vignette|Une pancarte reprenant les couleurs du drapeau non-binaire à la marche des fiertés de Paris de 2021. Ladelphité (de la racine - en grec, qui a donné , adelphós, « frère » et , adelphḗ, « sœur ») est le lien de parenté qui unit les enfants nés de mêmes parents, sans distinction de genre. Sur le plan politique, le terme d'adelphité cherche à dépasser ceux de fraternité (jugé trop masculin, voire sexiste, et n'incluant pas toutes les personnes) et de sororité (mot également limité car n'englobant que les femmes).

Historique

Histoire du concept d'adelphité Le terme adelphité apparaît en grec au dans les communautés chrétiennes, sous la plume de l'apôtre Pierre. Il invente le substantif et , qui désigne la communauté des frères et des sœurs (et peut également faire référence à une communauté religieuse). Le mot est ensuite réutilisé par plusieurs penseurs chrétiens et communautés, notamment en Afrique du Nord ou en Cappadoce. Pour désigner l'amour que se portent les différents membres de cette , les chrétiens inventent, sur la même racine, le terme . Ce mot est repris en 1682 par William Penn lors de la fondation de la ville de Philadelphie aux États-Unis.

Par la suite, le terme se répand en français dans différentes disciplines scientifiques. Utilisé en botanique, le terme adelphe désigne deux pousses venant d’une même racine. Le mot adelphie, créé en 1814 en botanique, est utilisé à partir de 1990 en anthropologie à la place de fratrie. De même, dans certains textes juridiques, l'adjectif adelphique est utilisé pour désigner les relations entre frères et sœurs.

Critique de la fraternité et de la sororité En 2018, le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes suggère de remplacer « fraternité » dans la devise de la République française par « adelphité » ou « solidarité », dans sa Recommandation , citée ci-après :

Cette proposition est également soutenue par Réjane Sénac, qui critique le concept de fraternité : .

Joëlle Marchal questionne ainsi la portée du terme fraternité : . Elle rappelle également que la fraternité peut se révéler excluante, en cherchant à combattre tous ceux qui ne sont pas des frères.

D'autre part, la fraternité, concept qui a mis un siècle à s'imposer au sein de la devise de la république française et qui est , est aussi concurrencée par le concept de solidarité, .

Sens actuel Proposé en 1999 par Florence Montreynaud, « adelphité » vise à inclure l'ensemble des personnes quel que soit leur genre, y compris les personnes non binaires. Florence Montreynaud définit l'adelphité comme . Le terme fait partie du vocabulaire féministe qui se développe à partir des années 2000. Il est surtout utilisé dans les milieux féministes et queer. Ainsi, Lauren Bastide revendique également ce terme. vignette|Collage féministe à Marseille avec la devise de la République française transformée en (2020).Le terme « adelphité » se veut également plus inclusif que le concept féministe de sororité, qui rassemble les femmes vues comme des sœurs. La sororité, dans son acception contemporaine, apparaît dans les années 1960 avec les luttes féministes, en prenant le contrepied d'une fraternité uniquement masculine excluant les femmes. L'adelphité inclut également les hommes trans et les personnes non binaires, souvent victimes de misogynie et de transphobie. Toutefois, pour l'activiste non-binaire Olga Volfson, il ne s'agit pas de remplacer la sororité, qui reste un terme puissant pour les luttes féministes : l'adelphité peut s'y ajouter sans la supplanter.

Histoire de l'adelphité Les relations adelphiques au Moyen Âge, sont moins documentées que les liens parentaux ou conjugaux, mais on sait qu'elles sont un élément structurel de l'organisation sociale et politique entre le VIe et le XVe siècle. Selon la chercheuseEn 2026, Justine Audebrand est chercheuse associée au Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris (UMR 8589), et post-doctorante à l'Institut Historique Allemand, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, autrice d'une thèse intitulée Frères et soeurs dans l'Europe du haut Moyen-Age (vers 650-vers1000) Justine Audebrand, .

Au sein des élites aristocratiques, la fratrie est une unité de solidarité importante, permettant notamment la conservation du patrimoine et l'extension du pouvoir par des alliances matrimoniales coordonnées. Toutefois, cette cohésion est tempérée par l'éloignement de certains enfants envoyés loin de leur famille (en institution religieuse, ou en « fosterage » chez un parent) et/ou par des tensions liées à la dévolution successorale, particulièrement lors du passage du partage égalitaire vers la primogéniture, favorisant l'émergence de conflits entre frères (qui deviennent parfois « frères ennemis »).

Sur le plan affectif, les sources hagiographiques, épistolaires et littéraires témoignent d'une valorisation de l'amour fraternel, souvent érigé en idéal spirituel ou moral, notamment à travers le concept de caritas. Dans la prime enfance, filles et garçons grandissent en partie ensemble sans distinction a priori entre les sexes, au moins jusqu’à 7 ans (comme ce fut le cas pour les fils et filles du futur empereur Charlemagne (768-814), puis les rapports de genre introduisent une asymétrie marquée : les sœurs jouent un rôle pivot dans la diplomatie familiale et peuvent bénéficier de la protection de leurs frères — notamment lors du veuvage —, mais demeurent généralement exclues de la gestion directe des domaines, et sont subordonnées aux impératifs de la lignée. Selon la recherche historique contemporaine, la fraternité/sororité médiévale oscillait entre un espace de soutien émotionnel intense, et un instrument de reproduction sociale soumis aux hiérarchies de naissance et de sexe.

Références

Voir aussi

Articles connexes Fraternité Sororité Langage épicène Intersectionnalité Féminisme

Liens externes

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