Pierre Roger de Beaufort, né en 1329 ou en 1331 dans l'actuelle commune de Rosiers-d'Égletons en Corrèze et mort le 25 ou le à Rome, est le 201 pape du à sa mort sous le nom de Le nom de aurait été porté avant lui en 1276 par un pape éphémère mort le lendemain de son élection, mais son nom n’a jamais été retenu par les listes officielles. Voir l’article .. Il est à ce jour le dernier pape français, reconnu par Rome.
Sa vie Naissance et jeunesse Pierre Roger, fils de Marie de Chambon et de Guillaume Roger, comte de Beaufort, neveu du pape , naît en 1329, dans une famille de neuf frères et sœurs dont : , vicomte de Turenne, époux d'Aliénor de Comminges dont le fils aîné est Raymond de TurenneRaoul Busquet, Histoire de Provence, Monaco, 1954, . qui participe aux opérations militaires de et, par la suite, à partir de 1389, s'oppose militairement à et à ; Delphine, épouse de Hugues de la Roche, recteur du Comtat Venaissin et maréchal pontifical ; Jean, évêque de Carpentras, archevêque d'Auch, puis archevêque de Narbonne ; Roger, fait prisonnier par Jean de Grailly en et pour la libération duquel dès son élection intervient de nombreuses fois ; Élise (ou Alix ou Hélène), épouse d'Aymar de Poitiers, comte de Valentinois, nommé recteur du Comtat par Joseph Fornery, Histoire du Comté Venaissin et de la ville d'Avignon, Roumanille, Avignon , , , . ; Nicolas, comte de Beaufort, vicomte de La Mothe, seigneur de Saint-Exupéry, Ligny, Savennes, Chambon et Rosiers ; Tristan, le Bâtard de Beaufort ; Marthe, épouse Guy de La Tour. thumb
Il accède immédiatement au sommet de la hiérarchie ecclésiastique : à dix-neuf ans, son oncle le nomme cardinal le . Le jeune homme se rend à Pérouse pour suivre les cours de droit de Pietro Baldo degli Ubaldi. Il devient docteur en droit canonique et théologien, fort habile d’après ses pairs. sur le site Catholic Encyclopedy..
De 1357 à 1364, il est prieur du prieuré Saint-Martin de Mesvres, poste qu'avait occupé son oncle Hugues Roger en 1344.
Le , grâce à ses nombreuses relations, il réunit la rançon pour faire libérer BrioudePierre Cubizolles, Auzon : ville royale fortifiée : une des treize « bonnes villes » d'Auvergne, publié par Éd. Créer, 2000 , , .. thumb|upright|Le cardinal Guy de Boulogne couronnant . Cet homme habile et de grandes qualités morales est de faible constitution physique. À la mort d', les cardinaux se réunissent en conclave à Avignon le et, dès le lendemain matin l'élisent pape à l'unanimité des voix. Il faut l'ordonner prêtre le pour l'ordonner évêque, et le couronner comme pape, le jour suivant. Il choisit le nom de .
Le pape
La méditation l’a habitué à la compagnie des livres, dont il est un amateur éclairé, ce qui le porte à la recherche de manuscrits précieux. Ces livres le poussent aux autres formes d'art auxquelles il n'est pas indifférent. Il est également connu pour ses tableaux de diplomates.
Il poursuit la réforme de l'Église entreprise par ses prédécesseurs. Il apporte tous ses soins à ramener les Hospitaliers dans la discipline et dans l’observation de leurs règles. Il entreprend la réforme intérieure de l'ordre des Dominicains. Devant la recrudescence des hérésies, il relance l'Inquisition et fait poursuivre les pauvres de Lyon (Vaudois), les béguins et les flagellants en Allemagne.
Dès son accession, il tente de réconcilier les rois de France et d’Angleterre, mission vouée à l’échec. Il pacifie la Castille, l’Aragon, la Navarre, la Sicile et Naples. Il déploie également beaucoup d’efforts pour réunir les églises grecque et romaine, pour entreprendre une nouvelle croisade et pour réformer le clergé.
Lutte contre les Visconti
thumb|upright|Miniature d'origine italienne et gibeline caricaturant . Il accorde rapidement toute son attention aux affaires turbulentes de l’Italie. À la mort du marquis de Montferrat, , à la mi-, les Milanais tentent de s’emparer de cette région. Ayant mesuré l’ambition de Bernabo Visconti, ennemi de la papauté, qui s’est emparé, en 1371, de Reggio et d’autres places que détenaient les vassaux du Saint-Siège en Italie du Nord, forme une ligue.
Elle comprenait plusieurs participants : Othon de Brunswick, , son légat Philippe de Cabassolle, John Hawkwood et Nicola Spinelli.
Quand s’aperçoit que tous les moyens diplomatiques ont échoué, il frappe Bernabo d’interdit. Ce dernier contraint les légats qui lui ont apporté la bulle d’excommunication à manger le parchemin sur lequel son excommunication est écrite et les abreuve d’injures et d’insultes.
lui déclare alors la guerre en 1372. Au début, Bernabo remporte quelques succès ; quand obtient l’appui de l’empereur, de la reine de Naples et du roi de Hongrie, puis prend à son service (contre sonnants et trébuchants) le condottiere anglais John Hawkwood, les armées de la Ligue papale remportent plusieurs succès avec notamment la prise de Verceil. Bernabo penche pour la paix. En subornant certains des conseillers papaux, il obtient même une trêve favorable le . Ces victoires dans le Piémont incitent le pape à annoncer en son départ prochain pour Rome.
Lutte contre Florence thumb|upright|Catherine de Sienne et Raymond de Capoue implorent, à Avignon, de faire la paix avec Florence. Les choses auraient pu s’arrêter là. Comme ses prédécesseurs d’Avignon, commet l’erreur fatale de nommer des Français comme légats et gouverneurs des provinces ecclésiastiques d’Italie. Or, les Français ne sont pas familiers des affaires italiennes et les Italiens les détestent.
La trêve signée le avec Bernabo Visconti pousse Florence à l’action, car elle craint le retour du Saint-Siège à Rome et le relèvement de cette ville à son détriment. Florence exploite avec habileté le mécontentement suscité par l'administration des officiers pontificaux (français ou non), et entraîne le soulèvement des États de l’Église. Les villes et les bourgades des États pontificaux rejoignent peu à peu le parti des Florentins. D' au mois de , l'Église perd ses domaines.
Les Florentins voient ainsi échapper des charges ecclésiastiques qui sont traditionnellement leurs (et de plus, fort lucratives). Craignant que le renforcement de la puissance papale dans la péninsule n’altère leur propre influence en Italie centrale, ils s’allient avec Bernabo, en . Bernabo et les Florentins tentent de faire éclater des insurrections dans le territoire pontifical, spécialement chez ceux (et ils sont nombreux) qui sont exaspérés par l’attitude des légats du Pape en Italie. Ils réussissent si bien qu’en peu de temps le Pape est dépossédé de la totalité de son patrimoine.
Ce mécontentement général est accentué, pour ce qui concerne les États pontificaux, par l’arrêt des préparatifs du retour du pape à Rome. En effet, après la trêve de Bruges du , demande à Venise et à la reine Jeanne d’envoyer, pour son voyage de retour à Rome, des galères dans le port de Marseille pour la période du au . Sous la pression du roi de France et dans l’espoir de la signature d'un traité de paix entre la France et l'Angleterre conduit par dont il peut mieux suivre l'élaboration à partir d’Avignon, reporte sa décision.
Florence entre donc en rébellion ouverte, d’où la guerre dite des Huit Saints ainsi dénommée par allusion aux huit chefs que Florence s’était donnés à cette occasion. Le pape réagit avec une vigueur extrême en mettant la ville de Florence au ban de la chrétienté (), et place Florence sous interdit, excommuniant tous ses habitants. Cette implacable condamnation s’explique par le risque de voir le retour du pape impossible. Outre l’interdit prononcé contre la ville, invite les monarques européens à expulser de leurs terres les marchands florentins et à confisquer leurs biens.
Retour à Rome thumb|left| reçoit Catherine de Sienne à AvignonFresque de Giovanni di Paolo.
Pétrarque, mort le , était intervenu à plusieurs reprises pour plaider le retour du pape à Rome. De même, Catherine de Sienne vient à Avignon pour pousser à ce retour. Le pape reçut d’abord son confesseur, Raymond de Capoue, puis la dominicaine qui arriva le . Elle venait tout simplement demander au pape d’organiser une croisade contre les infidèles et de faire la paix avec Florence. Ce qui n'était pas du tout dans les intentions de son interlocuteur.
De plus, , dès le , avait déjà annoncé son intention de rejoindre Rome, volonté qu’il avait à nouveau confirmée lors du consistoire de . Il demanda simplement à la Siennoise de soutenir cette intention, ce qu’elle fit. Pour la remercier de son aval, il lui accorda, par privilège pontifical, l’octroi d'un autel portatif sur lequel la messe pouvait être célébrée là où elle se trouvait.
Comme le constate l’historien Jacques Chiffoleau, l’influence de Catherine de Sienne a été exagérée, la décision d'abandonner Avignon étant déjà prise depuis longtemps. L’intervention de Catherine de Sienne vient seulement raffermir le pape dans son choixJacques Chiffoleau, « La rencontre Catherine et l'institution », dans Catherine de Sienne, Catalogue d'exposition, ..
Le voyage de retour est bien connu grâce à un fidèle compte rendu établi par Pierre Amiel de Brénac, évêque de Sinigaglia, qui accompagne durant tout le voyageCe récit publié en 1952, par P. Ronzy, de l'Institut français de Florence, est intitulé Itenerarium ou Voyage de ramenant la papauté d'Avignon à Rome.. Le départ d’Avignon, via le palais des papes de Sorgues, a lieu le à destination de Marseille pour s’y embarquer le . La flotte pontificale fit de nombreuses escales (Port-Miou, Sanary, Saint-Tropez, Antibes, Nice, Villefranche) pour arriver à Gênes le . Après des arrêts à Porto Fino, Livourne, Piombino, l’arrivée à Corneto a lieu le . Le , il quitta Corneto, débarqua à Ostie le jour suivant, et remonta le Tibre vers le monastère San Paolo. Le , descend de sa galère amarrée sur les berges du Tibre et pénètre dans Rome entouré des soldats de son neveu Raymond de Turenne et des grands seigneurs provençaux et napolitains.
Séjour italien et romain thumb|Monnaie de frappée à Bologne. thumb|left|Anathème de gravé dans sa villa d'Agnani. Dès son arrivée, il travaille à la soumission définitive de Florence et des États pontificaux. Il doit faire face à la résistance des uns, ainsi qu’à l'indiscipline et les excès des troupes pontificales, comme le massacre de la population de Césène, près de Rimini, où environ furent tuées le par les compagnies bretonnes commandées par le cardinal Robert de Genève, qui va devenir l’antipape , avec l’appui de celles de Hawkwood.
Les émeutes romaines quasi continues conduisent le pape à se retirer à Anagni vers la fin du mois de . La Romagne se soumet, Bologne signe un traité et Florence accepte la médiation de Bernabo Visconti pour aboutir à la paix. Progressivement remis de ses émotions, il revient à Rome le . Se sentant menacé, il envisage de rentrer à Avignon. thumb|upright|Manuscrit orné aux armes de .
Mort Un congrès quasiment européen se réunit à Sarzana, en présence des mandataires de Rome et de Florence, des représentants de l'empereur, des rois de France, de Hongrie, d’Espagne et de Naples. Les participants de ce congrès apprennent que le pape est mort dans la nuit du au .
Comme son oncle , avait souhaité une sépulture dans l'église de l'abbaye de La Chaise-Dieu. Les Romains refusèrent de laisser emporter le corps et il fut enterré à Rome. Son monument funéraire se trouve dans le transept droit de la basilique Santa Francesca Romana, connue aussi sous le nom de basilique Santa Maria Nova.
Les clefs de voûte de l'abbaye de La Chaise-Dieu portent les armes de aux premières travées et de aux dernièresDictionnaires des églises de France, Robert Laffont, 1966, , , B 30..
est le dernier pape français. Instruit et pieux, il a eu une certaine tendance au népotisme.
À sa mort, s'ouvre le grand schisme d'Occident (1378-1417).
Œuvre apostolique thumb|Bulle de à Saint-Jean de Latran.