La famine en Perse de 1917-1919 et les épidémies réunies pendant cette période auraient tué environ 2 millions de personnes en Perse (Iran). Divers facteurs ont contribué à produire la famine : les mauvaises récoltes dues aux sécheresses saisonnières successives, les réquisitions de denrées alimentaires par les armées étrangères durant la Première Guerre mondiale, la spéculation, la thésaurisation.

Malgré la déclaration de neutralité par la dynastie Qajar qui gouvernait le pays, la Perse a été occupée pendant la Grande Guerre par les forces des empires britannique, russe et ottoman ; ces occupations ont contribué à la famine. Peu d'historiens ont étudié la dépopulation durant cette période en Perse, qui demeure un sujet sous-exploré de l'histoire moderne.

Le nombre de morts du fait de la famine peut varier selon les auteurs. Des estimations hautes de 6 millions, voire de 8 millions de morts ont été avancées mais ne font pas consensus.

Contexte de la Première Guerre mondiale Selon Mohammad-Reza Djalili, « la Perse reste un champ de bataille largement ignoré de la Première Guerre Mondiale. Elle sort pourtant complètement exsangue du conflit ». Ainsi, par exemple, meurent à Téhéran sur une population totale de , selon ce chercheur. Pour Touraj Atabaki, le déclenchement de la Première Guerre mondiale « a approfondi le factionnalisme politique et sapé les réformes prévues », alors qu'à la suite de la révolution constitutionnelle de 1905-1909, les Perses s'apprêtaient à réécrire la Constitution et à instituer un gouvernement indépendant.

Au cours de la Grande Guerre, Russes et Britanniques s'opposent aux Ottomans et à leurs auxiliaires allemands dans de nombreuses parties du territoire de la Perse. Début 1918 des troupes britanniques occupent le nord du pays. Après la chute de l'Empire russe, conséquence de la révolution bolchevique d', les Britanniques demeurent la plus grande puissance militaire en Perse. C'est au début de 1920 seulement que les Perses reprennent le contrôle de leur territoire.

En , le prix du blé augmente fortement après la vente aux troupes britanniques de la production agricole de la province du sud-est du Sistan. Les troupes russes bloquent les routes de la province nord-est du Khorasan, interdisant tout transfert de céréales, sauf celles destinées à l'armée russe. Les réquisitions de bêtes de somme, de mules et de chameaux pour l'industrie pétrolière au Khouzistan et pour les forces armées britanniques et russes désorganisent le réseau de transports du pays et perturbe la distribution de denrées alimentaires et d'autres marchandises dans tout le pays - avec des conséquences désastreuses. Pendant la guerre, le transport du grain coûtait souvent plus cher que sa culture, dans de nombreuses régions d'Iran.

Situation sociale vignette| Les gens attendent de recevoir de la nourriture. Photo prise par le 1st Australian Wireless Signal Squadron à Bijar Des sécheresses successives sévissent à partir de 1916. Début , la famine se répand dans tout le pays et des foules paniquées dans les grandes villes commencent à piller les boulangeries et les magasins d'alimentation. Dans la ville occidentale de Kermanchah, les affrontements entre les pauvres affamés et la police se sont soldés par des victimes. À Téhéran, la situation a été « aggravée par la thésaurisation et la vente à découvert aux clients par les boulangers ».

Les prix exorbitants pratiqués par certains boulangers ont indigné les travailleurs pauvres de Téhéran. Les ouvriers de l'imprimerie organisent une manifestation à Téhéran en 1919, au cours de laquelle la foule attaque les boulangeries et les greniers, et demande au gouvernement d'augmenter les rations alimentaires, d'uniformiser le prix du pain, de réglementer la qualité, l'approvisionnement et la vente des denrées alimentaires. Néanmoins, dans l'ère turbulente de l'après-guerre, ni le gouvernement national ni les puissances étrangères n'étaient en mesure de faire grand-chose pour atténuer les crises humaines. Les ravages causés par la famine et les maladies contagieuses se sont poursuivis pendant de nombreuses années.

Épidémies Au-delà des décès dus à la famine, les épidémies ont également tué un grand nombre de personnes.

La crise alimentaire colossale, ainsi que le grand nombre de soldats, de réfugiés et de personnes démunies constamment en mouvement à la recherche de travail et de survie, ont favorisé une combinaison mortelle de pandémies et de maladies contagieuses. Le choléra, la peste et le typhus se sont propagés à travers le pays

Grippe +Morbidité et mortalité pendant la pandémie de grippe de 1918-1919 en Iran urbain (compilé par Afkhami) Ville Population Morbidité Mortalité Mortalité/<br /> Morbidité (%) % Mashhad 100 000 66 667 3 500 3.5 5.2 Birjandrowspan=2 12 000 100rowspan=2 0,8 Nosratabad 7 000 120 1.7 Anzali 10 000colspan=3 2.0 Machhadsarcolspan=4 10.0 Tabriz 200 000 100 000 colspan=3 Hamedan 30 000rowspan=4 1 000 3.3 10.0 Téhéran 250 000 1 000 0,8 rowspan=3 Ispahan 80 000 300 0,4 Yazd 40 000 250 0,6 Bouchehr 30 000 15 000 1 500 5.0 10.0 Mohammed 6 000 250 4.2 Chiraz 50 000rowspan=3 2 000 4.0 Kerman 40 000 4 000 10.0 10.0 Boum 13 000 6 000 46.2 La pandémie de grippe de 1918 s'est propagée à l'ensemble du pays en passant par trois principales voies d'entrée : la Transcaucasie à Tabriz ; Bagdad à Kermanshah ; l'Inde au sud de l'Iran (la grippe étant considérablement véhiculée par les soldats de l'armée indienne britannique stationnés à Bushehr).

Azizi et ses collègues affirment que le taux de mortalité de 20 % parfois avancé pour de grandes villes est exagéré et qu'à Kermanchah et à Téhéran il était d'environ 1 %.

Afkhami déclare que l'impact de la grippe a été énorme et estime qu'entre et , soit 8,0 % et 21,7 % de la population totale sont morts, faisant de l'Iran l'un des pays les plus dévastés au monde. estime que le chiffre avancé par Afkhami est bien supérieur aux pertes réelles: "Floor concludes that the figure of 900,000 to 2.4 million casualties given by Afkhami is too high. And he appropriately relegates Mohammad Gholi Majd’s overblown, conspiracy-filled book on the epidemic and the number of 8-10 million (or almost the country’s entire population) given by him, to a footnote"..

Choléra En 1916, le choléra qui a frappé l'Azerbaïdjan en 1915, s'est répandu dans toutes les provinces du nord de la Perse, et a également atteint le sud. Ahmad Seyf déclare que l'origine de l'épidémie de choléra était la Russie et que les effets sont demeurés limités (de l'ordre de quelques centaines de morts): "In later years, for example, in 1917 cholera was brought to Iran from Russia, but only Mazanadran and Khorasan were affected and altogether only 402 deaths occurred.".

Typhoïde La typhoïde s'est propagée dans de nombreuses régions du pays ; elle aurait causé de très nombreux décès ; selon un témoin oculaire, « la forte mortalité à Téhéran n'était pas due à la famine, mais plutôt à la typhoïde et au typhus » .

Causes et facteurs contributifs Selon Touraj Atabaki, « des sécheresses saisonnières successives provoquèrent une famine généralisée en 1917/1918. La réquisition et la confiscation de denrées alimentaires par les armées d'occupation pour nourrir leurs soldats ont ajouté à la famine ». Dans The Cambridge History of Iran, il est indiqué que la spéculation et la thésaurisation ont aggravé la situation: "Adding to the disruption and discontent was a terrible famine in 1918–1919, which as usual was worsened by speculators and hoarders.". Michael Axworthy estime que la famine était « en partie le résultat de la dislocation du commerce et de la production agricole causée par la guerre ». Tammy M. Proctor écrit que la cause de la pénurie alimentaire était une combinaison de réquisitions de l'armée, de spéculation par des profiteurs de guerre, de thésaurisation et de mauvaises récoltes: "In Persia, as army requisitioning, war profiteering, hoarding and poor harvests combined to decimate the food supply, famine conditions ravaged the area. Reports from foreign officials in Tehran in 1916 and 1917 note shortages of bread and other essential foods, long lines, and rioting by women.".

Nikki Keddie et Yann Richard ont lié la famine à presque tous les facteurs mentionnés ci-dessus: "Reform movements were specially strong in Tehran, and in northern provinces of Gilan, Mazandaran and Azerbaijan. Adding to discontent was a severe famine in 1918–19, which may have killed as much as one-quarter of the population in the north. The famine was related to wartime Western incursions, a reduced crop area and small harvest, food needs of foreign troops and worsened distribution. Famine was aggravated by hoarding and speculation by landlords, dealers and officials.".

Charles P. Melville soutient que la raison principale de la famine était les conditions causées par la guerre plutôt que par les conditions climatiques, le pays ayant surmonté d'autres sécheresses avant et après la Première Guerre mondiale ; il point notamment l'insécurité, la spéculation, l'affaiblissement de l'État et la corruption qui s'en est ensuivie: "It is no coincidence that despite several periods of low rainfall, drought and poor harvests during the first half of the twentieth century, the only serious country-wide food shortages and experience of famine conditions occurred during the periods of the First World War and later the Second World War. In both periods, insecurity, speculation, lack of confidence, breakdown of government authority and political corruption had more effect on food prices and scarcity than did the quality of the harvests.".

Mohammad Gholi Majd tient l'occupation britannique et ses réglementations douanières et financières pour responsables de l'aggravation de la famine. In the matter of tough custom regulations, Majd mentions incidents of unsuccessful importation of foodstuff recorded by the American embassy. He also refers to a letter by an American official saying "for the last two years practically all the importations have ceased". et Willem Floor suggère le récit de James L. Barton (occupation par les armées, chutes de neige exceptionnellement légères et maladies), joint à la thésaurisation par les propriétaires terriens et le manque de pouvoir d'achat comme d'autres causes cruciales de la famine. Il souligne le fait que deux grandes régions productrices de céréales — à savoir Kermanshah - Hamadan et l'Azerbaïdjan iranien — étaient un champ de bataille pour les Ottomans et les Russes.

L'historienne Stephanie Cronin est d'accord avec Majd sur l'importance primordiale de la présence britannique: "Both Irish and Indian nationalism located primary responsibility for the famines that struck their countries in British imperial control ... Yet, despite the overweening position of Britain in Iran during the formative decades of Iranian nationalism, British policies have been seen as only secondary contributory factors to food insecurity and famine." In a footnote she adds: "Again, Majd's work is the exception to this general approach.". Pat Walsh, dans une critique du livre de Majd publiée dans Irish Foreign Affairs, une publication trimestrielle de l', blâme l'occupation britannique et commente les allégations de thésaurisation comme causes de la famine, en ces termes : « Les attitudes britanniques envers les Perses affamés étaient étrangement similaires à celles exprimées contre les Irlandais dans une position similaire un demi-siècle auparavant », c'est-à-dire que les Britanniques ont blâmé les Perses tout en suggérant que la construction de routes pour leurs forces militaires était une « mesure de secours » motivée par la bienveillance.