Le , en français la loi sur le traité de Waitangi, est une loi néo-zélandaise votée en entrée en vigueur le . Elle vise à remettre en vigueur les principes ayant présidé à la rédaction du Traité de Waitangi signé le entre la Couronne britannique et les iwi māoris.
La principale caractéristique de cette loi est la création du tribunal de Waitangi, chargé en particulier du dédommagement des Maoris pour la spoliation de leurs terres ayant eu lieu depuis 1840.
Contexte Les deux versions linguistiques du traité de Waitangi Par le traité de Waitangi, signé en 1840, la Nouvelle-Zélande devient une colonie du Royaume-Uni. Dans l'interprétation maorie du traité, le principe de la souveraineté continue ou des Maōris est sous-jacent au traité. En revanche, pour les Pakeha, le traité marque une rupture puisqu'il place l'archipel sous domination britannique ..
L'interprétation fait se confronter deux concepts maoris qui sont le , qu'on peut traduire par « souveraineté » et le , qui peut être traduit comme « gouvernement ».
Version anglaise Le préambule de la version anglaise du traité affirme la volonté de la couronne britannique de protéger les droits et les biens () des chefs et des tribus autochtones (). L'article premier précise que les chefs des iwi cèdent absolument et sans réserve à la Couronne, tous les droits et pouvoirs de souveraineté () qu’ils exercent ou possèdent sur leurs territoires respectifs.
Néanmoins, l'article deux réaffirme aux iwi la possession pleine, exclusive et non troublée de leurs biens (), moyennant un droit exclusif de préemption par la Couronne. Ces deux points étant acquis, le troisième article accorde aux Mris tous les droits et privilèges des sujets britanniques () ..
Version maorie Dans la version maorie du texte, le préambule traité affirme vouloir protéger , c'est-à-dire la souveraineté maorie. Une première différence importante entre les deux versions linguistiques apparaît à la fin du préambule, qui est « soumis » aux chefs Māoris quand la version anglaise les « invite à adhérer » ..
Concernant l'article premier, la version māorie précise que les iwi accordent à la Couronne britannique « le gouvernement complet sur leur terre ». Dans l'article deuxième, le gouvernement britannique s'engage pour sa part à protéger les chefs, les hapu et tous les gens de Nouvelle-Zélande « dans l’exercice inconditionnel de leur chefferie sur leurs terres, villages, et tous leurs », ce dernier terme désignant un trésor, qu'il soit matériel ou immatériel. En ce qui concerne la préemption, le terme maori utilisé est , qui signifie aussi bien « achat » que « vente ».
Une autre divergence possible apparaît dans l'article troisième, où le texte assure les Māoris que la Couronne leur accordera les mêmes qu'aux sujets britanniques. Là où la version anglaise parle de « droits » et « d'obligations », la implique également les « coutumes ». La lecture maorie de ce texte implique que la puissance coloniale s'est engagée à préserver les coutumes autochtones.
Le chef māori Nopera aurait estimé, selon la formulation du traité, que ..
Les problèmes de traduction La version māorie du texte est traduite par Henry Williams ..
Les commentateurs postérieurs relèvent premièrement que, contrairement à la langue anglaise, de tradition écrite, la langue māorie est principalement orale et très dépendante du contexte d'élocution. Deuxièmement, Henry Williams, en tant que missionnaire, est influencé par un vocabulaire de type biblique. Or ce vocabulaire a été mis en place dans un souci d'évangélisation des populations locales, en adaptant certains termes māoris préexistants à un usage anglophone et anglican qui ne correspond pas toujours au vécu māori ..
Ainsi, a été utilisé par les premiers missionnaires pour exprimer l'idée de « règne » telle qu'elle apparaît dans le Notre Père, ce qui implique, du point de vue des missionnaires, une notion d'autorité ; le terme le plus approchant en maori serait plutôt . Les linguistes du estiment qu'aucun terme anglais ne recouvre pleinement l'acception de .
Certains commentateurs estiment donc, en vertu de ces nuances de traduction, que les deux versions du traité, qui toutes deux font foi, ne sont pas pleinement équivalentes.
La mise en œuvre du traité Toutefois, c'est moins le traité que sa mise en œuvre qui pose problème. La première raison en est que l'une des deux parties du traité, la Couronne, est à la fois juge et partie . .. Le paroxysme de cette inégalité apparaît en 1875 quand le juge , lors de l'arrêt , déclare que le traité de Waitangi, signé d'après lui par des « barbares primitifs », est , c'est-à-dire « tout simplement nul ».
La seconde raison est la politique massive de migrations coloniales depuis les îles Britanniques, qui amène des centaines de milliers de nouveaux arrivants. La confiscation des terres se fait de manière souvent violente, en particulier entre 1843 et 1847 et tout au long des années 1860 ..
À la fin des années 1930, les Māoris possèdent moins d'un sixième de leur pays. Par ailleurs ils subissent au un fort exode rural : en 1926 ils soit moins de 10 % à vivre en milieu urbain, proportion qui monte à 40 % au milieu des années 1960 ..
Rédaction Esprit de la loi Sur la question de l'interprétation de la loi, la jurisprudence anglaise, et donc néo-zélandaise, se fonde notamment sur le , qui est une doctrine d'interprétation contractuelle prévoyant que, lorsqu'un accord est ambigu ou conflictuel, le sens préférentiel doit être celui qui va à l'encontre des intérêts de la partie qui a fourni le libellé .
Le préambule de la loi considère notamment que la rédaction du traité de Waitangi diffère selon la version anglaise et la version māorie, et que son esprit est différent en fonction de la langue dans laquelle il a été reçu ..
Contenu La loi crée, au paragraphe 4, le tribunal de Waitangi, et détaille sa composition : un juge, en exercice ou retraité, qui préside le tribunal, nommé par le Gouverneur général sur recommandation du ministre des Affaires maories faite après consultation du , plus un collège de deux membres au minimum et vingt au maximum, nommés de la même manière .. Son pouvoir est toutefois relativement réduit à ses débuts, puisque le tribunal ne peut statuer que sur des actions gouvernementales et non privées ..
Conséquences Amendements Le texte du est amendé à plusieurs reprises. En 1985, sous le gouvernement de David Lange, le texte est amendé pour donner des pouvoirs plus larges au tribunal, ainsi qu'une composition plus favorable aux Māoris, et la possibilité d'actions rétroactives. En 1988, un nouvel amendement donne la majorité absolue aux membres d'origine māorie.
Mission du Tribunal Estimant à la fin des années 2000 que la mission du Tribunal a été menée à bien, le Parlement lui retire en 2008 le pouvoir d'enregistrer de nouvelles revendications historiques. En 2015, un rapport d'activité montre que la juridiction a enregistré , rendu un rapport complet ou partiel sur elles, émis 123 rapports finaux couvrant 79 % de la superficie de la Nouvelle-Zélande.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Traité de Waitangi Tribunal de Waitangi
Liens externes
Bibliographie
Catégorie:Loi néo-zélandaise Catégorie:1975 en Nouvelle-Zélande