L'Empire achéménide (prononcé ) est le premier empire perse de l'Histoire. Il fut gouverné par Cyrus le Grand et ses successeurs sur une grande partie du Moyen-Orient durant le
Il s'agit d'un des plus grands empires ayant existé durant l'Antiquité, s'étendant sur environ à son apogée. Il s'étend alors au nord et à l'ouest en Asie Mineure, en Thrace et sur la plupart des régions côtières du Pont-Euxin ; à l'est jusqu'en Afghanistan et sur une partie du Pakistan actuels, et au sud et au sud-ouest sur l'actuel Irak, sur la Syrie, le Liban, Israël et la Palestine, la Jordanie, le nord de l'Arabie saoudite, l'Égypte, et jusqu'au nord de la Libye.
Le nom « Achéménides » (en vieux perse : Haxāmanišiya) se rapporte au clan fondateur qui se libère vers de la tutelle des Mèdes, auparavant leurs souverains, ainsi qu'au grand Empire qui résulte ensuite de leur domination. L'Empire fondé par les Achéménides s'empare de l'Anatolie en défaisant la Lydie, puis conquiert l'Empire néo-babylonien et l'Égypte, unissant alors les plus anciennes civilisations du Moyen-Orient dans une seule entité politique de façon durable. L'Empire achéménide menace par deux fois la Grèce antique et s'effondre, vaincu par Alexandre le Grand, en , non sans léguer aux Diadoques qui lui succèdent une partie notable de ses traits culturels et politiques.
Durant les deux siècles de sa suprématie, l'Empire achéménide a développé un modèle impérial reprenant de nombreux traits de ses prédécesseurs assyriens et babyloniens, tout en présentant des aspects originaux, comme une souplesse et un pragmatisme constants dans ses relations avec les peuples dominés, tant que ceux-ci respectaient sa domination. Les rois perses ont réalisé des travaux importants sur plusieurs sites du cœur de leur Empire (Pasargades, Persépolis, Suse), synthétisant les apports architecturaux et artistiques de plusieurs des pays dominés et exprimant avec pompe leur idéologie impériale.
Conditions d'études Sources
C'est plutôt grâce aux écrits extérieurs qu'on connaît traditionnellement l'histoire achéménide, notamment par les auteurs grecs comme Hérodote, Strabon, Ctésias, Polybe, Élien et d'autresSur l'interprétation de ces écrits, voir .. Mais le point de vue de ces derniers est biaisé et a laissé longtemps des rois perses une image de décadence. Dans la Bible, le Livre d'Esdras, le Livre d'Esther et le Livre de Daniel contiennent aussi des références aux grands rois. Les auteurs anciens ont également écrit au sujet de la Perse, dans des ouvrages appelés les Persika, ouvrages dont la connaissance se limite à quelques fragments, le reste ayant été perdu.
La découverte de sources épigraphiques, des textes écrites dans plusieurs régions de l'empire, a permis de constituer un corpus important de sources primaires offrant de nouvelles perspectives sur l'histoire de l'empire achéménide. Les grands rois ont laissé des inscriptions royales, sources de renseignements sur l'activité de construction des sites et sur leur vision de l'Empire. Elles livrent de nombreux indices qui, mis en perspective avec le contexte historique d'époque, permettent de comprendre la volonté politique des rois et leur façon de concevoir l'exercice du pouvoir. Elles ont été redécouvertes et traduites à partir du milieu du Présentation et traductions dans .. D'autres témoignages sont constitués d'archives administratives, satrapiques ou royales, dans lesquelles étaient reportées des décisions plus ou moins importantes (mouvements de terre, documents fiscaux …) et la gestion quotidienne des institutions publiques, en particulier l'archive des fortifications de Persépolis. Il existe également diverses archives privées (mais qui peuvent contenir des documents officiels), comme les tablettes de Nippur en Babylonie, ou les papyrus d'Éléphantine en Égypte M. W. Stolper, « Achaemenid Languages and Inscriptions », dans ..
La documentation sur les Achéménides est donc en fin de compte importante et variée. Les éléments iconographiques sont nombreux, mais leur analyse pose un problème car ils sont très inégalement répartis dans l'espace et dans le temps, de même que les travaux archéologiques qui ont longtemps privilégié certaines régions. Cela a abouti à un écart documentaire : il existe peu ou pas de sources sur certaines régions, alors que d'autres comme le Fars, la Susiane, l'Égypte, la Babylone sont très bien documentées. De plus, si les documents sur les règnes de Cyrus le Grand, d' et de abondent, il n'en est pas de même pour d'autres époques. Ces tendances reflètent sûrement des réalités antiques (les régions les mieux connues sont probablement celles qui étaient le plus densément occupées, les plus lettrées et les plus prospères), mais les recherches archéologiques récentes tendent à compenser certains de ces déséquilibres J. E. Curtis, « The Archaeology of the Achaemenid Period », dans . P. Briant et R. Boucharlat (dir.), L'archéologie de l'empire achéménide : nouvelles recherches, Paris, 2005..
Développement des études sur les Achéménides Après avoir été longtemps marginaux entre les études sur la Grèce antique et celles sur le reste du Proche-Orient ancien, les travaux sur l'Empire achéménide connaissent un essor depuis les années 1980 sous l'impulsion de plusieurs chercheurs mettant en place des structures et colloques facilitant la communication entre les spécialistes de la période. a ainsi mis en place les Achaemenid History Workshops. entre 1980 et 1990 à partir de Groningen, assistée par la suite par Amelie Kurth A. Kurth, « Sancisi-Weerdenburg Heleen », dans Encyclopædia Iranica Online, 2009 (accessible http://www.iranicaonline.org/). Cela aboutit à plusieurs publications dans la série Achaemenid History15 volumes à ce jour (2010), cf. .. La découverte des tablettes de Persépolis, lors de fouilles, a permis d'étudier les archives royales. Elles mettent en question le point de vue grec qui a longtemps influencé la vision qu'avaient les historiens.
Pierre Briant, professeur à l' puis au Collège de France où il était titulaire de la chaire Histoire et civilisation du monde achéménide et de l'empire d'Alexandre de 1999 à 2012, dirige des outils de travail et de coordination particulièrement actifs : le site Internet Achemenet. et la série de publications Persika, qui publie notamment les actes de colloques organisés régulièrement et faisant le point sur les avancées de la recherche sur divers sujets..
Parmi les projets récents, on mentionnera également le Persepolis Fortification Archive Project de l'Institut oriental de Chicago, sous la direction de Matthew Stolper, qui a pour but de donner un essor aux travaux sur les archives des fortifications de Persépolis, peu étudiées depuis leur découverte dans les années 1930 et ..
Histoire Origines de la dynastie Le fondateur de cette dynastie serait Achéménès (en vieux perse : Haxāmaniš, en grec ancien Ἀχαιμένης, ou en persan moderne qui signifie « homme sage, d'un esprit amical »), dont l'existence reste controversée (voir plus bas). Chef d'un clan perse, il régna probablement sur d'autres tribus perses dès le Installés dans le Nord de l'Iran (à proximité du lac d'Orumieh), les Achéménides sont alors tributaires des Assyriens.
Sous la pression des Mèdes, des Assyriens et des Urartiens, ils migrent vers le sud des monts Zagros et s'installent progressivement dans la région d'Anshan vers la fin du et le début du .. Teispès aurait agrandi le territoire achéménide en conquérant le royaume d'Anshan et le Fars, gagnant ainsi le titre de Roi d'Anshan tandis qu'Assurbanipal prend Suse et que le royaume élamite disparaît temporairement.
Teispès est le premier roi achéménide à porter le titre de « Roi (de la ville) d'Anshan ». Des inscriptions révèlent que lorsque Teispès meurt, le royaume est partagé entre deux de ses fils, (Kurāsh ou Kurāš), souverain d'Anshan, et Ariaramnes (Ariyāramna, « Celui qui a amené la paix aux Iraniens »), souverain de Parsumaš. Leurs fils respectifs leur succèdent : (Kambūjiya, « l'aîné ») sur le trône d'Anshan, et Arsames (Aršāma, « Celui qui a une puissance héroïque ») sur Parsumaš. Ces rois n'ont qu'un rôle restreint dans la région, qui est alors dominée par les Mèdes et les Assyriens. L'existence de Cyrus et son règne sur Anshan est attestée par un sceau portant la mention Kurāš d'Anšan, fils de Teispès. Toutefois, une inscription datée de mentionne le paiement d'un tribut à Assurbanipal par Kurāš de Parsumaš, ce qui suggère que le roi de Parsumaš serait le même Cyrus, unifiant les deux couronnes. Cet élément pourrait alors synchroniser les histoires persanes et assyriennes E. F. Weidner, « Die älteste Nachricht über das persische Königshaus », dans Archiv für Orientforschung 7, 1931-32, .. Cependant, cette interprétation est discutée, et Parsumash, Parsa et Anshan semblent devoir être distingués. Après la chute du Royaume assyrien, les Achéménides reconnaissent l'autorité des Mèdes. Bien qu'Hérodote ait écrit , Clio. 127, les origines et modalités de cette sujétion restent encore inconnues.
est le premier à parler d'Achéménès, qu'il présente comme l'ancêtre de Cyrus le Grand (-) ; ce qui ferait de lui le fondateur de la lignée des souverains achéménides. Cependant, il est possible qu'Achéménès soit un personnage fictif utilisé par Darius usurpant le trône persan afin de légitimer son pouvoir D. Stronach, « Darius at Pasargadae : A Neglected Source for the History of Early Persia », dans Topoi Supplément 1, 1997, .. Si l'on se réfère aux premiers souverains, la dynastie des rois achéménides s'étend de à environ.
Souverains achéménides
Non attestés Les témoignages épigraphiques de ces souverains ne peuvent être confirmés et sont souvent considérés comme étant inventés par vers 688/675 Achéménès roi d'Anshan vers 675/640 Teispès roi d'Anshan, fils d’Achéménès vers 640/600 roi d'Anshan, fils de Teispès 6??/6?? Ariaramnès fils de Teispès et co-souverain avec vers 600/559 roi d'Anshan, fils de 6??/5?? Arsamès fils d'Ariaramnes et co-souverain avec Attestés 559(550?)/529(530?) le Grand grand roi de Perse, fils de , souverain d'Anshan dès 559 – s'empare de la Médie en 550 529/522 grand roi de Perse, fils de Cyrus le Grand 522/522 Bardiya (ou Smerdis) L'usurpateur (?), grand roi de Perse, fils présumé de Cyrus le Grand 522(521?)/486 le Grand grand roi de Perse, beau-frère de Smerdis et petit-fils d'Arsamès 486(485?)/465 grand roi de Perse, fils de 465/424 Longue Main grand roi de Perse, fils de 424/424 grand roi de Perse, fils d' 424/424(423?) Sogdianos grand roi de Perse, demi-frère et rival de 424(423?)/404(405?) Nothos grand roi de Perse, demi-frère et rival de 404/359 Mnémon grand roi de Perse, fils de , (voir aussi Xénophon) 359(358?)/338 Ochos grand roi de Perse, fils d' 338/336 Arsès grand roi de Perse, fils d' 336/330 Codoman grand roi de Perse, arrière-petit-fils de (conquêtes d’Alexandre le Grand)
Construction et extension de l'Empire En , dit Cyrus le Grand succède à son père sur le trône d'Anshan. Ayant également pris la succession d'Arsames (de son vivant) sur la couronne de Parsumaš, Cyrus unifie donc les deux royaumes perses et est ainsi considéré comme le premier véritable roi de la dynastie achéménide, ses prédécesseurs étant encore asservis aux Mèdes.
Entre et , une guerre éclate entre les Mèdes et les Perses à l'issue de laquelle bat Astyage, roi des Mèdes, et s'empare d'Ecbatane (Hagmatāna, « La ville des rassemblements », l'actuelle Hamadan). Il déclare à cette occasion que les Perses, « autrefois esclaves des Mèdes, sont devenus leurs maîtres » , Clio. 129. Cyrus laisse la vie sauve à Astyage, entreprend de se conduire comme son successeur légitime. Selon Ctésias et Xénophon, il épouse Amytis, fille d'Astyage. Ecbatane reste une des résidences régulières des Grands Rois, car elle présente une importance stratégique certaine pour qui veut contrôler l'Asie centrale..