L'histoire de la tour Eiffel relate les origines et la construction de la tour Eiffel.
Périodes de conception et de construction de la tour Eiffel (avant le 31 mars 1889) Le projet d'une tour de trois cents mètres La tour Eiffel a été construite le pour l'exposition universelle de Paris de 1889 pour démontrer la puissance industrielle de la France. Elle ne devait rester que 20 ans. Finalement, elle est restée et est devenue le symbole permanent de Paris et de la France.
Le contexte historique de la tour Eiffel L'émergence de l'industrie métallurgique permet d'allier la technique à l'art
La première moitié du est caractérisée par la révolution industrielle qui, pour beaucoup, doit à l'essor de la métallurgie. La révolution industrielle engendre un bouleversement économique, certes, mais sans doute est-elle avant tout une révolution des matériaux. Dans un premier temps, les ouvrages réalisés en métal le seront surtout avec une visée purement d'ordre pratique (des ponts notamment), mais dès que les techniques seront maîtrisées, les ingénieurs se transformeront en architectes, voire en artistes.
En 1779, le premier pont en fonte est construit à Coalbrookdale dans le Shropshire. Ce type de pont se développe ensuite dans toute l'Angleterre, et ce n'est qu'en 1803 que l'on en retrouvera une inspiration identique en France, lorsque est jeté sur la Seine, le pont des Arts, face à l'Académie des sciences.
À partir de 1845, le fer laminé remplace petit à petit la fonte grâce à ses nombreux atouts supplémentaires : plasticité, incombustibilité et résistance. Mais avant toutes choses, le fer laminé s'avère plus économique à produire que la fonte. Ce sont d'abord des ponts qui sont construits avec ce nouveau matériau, notamment du fait de l'extension rapide du réseau ferré, avant que la méthode ne soit appliquée à d'autres types de bâtiments. En Angleterre, le premier exemple marquant est le Crystal Palace, construit pour l'Exposition universelle de 1851. En France, et uniquement en considérant le domaine architectural, le fer sera ouvertement montré pour les premières fois : en 1848 avec la structure de la bibliothèque Sainte-Geneviève construite par Henri Labrouste, puis de manière encore plus démonstrative avec les Halles de Paris édifiées en 1853 par Victor Baltard et Félix Callet. À la suite de cela, dans un contexte d'industrialisation rapide, de nombreux autres bâtiments seront construits de cette manière : gares, marchés, usines, grands magasins, verrières, pavillons d'exposition, kiosques… L'architecture du fer séduit les ingénieurs pour la robustesse naturelle du matériau, mais aussi parce qu'il insuffle une certaine légèreté aux constructions et autorise la création de bâtiments plus aériens, plus modernes, plus résistants, plus esthétiques. Les ingénieurs peuvent enfin faire preuve d'audace architecturale et libérer leurs envies artistiques.
À partir des années 1870, les spécificités du fer et son comportement sont mieux connus, ce qui en permet une utilisation courante dans les ouvrages d'art et les bâtiments publics. Le fer permet de construire des ensembles spacieux et fonctionnels. Il est utilisé dans la plupart des grands projets de l'époque (à Paris, par exemple, on le retrouvera utilisé pour les Galeries Lafayette, situées boulevard Haussmann, ou encore la gare du Nord).
Le fer devient alors la source de houleux débats entre ingénieurs et architectes, la place de chacun n'étant plus aussi clairement définie qu'auparavant. Gustave Eiffel sera de ceux qui ont su allier les métiers d'ingénieur avec celui d'architecte, en tirant profit des atouts nouveaux proférés par le fer.
La réputation de l'ingénieur Gustave Eiffel et de ses équipes
Né à Dijon en 1832, Gustave Eiffel sort treizième de la promotion 1855 de l'École centrale des arts et manufactures qu'il avait intégrée quelque temps plus tôt. Sous l'influence de son oncle Jean-Baptiste Mollerat, il choisit d'y suivre les cours de la spécialité « chimie », mais victime de brouilles familiales, il ne reprendra jamais l'exploitation prospère de houille de celui-ci.
Une fois son diplôme obtenu, c'est aux établissements parisiens Nepveu qu'il commencera sa carrière professionnelle. L'ingénieur apprend vite, et dès 1858, il se voit confier la responsabilité d'un chantier important, celui de la direction des travaux de la passerelle Eiffel à Bordeaux. Se finissant par un succès, cette aventure lui donne l'envie de se mettre à son propre compte, ce qu'il fera effectivement en 1867.
Il installe alors ses ateliers à Levallois-Perret, en banlieue parisienne. Les réalisations des établissements Eiffel seront diverses et variées : des viaducs (Garabit en 1884 ou sur le Douro, au Portugal en 1877), des ponts, des charpentes ou structures métalliques (comme la coupole de l'observatoire de Nice en 1884 ou la structure interne de la statue de la Liberté en 1886), voire des bâtiments entiers, comme la gare de l'Ouest à Budapest, en Hongrie, ouverte en 1877.
Au début des années 1880, les entreprises Eiffel sont placées au cinquième ou sixième rang des constructeurs français, grâce à leurs capacités d'organisation, d'invention dans les procédés de montage et grâce à leurs précisions dans la fabrication et l'assemblage des pièces.
En 1884, lorsque le projet d'une tour de trois cents mètres sera évoqué pour la première fois, la réputation de Gustave Eiffel est donc déjà bien établie et elle est de dimension nationale, voire internationale. Bien qu'âgé de 52 ans à cette époque, après avoir été dubitatif, c'est finalement avec une excitation de jeune homme qu'il s'emparera du projet et le défendra envers et contre tous. Même si elle n'est pas née de son imagination, il lui donnera son nom et surtout la défendra jusqu'à ses derniers jours, même une fois qu'il se sera retiré des affaires, en 1893. C'est que l'entrepreneur avait bien senti qu'il avait affaire là à l'œuvre de sa vie et qu'elle serait marquante.
L'importance des expositions universelles, catalyseurs des avancées techniques
En 1756, se tient à Londres, la toute première exposition d'ampleur internationale. Les expositions universelles, à thème général ou plus spécialisé vont ensuite se tenir à un rythme soutenu dans les pays les plus industrialisés de la planète. Elles serviront avant tout de vitrine, le but étant de démontrer au monde entier son savoir-faire industriel ou artistique. Pour ce faire, les pays organisateurs vont tendre vers la surenchère et exalter leurs vertus nationales.
En 1851, l'Exposition de Londres se montera autour de l'immense Crystal Palace, bâtiment spacieux mêlant le fer et le verre, censé démontrer par ses proportions, sa rapidité de montage et son architecture, le triomphe des méthodes modernes d'industrialisation et de préfabrication des bâtiments, mais aussi et avant tout, la suprématie économique de la Grande-Bretagne au milieu du .
Dans la même lignée, les galeries où sont exposées les « machines », seront plus d'une fois le clou d'expositions universelles.
En 1855, à Paris, l'ingénieur Alexis Barrault répond au défi britannique du Crystal Palace en réalisant le Palais de l'Industrie, doté d'une structure en fonte et d'une couverture vitrée de vastes dimensions.
En 1867, l'Exposition se tient pour la première fois sur le Champ-de-Mars, et célèbre l'apogée du Second Empire.
L'exposition de 1878, avec le Palais du Trocadéro, le Palais du Champ-de-Mars et ses halles des machines, marque le relèvement de la France après la défaite de 1870.
En 1875, le vote de l'amendement Wallon instaure un régime démocratique, mais particulièrement instable au niveau politique. L'époque voit apparaître de grandes figures politiques, dont Jules Grévy, Léon Gambetta et Jules Ferry, mais les ministères opportunistes ne cessent de se succéder, sans réelle continuité d'action.
Au début des années 1880, l'idée de la tenue d'une nouvelle exposition universelle en France a pour but de relancer l'économie en réalisant de grands travaux, de fédérer les citoyens autour d'un consensus politique, de faire rayonner l'image de la France à l'étranger, en lui redonnant son rang parmi les grandes puissances et finalement, consacrer la Troisième République naissante.
Le rêve ancien d'une tour de grande hauteur : de Babel à Eiffel thumb|upright|Richard Trevithick, expert britannique des machines à vapeur, propose dès 1833 un projet de colonne en fonte ajourée, haute de pieds (≈300 mètres). Au début et au milieu du , la course à la hauteur ne concerne pas les bâtiments civils, mais reste l'apanage des édifices religieux. Par exemple, en 1837, la cathédrale Notre-Dame de Rouen se voit coiffée d'une flèche en fonte de de hauteur, terminée en 1876, ce qui lui permettra de revendiquer le titre de plus haut bâtiment du monde de 1876 à 1880 avec .
Les rapides progrès industriels permettent cependant aux ingénieurs d'imaginer la transgression de ce qui est encore à l'époque un privilège du domaine sacré. Selon Eugène-Melchior de Vogüé, édifier une tour de grande hauteur est un rêve et un défi qui .
Or la maîtrise de la technique du fer permettra d'envisager sérieusement cette possibilité de tour de grande hauteur.
Sans attendre les années 1880, où la tour Eiffel passera de l'état d'utopie à celui de réalité, l'anglais Richard Trevithick avait déjà envisagé un tel projet dès 1833. Il proposait alors de construire une colonne en fonte ajourée, haute de pieds (), mesurant à la base et au sommet. À cette fin, il cherchera même à lancer une souscription, mais il meurt deux mois après la présentation de son projet qui, de fait, ne verra jamais le jour. Bien qu'il soit difficile de savoir si son projet était techniquement viable et réalisable, il est le premier à imaginer qu'on puisse utiliser les capacités du métal pour édifier une tour élevée, ce en quoi il est le précurseur indirect de la tour Eiffel, qui verra le jour 56 ans plus tard.
En 1853, James Bogardus, spécialiste américain des immeubles en fonte, imagine de surplomber le palais de l'Exposition qui se tient cette année-là à New York (Exhibition of the Industry of All Nations).
Mais le projet le plus réaliste et proche d'aboutir est celui des ingénieurs américains Clarke et Reeves qui imaginent, pour l'Exposition universelle de Philadelphie en 1876, une tour de . Ils présentent leur projet ambitieux dans ces termes :
En réalité, il s'agit d'un pylône cylindrique de de diamètre maintenu par des haubans métalliques, ancrés sur une base circulaire de de diamètre. Faute de crédits, le projet ne verra jamais le jour, mais étant techniquement réalisable, ou tout du moins, réaliste, il sera publié en France dans la revue La Nature (, ).
C'est encore une fois d'Amérique que l'ingénieur Sébillot puisera l'idée d'une « tour-soleil » en fer qui éclairerait Paris. Pour ce faire, il s'associe avec l'architecte Jules Bourdais, celui qui fut à l'origine du palais du Trocadéro pour l'Exposition universelle de 1878. Ensemble, ils concevront un projet de « tour-phare » en granit, haute de . Il était prévu un soubassement sur lequel venaient s'ajouter cinq étages entourés de galeries et une lanterne métallique, à l'image d'un phare géant. Mais il est fort probable que ce projet n'aurait jamais pu être réalisé, le granit ne supportant pas de forts vents et l'expérience montrant qu'un tel monument ne saurait être élevé à une telle hauteur s'il est uniquement en granit. L'exemple de l'obélisque de Washington le montre bien : commencé en 1848, il était prévu qu'il atteigne de hauteur, mais après 37 ans de travaux, il sera inauguré le avec seulement, principalement à cause de sa maçonnerie en pierre.
Pour que le rêve d'une tour de grande hauteur prenne forme, il faut prendre en compte, avant toute chose, la résistance des matériaux, avant même d'aborder l'aspect esthétique de l'édifice, ce que comprendront parfaitement Gustave Eiffel et son équipe d'ingénieurs, grâce aux expériences passées des ateliers Eiffel.