Hatchand Bhaonani Gurumukh Charles Sobhraj, dit Charles Sobhraj, et surnommé « Le Serpent », est un tueur en série français, né le à Saïgon en Indochine (futur Vietnam). Dans les années 1970, il aurait assassiné une trentaine de personnes, essentiellement des touristes qui parcouraient l'Asie.
Il doit son surnom de « Serpent » au fait qu'il manipule ses victimes, échappe longtemps à la police et s'évade de prison à plusieurs reprises.
Le , après 21 années de prison en Inde, il est libéré et retourne en France. Il est de nouveau arrêté au Népal en 2003 pour meurtre, puis emprisonné. Il est libéré en pour raisons de santé et retourne à Paris.
Biographie Débuts Charles Sobhraj naît le à Saïgon en Indochine d'une mère vietnamienne, Tran Loan Phung, et d'un père indien, Sobhraj Hatchard Bavani. Ses parents se séparent quand il a 3 ans. Alors que sa mère épouse un lieutenant français et s'installe avec lui à Marseille, où elle fonde une nouvelle famille, Charles reste avec son père au Vietnam. Malgré son jeune âge, il est autorisé à vagabonder dans les rues, son père ne s'occupant pas de lui. Quatre ans plus tard, sa mère, de retour à Saïgon, décide de le prendre à sa charge et le ramène en France.
Sobhraj obtient la nationalité française à cette époque (il était auparavant apatrideCharles Sobhraj Serial Killer). Sa mère l'. Il devient délinquant. Il est alors placé dans un pensionnat. Au début des années 1960, il commence à commettre une série de vols et de larcins. À 19 ans, il est arrêté et écope de trois ans de prison pour divers vols. Libéré en 1967, il s'éprend d'une jeune Française, Chantal Compagnon, qu'il épouse quelque temps plus tard. Il travaille un moment dans un restaurant. Comme il a un certain goût pour le luxe, le salaire ne lui convient bientôt plus et il retombe vite dans la délinquance. Le vol d'une voiture le ramène en prison en 1970Biography: Charles Sobhraj, A & E Network, 2007.
Libéré en 1970, il recommence les vols, mais craint de se faire arrêter de nouveau. Accompagné de sa femme, il quitte alors la France pour Bombay, en Inde, où il se met à la tête d'un réseau de vols de voitures. C'est également à cette époque qu'il commence à voler les touristes. Son modus operandi est toujours le même : d'abord, il se lie d'amitié avec eux, puis les drogue et les vole. Ses victimes favorites sont de jeunes hippies qui arpentent alors les routes de l'Asie, à la recherche de drogues ou d'une nouvelle spiritualité.
En 1971, il vole la bijouterie de l'hôtel gouvernemental Ashoka à New Delhi. Aidé d'un complice, il s'introduit dans la chambre de la danseuse américaine Gloria Mandelik, qui loge juste au-dessus de la bijouterie, et tente de percer un trou dans le plancher. Voyant qu'il ne réussit pas son coup de cette façon, il oblige Mandelik, qu’il tenait prisonnière, à faire venir un commis de la bijouterie qu'il force à lui remettre les bijoux. Les deux complices s'enfuient. À l'aéroport, voyant qu'ils vont être fouillés, ils prennent peur et se sauvent en laissant leurs bagages. Sobhraj est cependant capturé à Bombay et condamné pour vols de bijoux. Il parvient à s'évader de prison en droguant un gardien. Il est rattrapé et ramené, mais peut vite ressortir grâce à sa femme qui a trouvé assez d'argent pour payer la caution.
Le couple quitte l'Inde et s'installe à Kaboul en Afghanistan, où Sobhraj recommence à voler les touristes. En 1973, sa femme et lui se retrouvent en prison parce qu'ils n'ont pas payé la note d'un hôtel. Sa femme purge sa peine, puis retourne en France pour se faire oublier, mais Sobhraj parvient de nouveau à s'évader.
En 1974, il est arrêté en Grèce pour vol de bijoux. Il s'évade de la prison de Korydallós, où il était incarcéré, puis retourne en Inde afin de se bâtir un nouveau réseauHeinz Duthe, , p. 569.
Meurtres dits « Meurtres en bikini » Au printemps 1975, à Srinagar, au Cachemire indien, il rencontre la Québécoise Marie-Andrée Leclerc en vacances et la persuade de venir le rejoindre en Thaïlande l'été suivant. Celle-ci, amoureuse et subjuguée, consent à se faire complice dans les escroqueries qu'il commet. Il s'adjoint également un autre acolyte nommé Ajay Chowdhury. Né à Bombay et âgé de 21 ans, portant constamment un couteau à cran d'arrêt sur lui, Chowdhury sera plus tard décrit comme son tueur à gages.
À partir de l'automne 1975, les crimes de Sobhraj et de son équipe prennent un tour beaucoup plus tragique. Le groupe emménage dans un appartement d'une maison nommée Kanith House, rue Saladaeng à Bangkok d'où ils partent à la recherche de touristes en quête de pierres précieuses. Sous différents pseudonymes (Alain Dubois, Alain Gautier, Roland Liser, Jacques-Pierre Marchand ou Charles Surder, par exemple), il se fait passer pour un vendeur de bijoux rares. Après avoir amadoué ses victimes, il les drogue en versant une substance quelconque dans leur breuvage et leur vole leur argent et leur passeport lorsqu'ils sont sans connaissance.
Le , Marie-Andrée Leclerc et lui rencontrent deux Australiens, Russell et Vera Lapthorne, à Hua Hin, à plus de au sud de Bangkok. Ils les droguent et les dépouillent de leurs biens. Lorsqu'ils se réveillent, ceux-ci portent plainte, mais l'enquête ne mène nulle part.
À la fin de septembre, le couple Sobhraj-Leclerc reçoit la visite d'un touriste français, Dominique Renelleau, qu'ils avaient rencontré peu de temps auparavant à Chiang Mai, au nord de la Thaïlande. Il tombe malade aussitôt arrivé à Kanith House. Le couple déclare qu'il s'agit d'une dysenterie et le soigne tout en lui subtilisant son passeport. Il restera à Kanith House jusqu'en décembre. Au début d'octobre, deux autres touristes français, Jean-Jacques Philippe et Yannick Mésy, emménagent dans l'appartement dans les mêmes circonstances. Eux aussi tombent malades et Sobhraj leur vole également leurs passeports.
Le , Sobhraj et Leclerc se lient avec une jeune touriste américaine de 18 ans, Teresa Ann Knowlton, partie étudier le bouddhisme au Népal, et qui fait escale en Thaïlande. Quelques années plus tard, Sobhraj racontera ce qui s'est passé lors d'une interview avec le journaliste Richard Neville. Il a invité la jeune femme dans une boîte de nuit sur la plage de Pattaya et a mis un sédatif nommé Mogadon dans son café. Avec sa complice, il l'a ensuite transportée sur la plage, l'a revêtue d'un bikini à la place de sa robe, puis l'a étranglée. Il a déclaré, plus tard, qu'il n'aimait pas les drogués et qu'il était certain que sa victime était une vendeuse de drogues. Un pêcheur découvre le cadavre au bord de l'eau le lendemain matin. Les autorités croient d'abord qu'elle s'est noyée et l'enterrent sans plus attendre. Ce n'est que plusieurs mois plus tard qu'elles exhument le cadavre, l'autopsient et l'identifientInterview de Richard Neville dans Biography: Charles Sobhraj, A & E Network, 2007.
Il s'agit de son premier meurtre connu. D'autres ne tardent pas. En novembre, un jeune Turc, Vitali Hakim, lui achète pour de pierres précieuses. Sobhraj lui propose de partir avec lui dans une autre ville pour d'autres achats. Son cadavre est découvert le sur le bord de la route menant à Pattaya. L'autopsie démontrera que le corps a été brûlé alors qu'il était encore vivant.
Le , lors d'un voyage à Hong Kong, Sobhraj rencontre un couple néerlandais, Heinricus Bintanja et Cornelia Hemker, qui sont à la recherche de bijoux rares. Il les persuade de venir le retrouver à Bangkok. Le 11, ils arrivent à Kanith House. Le 16, leurs corps sont retrouvés dans un fossé sur le bord de la route. L'autopsie démontre qu'ils ont été battus avant d'être assassinés et brûlés publie les dernières pages du journal intime de Heinricus Bintanja et la dernière lettre de Cornelia Hemker..
Le , le corps de Stéphanie Anne-Marie Parry est retrouvé sur la plage de Pattaya. Elle était venue à Bangkok à la recherche de son ami Vitali Hakim. C'est à Kanith House qu'elle est vue vivante pour la dernière fois.
Le , Sobhraj, Leclerc et Chowdhury prennent la route du Népal en utilisant les passeports de Heinricus Bintanja, Cornelia Hemker et Vitali Hakim. À Katmandou, ils font la connaissance du Canadien Laurent Carrière et de son amie, l'Américaine Connie Jo Bronzich, à qui ils proposent de leur fournir des pierres précieuses. Carrière disparaît le et son amie le lendemain. Leurs corps sont retrouvés brûlés dans un champ aux environs de Katmandou quelque temps plus tard.
Le , Sobhraj retourne en Thaïlande avec ses deux complices. Pour brouiller les pistes, il s'est servi du passeport de Laurent Carrière. Lorsqu'ils arrivent à Kanith House, ils s'aperçoivent que les trois touristes français qu'ils hébergeaient ont disparu. Pendant leur absence, ils ont réussi à ouvrir le coffre-fort de Sobhraj et découvert 12 passeports volés, dont certains appartenaient à des personnes qu'ils savaient avoir été assassinées. Prenant peur, ils fuient.
Traque Le , le trio est de retour à Katmandou. L'enquête sur l'affaire Carrière-Bronzich a débuté et les soupçons se sont très vite portés sur eux. Ils sont arrêtés et placés en résidence surveillée à l'hôtel où ils sont installés. La négligence des gardiens leur permet de s'évader et ils parviennent plus tard à franchir la frontière indienne. La police népalaise croit alors avoir affaire à un certain Alain Gauthier.
Au début , Sobhraj, Leclerc et Chowdhury arrivent à Bénarès, où ils descendent dans un hôtel. Chowdhury partage sa chambre avec Allan Aren Avoni Jacob, un touriste israélien de 24 ans. Le lendemain, après le départ du trio, Jacob est retrouvé assassiné. On l'a délesté de son argent et de son passeport après l'avoir drogué à mort.
Le , ils récidivent dans le sud de l'Inde, non loin de Goa, où ils droguent 6 touristes français. Lorsque ceux-ci se réveillent, eures plus tard, ils découvrent que leur argent, leurs passeports et leurs cartes de crédit ont disparu. Enfin, fin janvier, Sobhraj et Leclerc dépouillent un touriste américain à Hong Kong.
En février, le trio est de retour à Bangkok, où ils réussissent à se trouver un nouveau complice, Jean Dhuisme, un Français originaire d'Orléans.
Cependant, en Thaïlande, l'enquête sur les meurtres de l'automne 1975, que l'on a surnommés les « assassinats en bikini », a commencé à évoluer. Herman Knippenberg, secrétaire à l'ambassade des Pays-Bas, a commencé depuis quelques semaines à enquêter sur les disparitions de Heinricus Bintanja et de Cornelia Hemker. Après avoir interrogé certains témoins, il parvient à découvrir que Kanith House où habite un certain Alain Gauthier est le dernier lieu où a résidé le couple. Il parvient non sans mal à persuader la police thaïlandaise de perquisitionner l'appartement. Le , les policiers font une rapide visite mais déclarent n'avoir rien trouvé de louche. Alertés, Sobhraj, Leclerc et Chowdhury quittent aussitôt le pays. Quelques jours plus tard, une perquisition plus approfondie permet de découvrir des passeports, des journaux intimes, des cartes de crédit et des livres ayant appartenu au couple néerlandais, à Vitali Hakim et à Teresa Knowlton.
Le trio parvient à franchir la frontière malaisienne. C'est là que Chowdhury disparaît. Plus personne ne le reverra jamais vivant et il est probable que seul Sobhraj sache ce qu'il est devenu. Après un court séjour en Malaisie, Sobhraj et Leclerc retournent en Inde, où Jean Dhuisme vient bientôt les rejoindre.