L'Europe de l'Est (parfois appelée Europe orientale) est la partie orientale du continent européen. Elle désigne un espace dont les contours flous et variables ne coïncident pas toujours avec les frontières des pays concernés. Selon les définitions retenues, trois à actuels peuvent être considérés comme est-européens, le cœur en étant constitué par la Biélorussie, la Russie et l'Ukraine. Au-delà de considérations strictement géographiques, l'Europe de l'Est désigne un ensemble géographique partageant une trajectoire historique commune, laquelle a façonné un héritage culturel et politique singulier.
Comme tout concept territorial, l'Europe de l'Est se définit autant par ses particularités intrinsèques qu'en opposition à d'autres territoires. À l'échelle européenne, elle s'inscrit ainsi en tant qu'espace culturel entre les Europes centrale, du Sud-Est et du Nord. Elle s'en différencie, notamment, pour des raisons religieuses, historiques et économiques : l'Europe de l'Est est marquée par l'héritage byzantin et la tradition orthodoxe, par la faible empreinte laissée par la période ottomane, par son industrialisation tardive et enfin par l'influence prépondérante du monde russe, au-delà de la seule période de la guerre froide.
L'expression « Europe de l'Est » est parfois perçue comme péjorative, car elle véhicule des stéréotypes présentant cette région comme inférieure, plus pauvre et moins développée que l'Europe de l'Ouest. Elle est ainsi critiquée pour son caractère réducteur, dans la mesure où elle tend à nier l'ancrage occidental de nombreux pays concernés et à les reléguer en marge du continent. Certains estiment également qu'elle peut, indirectement, servir des intérêts stratégiques liés à la Russie. À ce titre, l'appellation « Europe centrale et orientale » est parfois privilégiée bien que ne regroupant pas exactement la même aire.
Repères conceptuels Les limites orientales de l'Europe sont discutées. Si tout découpage de l'espace peut s'appuyer sur des faits empiriques, il demeure essentiellement le fruit d'une construction sociale et culturelle pouvant varier en fonction du niveau d'éducation, de la situation politique, nationale et locale de son ou de ses auteurs : le choix et la pondération des critères retenus demeurent toujours subjectifs. Ceci est encore plus vrai pour un découpage en grands espaces comme celui de l'Europe.
Critères spacioculturels de long terme vignette|L'abolition du servage en Russie, Alfons Mucha, 1914. Cette œuvre peut être lue comme une métaphore de l'Europe de l'Est : l'abolition du servage de 1861 qu'elle dépeint rappelle que la Russie, la grande puissance régionale, est restée longtemps un pays rural et agraire ; le peuple ainsi libéré est de surcroit représenté devant la cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux de Moscou. Comme tout concept territorial, l'Europe de l'Est se définit autant par ses particularités intrinsèques qu'en opposition à d'autres territoires. Le professeur Peter Jordan, en définissant l'espace centre-européen, détermine en filigrane les caractéristiques des autres régions culturelles d'Europe. À l'échelle européenne, l'Europe de l'Est s'inscrit ainsi en tant qu'espace culturel entre les Europes centrale, du Sud-Est et du Nord. Elle s'en différencie, notamment, pour des raisons religieuses, historiques et économiques : l'Europe de l'Est est marquée par l'influence byzantine et orthodoxe ; par la faible empreinte ottomane ; par une industrialisation et un développement tardifs d'un système urbain et bourgeois faisant contrepoids à la noblesse, aux seigneurs et à l'Église ; enfin, par l'influence prépondérante du monde russe, au-delà de la seule période de la guerre froide.
Cette faible influence ottomane se traduit par exemple par le repeuplement des rives de la mer Noire, après le départ des Turcs, par des réfugiés chrétiens d'autres régions de l'Empire ottoman comme les Gagaouzes ou les Bulgares. À l'inverse, l'empreinte russe se manifeste, s'agissant des régions qui n'étaient pas formellement intégrées à l'Empire russe ou à l'Union soviétique, par l'installation de Russes parmi l'élite intellectuelle et administrative urbaine ou au sein de la classe ouvrière dans les régions industrielles. En conséquence, le russe devient langue d'enseignement et de communication ; il tend parfois à devenir langue vernaculaire : les minorités ethniques de la région (juifs, gagaouzes, allemands, etc.) font preuve d'une relative russophilie, de même que certaines élites politiques et intellectuelles locales (en Russie blanche et en Ukraine orientale et méridionale). Enfin, les liens économiques et commerciaux sont traditionnellement intenses avec la Russie. La chute de l'URSS n'a pas entièrement fait disparaitre ces caractéristiques.
Critères historiques et politiques de court terme : l'impact de la guerre froide En 1969, Pierre Hassner définit l'Europe de l'Est comme l'ensemble des pays d'Europe , tout en rappelant que ce terme, utilisé par le camp occidental, est souvent rejeté par les populations concernées qui lui préfèrent, pour des raisons historiques et culturelles, celui d'Europe centrale. De ce point de vue, l'Europe de l'Est n'est plus une notion géographique mais une notion historique et politique conjoncturelle, intimement liée à la période de la guerre froide, dont l'appellation se veut une analogie avec les deux grands blocs de l'époque, dont le « bloc de l'Est ». Ce terme est un concept idéologique et politique qui désigne un ensemble d’États membres du pacte de Varsovie et du Conseil d'assistance économique mutuelle (Comecon), comprenant la majorité des pays d’Europe centrale et quelques pays d’Europe du Sud, auxquels peuvent être rattachés deux autres États communistes d'Europe du sud, non-membres du pacte de Varsovie ni du Comecon : l’Albanie et la Yougoslavie.
vignette|L'Europe médiane, marquée par la double influence germanique et communiste. Czesław Miłosz analyse les débats concernant les limites de l'Europe de l'Est et de l'Europe centrale, qu'il décrit comme des mondes différents, le premier sous influence byzantine puis turque et russe, le second sous influence occidentale, marqué par une forte présence allemande du Moyen Âge au . Il propose alors au début des années 1980 le concept d'Europe médiane, car « entre deux », en y incorporant la nouvelle réalité géopolitique de la guerre froide. Par « pays médians », Miłosz entend dépasser les limites de l'Europe de l'Est et de l'Europe centrale, trop limitées géographiquement.
Les expressions « bloc de l’Est » et « pays de l'Est » sont tombées en désuétude depuis la chute des régimes communistes en Europe et l’ouverture du rideau de fer au début des années 1990 : elles ont pu être remplacées par la notion d' « Europe centrale et orientale » mais servent encore souvent à dénommer dans les sociétés d'Europe occidentale ces pays dont les structures socio-économiques et les mentalités ont été fortement marquées par un demi-siècle ou plus de totalitarismes successifs, d’abord nationalistes, puis communistes. Ces termes apparaissent donc comme marquées par des considérations purement historiques, liées à une courte période de l'histoire de cette région et ne doivent donc pas se confondre avec la notion culturelle et géographique d'Europe de l'Est.
Actualisation de la notion Dans la culture populaire francophone, en dépit de l'expression « Europe de l'Atlantique à l'Oural » et de l'élargissement de l'Union européenne, le terme d'Europe de l'Est renvoie à une Europe qui ne serait pas pleinement « européenne », car la notion d'« européen » se confond surtout avec celle d'Europe occidentale et centrale. Le terme d'Europe de l'Est apparait au début du connoté négativement, y compris auprès des populations intéressées, à l'inverse par exemple de celui d'Europe centrale.
Géographie L’Europe de l'Est n'étant pas une région aux frontières claires et reconnues, il est difficile de définir ses caractéristiques géographiques. Si les limites de l'Europe sont nettes au sud (mer Méditerranée), à l'ouest (océan Atlantique) et au nord (océan Arctique), il n'en va pas de même à l'est, en l'absence de véritable barrière naturelle. Néanmoins, le massif de l'Oural marque par convention la frontière entre Europe et Asie., de même que le Caucase et, de part et d'autre de celui-ci, les mers Caspienne et Noire, au sud.
Jusqu'au règne du tsar Pierre le Grand (1682-1725), la limite orientale de l'Europe est cependant fixée au fleuve Tanaïs (l'actuel Don). L'empereur mène alors une politique de réorientation de l'Empire russe vers l'Europe, en fondant Saint-Pétersbourg, capitale ouverte sur la mer Baltique. Pour apparaître comme un véritable État européen, la Russie se doit d'appartenir pleinement à cet ensemble géographique. C'est ainsi que l'historien et géographe Vassili Tatichtchev est chargé de déplacer vers l'est la frontière de l'Europe. Ce dernier choisit le massif de l'Oural et le fleuve du même nom comme nouvelles limites orientales. Ce choix sera adopté progressivement à partir de la fin du par les autres géographes européens..
Les frontières de l'Europe ainsi esquissées, l'Europe de l'Est apparait donc délimitée au nord par l'océan Arctique, à l'est par l'Oural et au sud par la mer Caspienne, le Caucase et la mer Noire. S'agissant de ses frontières occidentales, celles-ci sont moins nettes puisqu'aucune barrière naturelle n'émerge nettement. En réalité, les frontières sont ici culturelles et politiques, donc plus incertaines.
Topographie vignette|alt=Carte physique de l'Europe de l'Est.|Carte physique de l'Europe de l'Est. L'Europe de l'Est présente une importante homogénéité topographique. La grande plaine européenne, qui s'étend depuis la Flandre jusqu'à la Russie, en constitue la quasi-intégralité, à la seule exception des territoires montagneux périphériques (Oural et Caucase). Cette grande plaine, qui se subdivise ici en plaine d'Europe orientale, provient principalement des grandes glaciations du quaternaire qui ont aplani ces régions, formé de nombreux lacs, creusé de larges vallées et déposé une faisant de cette région une terre riche et fertile. L'altitude n'y dépasse jamais .
La plaine d'Europe orientale, à l'ouest de l'Oural, présente un relief d'altitude modérée et monotone : plateau du Dniepr et du Valdaï (altitude comprise entre 200 et plus de ), Donbass (altitude supérieure à ). Ces reliefs peu marqués constituent néanmoins un « château d'eau » naturel : la Volga, le Don, le Dniepr et les fleuves côtiers de la Baltique y prennent en effet leurs sources. D'une manière générale, les vallées fluviales sont les seuls véritables accidents topographiques.
Dans sa partie ukrainienne, le sol de la plaine d'Europe orientale est constitué des terres noires (en ukrainien (retranscrit) ) riches en humus (80 %). Ces terres très fertiles résultent d'un climat à été chaud mais à pluviométrie insuffisante pour permettre la formation de forêts. Leur mise en valeur, au détriment de la prairie naturelle, à compter du a permis la constitution de « greniers à blé », bien que la production agricole s'étende à la betterave sucrière et à l'élevage.