La conscience est la faculté d'un individu de se connaître dans sa propre réalité et de juger celle-ci en conséquence ; il s'agit donc aussi de cette connaissance elle-même. Le terme peut faire référence à divers concepts philosophiques et psychologiques. Il peut notamment désigner la conscience morale, la conscience de soi, la conscience phénoménale, ou un état d'éveil.

Avant le , la conscience n'a qu'une seule valeur morale en français. Et c'est seulement à partir du qu'apparaît le concept philosophique (1676, Malebranche), avec le passage de la valeur morale du bien et du mal à la valeur psychologique ou métaphysique. Arrivent alors les apports anglais (Locke) et allemands (Wolff, Kant, Hegel) au concept ; au , le mot « conscience » passe dans l'usage au sens rousseauiste de « connaissance immédiate », intuitive ; au , pour Hegel et Marx, la conscience n'est plus le fruit d'une certitude naïve, mais celui d'une médiation (conscience de classe) ; au début du , Sigmund Freud élabore le concept psychanalytique d'inconscient et refuse de limiter le psychisme à la conscience.

Histoire du mot Le Petit Robert définit la conscience comme la ou elle-mêmeLe Petit Robert, « Conscience », Paris, Dictionnaires Le Robert, 1996, , .. D'après Étienne Balibar, bien qu'il ait été forgé au départ par les philosophes pour les termes anciens (en grec et en latin), le concept de « conscience » est devenu Étienne Balibar, « Conscience » (article), dans .. Autrement dit, le mot « conscience » renvoie à .

: d'un côté, on a con-scientia, conscient et conscience ; de l'autre, on a wissen (savoir en allemand), d'où Gewissen et Gewissheit, bewusst (unbewusst) et Bewusstsein, Bewusstheit.

D'après le Dictionnaire historique de la langue française, la conscience n'a qu'une seule valeur morale en français avant le . La conscience en tant que concept philosophique apparaît au avec des philosophes classiques comme Malebranche.

Dans la première moitié du , le Vocabulaire technique et critique de la philosophie distingue les deux catégories suivantes : 1) la « conscience psychologique » (D. Bewusstsein, Selbstbewusstsein ; E. Consciousness ; I. Coscienza), 2) la « conscience morale » (D. Gewissen ; E. Conscience ; I. Coscienza). Bewusstsein (conscience psychologique) et Gewissen (conscience morale) sont distingués pour la première fois par le philosophe allemand Christian Wolff.

Selon le dictionnaire Godin, la conscience (du latin conscientia) peut faire référence à plusieurs concepts philosophiques et psychologiques..

Étienne Balibar parle de .

Étymologie En français, « conscience » est un emprunt (vers 1165) .Alain Rey (dir.), Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française (1e éd. 1992), édition petit format, 1998, réimpression, 2000, tome 1, entrée « Conscience », .. Conscientia, qui signifie avec quelqu'un, correspond ainsi au grec sunneidésis, et oscille quant à son sens .

Le mot s'étant appliqué par la suite à .

Avant le : valeur « morale » de la « conscience » en France

La valeur morale de « connaissance intuitive du bien et du mal » est la seule que connaisse le mot « conscience » avant le .

On retrouve ce sens dans des locutions comme : - bonne conscience (1230) - en conscience (1306, en leur conscience, vieilli sauf dans en leur âme et conscience) - cas de conscience (1609).

Le mot peut contenir une insistance sur (liberté de conscience : l'expression existe déjà avant 1559).

Le Dictionnaire historique de la langue française note certains emplois classiques gardant : la locution mettre la main à la conscience (1673, Molière) renvoie à un geste culturel, ainsi que (se) mettre un verre de vin sur la conscience (1690)

Pris au sens collectif, il exprime .

Quand le sens moral s'applique aux obligations religieuses et professionnelles, on parle de conscience professionnelle, tandis que dans le cas particulier de l'imprimerie, on parle d'un travail de conscience.

À partir du : apparition du concept philosophique vignette|redresse|Nicolas Malebranche (1638-1715). La conscience comme , qui arrive avec , devient un concept philosophique. Le terme français est alors .

Le Dictionnaire historique de la langue française observe toutefois que

Apports anglais et allemands John Locke (traduit en français par Pierre Coste à la fin du ) distingue trois concepts, conscience, consciousness et self-consciousness.

Le mot allemand Bewusstsein pour « conscience » au sens philosophique du terme est de Christian Wolff en 1719, d'où Selbstbewusstsein chez Kant, puis Hegel, termes qui .

vignette|redresse|gauche|Jean-Jacques Rousseau par Maurice Quentin de La Tour. Au (par exemple, chez Jean-Jacques Rousseau en 1762), le concept, passé dans l'usage commun, désigne

vignette|redresse|Karl Marx est à l'origine de la notion de conscience de classe. Le (Hegel, Marx), critique de la , fait de la conscience , comme dans prise de conscience, conscience de classe.

Au début du , Sigmund Freud, en élaborant la théorie psychanalytique, poursuit la critique de ce concept et refuse .

Polysémie En français, le mot « conscience » est donc polysémique. Mais il y a concernant : cette unicité doit-elle être ?

Le Vocabulaire technique et critique de la philosophie d'André Lalande distingue principalement au sens 1) la « conscience psychologique », en allemand : Bewusstsein (conscience), Selbstbewusstsein (conscience de soi) ; en anglais Consciousness (conscience), et au sens 2) la conscience morale, en allemand : Gewissen (conscience) ; en anglais Conscience (conscience).

Outre les deux sens principaux déjà vus, le concept de conscience a de nombreux sens ou manifestations que l’on peut s’efforcer de distinguer, bien que dans certains cas, ces différences soient surtout des différences de degrés : la conscience comme sensation : tout être doué de sensibilité, voire un système automatique, peut être dit, dans une certaine mesure, « conscient » de son environnement, puisqu'il répond à des stimuli ; c'est ce qu'on désigne sous le nom de « conscience du monde » ; la conscience spontanée, sentiment intérieur immédiat ; certains philosophes de l’Antiquité (par exemple les Stoïciens) parlent de « toucher intérieur ». (voir l'article Qualia) ; on peut distinguer une étape supérieure, en signifiant par le mot conscience un état d’éveil de l’organisme, état différent du précédent en ce sens qu’il ne comporte pas de passivité de la sensibilité (cf. en anglais, le mot wakefulness, vigilance, alerte, ou awareness) ; en ce sens, il n’y a pas de conscience dans l’état de sommeil profond ou dans le coma ; conscience de soi : la conscience est la présence de l’esprit à lui-même dans ses représentations, comme connaissance réflexive du sujet qui se sait percevant. Par cette présence, un individu prend connaissance, par un sentiment ou une intuition intérieurs, d’états psychiques qu’il rapporte à lui-même en tant que sujet. Cette réflexivité renvoie à une unité problématique du moi et de la pensée, et à la croyance, tout aussi problématique, que nous sommes à l’origine de nos actes ; ce dernier sens est une connaissance de notre état conscient aux premiers sens. Le domaine d’application est assez imprécis et il comporte des degrés : s’il s’agit d’une conscience claire et explicite, les enfants qui ne parlent pas encore ne possèdent sans doute pas la conscience en ce sens ; s’il s’agit d’un degré moindre de conscience, d’une sorte d’éveil à soi, alors non seulement les enfants peuvent être considérés comme conscients mais aussi certains animaux ; un autre sens du mot conscience a été introduit par le philosophe Thomas Nagel : il s’agit de la conscience pour un être de ce que cela fait d’être ce qu’il est ; la conscience comme conscience de quelque chose (conscience transitive, opposée à l’intransitivité du fait d’être conscient). Cette conscience renvoie à l’existence problématique du monde extérieur et à notre capacité de le connaître ; la conscience intellectuelle, intuition des essences ou des concepts ; la conscience phénoménale (ou sentience), en tant que structure de notre expérience ; à un degré conceptuellement plus élaboré peut exister ou non la « conscience morale », définissable comme la compréhension et la prise en charge par l'individu des tenants et aboutissants de ses actes pour la collectivité et les générations futures.

Dans l’ensemble de ces distinctions, on peut noter une conception de la conscience comme savoir de soi et perception immédiate de la pensée, et une autre comme sentiment de soi impliquant un soubassement obscur et un devenir conscient qui sont, en général, exclus de la première conception. La conscience morale, quant à elle, désigne le sujet du jugement moral de nos actions. De cette conscience-là, on dit aux enfants qu'elle nous permet de distinguer le bien du mal. Voir plus bas.

Conscience (psychologique) D'après Lalande, la « conscience psychologique » (en allemand Bewusstsein ; en anglais consciousness) est une . Selon Hamilton,

Le Lalande donne une autre définition de la « conscience psychologique », extraite de BaldwinJames Mark Baldwin, Dictionary of philosophy and psychology (1901-1905). :

— En réalité, précise une note en bas de page du Lalande, (Maurice Blondel ; Marcel Bernès).

Conscience (morale)

D'après Lalande, la « conscience morale » (en allemand : Gewissen ; en anglais : conscience) est la : quand elle s'applique à des actes futurs, . Suivant les cas, cette conscience est dite .

En ce sens, on parle d'une « bonne conscience » et d'une « mauvaise conscience ».

État de conscience

Dans le vocabulaire juridique du bas latin, où le mot « état » (estate) est employé , que ce soit sur le plan physique ou moral, le Dictionnaire historique de la langue française note que, parmi les nombreux groupes lexicalisés et locutions où figure le terme « état », état de conscience s'emploie en psychologieAlain Rey (dir.), Le Robert.Dictionnaire historique de la langue française (1e éd. 1992), édition petit format, 1998, réimpression, 2000, tome 2, entrée « État » → état de conscience, ..

À l'entrée « état » du Vocabulaire technique et critique de la philosophie comme (en opposition au mouvement, à l'action ou au devenir), l'expression état de conscience (Bewusstseinzustand en allemand ; State of consciousness, feeling, en anglais ; Stato di coscienza en italien) . Selon le Lalande, mieux vaudrait parler de « fait de conscience » (= Fait psychique conscient). Toutefois, il est signalé en note que pour Edmond Goblot, l'expression état de conscience devrait être réservée à la désignation de .

États modifiés de conscience

Les pratiquants de la méditation cherchent à accéder à une prise de conscience (de la conscience), voire à des états modifiés de conscienceJ.G. Henrotte, P. Etevenon, G. Verdeaux. Les états de conscience modifiés volontairement. La Recherche, 1099-1102, 29, décembre 1972, ParisPierre Etevenon et Bernard Santerre, États de conscience, Sophrologie et Yoga, Éditions Tchou, 2006Les états de conscience modifiés.Pierre Etevenon. 3emillénaire, N°127, 14-23, printemps 2018.. C'est une méthode pour entrer en soi et s'interroger soi-même dans la perspective de mieux se connaître et de vivre une expérience subjective intérieure personnelle.

État de conscience minimal

Conscience phénoménale

La conscience phénoménale correspondrait au « ressenti » d'un sujet. La conscience est Sciences Humaines. « Le cerveau en 12 questions », en date de ..

Conscience de soi