il ne se revendiqua jamais comme shifu. Branche Yuen Kai-San : Provenant de la ville de Guangzhou, fondé par Yuen Kai-San et dirigé par Sun Nung Branche Gulao (Koo Lo) : Provenant du village natif de Leung Jan, avec un style simple orienté vers le combat libre Branche Pan Nam : Provenant de Foshan, fondée par Pan Nam. Ce style serait l'un des plus pratiqués en Chine continentaleVoir 咏春拳 续三 (Yǒng Chūn quán, volume trois), 韩广 玖编著 (Hán Guǎngjiǔ Biān Zhù), 2001, volume 3, , imprimé en République Populaire de Chine. Branche Nanyang : Regroupe les branches de l'Asie du Sud (Thaïlande, Malaisie, Singapour…) Branche Pao Fa Lien Branche Hung Suen Branche Jim Shim
D'autres courants mineurs existent au Vietnam et au Cambodge, ainsi qu'en Corée du Nord.
Principes et techniques
Quelques principes fondamentaux du wing chun : Protège toujours ton centre, que ce soit dans l'attaque ou la défense. Utilise la force de l'adversaire pour la retourner contre lui. Utilise les principes de déviation de force pour la défense et la ligne droite pour l'attaque. Lorsque le pont a été établi, reste collé aux avant-bras de l'adversaire (principe des "mains collantes" , CHI-SAO) car l'information transite plus rapidement par le contact que par l'œil. Si la force adverse est trop grande, cède et utilise ton système de déplacement pour te restructurer. Si l'adversaire recule, suis-le et maintiens la pression ; ne le laisse pas reconstruire de nouveaux plans. N'utilise pas ta force de frappe mais la vitesse et la masse de ton corps.
Ses techniques de mains sont particulièrement efficaces pour le combat rapproché jusqu'au corps à corps sans aller au sol. Il s'agit du 黐手 Chī shǒu, les mains collantes. Les bras restent souples au possible en liaison avec une pression constante vers l'adversaire, quoi qu'il tente, ce qui permet de dévier et contrôler facilement les coups afin de protéger son centre (le méridien 陰, renmai précisément), et de placer ses propres frappes à la moindre ouverture de garde de l'adversaire. Les réactions de base des mains sont : Tan sao : réaction sur le bras à une impulsion ne croisant pas le méridien renmai Bong sao : réaction sur le bras à une impulsion croisant le méridien renmai Kao sao : réaction sous le bras à une impulsion ne croisant pas renmai Jam sao : réaction sous le bras à une impulsion croisant renmai