Le Front national, ou Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France , est un mouvement de la Résistance intérieure française créé par le Parti communiste français (PCF) par un appel publié le dans le quotidien de ce parti, L'Humanité en vue d'un vaste rassemblement patriotique ouvert aux non-communistes pour rallier les différentes composantes de la société française.
À l'exception d'une certaine implantation dans les milieux intellectuels par le biais du périodique L'Université libre, il fut mis en sommeil à partir de l'automne 1941 en raison de la priorité donnée à trois organisations armées communistes, indépendantes l'une de l'autre jusqu'en , appelées les Bataillons de la jeunesse, l'« Organisation spéciale », et les de la Main-d'œuvre immigrée (MOI)"Danielle Casanova. L'indomptable" par Pierre Durand aux Editions Messidor en 1990. En effet, ces dernières ne se développeront véritablement qu'à partir de la fin 1942 sous l'impulsion de Pierre Villon, représentant du mouvement au sein du Conseil national de la Résistance (CNR).
Il a été homologué par décision ministérielle après la Libération (J.O. du ), puis mis en liquidation par ses membres, n'ayant plus de raison d'être, après avoir accompagné les demandes de reconnaissance des droits de ces résistants et des familles des disparus.
Pendant la guerre, on a également nommé « Front national » : Un organe du comité directeur du « Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France ». Différents journaux clandestins de la Résistance liés à ce mouvement de résistance. Par extension, le terme désignait différents groupes de résistants à l'occupation nazie, disséminés à travers la France.
Histoire Contexte
En , la signature du Pacte germano-soviétique avait mis en porte-à-faux les communistes français qui avaient maintenu la ligne antifasciste poursuivie depuis 1935 et voté les crédits de guerre mais leur refus de désavouer le pacte motiva la dissolution du Parti par le Gouvernement Daladier le . En même temps, des directives précises furent envoyées par l'Internationale communiste : la guerre, d'antifasciste et antinazie, fut désormais considérée comme une guerre impérialiste dont la responsabilité incombait aux Anglais et aux Français aussi bien qu'à l'Allemagne nazie. Cette ligne de neutralité fut, en gros, maintenue jusqu'à l'invasion de l'URSS par l'Allemagne. Le PCF, clandestin depuis 1939, l'était resté dans les deux zones après la défaite de la France et la mise en place du gouvernement de VichyJean-Paul Brunet, Histoire du PCF, PUF, , , 1987, ..
Il revient à Georges Politzer, philosophe et membre suppléant du Comité central du PCF avant la guerre, de mettre en place une presse clandestine ciblant les intellectuels plus ou moins sympathisants communistes. Autour de Politzer, on trouve Danielle Casanova, dentiste et dirigeante des Jeunesses communistes, l'instituteur Pierre MaucheratNotice « Pierre Maucherat (1910 - 1947) », site du Maitron en ligne., le physicien Jacques SolomonNotice « Jacques Solomon », par Nicole Racine, Le Maitron en ligne., le médecin Jean-Claude Bauer<ref>Notice « Jean-Claude Bauer (1910-1942) », par Daniel Vireux, Le Maitron en ligne.</ref> et l'écrivain Jacques DecourNotice « Jacques Decour (Daniel Decourdemanche) », par Nicole Racine, Le Maitron en ligne.. C'est ainsi que sort en novembre 1940 le premier numéro d'une feuille clandestine, L'Université Libre. En décembre 1940, il lance un appel « Aux intellectuels français » à constituer des « comités de résistance » pour combattre « la grande offensive de l'obscurantisme contre la culture française ». En plus de l'Université Libre, parait en février 1941 La Pensée Libre, revue engageant les intellectuels à « être les clercs de notre peuple et non les valets de ses oppresseurs ». Pour mieux cibler les différentes catégories socio-professionnelles, les intellectuels communistes sortent en mars 1941 le premier numéro du Médecin français. Toutes ces initiatives sont prises en Zone occupée, mais Georges DudachNotice « Georges Dudach (1914 - 1942) », par Nicole Racine, Le Maitron en ligne.</ref> sillonne la Zone non occupée pour prendre des contactsDaniel Virieux, La « Direction des intellectuels communistes » dans la résistance française, Sociétés & représentations, 2003/1 ..
Jusqu'à son arrestation, en octobre 1940, Pierre Villon assurait la liaison entre Politzer et Jacques Duclos. Le lancement de l'Université libre aurait donc été décidé avec l'accord du parti. À l'automne 1940, les premiers numéros de l'Université libre se distinguaient de la presse clandestine du PCF par un ton nettement antifasciste, et par la dénonciation de l'antisémitisme de Vichy et de l'occupant. Ce n'est pas le cas de l'appel « Aux intellectuels français » qui se place clairement dans le cadre des analyses sur la guerre impérialiste, tout comme l'Université libre en 1941. La Pensée libre se réclame du marxisme et exalte le système soviétique. Une autre brochure clandestine intitulée L'antisémitisme, le racisme, le problème juif, éditée par le Parti communiste en 1941 et qui est parfois attribuée à Politzer, ne serait pas de luiNotice « Georges Politzer », par Nicole Racine, dans Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, 2000 (Le Maitron)..
Le premier Front national (mai-juin 1941) Avant la rupture du pacte provoquée par l'invasion de l'URSS en juin 1941, l'Internationale communiste avait infléchi sa ligne. Un télégramme envoyé de Moscou au PCF, daté du et signé à la fois de Dimitrov, Thorez et Marty stipulait de suivre désormais une ligne frontiste de libération nationale :
Cette "lutte pour la libération nationale" restait toute relative car elle l'objectif était de:
À la suite de cette directive, le PCF lança un appel daté du s'adressant à «tous ceux qui veulent agir en Français » sauf « les capitulards et les traîtres ». On retrouve en fait dans le texte de l'appel les mêmes termes que dans la directive de Moscou : « Il faut constituer un large front national de lutte pour l'indépendance de la France… avec comme force fondamentale la classe ouvrière de France avec le parti communiste en tête ». « Nous tendons une main fraternelle à tous les Français » proclamait l'appel, et il s'agissait d'un langage nouveau, mais pour autant, l'heure n'était pas encore venue d'un ralliement à la France libre de de Gaulle qui était explicitement récusé dans le texte : « Certains Français et certaines Françaises qui souffrent de voir notre pays opprimé par l'envahisseur placent à tort leurs espérances dans le mouvement de Gaulle… »Daniel Virieux, article Front national, dans Dictionnaire historique de la Résistance, dir. François Marcot, Robert Laffont, 2006, .Henri Amouroux, La Grande Histoire des Français sous l'occupation, dix volumes, éd. Robert Laffont, 1976-1993, Tome 2, .On pourra trouver le texte du tract dans son intégralité dans l'annexe du livre de Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, Ramsay, 1980, .. Des personnalités furent sans doute pressenties pour parrainer cette alliance, car un deuxième manifeste diffusé dans les deux zones en juillet 1941 porte la signature d'un Comité d'organisation du Front national » mais de fait, l'entrée en guerre de l'URSS bouleversa complètement la situation et le virage du PCF vers la lutte armée frappa d'obsolescence les propositions faites dans les différents manifestes pour un Front national et la direction du PCF mit en sommeil les deux comités formés respectivement en zone Nord et en zone Sud. Jusqu'à l'automne 1942, le Front national ne fut qu'une étiquette accolée à un certain nombre d'ententes locales ou socioprofessionnelle formant un ensemble assez disparate et hétérogène.
En pratique, L'Université libre fut le principal organe de la presse clandestine communiste à véhiculer l'étiquette du Front national. À partir de juillet 1941, ce périodique destiné aux milieux intellectuels s'intitula « Organe de la section universitaire du Front national pour l'indépendance nationale ». Le retour à une ligne d'union antifasciste fut accueilli avec joie par l'équipe formée autour de PolitzerNicole Racine-Furlaud, L'Université libre (novembre 1940-décembre 1941 dans Les Communistes français de Munich à Chateaubriand, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 1987, ..
La deuxième mouture du Front national (août 1942-août 1944) L'idée du Front national, lancée en mai 1941, mais très vite abandonnée fut reprise dans le courant de l'été 1942, mais ce n'est qu'à la fin de 1942 que le Front national se constitue réellementStéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, Ramsay, 1980, .. Politzer avait été arrêté le 15 février 1942, et dans le même coup de filet furent également pris ses camarades de L'Université libre Decour et Solomon. Pierre Villon, qui, arrêté en octobre 1940, était parvenu à s'évader du camp d'internement de Gaillon en janvier 42, avait remplacé Politzer à la tête du comité d'intellectuels du Front national de la Zone Nord. De son vrai nom Roger Ginsburger, Villon était un architecte juif alsacien, permanent communiste depuis 1934, que ce soit comme instructeur de l'Internationale des marins et dockers ou dans l'appareil technique du PCF, pour coordonner les différentes maisons d'édition et de diffusion du Parti. Il devait s'imposer comme la cheville ouvrière du Front nationalClaude Willard, Notice Pierre Villon dans Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, 2000.Pierre Villon, résistant de la première heure, entretien avec Claude Willard, Éd. Sociales, 1983..
Dans cette deuxième mouture du Front national, il n'est plus question de faire preuve d'un quelconque ostracisme vis-à-vis des partisans des gaullistes. En janvier 1943, l'organe interne du PCF, La vie du parti précise les limites du recrutement « Doivent pouvoir y prendre place (au Front national) tous les Français voulant lutter effectivement contre Hitler, quelle qu'ait pu être antérieurement leur position politique.
L'absence totale de restriction vis-à-vis du recrutement allait logiquement de pair avec une tendance hégémonique à regrouper tous les patriotes. Ainsi, le 18 mars 1943, lors de la première rencontre avec une délégation du BCRA composée de Passy et Brossolette et représentant la France libre de De Gaulle, Villon qui est entouré de plusieurs personnalités du Front national, mais qui est, d'après le compte-rendu de Passy, le seul à prendre la parole, aurait déclaré « qu'il était bien évident que le Front national devait être appelé à fédérer derrière lui toute la résistance française ». À cette même réunion, Brossolette demanda à Villon si le Front national acceptait de participer au Conseil national de la Résistance (CNR), en cours de constitution. L'accord de participation du Front national au CNR fut donné le au cours d'une seconde rencontre, où cette fois-ci, Villon était accompagné de Frédéric Joliot-Curie. Il fut entendu que le Front national, considéré comme un mouvement, et les FTP considérés comme ses groupes paramilitaires, auraient chacune un représentant au CNR
À partir de la fin de 1941, le PCF avait constitué, sous la responsabilité de Charles Tillon un mouvement de résistance armée qui devait finalement prendre le nom de Francs-tireurs et partisans (FTP) en février 1942. Les FTP avaient été constitués complètement indépendamment du Front national, mais avant la rencontre avec le BCRA, Tillon et Villon se rencontrèrent à Palaiseau afin de faire apparaître les FTP comme la branche armée du Front nationalPierre Villon, résistant de la première heure, entretien avec Claude Willard, Éd. Sociales, 1983, .Charles Tillon, On chantait Rouge, ..