Les matériaux utilisés pour faire de la musique sont extrêmement variés. Sans parler du corps humain (utilisation de la bouche, de la voix, des mains, des pieds…) les matériaux peuvent être d'origines végétales, animales, minérales, métalliques, plastiques, bois...

Introduction

Historiquement, les divers organes des végétaux (dont les tiges, le bois., les fruits…), les animaux (dont les os les coquillages., les cornes, les peaux, l'ivoire, les boyaux…), certains minéraux, puis, plus tard, différents métaux, les plastiques et récemment les composants utilisés pour synthétiser de la musique grâce à l'informatique, ont servi à faire toutes sortes d'instruments de musique.

Les instruments anciens étaient réalisées avec un seul ou quelques matériaux assemblés. Des cailloux pour frapper, des os ou des tiges pour des sifflets ou des flûtes, du bois pour des racleurs, des arcs musicaux et des rhombes, mais aussi des graines et des coquillages pour différents sons… Par la suite, les assemblages sont devenus progressivement de plus en plus complexes. Par exemple, les accordéons nécessitent pour leur fabrication de très nombreux matériaux : les deux caisses sont généralement en bois peint ou recouvert de celluloïd, le soufflet en carton et en peaux, les sommiers en bois ou en aluminium, les anches en acier fixées sur de l'aluminium ou du duralium, les touches en plastique parfois recouvertes de nacre.

Les noms des familles d'instruments peuvent être trompeurs : la famille des bois comprend aussi de nombreux instruments en métal (flûtes en maillechort, lamelles des harmonicas) ou en plastique (pipeaux) et la famille des cuivres comprend aussi des instruments en bois (cor des Alpes en épicéa, didjeridoo en eucalyptus, serpent en bois (recouvert de cuir). En effet, c'est la manière de produire les vibrations qui détermine le classement des instruments dans ces familles. Pour les cuivres, le son provient de la vibration des lèvres ; pour les instruments de la famille des bois le son provient de la vibration engendrée par le souffle arrivant sur un angle ou par la vibration d'une anche libre. En outre, pour de nombreux instruments tels que les bois, les cuivres ainsi que les cordes, la justesse du son n'est pas liée à la matière de l'instrument mais surtout à sa longueur et à sa forme. Pour les cordes, la tension joue aussi un rôle prépondérant. Les sons produits par les idiophones proviennent des vibrations des matériaux durs percutés : bois (xylophone, castagnettes...), métaux (métallophone, vibraphone, glockenspiel)…minéraux, plastiques...Enfin pour de nombreux instruments les sons produits sont amplifiés par des résonateurs, différents types de caisses de résonance et des amplificateurs.

Végétaux

L'utilisation de plantes pour émettre des sons ou fabriquer des instruments capables de produire des sons variés est très ancienne et présente dans toutes les civilisations..

Elle va d'instruments très simples faits avec un brin d'herbe, une pelure d'oignon, des légumes., ou un morceau de bois entaillé, jusqu'à des instruments de haute qualité fabriqués avec des bois rares tels que le pernambouc utilisé pour les archets des instruments à cordes frottées., ainsi que d'autres bois anciens voire précieux., éventuellement collés, enduits, ou traités avec des substances d'origine végétale.

La plupart des différentes parties des plantes ont été utilisées. Surtout le bois (xylème) pour faire des tuyaux comme pour la plupart des instruments de la famille des bois : le cornet à bouquin, le serpent, la clarinette et le hautbois, le cor anglaisBois pour clarinettes, hautbois et cor anglais sur Prosono. ainsi que le basson, fait en érable ou en palissandre. Le bois sert à fabriquer différents instruments à percussion comme les castagnettes...Le bois sert aussi à fabriquer des manches ou des caisses de résonance comme pour les teponaztlis avec un tronc d'arbre évidé et fendu sur sa longueur qui était joué par les Mexicas et les Mayas. Mais aussi le liège (phloème) pour faire des isolants, les tiges fibreuses pour faire des liens, les fruits creux et durs comme pour les calebasses, certaines feuilles (vibrantes) et des graines sculptées mais surtout les tiges creuses pour faire de nombreux modèles de flûtes, des chalumeaux, des shengs (ou orgues à bouche).

Les plantes utilisées appartiennent à de très nombreux genres et espèces végétales que l'on peut aussi classer selon la manière de produire les sons : instruments à vent, à cordes, à percussion, autresPlantes utilisées pour faire de la musique sur Pl@ntUset..

Le bois

Les principales qualités recherchées sont la dureté, la conservation, la résonance acoustique, l'aptitude à la sculpture (non fendillement), l'aspect esthétique, la couleur… Certaines espèces sont plus particulièrement utilisées telles que différentes espèces du genre Dalbergia comme l'ébène, le bois de rose ou palissandre, le grenadille du Mozambique (Dalbergia melanoxylon), le bois de fer ou gaïac Guaiacum officinale très dur parfois remplacé par Xanthocercis madagascariensis. D'autres bois sont recherchés pour certaines utilisations comme l'épicéa (Picéa), l'acajou, l'amourette (Brosimum guianense) et certains fruitiers de la famille des Rosaceae du genre Prunus, tels que le cerisier et le prunier, le poirier (Pyrus), mais aussi l'olivier (Olea europaea), le buis (Buxus), le hêtre (Fagus), le tilleul (Tilla) et l'érable (Acer pseudoplatanus) qui est le plus courant dans la facture semi-industrielle. Bien d'autres essences peuvent être utilisées telles que le sorbier et l'alisier (Sorbus), le pommier (Malus), le néflier du Japon ou bibacier (Rhaphiolepis loquata) pour le pipa, l'orme (Ulmus), le cèdre (Cedrus), le noyer (Juglans) ou le bouleau (Betula) (pour le kobyz), l'abricotier (Prunus armeniaca).La fabrication et la pratique de l'oud sur le site du patrimoine immatériel de l'UNESCO (pour l'oud qui signifie « bois » dans de nombreux pays arabes) et le duduk arménien, le pêcher (Prunus persica), le houx (Ilex aquifolium), le teck (Tectona grandis), l' acaciaChoix des bois par P. Berne luthier, le jacquier (Artocarpus heterophyllus) et le mûrier (Morus) pour le corps de résonance et la table d’harmonies du târ dans plusieurs pays du Moyen-Orient, du tanbur, du rubab en Afghanistan, ou du dutar au Turkménistan et aussi l'oranger (Citrus sinensis) pour le santûr d’IrakLa-fabrication artisanale du dutar et l'art de pratiquer la musique traditionnelle associe au chant sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l'UNESCO.. Le bois de peuplier (Populus) peut servir à faire les machettes, instrument proche du ukulélé, au Portugal. vignette|gauche|Le sorcier dansant de la grotte ornée des Trois-Frères semble jouer d'un arc-en-bouche.Les arcs musicaux fabriqués avec une simple branche d'arbre et des fibres végétales (sont parmi les instruments de musique les plus anciens. Les hommes préhistoriques en jouaient et de nombreuses peuplades d'Afrique en jouent encore en particulier en Eswatini. Certains, comme les berimbaus sont joués au Brésil ; ils sont fabriqués avec du beriba ou rollinier (Annona mucosa), arbre dur de la famille des Annonacées. Dans le cas du Kpaniglo, instrument à trois cordes joué par les Baoulés, la caisse est en fromager (Ceiba pentandra).

Les qualités sonores sont particulièrement importantes et dépendent de l'espèce végétale, de la dureté du bois et de son élasticité, mais aussi de son vieillissement, de sa préparation, des vernis et des colles utilisés. vignette|left|Paire de claves en bois très durs.Pour la table d'harmonie des violons, l'épicéa « de résonance » est préféré par les luthiers, pour le dos, le bois «ondé» de l'érable sycomore possède des caractéristiques esthétiques mais aussi mécaniques et acoustiques plus intéressantes. De très nombreux instruments de musique sont surtout en bois des différentes espèces citées précédemment : flûtes à bec, chalemies, zurnas, hautbois, bassons, caisses de résonances des instruments à cordes tels que les différents types de cithares, de cymbalums, de dulcimers, de santours et le paulownia utilisé pour le koto. Dans le cas de l'ajaeng, sorte de cithare jouée en Corée, c'est le bois de paulownia qui est utilisé. L'étymologie de Citharexylum spinosum (dit « bois côtelette » en Martinique) signifie « bois cithare », car son bois très dur aurait pu servir à faire des cithares et des pandores. En Australie, c'est le tronc creusé par des termites de divers Eucalyptus qui permet de fabriquer les didjeridus ou yidaki.

Pour les caisses de tambours des bois divers sont utilisés pour les tablas, les congas de différentes tailles, les bongos, les quintos, les tumbas à Cuba et les cajons (caisses parallélépipédiques sur lesquelles le joueur s'assoit) au Pérou. Pour l'atabaque c'est en cèdre (Cedrus), en jacaranda ou en acajou (Swietenia macrophylla) que le long fût conique est fabriqué. Pour la caisse des dholaks c'est le bois de Sesham (Dalbergia sissoo) ou le manguier (Mangifera indicaqui) est utilisé. Le bendir joué par les Berbères en Afrique du Nord a un cadre en micocoulier (Celtis). Pour les tambours sur cadre tels que les dafs, les bois utilisés peuvent être le bois noir (Albizia lebbeck) ou le badamier (Terminalia catalpa) évidé et écorcé.. Pour le mridangam, et les différents tambours, comme le rabana, utilisés pour les cérémonies et les danses telles que la « Magul Bera » au Sri Lanka c'est le bois dur et jaune du jacquier (Artocarpus heterophyllus) qui est utilisé. Les bons kendang, tambours utilisés pour les gamelan à Bali sont faits en bois de jacquier, en tronc de cocotier ou en cempedak (Artocarpus integer). Les bombolongs sont des tambours à fente fabriqués chez les Diolas avec un tronc de Khaya senegalensis (acajou du Sénégal).. Les kongos utilisent du ngom-ngoma ou nsaga-nsanga (Ricinodendron heudelotii) pour fabriquer différents tambours. À Vanuatu, de grands tambours à fente verticaux ou horizontaux sont sculptés avec des têtes ; ils sont en arbre à pain (Artocarpus altilis) ou en kohu Intsia bijuga. Les tambours biñjun jun baparame sont faits avec le bois du rônier (Borassus flabellifer) chez les Bédiks. Le Gyoban au Japon est une sorte de tambour sculpté dans du bois de camphrier (Cinnamomum camphora).

Les manches de divers instruments, et les cadres et sommiers des pianos et orgues sont fabriqués avec différents bois durs.

Les claves ou « clapi claps », les castagnettes et les cliquettes sont réalisés avec des bois très durs. À Mayotte les mkawasa sont des claves réalisées avec des branches écorcées de bois de goyavier (Psidium guajava), parfois de palétuvier (Avicennia marina). Les lames des xylophones en Afrique sont en différents bois durs comme le palissandre, le bois de résineux ou le padouk d’Afrique (Pterocarpus soyauxii). En Polynésie le To'ere est constitué de faux ébène Cordia subcordata.

Les embouchures d'anciens instruments à vent tels que les cornets à bouquin peuvent être en bois.

Pour remplacer les bois devenus trop rares et chers d'autres bois de moins bonne qualité sont utilisés comme le tweneboa (Cordia platythyrsa) et le mahogany (Swietenia mahagoni) pour faire des caisses de tambours tels que les djembes. Le noyer (Juglans regia ) est utilisé pour le manche du târ dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Enfin il est facile de réaliser un sifflet avec une petite branche de sureau (Sambucus) évidéePlantes musiciennes, les sifflets sur aujardin.info.. Le padouk (Pterocarpus) est utilisé pour les claviers des marimbas en Amérique Centrale et du Sud.

Les tiges

Le pissenlit (Taraxacum) permet de faire de la musique en soufflant dans une tige coupée et percée. Des pailles de graminées peuvent être utilisées pour fabriquer des petites flûtes de pan.