(littéralement « museau aplati ») est un genre fossile de grands thérapsides thérocéphales ayant vécu durant le Permien moyen dans ce qui est actuellement l'Afrique du Sud, il y a entre d'années avant notre ère. L'unique espèce connue est , initialement décrite en 1915 par Robert Broom à partir d'un crâne partiel juvénile ayant été découvert durant le à Prince Albert, dans le Cap-Occidental. Ce même crâne se distinguant par un museau très court et large, contrairement à celui d'autres thérocéphales primitifs, sa position systématique au sein du groupe resta donc incertaine pendant une grande partie du et du début du . En 2014, la découverte d'un grand crâne à Victoria West, s'avérant provenir d'un individu adulte de ce taxon, notamment grâce à la présence d'une crête osseuse caractéristique sur le vomer du palais partagée avec le spécimen initial, suggère que Simorhinella pourrait être étroitement apparenté au thérocéphalien basal Lycosuchus. Le genre est dès lors rattaché à la famille des Lycosuchidae, bien que ses relations phylogénétiques précises restent à tester.

Le crâne du spécimen adulte mesure environ de longueur, ce qui place Simorhinella parmi les plus grands thérocéphaliens décrits à ce jour, bien que sa taille soit dépassée par celle d'un autre spécimen indéterminé de lycosuchidé. Le taxon est connu dans les niveaux supérieurs de la , plus précisément au sein de la . Contrairement à son contemporain Lycosuchus, Simorhinella disparaît lors de l'extinction de la fin du Permien moyen, un événement qui entraîne le déclin de la plupart des grands thérocéphales (notamment de nombreux scylacosauridés), ainsi que de grands thérapsides carnivores tels que le dinocéphale Anteosaurus.

Historique des recherches À une date indéterminée au cours du , l'ingénieur routier et géologue Thomas Charles John Bain découvre un crâne fossile dans la ferme de Weltevreden, près de Prince Albert, dans la province sud-africaine du Cap-Occidental. Le spécimen est ensuite acquis en 1878 par le musée d'histoire naturelle de Londres, où il est depuis catalogué sous le numéro NHMUK 49422. Le fossile reste non décrit jusqu'à une étude publiée en 1915, au cours de laquelle le paléontologue sud-africain Robert Broom examine la collection fossile de thérapsides carnivores du musée. Il le considère alors comme représentant un nouveau genre et espèce de thérocéphale, qu'il nomme Simorhinella baini. Bien que la description initiale de ce taxon par Broom demeure succincte, l'auteur identifie correctement le crâne comme provenant d'un individu juvénile. Le nom générique Simorhinella vient du grec ancien , « nez aplati », , « museau », suivi du diminutif latin , le tout combiné voulant littéralement dire « museau aplati », dans une référence évidente à sa morphologie crânienne.. L'épithète spécifique baini honore Bain pour sa contribution à avoir découvert certain de ces spécimens fossiles que Broom décrit dans son article..

Ce premier spécimen comprend la partie antérieure du crâne et de la mandibule jusqu'au niveau des orbites inclus. Le fossile étant érodé et ses surfaces fissurées, cela conduit Broom à éprouver des difficultés à distinguer les sutures des différents os. Malgré cela, il souligne l'étrange largeur et la brièveté du museau, plus large au niveau des yeux que long. Broom rapproche Simorhinella d'autres petits thérocéphaliens tels qu’ et , alors classés au sein du groupe aujourd'hui obsolète des Scaloposauridae (parfois appelé Scaloposauria), un assemblage artificiel de petits représentants souvent décrits à partir de spécimens juvéniles, à l'instar de Simorhinella.

vignette|gauche|alt=Crâne fossile d'un animal carnivore juvénile.|Vue frontale de l'holotype juvénile de Simorhinella (les orbites étant à gauche).

Peu de travaux sont consacrés à Simorhinella dans les décennies suivant sa description. Cela s'explique en partie par le caractère incomplet de l'holotype, auquel il manque des éléments clés du crâne (tels que la région intertemporale) susceptibles d’éclairer ses relations avec les autres thérocéphaliens, comme le souligne notamment le paléontologue sud-africain Lieuwe Dirk Boonstra en 1954.. En raison de sa nature juvénile, Boonstra en vient par la suite à considérer Simorhinella comme un nomen dubium en 1969.. Les doutes croissants quant à la validité des Scaloposauridae et des genres qui y sont rattachés compliquent davantage la situation. Certains auteurs, en particulier la paléontologue française Christiane Mendrez en 1975, maintiennent néanmoins que le genre est distinct et conservent Simorhinella comme un taxon valide.. Cette incertitude quant à sa classification persiste jusqu'au début du , malgré les progrès réalisés dans la compréhension de la systématique des thérocéphaliens..

Dans une étude publiée en 2014, le paléontologue brésilien Fernando Abdala et ses collègues décrivent un grand crâne accompagné de quelques autres os associés, appartenant à un thérocéphale de type lycosuchidé. Celui-ci fut découvert par les paléontologues sud-africains et Bruce S. Rubidge à proximité de la ferme Rheboksfontein 74, à Victoria West, dans la province du Cap-Nord. La trouvaille réside depuis sous le numéro BP/1/5592 à l'Institut d'études évolutives de l'université du Witwatersrand, à Johannesbourg. Abdala et ses collègues identifient ce dernier comme étant un spécimen adulte de Simorhinella, malgré la différence de taille marquée entre celui-ci et l'holotype (le museau mesurant contre seulement chez ce dernier). Les auteurs mettent en évidence un ensemble de caractères distinctifs partagés par les deux spécimens, suggérant qu'ils représentent respectivement les stades adulte et juvénile d'un même taxon, et concluent que Simorhinella constitue un taxon valide de lycosuchidé. Le spécimen adulte consiste en un crâne érodé, dépourvu de la mandibule et de la majorité de sa dentition, ainsi qu'en quelques éléments issues du squelette postcrânien. Le crâne présente une compression dorso-ventrale, ayant entraîné un déplacement vers l'arrière de certaines parties de sa surface dorsale par rapport à sa base..

Bien que les deux spécimens proviennent de localités largement éloignées, ils furent tous deux découverts dans des régions du sud-ouest du supergroupe du Karoo où affleurent des couches géologiques appartenant à la partie supérieure de la de la , l'une des formations constituant le groupe de Beaufort. En 2020, les niveaux supérieurs de cette zone d'assemblage (englobant l'intervalle stratigraphique de Simorhinella) sont formellement définis comme la sous-zone Diictodon-Styracocephalus, dont l'âge est estimé entre d'années, au cours du Capitanien tardif du Permien moyen..

Description Morphologie d'ensemble Avec un crâne d'environ de long chez l'individu adulte, Simorhinella compte parmi les plus grands lycosuchidés connus ainsi que parmi les plus grands thérocéphales en général. Il n'est surpassé en taille que par un spécimen indéterminé, catalogué SAM-PK-9005 au musée sud-africain Iziko, anciennement désigné en tant qu'holotype du lycosuchidé désormais douteux , dont le museau mesure de long, contre pour celui de Simorhinella.

Crâne Chez l'adulte, le crâne de Simorhinella présente un aspect globalement typique des lycosuchidés : le museau est relativement bas, court et large, avec seulement cinq incisives supérieures et un nombre réduit de dents postcanines. Contrairement à certains autres lycosuchidés, aucun des spécimens de Simorhinella ne présente de « doubles canines » ; une seule paire fonctionnelle est observée (bien que Broom ait initialement interprété deux paires chez l'holotype juvénile). Le bord ventral du maxillaire portant les dents (marge alvéolaire) est nettement convexe, avec une légère concavité en avant de la canine, au point de jonction avec le prémaxillaire. Comme chez Lycosuchus, cette marge alvéolaire est séparée des faces latérales du maxillaire par un rebord osseux distinct ; toutefois, celui-ci est moins développé chez Simorhinella que la crête maxillaire marquée observée chez Lycosuchus.

Les orbites sont relativement petites chez l'adulte et largement séparées sur le toit crânien par de larges os frontaux, avec une barre sous-orbitaire profonde formée par le jugal en dessous. Les frontaux portent une crête médiane proéminente entre les yeux, bordée de chaque côté par une dépression. La région temporale située en arrière des orbites est de grande taille (mesurant environ , soit légèrement moins que le museau), avec de larges fenêtres temporales correspondant aux zones d'insertion des muscles mandibulaires, bien que les arcades zygomatiques qui les bordent ne soient pas conservées. La barre intertemporale entre ces fenêtres est comprimée et élevée en une crête sagittale haute et fortement arquée, principalement constituée des os pariétaux, s'élevant en arrière du foramen pinéal (ou « troisième œil »). Contrairement à Lycosuchus, cette crête présente une largeur régulière et relativement importante, plutôt qu'un profil resserré. L'articulation postérieure de la mâchoire, ou trochlée quadratique (formée par les extrémités arrondies des os carré et quadratojugal), est atypique pour un thérocéphalien. Chez Simorhinella, la trochlée constitue une surface unique, lisse et arrondie, contrairement à l'état généralement observé chez les thérocéphaliens (incluant Lycosuchus), où elle est clairement divisée en deux condyles — interne et externe — séparés par un sillon.

Le vomer du palais constitue l'un des éléments les plus caractéristiques de Simorhinella, en raison de la présence d'une crête saillante courant sur une grande partie de sa longueur le long de l'axe médian, accompagnée de crêtes accessoires plus faibles de part et d’autre. Cette crête est présente chez les deux spécimens connus de Simorhinella, mais absente chez Lycosuchus, et constitue l'un des principaux caractères permettant de distinguer les deux genres. La partie antérieure du vomer forme une sorte de pilier séparant les deux choanes (narines internes), relativement étroites et comprimées latéralement par une expansion interne bulbeuse du maxillaire entourant les racines des canines. En arrière du vomer se trouvent les os ptérygoïdes appariés qui, comme chez les autres lycosuchidés (mais contrairement à la plupart des autres thérocéphaliens primitifs), portent chacun une rangée de dents palatines bien développées sur leur processus transverse (quatre dents par élément chez Simorhinella), tandis que le bossage ptérygoïdien central arrondi est dépourvu de dents. Les ptérygoïdes délimitent entre eux une ouverture, la vacuité interpterygoïdienne, entourée de crêtes proéminentes projetées vers le bas. Cette configuration diffère de celle observée chez Lycosuchus, chez lequel ces crêtes sont orientées vers le bas et vers l'extérieur. De part et d'autre du vomer et des ptérygoïdes se trouvent les os palatins, qui présentent, comme chez Lycosuchus, une zone rugueuse surélevée le long de leurs marges, parallèle à la rangée dentaire du maxillaire et bordée de l'autre côté par une fine crête. Cette zone rugueuse aurait pu correspondre à la surface de contact des dents postcanines inférieures lors de la fermeture des mâchoires..

vignette|redresse=1.05|alt=Dessin scientifique en noir et blanc montrant la partie antérieure du crâne fossile d'un animal carnivore juvénile, vu de profil et de dessus.|Illustration du spécimen type juvénile par Broom, tel qu'issue de sa description de 1915.