thumb|250px|Grande synagogue de Kalisz devant les ruines de la Première Guerre mondiale Kalisz est une ville du centre de la Pologne, chef-lieu du district de Kalisz dans la voïvodie de Grande-Pologne. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville située à l'époque près de la frontière allemande, est annexée au Reich, les Juifs massacrés, les Polonais expulsés et remplacés par des Allemands ethniques de la Baltique.

La ville compte actuellement près de .

Les Juifs se sont établis à Kalisz dès le et ont prospéré avec la croissance de la ville, jusqu'à représenter environ un tiers de la population totale. La communauté qui comptait au début de la Seconde Guerre mondiale près de a été anéantie lors de la Shoah. Il n'y a actuellement plus de communauté juive à Kalisz.

Histoire

Les débuts de la communauté juive Les premiers Juifs sont arrivés à Kalisz dans le courant du pendant le règne de Mieszko III le Vieux, cherchant refuge à la suite des persécutions en Bohême et en Allemagne. Au , il existe déjà une communauté juive établie, une des plus notables de Grande-Pologne. Les Juifs sont chargés de frapper la monnaie royale comme le prouvent les pièces bractéates portant sur une face des inscriptions en hébreu.

En 1324, le duc Boleslas le Pieux publie le Statut de Kalisz: History of the Jewish Community in Kalisz: 12th century to World War; site: United States Holocaust Memorial Museum, un privilège qui liste et définit les sujets particulièrement importants pour les Juifs de la ville. Entre autres, il leur garantit une totale sécurité pour eux, leur communauté et leurs biens et les autorise à construire des synagogues et des cimetières. Les nombreux paragraphes et clauses de ce document montre l'attachement du duc à ses sujets juifs.

En 1364, le roi Casimir le grand transmet à Falken, un Juif de Kalisz, un document accordant les mêmes droits à tous les Juifs de Pologne. Ce statut, complété au cours des ans par plusieurs amendements, servira de statut légal pour la communauté juive jusqu'à la fin de la république des Deux Nations.

Après l'obtention par la ville de Kalisz de ses droits de cité du duc Boleslas le Pieux en 1257, les Juifs s'installent dans la partie sud-ouest de la ville entre la porte Piskorzewska et le marché Koński. En 1258, Przemysl II confirme la vente d'un terrain à Rypinek, en périphérie de la ville, dans le but d'y installer un cimetière juif. En 1287, la communauté juive afin d'agrandir le cimetière prend en location un terrain sur les hauteurs de la ville, appartenant à un chevalier du nom de Rufin. Le terrain est situé en bordure des villages de Rypinek et de Dobrzec. La location du terrain s'effectue en nature, poivre, safran et épices. Le terrain sera utilisé par la population juive pendant plusieurs siècles. En 1358, le roi Casimir le Grand autorise les Juifs à construire une synagogue. Celle-ci est très probablement en bois et située au centre du quartier juif de la ville. Son emplacement exact est inconnu. Ce n'est qu'en 1650 que la communauté achète un terrain à Rozmark pour y construire une synagogue en briques. Une école juive y est installée. La ulica Żydowska (rue juive), maintenant rue Złota, qui part d'un des coins de la place de la ville, sert d'artère principale au quartier juif.

En 1555, le roi Sigismond II Auguste garantit aux Juifs de Kalisz le droit d'exercer librement le négoce. En 1676, le roi Jean III Sobieski confirme la validité du Statut de Kalisz en présence des autorités municipales. Faisant suite à une période de prospérité économique, la situation de la communauté juive de Kalisz va se détériorer considérablement dans le courant du , quand elle est obligée de s'endetter. À cette époque, les Juifs n'ont le droit de louer que six maisons à Kalisz, et pour chaque maison supplémentaire, doivent payer une amende à la ville. En 1565, ils occupent 18 maisons et en 1579, les de la ville payent un impôt par tête de . Au , les Juifs travaillent principalement comme commerçants, prêteurs sur gage ou artisans, comme bouchers, boulangers, tailleurs, tisserands ou orfèvres.

Du à la Première Guerre mondiale En raison de son fort développement, les maisons en bois s'entassent les unes contre les autres et le quartier juif est fréquemment la proie des flammes. Le feu de 1792, qui ravage toute la ville est un des plus tragiques. Il détruit la synagogue et toutes les maisons du quartier juif. Selon le recensement de 1793, les Juifs qui vivent entre les rues Złota et Garbarska et les ruelles alentour, résident dans 91 maisons. La communauté possède une synagogue, un mikvé, un cimetière, un refuge pour les sans-abris et un abattoir cacher. En 1804, Kalisz compte , représentant environ 30 % de la population de la ville.

À partir de 1828, les Juifs ne peuvent vivre que dans une zone désignée de la ville. Cependant, 23 maisons situées en dehors de cette zone appartiennent à des Juifs possédant une autorisation spéciale. En 1836, un hôpital juif de 25 lits est ouvert: Kalisz; site: The YIVO Encyclopedia of Jews in Eastern Europe et une école en langue russe fonctionne à partir de 1875. La même année, une épidémie de choléra s'abat sur la ville, emportant de nombreuses vies et toujours en 1875, un feu détruit et l'ancienne synagogue.

En 1876, les autorités de la ville décident la restructuration du quartier juif. Certains des habitants sont relogés sur les bords de la rivière Prosna. Bientôt de petits ateliers juifs y voient le jour, travaillant principalement dans la dentellerie.

Dans la seconde moitié du , les Juifs ont la possibilité de s'installer sans restriction, ce qui conduit à une forte augmentation de la population juive de la ville. En 1875, ils représentent 45 % de la population de la ville et en 1908, avec , la communauté juive représente 36 % de la population totale.

À la fin du , les Juifs de Kalisz, dans leur majorité, tentent de soutenir le mouvement d'indépendance polonais. À titre d'exemple, le , une cérémonie de prières se déroule dans la synagogue pour Antoni Fijałkowski, l'archevêque de Varsovie, qui a adopté une attitude critique envers les autorités russes lors des manifestations patriotiques. La cérémonie est suivie par de nombreux Chrétiens et Juifs. En 1863, des femmes juives de Kalisz confectionnent un étendard de combat pour les insurgés combattant dans la région, avec l'inscription À nos vaillants frères polonais, de la part de femmes juives polonaises de Kalisz

Après l'écrasement de l'insurrection de Janvier, la situation sociale et économique est difficile. La répression devient plus sévère et ce n'est que lorsque Kalisz redevient en 1866 une capitale de goubernia et qu'une ligne de chemin de fer est construite que la ville retrouve un élan économique.

Le une violente émeute contre les Juifs éclate pendant une procession de Corpus Christi. Une rumeur accuse les Juifs d'avoir détruit les autels préparés pour la cérémonie au Nowy Rynek (Nouvelle place du Marché), et de jeter des pierres sur les gens passant devant la maison du rabbin. La foule, armée de bâtons et de pierres commence à saccager et piller le quartier juif, y compris la synagogue. L'émeute dure jusqu'à la tombée de la nuit, sans réaction des autorités russes. thumb|200px|right|Le quartier juif de Kalisz en 1914-1915.jpg Pendant la Première Guerre mondiale, en , le centre de la vieille ville et la plus grande partie du quartier juif sont réduits en ruine à la suite de tirs d'artillerie et du pillage et mise à sac de la ville par les troupes allemandes. Le rabbin Yechezkel Lipshitz se rend aux États-Unis dans le but de récolter de l'argent nécessaire à la reconstruction de la ville.

La période de l'entre-deux-guerres Pendant la première année de la Première Guerre mondiale, l'armée allemande tue 33 Juifs et détruit de façon délibérée 95 % de Kalisz, conduisant à un exode massif de toute la population de la région.

Cinq ans plus tard, lors de la lutte pour l'indépendance de la Pologne, deux Juifs perdent la vie à Kalisz en , dans ce qui est considéré par la communauté juive comme un pogrom organisé par les nationalistes polonais de la Polska Organizacja Wojskowa (Organisation militaire polonaise): Maciej Błachowicz; Mariusz Kurzajczyk; Sławomir Przygodzki; Maciej Kowalczyk et Tomasz Ławniczak: Przebieg wydarzeń (Déroulement des événements) in: Rok 1918 w Kaliszu (1918 à Kalisz); Kalisia nowa. Miesięcznik społeczno-kulturalny; 2008; pages: 4 à 15; .

Au début de la Deuxième République polonaise, la ville de Kalisz se reconstruit des ravages de la guerre. C'est une période de forte croissance. Pendant l'entre-deux-guerres, le commerce et l'artisanat juif se développent dynamiquement. La ville possède une coopérative juive qui devient particulièrement active lors de la crise économique de 1929-1932; cependant son activité culminera dans les années 1935-1939. Kalisz a six coopératives de crédit, dont la Spółdzielczy Bank Handlowo-Kredytowy (Banque coopérative de commerce et de crédit), la Spółdzielcza Kasa Drobnego Kupiectwa] (Caisse coopérative pour le petit commerce); une coopérative de consommateurs, la Żydowska Kooperatywa Spożywców (Coopérative juive de consommateurs) et une coopérative d'artisans, la Spółdzielnia Czapników i Kapeluszników (Coopérative des casquettiers et chapeliers).

Les Juifs participent activement à la vie publique, avec de nombreuses associations, institutions et partis politiques: Jewish Community of Kalisz: Economy, Politics, Government; site: United States Holocaust Memorial Museum. Sur les 34 sièges du conseil municipal, 11 sont réservés aux représentants des différents partis juifs. La vie politique des Juifs de Kalisz se divise en trois groupes, les religieux orthodoxes avec le parti Agoudat Israel et son organisation féminine Bnos Agoudat Israel ainsi que plusieurs groupes non officiels hassidiques; les nationalistes bourgeois comprenant l'Organisation sioniste, les Mizrahi et l'Alliance des sionistes-révisionnistes; et les socialistes avec les sionistes du Poale Zion droitiste et du Poale Zion gauchiste, lHashomer Hatzaïr et HeHalutz Hamerkazi, ainsi que le Bund antisioniste avec son mouvement de jeunesse Tsukunft et une petite cellule du Parti communiste de Pologne. Plusieurs de ses membres vont partir se battre pendant la guerre d'Espagne du côté républicain. Dix d'entre eux périront: Jewish Community of Kalisz: Youth, Culture, Religion; site: ushmm.

Pendant de nombreuses années, la force dominante dans la communauté juive est le parti orthodoxe Agudath Israel. Le parti n'obtient aucun siège au conseil municipal lors des élections de 1920, mais il en obtient 5 lors des élections de 1927. Dans les années précédant la Seconde Guerre mondiale, sa popularité chute. Il est en profonde opposition avec les groupes sionistes. En 1927, le conseiller sioniste Leon Dancygier devient maire-adjoint et responsable du Comité des finances et du budget. L'Union générale des travailleurs juifs (Bund) est le plus vieux parti des travailleurs de la ville, fier de son combat contre le tsarisme pendant la révolution de 1905, ayant organisé deux manifestations et une attaque de la prison pour libérer des prisonniers politiques. Le parti soutient les syndicats ainsi que la coopérative de consommateurs locale, et en 1925, il ouvre une école juive avec le yiddish comme langue d'enseignement. En 1930, il met en place le premier jardin d'enfants à Kalisz. Les bundistes s'allient occasionnellement avec le parti socialiste polonais.