L'Alsace et la Lorraine, territoires du Saint-Empire romain germanique situés entre la Meuse et le Rhin, ont été annexés par le royaume de France entre les . Par la suite, une partie de ces territoires (appelée « Alsace-Moselle » pour être géographiquement plus précis) a fait l'objet d'un rattachement à l'Empire allemand au , avant de redevenir français à la fin de la Première Guerre mondiale. Ces mêmes territoires seront, de fait, intégrés directement au Troisième Reich pendant l'Occupation, mais sans que leur annexion ait fait l'objet d'un article de l'armistice du 22 juin 1940. Ainsi, pendant toute la durée de la guerre, ces territoires relèvent juridiquement de la France.

Contexte historique thumb Les territoires du Saint-Empire romain germanique, correspondant aujourd'hui aux provinces historiques de l'Alsace et de la Lorraine étant très fragmentés, il fut relativement facile, pour le royaume de France, d'y appliquer une politique annexionniste en fonction d'une frontière « naturelle », le Rhin. Ainsi, furent progressivement annexés par le royaume de France les territoires des Trois-Évêchés, l'Alsace et les villes de la décapole, puis Strasbourg, et enfin, ceux relevant du duché de Lorraine. Au , une partie de ces territoires, considérés comme germaniques, ou ayant longtemps relevé de l'ancien Saint-Empire, furent annexée par l'Empire allemand nouvellement créé, de 1871 à 1918, puis par le Troisième Reich, de 1940 à 1945.

Annexions françaises () La Marche d'Austrasie

Les territoires du Saint-Empire romain germanique, correspondant aujourd'hui aux régions Moselle et Alsace, étant très fragmentés jusqu'au , il fut tentant pour le royaume de France d'y appliquer une politique annexionniste, justifiée par une frontière « naturelle », le Rhin. Ainsi furent annexés par la France les territoires des Trois-Évêchés, ceux de Strasbourg, des villes de la décapole, puis ceux du duché de Bar et du duché de Lorraine.

Annexion de l'Alsace (1648–1697) Le , la rivalité entre la Maison d'Autriche et les Bourbons aboutit aux Traités de Westphalie, mettant un terme à la guerre de Trente Ans. La France, grande gagnante de ce long conflit, étend son territoire à l'Est : Metz, Toul et Verdun sont reconnues françaises de jure après un siècle de protectorat de facto. La France annexe une partie de l'Alsace, en particulier le landgraviat de Haute-Alsace (ancien comté de Sundgau) et les villes de la Décapole alsacienne.

En 1675, la bataille de Turckheim, perdue par les Impériaux, permet à la France d'annexer de nouveaux territoires en Alsace.

thumb|Document relatant la création de la médaille commémorant la « Réduction des dix villes d'Alsace en 1680 », extrait de Médailles sur les principaux évènements du règne entier de Louis le Grand, avec des explications historiques par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1723.

La mise en place de « Chambres de réunion » à Metz, à Besançon et à Brisach, permet à Louis XIV d'annexer de nouveaux territoires sans combattre : c'est la Politique des Réunions. Ainsi, par un arrêt du , le conseil d'Alsace réunit au royaume de France les bailliages de Kutzenhausen, Bergzabern, Annweiler, Guttemberg, Gossersweiler, Vogelbourg, Otbourg, Cleebourg, Falkenbourg, les villages de Rechtenbach, la moitié du village de Dambach, ainsi que le château et village de Riedseltz. Par un arrêt du , le conseil d'Alsace réunit au royaume les comtés de Hanau-Lichtenberg et d'Oberbrunn, la baronnie de Fleckenstein, les bailliages de Gressenstein, Wafslen, Barr, Illkirch, Marlem, Bischwiller et Reichshoffen, les bailliages de Sulz, Guebwiller, Rouffach, Marckolsheim et Marmoutier, le comté de Dagsbourg (Linange-Dabo), la principauté de La Petite-Pierre, et Murbach, le comté d'Horbourg, la seigneurie de Riquewihr, le Ban de la Roche, les terres et seigneuries de l'évêché de Strasbourg et Saint-Hippolyte. En , avec la signature du traité de Ryswick, Louis XIV annexe définitivement à la France les quatre cinquièmes de l'Alsace, notamment Strasbourg et les villes de la Décapole.

Annexion de la Lorraine (1552–1766) Dès 1301, pour s'être opposé au roi de France, le comte de Bar doit prêter hommage au souverain français pour la partie de son comté située en rive gauche de la Meuse, dès lors dénommée Barrois mouvant. La partie orientale du comté de Bar de même que le duché de Lorraine demeurent dans le Saint-Empire romain germanique. Partie intégrante du Saint-Empire, les villes libres de Metz, Toul et Verdun et les principautés épiscopales attenantes sont, en , au terme de la chevauchée d'Austrasie, annexées à la France de facto par le roi de France Henri II, alors allié aux protestants allemands. Henri II impose par ailleurs un régent francophile au jeune duc de Lorraine et de Bar, Charles III, qui de ce fait sera élevé à la cour de France. En 1633, malgré l'engagement antérieur de respecter les coutumes particulières des Messins, Toulois et Verdunois, le royaume de France installe un parlement à Metz dont la juridiction s'étend sur les Trois-Evêchés. En 1648, par les traités de Westphalie, évêchés et villes impériales sont annexés de jure.

En , avec le Traité de Vincennes, le roi de France restitue au duc de Lorraine le duché de Bar en échange de plusieurs villages lorrains, afin de créer un corridor qui lui permet de rejoindre directement l'Alsace sans passer par une terre étrangère. La capitale et le duché sont de nouveau occupés en 1670 jusqu'en 1697.

La politique annexionniste des Réunions se poursuit en Lorraine. La chambre de Metz réunit successivement au royaume de France : par un arrêt du , le château et comté de Veldenz ; par un premier arrêt du , les terres et châtellenies de Condé-sur-Moselle et de Conflans-en-Jarnisy ; par un second arrêt du , la ville, château et terre de Commercy ; par un arrêt du , le comté de Vaudémont, celui de Chaligny et la châtellenie de Turquestein-Blancrupt ; par un premier arrêt du , la ville et château d'Épinal ; par un second arrêt du , la ville et châtellenie de Sarrebourg ; par un arrêt du , le château, ville et seigneurie de Nomeny et la terre et ban de Delme ; par un premier arrêt du , le château et ville de Hombourg et la ville de Saint-Avold ; par un second arrêt du , la ville, château, châtellenie et seigneurie d'Albe (Sarralbe) ; par un arrêt du , la ville, terres et seigneurie de Marsal ; par un premier arrêt du , le château et seigneurie de Sampigny ; par un second arrêt du , les château, ville, châtellenie et prévôté d'Hattonchâtel ; par un arrêt du , les terres et seigneuries de Salm et Pierre-Percée ; par un arrêt du , la ville, château et baronnie d'Apremont ; par un arrêt du , la terre et seigneurie de Mars-la-Tour ; par un arrêt du , la ville de Blâmont et les terres et seigneuries de Mandres-aux-Quatre-Tours, Deneuvre et Amermont ; par un arrêt du , le château de Lutzelbourg ; par un arrêt du , la terre et seigneurie de Briey ; par un premier arrêt du , le comté de Deux-Ponts ; par un second arrêt du , le château, comté et seigneurie de Castres ; par un arrêt du , la ville et seigneurie de Dieuze ; par un arrêt du , le château, bourg et comté de Sarrebruck ; par un premier arrêt du , le comté de Sarrewerden et Bouquenom ; par un second arrêt du , la ville, terre et seigneurie d'Ottwiller ; par un premier arrêt du , la terre et seigneurie de Bousseviller ; par un deuxième arrêt du , les terres et seigneuries de la Marck, Marmonstier et Ochsenstein ; par un troisième arrêt du , le château et seigneurie de Trognon ; par un arrêt du , la seigneurie de Sierck et la ville de Port (Saint-Nicolas) ; par un arrêt du , le château, terre et seigneurie de Créhange ; par un premier arrêt du , la ville, terre et seigneurie de Virton ; par un second arrêt du , le château, terre et seigneurie de Bitche ; par un premier arrêt du , le château, terre et seigneurie d'Oberstein ; par un second arrêt du , le château, terre et seigneurie de Rembercourt-aux-Pots ; par un arrêt du , le château et bourg de Mussey ; par un arrêt du , le château, terre et seigneurie de Réchicourt ; par un arrêt du , la ville d'Étain ; par un arrêt du , le comté de Morhange ; par un arrêt du , la terre et seigneurie de Domèvre ; par un arrêt du , la ville et seigneurie de Gondreville ; par un arrêt du , la ville et seigneurie de Neufchâteau ; par un arrêt du , les villes et seigneuries d'Arrancy et de Pierrevillers ; par un arrêt du , le comté de Chiny ; par un arrêt du , le comté de Vaudémont ; par un arrêt du , les seigneuries, prévôtés et châtellenies de Pont-à-Mousson, Saint-Mihiel et autres.

Le traité de Ryswick rend au Barrois et à la Lorraine leur indépendance et leur souverain légitime, Léopold . Neveu de l'empereur, le jeune duc épouse une nièce de Louis XIV, Élisabeth-Charlotte d'Orléans, qui paradoxalement deviendra l'âme de la résistance à la politique annexionniste de la France.

En 1702, la guerre de Succession d'Espagne est prétexte à une quatrième occupation française des duchés de Bar et de Lorraine.

En 1733, la guerre de Succession de Pologne produit les mêmes effets.

Pour faciliter son mariage et son élection à la tête du Saint-Empire, le duc François III de Lorraine consent, malgré les objurgations de sa mère, à échanger ses duchés patrimoniaux contre la Toscane. Le duché de Bar et le duché de Lorraine sont donnés à titre viager à Stanislas Leszczynski, beau-père de Louis XV, roi détrôné de Pologne. Il est convenu qu'à la mort du souverain, Barrois et Lorraine deviendront Français. Stanislas abandonne l'administration du duché à son gendre. Il meurt en 1766.

Annexions de principautés et d'enclaves (1766–1814) De 1769 à 1786, de multiples traités entre la France et les Princes d'Empire visent à régulariser peu à peu le tracé de la frontière. En plusieurs endroits, les cours d'eau indiquent la démarcation ; nombre d'enclaves de part et d'autre disparaissent, mais la frontière ne consiste toujours pas en une seule limite.

Pendant la Révolution française, les territoires suivants sont rattachés à la France (année de la réunion entre parenthèses) :

Comté de Créhange (1793) ; Comté de Dabo (1793) ; Comté de Sarrewerden (1793) ; Obersteinbach, localité du landgraviat de Hesse-Darmstadt (1793) ; Principauté de Montbéliard (1793) ; Principauté de Salm (1793) ; Seigneurie de Lixing (1795) ; Enclave autrichienne de Manderen (1795) ; Enclave du Saint-Empire de Zetting-Dieding (1795 ou 1797) ; Enclave du Saint-Empire de Hundling (1797) ; Enclave du Saint-Empire de Rouhling (1797 ou 1798) ; République de Mulhouse, alliée aux cantons suisses (1798).

Annexions allemandes () Traités de Paris de et

En Lorraine, par le traité de Paris (1814), la Moselle perd au profit de la Prusse plusieurs communes et hameaux, dont le Canton de Tholey ainsi que sept communes du Canton de Sierck-les-BainsClaude Philippe de Viville, Dictionnaire du département de la Moselle : contenant une histoire abrégée, 1817..

En 1815, une partie des cantons mosellans de Relling et Sarrelouis, ainsi que la totalité de ceux de Sarrebruck et Saint-Jean, deviennent Prussiens. Certaines communes et hameaux de ces cantons redeviennent plus tard français par la convention de délimitation du 23 octobre 1829Ernest de Bouteiller : Dictionnaire topographique de l'ancien département de la Moselle :..., Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, Imprimerie nationale, Paris, 1868..

En Alsace, le Bas-Rhin perd en 1815 tous les territoires au nord de la LauterTraité de paix signé, à Paris, le 20 novembre 1815, dont certains avaient été gagnés via le premier traité de Paris de 1814. Soit les 4 cantons de Bergzabern, de Candel, de Dahn et de LandauJean-Frédéric Aufschlager, L'Alsace : nouvelle description historique et topographique des deux départements du Rhin, tome second, Strasbourg, 1826.

Annexion par l'Allemagne de l'Alsace-Moselle (1871–1919)