Le conflit du M23 est une insurrection armée débutée en par le Mouvement du (M23) dans l'est de la république démocratique du Congo (RDC). C'est la phase actuelle des conflits qui déstabilisent la région du Kivu depuis 2004. Cette mutinerie fait suite à la première rébellion du M23, défaite en 2013 par les troupes gouvernementales et les soldats de la MONUSCO.

En , le Mouvement du reprend les armes, invoquant le non-respect de l'accord de paix de 2013 par le gouvernement congolais, ainsi que la protection de la minorité tutsie du Kivu contre les attaques des groupes hutus, notamment les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR).

En , le M23 lance une offensive dans la province du Nord-Kivu, affrontant les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC), ses supplétifs (des groupes armés regroupés sous la bannière wazalendo), et la MONUSCO, et, avec l'appui des Forces rwandaises de défense (FRD), prend progressivement le contrôle de pans importants de la province. En , selon l'ONG International Crisis Group, la rébellion contrôlait environ la moitié du Nord-Kivu.

En , un accord de cessez-le-feu est négocié, mais les affrontements reprennent en octobre, et s'intensifient à partir de , à la suite de l'annulation du sommet de Luanda.

Début 2025, le M23 prend le contrôle de Goma et Bukavu, les capitales provinciales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, et poursuit son expansion territoriale, menant deux fronts dans l’est de la RDC : un au Nord-Kivu, où les rebelles tentent de progresser dans les territoires de Lubero, Masisi et Walikale, un autre dans le Sud-Kivu où le M23 avance dans le sud de la province, en direction d'Uvira et Mwenga, où il fait face à une coalition loyaliste à Kinshasa, regroupant les FARDC, les Forces armées du Burundi et les milices wazalendo.

Début , à la suite de la signature de l'accord de paix entre la république démocratique du Congo et le Rwanda, des négociations entre le gouvernement congolais et l'Alliance fleuve Congo/Mouvement du (AFC/M23) aboutissent le , à une déclaration de principe, établissant un cessez-le-feu et un cadre pour des discussions pacifiques. Malgré cet accord les affrontements entre les forces loyalistes et la rébellion persistent, et l'AFC/M23 prend le contrôle d'Uvira en , se retirant un mois plus tard sous la pression des États-Unis.

Le M23 et les autres groupes armés impliqués dans le conflit sont accusés de commettre diverses exactions contre les populations locales, incluant des violences sexuelles, des meurtres, des enlèvements et des pillages. Les combats entraînent le déplacement de millions de civils et exacerbent les tensions entre la république démocratique du Congo et le Rwanda. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que Kigali accuse Kinshasa de soutenir les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). Les deux pays, la RDC et le Rwanda, nient respectivement toute implication dans le soutien respectif aux M23 et aux FDLR. Cependant, depuis 2022, plusieurs rapports de l'ONU confirment le soutien du Rwanda au M23, et soulignent aussi une collusion entre l'armée congolaise et divers groupes armés, y compris les FDLR, dans le cadre de la lutte contre le M23.

Contexte gauche|vignette| Rebelles du M23 à Goma, .

De 2012 à 2013, le mouvement du 23 Mars (M23) mène une rébellion dans le nord-est de la république démocratique du Congo (RDC).

Cette rébellion est instiguée par des anciens membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), intégrés dans les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC). Mécontents de leurs conditions, ils accusent Kinshasa de ne pas respecter l'accord de paix du . Comme son prédécesseur (le CNDP de Laurent Nkunda), le M23, soutenu par le Rwanda, va s'emparer de large pans du Nord-Kivu, et prendre le contrôle du chef-lieu de la province, Goma, ce qui déclenche une forte mobilisation de la communauté internationale. En , le soulèvement est vaincu par une campagne conjointe de l'armée congolaise et de la MONUSCO, la force locale de maintien de la paix des Nations unies. Le M23 est en grande partie démantelé et ses combattants désarmés puis transférés dans des camps de réfugiés en Ouganda et au Rwanda. Le , un accord de paix est signé à Nairobi, mettant fin officiellement à la rébellion.

Malgré l'accord, les hostilités entre le M23 et la RDC se sont poursuivies. En 2017, le commandant du M23 Sultani Makenga et 100 à 200 de ses partisans fuient l'Ouganda pour reprendre leur insurrection. Ils installent un camp au mont Mikeno dans la zone frontalière entre le Rwanda, l'Ouganda et la RDC. Le groupe reste ensuite discret, bien que certains membres sont soupçonnés d'avoir agi comme tueurs à gages pour « régler » des conflits dans le territoire de Rutshuru.

Le factionnalisme au sein du M23 complexifie la situation, puisque le mouvement s'est scindé en groupes rivaux, respectivement lAlliance pour le salut du peuple dirigée par Jean-Marie Runiga et lArmée révolutionnaire du Congo de Bertrand Bisimwa. Le groupe de Makenga était de facto isolé des autres forces du M23 qui étaient encore principalement basées en Ouganda. Des recherches ultérieures menées par le Conseil de sécurité des Nations unies ont suggéré que la reprise des armes par Makenga avait amorcé le réarmement et la restauration progressifs du M23, lArmée révolutionnaire du Congo de Bisimwa se joignant à ces efforts fin 2021 en réorganisant les combattants qu'il lui restait et en recrutant de nouveaux en coopération avec Makenga. Le quartier général du M23 restauré serait situé au mont Sabyinyo.

Déroulement

Province du Nord-Kivu

Novembre 2021 - février 2022 : Reprise des armes du M23 En , le Mouvement du 23 mars (M23) lance plusieurs offensives mineures contre les positions des Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et des membres de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) près de la frontière entre la république démocratique du Congo (RDC), le Rwanda et l'Ouganda. Ces attaques donnent peu de résultats. Début 2022, un nombre croissant de combattants du M23 commencent à quitter leurs camps, et à retourner en RDC. Le mouvement rebelle lance d'autres attaques entre et , lesquelles sont repoussées.

Les dirigeants du M23 font valoir que certaines parties de leur mouvement ont repris l'insurrection, car les conditions de l'accord de paix de 2013 n'étaient pas respectées par le gouvernement congolais. Les rebelles ont également fait valoir qu'ils cherchent à défendre la minorité tutsi du Kivu contre les attaques de combattants hutus tels que les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR).

Mars - : Première offensive d'envergure et échec des pourparlers de paix En , le M23 lance une offensive majeure dans le territoire de Rutshuru, attaquant les villages de Tshanzu et Runyoni, d’anciens bastions du mouvement lors de la première rébellion du M23 (2012-2013). Le , les FARDC repoussent une attaque contre Bunagana, mais le M23 capture plusieurs villages environnants, dont Mugingo, Gasiza, et Chengerero. Un hélicoptère de la MONUSCO s’écrase à Tshanzu, tuant huit Casques bleus. Les FARDC accusent le M23 d’avoir abattu l’appareil.

En , après des semaines de combats, alors que les affrontements dans le Rutshuru ont déplacé habitants selon le HCR, le M23 proclame un cessez-le-feu unilatéral et se retire dans ses bases montagneuses. Cependant, les tensions persistent, et le gouvernement congolais refusent toute négociation avec le groupe rebelle. Fin avril, le gouvernement de la RDC et certains groupes rebelles tiennent des pourparlers de paix à Nairobi, mais la faction Bisimwa du M23 quitte les négociations ou en est expulsée en raison des affrontements en cours au Nord-Kivu.

Juin 2022 : Chute de Bunagana et escalade régionale

Le , le M23 s’empare de Bunagana, forçant les FARDC et les policiers congolais à se replier en Ouganda. La chute de la ville provoque une crise diplomatique : la RDC suspend ses accords avec le Rwanda, accusé de soutenir militairement le M23. L’Ouganda, est accusé par des sources de sécurité et des députés congolais de soutenir l'offensive rebelle. La RDC met fin à la coopération militaire avec l'Ouganda. Le gouvernement ougandais interrompt l'opération Shujaa. La MONUSCO réfute les affirmations d'un soutien ougandais au M23 et appelle au calme et à la coopération.

Juillet - : Manifestations anti-MONUSCO et arrivé de la force de maintien de la paix de l'EAC Fin juillet, des manifestations violentes éclatent à Goma et dans d'autres villes de l'est de la RDC. Des civils attaquent du personnel et des bâtiments de la MONUSCO qu'ils accusent d'inaction face aux rébellions régionales en cours. Des manifestants, des Casques bleus et des passants sont tués lors des affrontements.

Le , le premier contingent de maintien de la paix de la Communauté d'Afrique de l'Est, composé de soldats burundais, arrive au Kivu.

Octobre - novembre 2022 : Prise de Rutshuru et massacre de Kishishe

En , le M23 reprend son avancée et capture les localités Rutshuru et Kiwanja. En réponse à l'offensive, le gouvernement congolais ordonne à l'ambassadeur du Rwanda Vincent Karega de quitter le pays sous 48 heures. Les combats s’accompagnent de violations des droits humains, culminant avec le massacre de Kishishe en , où au moins 171 civils sont tués en représailles à des pertes subies face aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Janvier - mars 2024 : Encerclement de Goma, et expansion territoriale vignette|Répartition des groupes armés dans l'est de la RDC en date de , en rouge le M23Début 2024, le Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par les Forces rwandaises de défense (FRD) selon plusieurs rapports de l'ONU, intensfie ses efforts pour encercler Goma, la capitale provinciale. Ils attaquent Sake, une localité stratégique située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Goma, dans le but de couper les axes d’approvisionnement de la ville. Les combats opposent les rebelles aux Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC), aux milices wazalendo et aux forces de la Mission de la Communauté de développement d’Afrique australe en république démocratique du Congo (SAMIRDC), provoquant des déplacements massifs de population, mais la rébellion échouent dans leurs tentatives de prendre le contrôle de la ville.

En , le M23 étend son emprise dans le Nord-Kivu. Après des combats contre les FARDC et les milices wazalendo, il s’empare de plusieurs localités dans les territoires de Rutshuru et Masisi. Selon l’International Crisis Group, le mouvement contrôle alors près de la moitié du Nord-Kivu.

Mai 2024 : Prise de la cité minière de Rubaya En , après plusieurs jours de combats contre les FARDC et des milices alliées le M23 prend le contrôle de la cité minière de Rubaya (Masisi).

Juin 2024 : Prise de Kanyabayonga En , le M23 prend le contrôle de Kanyabayonga, une localité stratégique dans le territoire de Lubero, donnant accès au nord de la province du Nord-Kivu, dont la voie principale permet de rejoindre les villes de Lubero, Butembo et Béni au nord de la région, mais aussi Goma vers le sud. L'appui des Forces rwandaises de défense (FRD) aurait été déterminant dans la victoire contre contre la coalition gouvernementale. Kaseghe, et Kirumba, tombent elles aussi aux mains du M23.

Août - octobre 2024 : Entrée en vigueur de l'accord de cessez le-feu Le , alors que l'accord de cessez-le-feu négocié dans le cadre du processus de Luanda entre Kinshasa et Kigali, par l'entremise de l'Angola entre en vigueur. Après la signature du cessez-le-feu, une période de relative accalmie est constatée, mais les affrontements reprennent en octobre dans le territoire de Lubero.

Janvier 2025 : Chute de Goma