Eschyle (en grec ancien ), né à Éleusis (Attique) vers 525 av. J.-C., mort à Géla (Sicile) en 456 av. J.-C., est le plus ancien des trois grands tragiques grecs. Précédé par d'autres dramaturgesComme Thespis, Pratinas et Phrynichos le Tragique. Voir ., il participe à la naissance du genre tragique grâce à certaines innovations, comme le nombre d'acteurs qu'il porte à deux selon AristotePoétique , 1449 a.. Treize fois vainqueur du concours tragique, il est l'auteur d'environ 110 pièces dont sept seulement nous ont été transmisesParmi celles-ci, la paternité de Prométhée enchaîné est en outre contestée..

Le théâtre d'Eschyle est essentiellement remarqué pour sa force dramatique, la tension, l'angoisse qui habite ses pièces, dont la cohérence se comprend surtout par la progression qui les reliait au sein de trilogies « liées », dont ne subsiste aujourd'hui que l’Orestie. S'il ne développe pas la psychologie des personnages, ses choix lui permettent de mettre en valeur ses conceptions puissantes sur l'équilibre de la cité, le dégoût de l’hybris qui met en danger cet ordre, et le poids de la décision des dieux dans la conduite des affaires humaines, notamment à travers le sort militaire, ou la malédiction familiale (dans le cas de Thèbes avec les Labdacides et d'Argos avec les Atrides).

Éléments biographiques La vie d'Eschyle est très mal connue, « » (= alphaiota 357 Adler) et une Vie anonyme (éditée par Paul Mazon dans son édition des Belles Lettres) rapportent quelques éléments biographiques de valeur incertaine.. Né d'un certain EuphorionSouda, « » (= alphaiota 357 Adler)., vers 525 av. J.-C., à Éleusis en Attique, ville des mystères en l'honneur de Déméter auxquels il est initié, il appartient à la classe noble des Eupatrides, une grande famille athénienne. Il est témoin dans sa jeunesse de la fin de la tyrannie des Pisistratides à Athènes.. Contemporain des guerres menées contre les Perses, il prend part à dix ans d'intervalle à la bataille de Marathon en 490 av. J.-C., en compagnie d'ailleurs d'au moins un de ses frères, Cynégire, qui fut d'ailleurs l'un des héros de cette guerre (VI, 114) souligne l'héroïsme de ce Kynageiros (ou Cynégire)., et à celle de Salamine en 480 av. J.-C. Cette période de guerre à l'issue heureuse marqua durablement Eschyle, lui inspirant huit ans plus tard Les Perses (472 av. J.-C.), sa plus ancienne tragédie conservée., et imprégnant plus généralement le reste de son œuvre. La première victoire d'Eschyle au concours tragique se place en 484 av. J.-C., mais sa carrière devait être entamée dès l'an 500 av. J.-C.. Sur un total d'environ cent dix pièces, il n'en subsiste aujourd'hui que sept. Six d'entre elles sont représentées entre 472 et 458 av. J.-C., dans l'Athènes de Périclès : Les Perses (472), Les Sept contre Thèbes (467), Les Suppliantes (peut-être 463) et l'Orestie, sa treizième et dernière victoire (458).. Eschyle rejoint ensuite la Sicile (où il s'est déjà rendu, à l'invitation du tyran de Syracuse Hiéron, après la représentation des Perses). C'est peut-être là qu'il compose le Prométhée enchaîné dont l'attribution même reste douteuse. Il meurt à Géla en 456 av. J.-C., selon la légende en recevant une tortue sur la tête, lancée par un rapace qui aurait pris son crâne chauve pour un caillou apte à briser la carapaceLa légende, rapportée par les historiens Valère Maxime, (Faits et paroles mémorables, IX, 12) et Pline l'Ancien, (, X, 3.) et reprise par La Fontaine dans sa fable L'Horoscope (Fables, VIII, 12.), cite un aigle, mais ce comportement ressemble plutôt à la technique de rupture des os du Gypaète barbu. Voir à ce sujet ..

Selon différents auteurs tels que Pline l'ancien"Cet aigle a l'instinct de briser l'écaille des tortues qu'il enlève, en les laissant tomber de haut; ce qui causa la mort du poète Eschyle : l’oracle lui avait, dit-on, prédit pour ce jour-là la chute d'une maison, et lui s'en préservait en se mettant avec sécurité sous la voûte des cieux." Pline l'ancien, Histoire naturelle, livre 10, III, traduction de M. É. LITTRÉ, consultable en ligne ici : https://archive.org/stream/histoirenaturel01plingoog/histoirenaturel01plingoog_djvu.txt (consulté le10/04/2024) et Valère MaximeValère Maxime, Les Faits et dits mémorables, Livre IX, Chapitre XII, Exemples étrangers, 2 (lire le passage) « La fin du poète Eschyle ne fut pas volontaire ; mais elle mérite, par la singularité de l'événement, qu'on en fasse le récit. Étant un jour sorti de la ville qu'il habitait en Sicile, il s'assit dans un lieu exposé au soleil. Un aigle portant une tortue vint à passer au-dessus de lui. Trompé par la blancheur de sa tête qui était chauve, il y laissa tomber la tortue, comme il aurait fait sur une pierre, afin de la briser et d'en manger la chair. Ce coup ôta la vie au poète qui donna le premier à la tragédie une forme plus parfaite »., un oracle aurait prédit au poète qu'il mourrait à la suite de l'effondrement d'un bâtiment, il aurait alors préféré dormir à l'extérieur ; la carapace de la tortue serait alors le bâtiment de la prophétie.

Les pièces vignette|Aischylou. Tragôdiai epta / Aeschyli Tragoediæ septem [Les sept tragédies d'Eschyle]. Pour la première fois expurgées d'une infinité d'erreurs à partir des livres manuscrits et rendues à leur métrique. Par Francisco Robortello, d'Udine. Venise, Chez Gautier Scotto, 1552. Eschyle est l'auteur de Les sources varient, mais le minimum cité est de 73. . et de vingt drames satyriquesPierre Vidal-Naquet, « Eschyle, le passé et le présent », préface de l'édition de Paul Mazon, Paris, Gallimard, « Folio », 1982 ; rééd. Vernant & Vidal-Naquet, t. II, ., il remporte sa première victoire au concours en 484 av. J.-C. (il est treize fois victorieux au total). Il compte parmi ses rivaux Pratinas, Phrynichos le Tragique, Chérilos d'Athènes, et plus tard le jeune Sophocle qui le bat en 468 av. J.-C. Sept pièces d'Eschyle seulement nous sont parvenues. Certaines de ses pièces disparues ne sont connues que par leur titre (Iphigénie, Philoctète, Pénélope, Les Mysiens, Les Femmes thraces, Les Salaminiennes.), ou parfois par des fragments comme dans le cas de Niobé ou des MyrmidonsCes fragments ont été rassemblés par Stefan Radt dans le troisième volume des Tragicorum Græcorum Fragmenta, Göttingen, 1984.. L'existence de certaines autres pièces ne peut être que supposée, par exemple pour le Prométhée délivré et le Prométhée porte-feu qui auraient pu compléter le Prométhée enchaîné dans le cadre d'une trilogie.

Les Perses

Cette pièce () représentée en 472 av. J.-C. fait à l'origine partie d'une tétralogie qui remporte le concours. Les quatre pièces la composant ne sont sans doute pas liées et seraient les suivantes : Phinée (sur ce roi thrace tourmenté par les Harpyes et cité dans la légende des Argonautes) précède Les Perses, puis viennent Glaucos de Potnies (sur ce fils de Sisyphe dévoré par ses chevaux aux jeux funèbres de Pélias), et enfin un drame satyrique, ProméthéeNotice de la pièce citée dans l'édition de Paul Mazon.. Le chorège d'Eschyle est le jeune Périclès. La pièce relate la bataille de Salamine du point de vue des Perses défaits de Xerxès : elle joue donc sur un paradoxe, en présentant une catastrophe ressentie comme un triomphe par le public athénien. Il s'agit de la seule tragédie grecque à sujet historique qui ait subsistéVoir l'article « Tragédie grecque »..

Les Sept contre Thèbes

Représentés au printemps 467 av. J.-C., Les Sept contre Thèbes (), étaient probablement la troisième pièce d'une trilogie thébaine (les deux premières étaient un Laïos et un Œdipe), complétée par un drame satyrique : La Sphinx. Eschyle obtint cette année-là le prix. Étéocle attend l'attaque des sept chefs contre Thèbes, parmi lesquels son frère exilé Polynice et prépare la défense thébaine. La pièce est menée par un chœur de Thébaines terrifiées par l'imminence de la tuerie. Celles-ci constatent la mort des rois frères, qui vérifie la malédiction d'Œdipe, et leurs lamentations concluent la trilogie sur la malédiction de Laïos et de ses descendants. Eschyle omet donc l'épisode des Épigones qui réalise dans le mythe l'oracle d'Apollon : ce dernier avait prédit la perte de Thèbes, et non de la race de Laïos. Une fin apocryphe, inspirée de l'Antigone de Sophocle et annonçant la désobéissance de cette dernière, est insérée dans certaines éditions de la pièce.

Les Suppliantes

Les Suppliantes () furent représentées sous l'archontat d'Archédémidès, en 464-. La pièce était peut-être la première d'une trilogie dont la deuxième pièce se serait intitulée Les Égyptiens et la troisième Les Danaïdes. Un drame satyrique l'aurait complétée, intitulé Amymone. Les suppliantes sont les Danaïdes qui forment le chœur, personnage principal de la tragédie : leur nombre est de cinquante, ce qui a longtemps conduit à considérer la pièce comme la plus ancienne conservée d'Eschyle, hypothèse depuis invalidée. Les filles de Danaos, poursuivies par les fils de son frère Égyptos, les Égyptiades, sont venues à Argos demander refuge et protection auprès de Pélasgos : ce dernier l'accepte et s'attire les prières des Danaïdes, mais les Égyptiades approchent et la guerre menace.

L’Orestie

Cette trilogie représentée en 458 av. J.-C. comprend les pièces suivantes : Agamemnon (), qui met en scène le retour du roi de Mycènes après la guerre de Troie, et son meurtre par Clytemnestre ; Les Choéphores (), du nom des porteuses de libations qui accompagnent Électre sur la tombe d'Agamemnon où elle retrouve Oreste revenu d'exil pour venger son père et tuer Clytemnestre et son amant Égisthe, double meurtre qui conclut la pièce ; et Les Euménides (), qui montrent Oreste poursuivi par les Érinyes qui demandent vengeance après le matricide, jusqu'à ce qu'Athéna saisie par Apollon, protecteur d'Oreste, ne remette le jugement de ce dernier à un nouveau tribunal qu'elle instaure, l'aréopage. Oreste est finalement acquitté à égalité de voix, proclame sa reconnaissance et sa fidélité à Athènes, et les Érinyes passent un pacte avec Athéna et deviennent les protectrices de la cité, d'où leur nouveau nom d'Euménides ou « Bienveillantes ». L’Orestie, qui remporta le concours en 458, est le seul exemple de trilogie qui soit parvenu intact jusqu'à nous. Il permet de mieux saisir l'architecture dramatique très cohérente qui conduisait ces ensembles, et les conceptions qui en sous-tendaient la progressionVoir ci-dessous.. Il faut notamment rappeler les allusions d'Eschyle à l'actualité athénienne : l'aréopage, dont il attribue la fondation à Athéna, et qui permet le dénouement de la trilogie, avait connu peu avant les bouleversements de la réforme d'ÉphialtèsJean Hatzfeld, Histoire de la Grèce ancienne, rééd. Petite Bibliothèque Payot, 2002, ..

Prométhée enchaîné