vignette|redresse=1.5|Le char solaire de Trundholm, âge du bronze danois, vers 1 600 av. J.-C. La religion proto-indo-européenne désigne l'ensemble des mythes et divinités associés aux Proto-Indo-Européens, les locuteurs présumés du langage reconstitué indo-européen. Bien qu'il ne subsiste aucun témoignage écrit de ce système de croyance — les Proto-Indo-Européens étaient un peuple sans écriture — les chercheurs en mythologie comparée ont reconstitué celui-ci grâce aux similitudes et correspondances de structures, non fortuites, mises à jour notamment par la reconstruction interne et le comparatisme, dans les littératures traditionnelles des peuples de langue indo-européenne, le système de croyance proto-indo-européen ayant survécu dans les différentes périodes des traditions ultérieures.
Plusieurs écoles de pensée existent concernant les interprétations possibles de la mythologie proto-indo-européenne reconstruite. La mythologie comparée étudie principalement les mythologies indo-iranienne, balte, romaine et nordique, et en partie les mythologies celtique, grecque, slave, hittite, arménienne, illyrienne, et albanaise.
Panthéon Le système tripartite, qui caractérise également l'organisation sociale indo-européenne, se retrouve dans le panthéon indo-européen : La première fonction, la fonction de souveraineté, est incarnée par la caste sacerdotale, chargée de maintenir l'ordre magico-religieux et légal. Les dieux associés à la fonction souveraine sont souvent présentés par paire, dont chacune des parties reflète un aspect particulier : religieux pour Varuna et Odin, légal pour Mitra et Týr ; La deuxième fonction, la fonction militaire, est celle de la caste guerrière et se caractérise par l'usage de la force. Cette fonction se reflète dans les divinités de la guerre : Indra, Mars et Thor ; La troisième fonction se caractérise par la fertilité, la subsistance, et est incarnée par la caste des éleveurs-cultivateurs. Les personnages mythiques prennent ici la forme de jumeaux divins, intimement associés aux chevaux, et accompagnés d'une figure féminine, par exemple, les Ashvins et Sarasvati dans la littérature védique, les Dioscures et Hélène dans la mythologie grecque, Freyr, Freyja et Njörd dans la mythologie nordique.
Les divinités célestes Le Ciel
Le dieu Ciel diurne, "ciel du jour", a été reconstitué en indo-européen commun sous le nom de *Dyēus. Il serait ainsi le dieu patron des Proto-Indo-Européens et la forme primordiale avant la dispersion d'une partie des dieux principaux que l'on retrouve dans les mythologies indo-européennes. Le *Dyēus proto-indo-européen se retrouve en Jupiter, Zeus, Dyaus Pitar et Týr, tous d'étymologie et de fonctions communes. Avec la différenciation, leurs rôles auraient évolué, certains perdant une part de leur fonction souveraine initiale, comme Týr.
Dans plusieurs langues indo-européennes, on retrouve le proto-indo-européen commun deywos comme étymologie pour dieux ; dei en latin, deva en sanskrit, dia en vieil irlandais, tívar en vieux norroisReconstruction du proto-indo-européen deywos..
L'Aurore vignette|Eos dans son char survolant la mer, céramique à figures rouges du sud de l'Italie, 430-420 av. J.-C. Collection des Antiquités, Munich.
*H₂éwsōs est la déesse proto-indo-européenne reconstituée de l'Aurore. Dans trois traditions (védique, grecque et balte), elle est la « fille du Ciel » (Dyēus). Dans ces trois panthéons, ainsi que dans le panthéon italique, la déesse de l'Aurore est chassée ou exclue des lieux pour s'être attardée trop longtemps. Une épithète ancienne la désigne comme « Fille Ciel » (*Dʰuǵh₂tḗr Diwós). Elle ouvre les portes du Ciel au moment où la journée commence. Elle est généralement décrite comme immortelle ou renaissant chaque matin. Associée avec des vêtements dorés ou rouges, elle est souvent représentée en train de danser.
Vingt-et-un hymnes du Rig-Véda sont dédiés à la déesse de l'aube Ushas et un passage de l'Avesta lui rend hommage. Dans la mythologie grecque, Eos tient une place prépondérante. Dans la mythologie romaine, Aurore est l'équivalente de la déesse Eos, mais le culte de l'Aurore fut probablement perpétué avec celui de Mater Matuta. Les Anglo-Saxons vénéraient la déesse Éostre, une divinité célébrée au moment de l'équinoxe de printemps, et qui donna son nom à la fête chrétienne de Pâques (Easter en anglais). Le nom Ôstarmânôth ("avril", littéralement "mois de Ôstar") en vieux haut allemand indique qu'une déesse similaire était également vénérée dans le sud de l'Allemagne. En Lituanie, la déesse Aušrinė était encore révérée au .
Le Soleil et la Lune vignette|Représentation probable de la déesse hittite du Soleil tenant un enfant dans ses bras, -
La déesse du Soleil (*Seh₂ul) est une déesse proto-indo-européenne reconstituée d'après la divinité grecque Hélios, la figure mythique d'Hélène O'Brien, Steven. "Dioscuric Elements in Celtic and Germanic Mythology". In: Journal of Indo-European Studies 10:1–2 (Spring–Summer, 1982), pp. 117–136., le dieu romain Sol, la déesse celtique Sulis, la déesse nordique Sól, la déesse germanique Sōwilō, la déesse hittite Arinna, le dieu indo-iranien Hvare-khshaeta et le dieu védique Sūrya.
Le dieu de la Lune (*Meh₁not-) est quant à lui reconstitué d'après le dieu nordique Máni, le dieu slave Myesyats et le dieu lituanien Ménuo. Des traces d'une divinité lunaire sont présentes dans le dieu letton Mēness Lurker, Manfred. The Routledge Dictionary Of Gods Goddesses Devils And Demons. Routledge. 2004. p. 123. , le dieu anatolien (ou phrygien) Men Keneryi, Karl (1951). The Gods of the Greeks. Thames & Hudson. pp. 196–197; Hammond, N.G.L. and Howard Hayes Scullard (editors), The Oxford Classical Dictionary. Second edition. Oxford University Press, 1992. "SELENE" entry. pp. 970–971. , dans Mene, l'autre nom de la déesse grecque Séléné, et dans la divinité lunaire zoroastrienne Mah (Måŋha) Lurker, Manfred. The Routledge Dictionary of Gods Goddesses Devils and Demons. Routledge. 2004. p. 115. .
Le trajet quotidien de *Seh₂ul dans le ciel sur un char tiré par des chevaux est un motif courant des mythes indo-européens. Ce motif apparaît probablement après l'introduction de la roue dans la steppe pontique au Il est donc une addition tardive de la culture proto-indo-européenne.
Bien que la déesse du Soleil soit représentée comme une divinité féminine indépendante, les Proto-Indo-Européens l'ont également vue comme la « lampe de *Dyēus » ou l'« œil de *Dyēus », ce qu'illustrent plusieurs références de la littérature mythique : la « lampe de Dieu » dans la Médée d'Euripide, la « chandelle céleste » dans Beowulf, le « pays de la lampe de Hatti » (la déesse-soleil d'Arinna) dans une prière hittite, Hélios considéré comme l'œil de Zeus, Hvare-khshaeta comme l'œil d'Ahura Mazda dans le mazdéisme, ou bien le soleil comme « œil de Dieu » dans le folklore roumain. Les noms des déesses celtiques du soleil Sulis et Grian font probablement allusion à cette association : les mots pour « œil » et « soleil » sont inversés dans les langues celtiques, comme le nom des déesses MacKillop, James. (1998). Dictionary of Celtic Mythology. Oxford: Oxford University Press pp.10, 16, 128..
Les Jumeaux divins vignette|Paire de statuettes romaines du représentant les Dioscures. Metropolitan Museum of Art, New York.
Les Jumeaux divins sont un couple de frères jumeaux existant dans presque tous les panthéons indo-européens et dont le nom signifie généralement « cheval » (*h₁éḱwos), bien que les noms ne soient pas toujours apparentés, et qu'aucun nom proto-indo-européen n'ait pu être reconstitué.
Mithra-Varuna Bien que l'association étymologique soit jugée irrecevable, certains chercheurs (comme Georges DumézilGeorges Dumézil, Ouranos- Varuna – Essai de mythologie comparée indo-européenne, Paris, Maisonneuve, 1934. et S. K. Sen) ont proposé *Worunos ou *Werunos (le dieu éponyme du dialogue indo-européen reconstitué Le Roi et le Dieu) comme le dieu du ciel nocturne et l'équivalent bienveillant de *Dyēus. Il serait apparenté au dieu grec Ouranos et au dieu védique Varuna, et son nom serait tiré de la racine proto-indo-européenne *woru- (« recouvrir »). Worunos représentait probablement le firmament ou le ciel nocturne. Dans la poésie grecque et védique, Ouranos et Varuna sont décrits comme « étendus », bondissant ou saisissant leurs victimes, et possédant ou incarnant un « siège » céleste. Dans le modèle cosmologique à trois cieux, les phénomènes célestes reliant les cieux nocturne et diurne sont incarnés par un « dieu-lieur » : le grec Cronos, une divinité intermédiaire entre Ouranos et Zeus dans la Théogonie d'Hésiode, le dieu védique Savitṛ, associé au lever et au coucher du soleil dans les Vedas, et le dieu romain Saturne.
Les divinités de la nature
La déesse de la Terre (*Dʰéǵʰōm) était associée avec la fertilité et la croissance, mais également avec la mort et le lieu de résidence des défunts.
Le dieu de l'orage et du tonnerre (*Perkʷunos) était généralement représenté avec un marteau ou une arme similaire. Le tonnerre et la foudre avaient une connotation à la fois destructrice et régénératrice : un éclair pouvant fendre une pierre ou un arbre, mais s'accompagnant souvent d'une pluie fertile. Cela explique probablement la solide association entre le dieu du tonnerre et le chêne dans certaines traditions (le chêne étant l'un des arbres les plus denses, il est le plus sujet aux coups de foudre).
Le dieu du feu (*h₁n̥gʷnis) incarnait les flammes du soleil et de la foudre, les feux de forêt, le foyer domestique et le feu de l'autel sacrificiel. Néanmoins les traces linguistiques de ce dieu sont limitées aux traditions védiques et balto-slaves.
Certains chercheurs supposent que *Neptonos ou *H₂epom Nepōts était le dieu indo-européen des eaux. Son nom signifiait littéralement « Petit-fils (ou neveu) des Eaux ». Les linguistes ont reconstitué son nom d'après le dieu védique Apam Napat, le dieu romain Neptune, et le dieu celtique irlandais Nechtan. Bien qu'il ait été solidement attesté dans la religion proto-indo-iranienne, Mallory et Adams contestent l'existence de ce dieu pour des motifs linguistiques.
Cosmogonie Le monde des morts vignette|Yazılıkaya : bas-relief hittite représentant les douze dieux du monde souterrain, vignette|Charon accueillant une âme dans sa barque, vers 500-450 av. J.-C. Le monde des morts est généralement dépeint comme le pays sans retour. De nombreux mythes indo-européens relatent un voyage à travers une rivière, guidé par un vieil homme (*ǵerh₂ont-), afin d'atteindre le monde des morts. Le récit grec des morts transportés à travers le Styx par Charon est probablement lié à ce mythe, tout comme la traversée du fleuve pour atteindre les Enfers dans la mythologie celtique. Plusieurs textes védiques contiennent également des références à la traversée d'une rivière (Vaitarna) afin d'atteindre le pays des morts Abel, Ernest L., Death Gods: An Encyclopedia of the Rulers, Evil Spirits, and Geographies of the Dead, Greenwood Press, 2009, p. 144. et le mot latin tarentum (« tombe ») signifiait à l'origine « point de passage ». Dans la mythologie nordique, Hermod doit traverser un pont sur la rivière Giöll afin d'atteindre Hel et, dans le folklore letton, les morts doivent traverser un marais. La tradition consistant à poser des pièces de monnaie sur les corps des défunts afin de payer le passeur sont attestées à la fois dans les pratiques funéraires grecques archaïques et dans les pratiques slaves modernes. Bien que les premières pièces de monnaie datent de l'âge du fer, cette pratique témoigne d'une tradition ancienne d'offrandes au passeur.
Le chien-gardien