Roger Pannequin, alias « commandant Marc », né le à Bully-les-Mines et mort le à Verberie, est un instituteur de la région Nord et un résistant des Francs-tireurs et partisans (FTP) de la première heure qui combattit l’occupation allemande. Ses livres, articles et témoignages dans la presse et à la télévision ont été abondamment cités par les historiens de la Résistance intérieure française et des années d'après-guerre, période où il fut le premier adjoint au maire de Lens, Auguste Lecœur, puis responsable de la Main-d’œuvre immigrée à la direction du Parti communiste français, fonction dont il est écarté au printemps 1951 malgré le fait qu'il ait été rapidement blanchi par la justice dans l'affaire Pronnier.

Biographie Engagement dans la résistance Fils d'un ouvrier ajusteur dans l'industrie minière, il étudie à l’École normale d’instituteurs d’Arras à partir de . Il adhère aux jeunesses socialistes, liées à la SFIO, alors que le Front populaire vient d'arriver au gouvernement. Il est proche de l'aile gauche du parti emmenée par Marceau PivertFiche de lecture de la biographe d'Achille Blondeau, par Laurence Mauriaucourt, dans L'Humanité, 2014 Biographie Le Maitron d'Achille Blondeau .

Mobilisé au début de la Seconde Guerre mondiale, il est capturé par l'armée allemande après l'effondrement des lignes françaises mais réussit à s’évader avec un camarade. Début 1941, instituteur depuis peu, il entre en contact avec des militants communistes, parmi lesquels Julien Hapiot, qui commençaient à organiser la résistance dans le Nord-Pas-de-Calais, avec un PCF particulièrement impliqué dans le Pas-de-Calais. Il participe au tirage et à la distribution de tracts, à la collecte de matériel et d'argent, et à des sabotages. Il adhère au Parti communiste français (clandestin) au et rejoint le groupe de Charles Debarge avec lequel il participe à l’action armée contre l'occupant.

Il est arrêté le , soumis à la torture et condamné à cinq ans de travaux forcés. Il s'évade le et se réfugie brièvement en Belgique avant de revenir en France et de reprendre part à la résistance. Il est l'un des rédacteurs du Patriote du Pas-de-Calais et mène des attaques armées avec les FTP. Il est arrêté une nouvelle fois le à Lens mais s'évade à nouveau le au cours d'un transfert, sous le pseudonyme de « Marc ». Il a la responsabilité des liaisons entre le Front national et les FTP dans les départements de l'Aisne, des Ardennes et de la Meuse. Ses multiples évasions font de lui l'un des résistants les plus recherchés.

Ses tortionnaires étaient en premier lieu le commissaire de police de Lens, André Dobbelaere« Les grèves de 1947 et 1948 dans le Pas-de-Calais, déroulement, violence et maintien de l'ordre » par Philippe Roger, dans la Revue du Nord en 2011 , condamné à mort puis gracié à la Libération"L’épuration à Lens" par Philippe Roger et son adjoint, lieutenant de gendarmerie Roger Fleurose, œuvrant tour à tour au commissariat de Lens ou dans les locaux de la gendarmerie. Les mêmes s’illustreront dans les tortures infligées à bien d’autres résistants du bassin minier, le plus notable étant l’instituteur d’Harnes, Henri Gouillard avant de les remettre à la Gestapo Beaucoup de gendarmes impliqués dans la traque des résistants seront mutés dans la Sarre pendant les premières années de l'occupation française. Ils reviendront dans le bassin minier lors des grèves de 1947 et 1948"Adieu camarades" par Roger Pannequin, en 1977 aux Editions Sagittaire, intégralité du chapitre 6 ("La provocation de Grenay". Milices patriotiques À la libération de la France, qui voit le Parti communiste en position de force dans sa région, il est vice-président du Comité départemental de libération (CDL) du Pas-de-Calais et dirige le Comité de libération de Liévin.

Roger Pannequin fut désigné en à la Commission départementale d’enquête auprès des Comités de libération locaux sur le bilan de l’épuration, créée à l’initiative de la Commission de la justice du Conseil national de la RésistanceBiographie Le Maitron.

Il représente son département à la réunion nationale à Paris des milices patriotiques et s'oppose à leur dissolution, au cours d'un accrochage violent avec Laurent Casanova, l'un des plus proches amis du leader du PCF Maurice Thorez.

Cependant, par la suite, il justifie dans Le Patriote du Pas-de-Calais des 9- la déclaration de Maurice Thorez sur l’illégalité des Milices patriotiques. Il représenta le CDL du Pas-de-Calais aux États Généraux de la Renaissance française et y fut le rapporteur pour le thème de la défense de la République et de la démocratie.

Adjoint au maire de Lens En 1945, il est élu sur la liste d'Auguste Lecœur dont il devient le premier adjoint à la mairie de Lens (Pas-de-Calais) et premier adjoint de la Fédération du Parti communiste français du Pas-de-Calais. C'est la première fois de l'histoire que le PCF gagne la mairie de la capitale du bassin minier, créant la surprise, mais en 1947, la liste d'Auguste Lecœur perd les élections municipales, à la suite d'un renversement d'alliance du Parti socialiste.

Lors des municipales de 1947, les deux premiers adjoints d'Auguste Lecœur, Louis Lambin et Roger Pannequin s'opposent à lui et à son secrétaire personnel Marcel RollandBiographie Le Maitron de Marcel Rolland , qui ils reprochent un tract de campagne disant « Bas les pattes » au candidat du parti socialiste à la mairie de Lens, le docteur Schaffner, combattant de la silicose, qui avait eu les mains brûlées par le radium. Grèves de 1947-1948 Roger Pannequin suivit à l’hiver 1946-1947 les cours d'André Marty à l'École centrale du PCF en région parisienne, consacrée à des néophytes du communisme mais potentiels futurs cadres, généralement âgés de moins de trente ans, et célibataires« Les écoles du P.C.F. Une étude de Danièle Tartakovski » par Philippe Robrieux, dans L'Humanité du 7 novembre 1980 . Il devint à sa sortie l'un des secrétaires de la Fédération du Pas-de-Calais du Parti communiste français, département où son ami René Camphin est salué en par une , quand il apporte l'annonce de la révocation des ministres communistes, en pleine bataille du charbon, cette révocation semblant augurer d'un retour prochain et ne position plus forte.

Son département sera ensuite en pointe dans les grèves de 1947 et la grève des mineurs de 1948. Le discours de Thorez devant au grand meeting d'Hénin-Liétard, sa commune natale, le , jour de la Sainte-Barbe, patronne des mineurs s'en prend violemment à la SFIO au pouvoir, décrite comme le « parti américain » et deux jours après des chars arrivent dans la région pour dissuader les barricades.

Dans ses mémoires publiés en deux tomes en 1976 et 1977, Roger Pannequin mentionne à plusieurs reprises que le tribunal de Béthune l'a condamné à six mois de prison ferme, après que la police l'ait auditionné en 1948, dans le cadre d'une large enquête menée quelques mois après la grève . Il fait ainsi partie des dizaines de militants communistes condamnés à des peines de prison à l'issue des grèves de 1947-1948 et défendus par l'avocat Gaston Moithy, militant SFIO et maire-adjoint de Lille.

Le en fin d'après-midi il avait été témoin d'une bataille rangée entre des CRS qui tentent de déloger des grévistes occupant les grands bureaux des Mines, dans sa ville natale de Bully-Grenay. Pour échapper aux projectiles jetés du bâtiment, les CRS avaient tenté d'éloigner en frappant à coups de crosse, pendant plusieurs minutes, une manifestation venue soutenir les occupants, au premier rang de laquelle se trouvaient par hasard des prisonniers de guerre allemands. La nuit tombe et les trois CRS jugés les plus actifs dans l'affrontement s'étaient retrouvés prisonnier des grévistes, à l'instigation d'un délégué mineur CGT qui avait décidé leur séquestration à la fosse 5 de Loos-en-Gohelle pendant une nuit, où il mène leur interrogatoire, pour faire un exemple. Leur disparition fait l'objet d'un message du capitaine, qui commandait la CRS, conservé aux archives départementales du Pas-de-Calais. La séquestration visait à leur apprendre ce qu'est la dure condition des mineursMémoire d’Ex", documentaire de Mosco Boucault (1991). Deuxième partie: suicide au Comité Central, 19465-1955.

Les mineurs voulaient les garder otages une journée de plus mais ils ont été relâchés le lendemain sur ordre de deux dirigeants de la Fédération CGT des mineurs, a raconté Pannequin dans ses mémoires"Adieu, camarades, les années sans suite", II, Paris, Le Sagittaire, 1977, .. Leur libération sera mentionnée avec deux jours de retard dans La Voix du Nord du « Prisonniers à la fosse 5 de Loos-en-Gohelle, les deux CRS ont été libérés », La Voix du Nord, . Pannequin racontera à l'historien Moscou Boucaut que ces CRS ont subi les moqueries des grévistes « sur la dérision qu’il y avait à rester au service du pays pour 8000 francs par mois » et dans ses mémoires qu'ils étaient conservés comme "otages", menacés d'exécution au cas ou les forces de l'ordre tireraient sur les grévistes. Plusieurs grévistes ont ensuite été décrits par trois "otages" de l'année précédente, dont un sergent devenu depuis adjudant, et 2 CR, dont l'un est devenu sergent.

Il subit les réquisitions sévères du substitut du procureur, l'accusant d'avoir été impertinent lors de l'interrogatoire du juge d'instruction puis fait appel dans l'attente de la loi du 5 janvier 1951 portant amnistie, dont une disposition spéciale pour les anciens résistants prévoit qu'ils sont amnistiés, pour les actes accomplis dans l'intention de contribuer à la libération définitive de la France. Permanent du PCF, de 1949 à 1953 à Paris Embauche à la section d'organisation en 1949 Auguste Lecœur, qui dirige de fait depuis 1949 la très importante "section d'organisation" du PCF, en doublure de Léon Mauvais, y fait entrer la même année son ami et voisin de Lens Roger Pannequin, qui devient salarié du PCF, l'un des cinq chargés de contrôler les fédérations départementales . Il dissimule dans sa biographie son passé pivertiste et occupe déjà cette fonction lorsqu'il assiste au match France-Yougoslavie , qualificatif pour la coupe du Monde au Brésil, censuré par l'Union française de l'information, sur ordre de la direction du PCF. Il y tente d'établir un contact avec son grand ami de la Résistance française, le colonel Ljubo Ilić, devenu un diplomate et assistant du ministre de la construction yougoslave, en trouvant, sans se faire prendre, le nom d'un supporter yougoslave dans le fichier établi par Jules Decaux, pour traquer les risques de titisme en France. Quinze jours après, un autre intermédiaire lui fait savoir qu'Ilic a renoncé à le revoir .

En , hébergé à l'hôtel d'Angleterre, cité Bergère à Paris, appartenant au PCF, comme de jeunes militants du Rassemblement démocratique africain (RDA), et l'un d'eux, le futur chef d'Etat Sékou Touré, le sauve d'une péritonite en le découvrant dans sa chambre en rentrant de spectacle une nuit de , l'hospitalisant en urgence dans la clinique du docteur Leibovici. Il est alors envoyé se reposer un mois à Menthon, dans un autre établissement discrêment contrôlé par le PCF, rue de la Maison russe, où il est placé sous la protection d'un autre pensionnaire, Lefebvre, ex membre des services de l'IC. Il visite fin décembre son vieil ami et nouveau voisin René Camphin, arrivé deux semaines plus tôt, après une congestion pulmonaire, surveiller ses poumons dans le préventorium de la maison des mineurs de Vence. En 2008, dans sa biographie de Camphin, l'historien par Daniel Hémery révèlera qu'il a dû y passer six moisBiographie Le Maitron de René Camphin par l'historien par Daniel Hémery .