L'architecture en Corée du Nord est une forme importante de l'expression culturelle contemporaine en Corée du Nord. Dans la Corée d'avant la colonisation japonaise, l'architecture était très influencée par la Chine.
En 1953, au sortir de la guerre de Corée, le pays est presque entièrement détruit, c'est dans cette situation que la Corée du Nord se reconstruit fortement, soutenue par l'URSS et ses alliés. La période 1953-1960 est marquée par la reconstruction des villes avec des bâtiments de style néoclassique soviétique et par la volonté de mettre en place une vision socialiste de l'architecture.
À partir des années 1960, Kim Il-sung, dirigeant de la Corée du Nord, engage le pays dans une conception de l'architecture qui introduit des éléments traditionnels coréens sur des bâtiments de style néoclassique.
L'architecture nord-coréenne connaît son âge d'or sur la période de 1970 à 1989. Dans une volonté de faire rayonner le pays et la capitale Pyongyang, de nombreux édifices monumentaux sont construits, le style moderne des bâtiments s’ajoute au style néo-traditionnel.
Le milieu des années 1990 marque une rupture nette avec la décennie précédente, une famine fait surface et peu de constructions sont réalisées. Une reprise intervient dans les années 2000. En 2011, Kim Jong-il meurt, le pouvoir est transféré à son fils Kim Jong-un et les constructions s'accélèrent. À partir de cette date, de nombreux édifices et infrastructures sont construits.
Dans le pays, l'architecture est vue par le régime comme un vecteur de propagande, auquel est combiné l'urbanisme pour mettre en valeur les monuments représentant les dirigeants et l'histoire du pays du point de vue du régime.
Le béton massivement utilisé pour la construction des bâtiments et des monuments est le fruit d'une incapacité à s'approvisionner en matériaux, même si les périodes récentes intègrent des bâtiments avec des éléments en verre.
Historique Origine
Avant la guerre de Corée, la Corée était unifiée, elle a développé son architecture avec des influences chinoises notamment lors de l'ère Choson (1392-1910) où l'influence chinoise néo-confucéenne était très forte. vignette|Bâtiment construit de 1916 à 1926 à Séoul, lieu du pouvoir colonial japonais en Corée, construit sur un lieu de pouvoir coréen En 1910, la Corée est annexée par le Japon, et pendant l'occupation japonaise de 1910 à 1945, elle marque profondément l'architecture en Corée. Le Japon impose sa vision en détruisant de nombreux bâtiments d'architecture coréenne traditionnelle et locale pour des bâtiments d'architecture japonaise. Cela se manifeste, par exemple, avec la construction du siège du gouvernement-général japonais à Séoul.
De la libération à la guerre (1945-1953) gauche|vignette|Façade de l'université Kim Il-sung, construite avant la guerre de Corée, de style néoclassique. De 1945 jusqu'au commencement de la guerre de Corée, la construction a lentement démarré avec un petit nombre de bâtiments.. Pendant la période de l'occupation soviétique (1945-1948) et les années avant la guerre, les édifices construits étaient de style néoclassique. L'URSS est la principale influence durant cette période. L'université Kim Il-sung, l'hôpital de Pyongyang et l'hôtel Haebang sont construits.
Avant la guerre de Corée, le pouvoir a mis en place différents plans de construction, de une à deux années (un pour 1947, un autre pour 1948, un autre 1949-1950, puis aucun pendant la guerre).
Reconstruction rapide après-guerre (1953-1960) Après la fin de la guerre de Corée, toutes les villes du pays ont été très largement rasées à près de 90%. Les bâtiments de l'époque de la colonisation japonaise ont en grande partie aussi été détruits, du fait des bombardements américains même si certaines organisations ont réutilisé des bâtiments de l'époque japonaise, comme le Rodong Sinmun qui a son siège dans un ancien bâtiment japonais. Ces grandes destructions ont laissé un grand espace pour bâtir des villes d'une idéologie nouvelle. Ce nouveau terrain a été pensé par Kim Il-sung comme « un grand jardin d'architecture juche » initiant un nouvel idéal urbain socialiste.
La ville détruite de Pyongyang est l'une des rares dans l'histoire qui a permis aux planificateurs et architectes socialistes de mettre en place leur conception idéale de la ville socialiste.
Plans pour la reconstruction La Corée du Nord a adopté le système de plans quinquennaux, en faisant reposer la construction du pays sur des objectifs quantifiables et des considérations financières en laissant de côté l'aspect conceptuel et esthétique. Le gouvernement nord-coréen a élaboré un projet de reconstruction, appelé plan directeur de 1952 (ou 1953), il a initié le système de places massives reliées par de grands boulevards longés par des bâtiments uniformes de couleurs avec des monuments pensés dans des espaces symboliques positionnés au centre des différents quartiers de la ville. Entre chaque quartier sont prévues des zones tampons pour mieux modérer leur étalement.
Après la destruction de Pyongyang, l'URSS a aidé à définir et à réaliser le plan urbain clair et axial de la ville, l’Allemagne de l'Est a fourni une assistance technique et la Chine communiste a apporté sa main d’œuvre. L'URSS est le plus grand pourvoyeur de l'aide sur les plans conceptuel, technique et en main d’œuvre.
Les architectes nord-coréens ont eu un rôle important dans la conception et la reconstruction de la capitale.
Le premier plan de reconstruction après guerre s'étale sur trois ans, de 1954 à 1956 et a pour objectif principal de retrouver des conditions de vie au niveau d'avant-guerre, et le second sur cinq ans, de 1957 à 1961 a comme objectif de rétablir le cadre de l'industrialisation.
Conception nouvelle Les architectes ont pensé la ville de Pyongyang sur un système équilibrant les zones urbaines et rurales en créant des unités autoproductives. Le système de district unitaire matérialise cette vision en mélangeant le tissu industriel et résidentiel, permettant aux produits d'être consommés proches du lieu de production. La conception originelle de Pyongyang est pensée pour un million d'habitants avec une densité de population de 20-25%, représentant 300 à 600 résidents par hectare. Les architectes ont soigneusement pensé l'insertion de zone vertes dans l'organisation de la ville, avec en premier lieu des zones paysagères le long des rives du fleuve Taedong et le long des grands boulevards. Les parcs de loisirs ont aussi été implantés près des lieux de production pour permettre aux travailleurs de mieux se reposer, tout en les insérant dans des zones historiques ou mémoriels.
Méthode de construction Pour les deux plans, le facteur déterminant dans le secteur de la construction a été la standardisation de l'architecture pour assurer l'avancée rapide des bâtiments. La production de masse des matériaux de construction et la mécanisation ont permis de rendre la construction plus efficace.
La fabrication de structures standardisées préfabriquées a été mise en avant par Kim Il-sung pour les maisons et les écoles pour notamment réduire le temps et les coûts de construction, et en améliorer la qualité. À partir de 1957, cette méthode a largement été répandue dans le pays. Pour résoudre le problème de la main d’œuvre manquante pour la construction de maison, le pays a initié le mouvement chollima pour stimuler la production de masse le plus rapidement possible. Ce mouvement a joué un rôle clef pour achever le plan de cinq 1957-1961 un an plus tôt que prévu (soit 1957-1960).
Style Avec la mort de Staline en 1953, de nombreux pays socialistes ont conduit à des changements dans l'architecture de ses pays, en revanche la Corée du Nord a continué dans le style néoclassique soviétique.
Les différentes villes en Corée du Nord ont été pensées sur le même modèle dans le style néoclassique socialiste (ou néoclassique stalinien). Ce style se caractérise par une symétrie axée sur l'entrée du bâtiment qui se positionne au centre, la verticalité des édifices élèvent les bâtiments sur des colonnes.
Hamhung Le centre des villes en dehors de la capitale est aussi pensé sur un modèle avec une grande place centrale bordée de bâtiments monumentaux, comme la place de Hamhung, entourée du Grand théâtre de Hamhung.
Hamhung suit le modèle est-allemand d'urbanisation et notamment adopte le style de maison inspiré du Bauhaus, tout en incorporant un style coréen traditionnel.
Constructions La place Kim Il-sung a été construite en quelques semaines en 1953. En 1954, le Musée d'Art coréen et le Musée central d'histoire de Corée sont sortis de terre le long de la place.
Cette phase de reconstruction a permis de construire des appartements, la gare de Pyongyang, trois hôtels ainsi que des musées. Cette phase est aussi marquée par la construction de longues rangées parallèles de maisons d'habitation très simples, à un étage.
L'année 1960 marque à la fois le pic de la phase réaliste socialiste dans l'architecture et la fin officielle de la reconstruction d'après guerre. La direction prise va vers une architecture assumée comme nationaliste.
Naissance d'une architecture nationale (1960-1970) En 1954, Kim Il-sung lance les prémisses de cette période en déclarant que l'architecture devait utiliser des styles coréens traditionnels à l'esthétique et aux besoins modernes.
Dans les années 1960, Kim Il-sung lance une nouvelle stratégie architecturale pour le développement de Pyongyang. La nouvelle stratégie se concentre sur cinq points : le prolongement des grands boulevards, la construction de haut bâtiment le long des boulevards, la création d'institutions culturelles et civiques de grande ampleur, l'implantation de statues et de places, ainsi que des infrastructures de loisirs pour les étrangers. Dans cette vision architecturale néo-traditionnelle, Kim Il-sung reprend à son compte le slogan « national dans la forme, socialiste dans le contenu ».
L'architecture néo-traditionnelle consiste en des extérieurs de bâtiments modernes mais en leur appliquant des motifs traditionnels. Les bâtiments publics de cette période expriment ce style avec des toits de tuiles traditionnelles , des façades décalées et des peintures colorées de type dancheong. Ces bâtiments sont très souvent des grandes structures publiques qui servent de lieux culturels.
La nouvelle stratégie architecturale est rentrée par certains aspects en contradiction avec le plan directeur de 1953. Mettant parfois à mal l'idée des quartiers centraux, les lieux symboliques se sont peu à peu centralisés dans le centre-ville au lieu d'être répartis dans toute la ville. La pénurie de logements sociaux y a aussi provoqué un grignotage des zones tampons prévues par le plan directeur de 1953, censées être des espaces paysagers. De nouveaux immeubles d'habitations plus hauts que les précédents sont construits. Le métro de Pyongyang est achevé en 1973.
La construction du Grand Théâtre de Pyongyang en 1960 et le restaurant Okryugwan en 1961 reflètent ce style. Le monument de Chollima, construit en 1961, représente l'ouverture de cette période, avec la symbolique du mouvement du même nom qui exhorte à accélérer le développement du pays.
Cette période correspond au plan de sept ans, de 1961 à 1967 qui a été étendu jusqu'en 1970.
L'âge d'or (1970-1989) Les années de 1970 à 1989 marquent un âge d'or dans le nombre de structures construites dans le pays, où plusieurs raisons expliquent cette évolution. Ainsi, le dirigeant Kim Il-sung délègue à son fils Kim Jong-Il la supervision des productions artistiques, les arts deviennent véritablement un relais massif de propagande et de mise en valeur du régime, et la réforme de la constitution de 1972 fait passer la capitale du pays de Séoul à Pyongyang.