Toussaint Gallet (né en 1905 à Paris et décédé en 1970 à La TroncheTranscription de l'acte de décès à La Tronche, à la mairie de Paris , n° 181, vue 24/31.) est un médecin, résistant et éditeur français.
Membre de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale, il renseigne le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) dès avant d’être arrêté en et déporté au camp de concentration de Buchenwald le . À son retour le , il est nommé médecin-chef du centre d’accueil des déportés le à l’hôtel Lutetia. Pionnier de la médecine sportive, il fonde plusieurs revues médicales et sera précurseur de la lutte contre le dopage dans le sport.
Biographie
Famille
Ses parents sont Émile Gallet, né à Paris d’une famille originaire de Lorraine, et Marie-Thérèse Lorenzi, née à Corte (Corse) ; ils exercent la profession d’instituteur à Paris. En 1946, Toussaint Gallet épouse Thérèse Raquin, originaire de Parigny (Loire).
Études et activités avant la guerre Toussaint Gallet obtient son doctorat en médecine (1934), juste avant le Front populaire, avec une thèse sur : L’Assistance publique à l’hôpital, ce qu'elle est, ce qu'elle devrait être. D'après la presse de l'époque, cette thèse anticipait les injustices perçues par la population concernant les remboursements de santé en regard des charges d'hospitalisation. Il occupe ensuite plusieurs postes : assistant de physiologie à la faculté de médecine de Paris, assistant de consultation à l’hôpital Lariboisière, médecin-accoucheur à l’hôpital Foch de Suresnes et médecin-gynécologue à la clinique du Belvédère de Boulogne-Billancourt.
Toussaint Gallet est, avant la guerre, un grand sportif : escrimeur émérite, après plusieurs victoires en championnats interscolaires et une sélection en championnat de France scolaire d'épée en 1922, il bat en 1923 le Champion de France d'épée au Tournoi International de Vichy ; il pratique également le football (premières équipes du stade français et Red Star) tout en participant comme membre de l'Automobile Club, à des rallyes automobiles. Il soutiendra après la guerre, parallèlement à sa carrière d'éditeur de publications dans le domaine médical, la promotion du sport comme médecin Inspecteur de l’Éducation Nationale à Paris le .
Seconde Guerre mondiale
Campagne de France (1939-1940)
Toussaint Gallet est cité à l’Ordre du Régiment le et reçoit la Croix de guerre le pour son action comme médecin lieutenant au Régiment d’Artillerie Divisionnaire au cours de l’attaque rapprochée de son groupe, le en Forêt d’Orléans (où il avait secouru les blessés sous le feu).
Engagement dans la Résistance et déportation (1942-1945)
Il rejoindra la France Libre officiellement le comme Agent P2 du réseau Béarn (Toussaint matricule R.U.A. 401)Voir Lettre du Commandant Henri Georges Ulwer (1901-1962) chef du réseau Béarn (21 mars 1950) "Lutetia 1945 Le centre d'accueil et de contrôle des déportés", collectant pour le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) avec le groupe qu'il dirige, des renseignements sur Paris, et, en liaison avec les réseaux de Normandie, sur la région havraise.
vignette|300x300px|Toussaint Gallet, fiche FFC.|gauche Les pivots du groupe de renseignement havrais étaient Roger Mayer (matricule R.U.A. 402) et son épouse Juliette (matricule R.U.A. 410). Roger Mayer qui fonda, dans la clandestinité, le journal L'Heure HJean-Pierre Daviet, « La presse clandestine en Normandie : journaux havrais et réseaux de Résistance (1940-1944) », in Cahiers du Temps, , Association pour l’Histoire du Havre, 2015, p. 42-45. L’auteur y mentionne la création de L’Heure H par Roger Mayer en 1943, au sein du réseau Béarn, et le rôle du Toussaint Gallet est mentionné sur la cote SHD AC 21 P 255214. vignette|280x280px|Toussaint Gallet, camp de Buchenwald, 1944. À partir du 17 mars 1944, Toussaint Gallet est traqué par la Gestapo. Arrêté par le Sicherheitsdienst (sécurité SS) le 23 mai 1944, il est torturé rue des Saussaies à ParisVoir déposition du Toussaint Gallet. Fac simile de l'ouvrage de Marie-Jo Bonnet "Lutetia 1945 Le centre d'accueil et de contrôle des éportés". Aucun membre de son réseau ne sera inquiété suite à son arrestation. Interné au secret à Fresnes (Nacht und Nebel), il est déporté à Buchenwald par le dernier train (Quai aux bestiaux de Pantin) le 15 août 1944, sous le matricule 77 946.
Médecin-Chef du Lutetia en avril 1945
vignette|300x300px|Expo Lutetia AFMD / MJ-B.
Rapatrié par avion le 18 avril 1945 avec une cinquantaine de personnalités de la Résistance, le docteur Toussaint Gallet est nommé, deux jours plus tard, médecin-chef du Centre d’accueil et de contrôle des déportés à l’hôtel Lutetia. Ce lieu, réquisitionné par le Général De Gaulle sur recommandation d'André Weil, devient le point de regroupement des survivants des camps nazis, avec près de accueillies.
Selon plusieurs témoins et acteurs de ces évènements, les missions confiées au Gallet au Lutetia incluaient à la fois l’accueil médical des déportés et la vérification de leur identité, afin d’éviter que d’anciens nazis ne se mêlent aux rapatriés des camps. D'après Henri Georges Ulver, le Gouvernement provisoire s’appuyait sur des personnalités reconnues pour assurer la gestion de ce premier lieu d’accueil. Au printemps 1945, l’hôtel Lutetia devient un lieu de retrouvailles pour les rescapés et leurs familles. Pierre Assouline précise la responsabilité du Toussaint Gallet dans son ouvrage LutetiaPierre Assouline, Lutetia, Gallimard, coll. « Folio », 2006, ., de même que Gwen Strauss dans son livre The Nine.
Activités professionnelles après 1945 Toussaint Gallet fonde en 1947 la Société de Diffusion Médicale et Scientifique (SDMS) pour éditer les revues médicales qu’il crée : Santé publique ; Médecine physique et des sports ; Revue de Gérontologie d’expression française. La SDMS publiera également plusieurs ouvrages, notamment Pathologie de la misère Charles Richet (fils) 1957, ou .
Promu en 1954 Médecin Inspecteur principal de la Jeunesse et des Sports, il fait reconnaître par l’Ordre national des médecins comme une “compétence“ la médecine du sport. Il développe également les premiers plans de lutte contre le dopage en relation scientifique avec les Laboratoires Roger BellonLe Laboratoire Roger Bellon était très réputé depuis 1933 en produisant, entre autres médicaments comme la pénicilline (dès 1951), des compléments liés à la performance physique. Le Gallet, considéré comme un médecin pionnier dans la lutte contre le dopage, était en relation permanente avec les équipes scientifiques du Laboratoire pour valider ou infirmer les publications médicales sur ces nouveaux sujets. Le Gallet a fait la connaissance de Roger Bellon en 1944 car celui ci fut également membre d’un réseau de résistance, arrêté et déporté à Buchenwald., avant la création de l’AFLD.
Il exerce, également sur cette période; comme médecin du travail de la BRED, de la Faculté des Sciences de Paris et sera nommé Expert auprès des Tribunaux pour la médecine sportive et Délégué cantonal du Préfet de Seine-et-Oise pour la surveillance des écoles publiques et privéesL’ouvrage de Gwen Strauss, publié en anglais en 2021 par St. Martin’s Press, a depuis été traduit dans plus d’une quinzaine de langues, rapportant les témoignages sur les actions du Toussaint Gallet pour ses compagnons déportés et son action au Lutetia en 1945 à partir page 145 dans la version française (*Elles étaient neuf*), allemande (*Die neun*), espagnole (*Las nueve* ), italienne (*Le nove* ), néerlandaise (*De negen* ), polonaise (*Dziewięć*), portugaise (*As nove* ), tchèque (*Devitka*), finnoise (*Yhdeksän*), japonaise , lituaniene (*Devynios*), chinoise et hongroise (*A kilenc*), et distribué dans autre pays..
Dernières années
Après son camarade déporté le Docteur Antonin Mans, le Docteur Toussaint Gallet préside la Commission spéciale nationale des Déportés et Internés de la Résistance, au Ministère des Anciens Combattants, en poursuivant sa carrière d'éditeur jusqu’à son décès le .
Plusieurs témoignages de compagnons de déportation, comme ceux de Frédéric-Henri Manhès ou du Médecin-Général Henri Parlanges, soulignent son activité novatrice vers la médecine sportive et son rôle médical auprès des déportés qui lui valurent respectivement Médaille de l’Éducation physique et des Sports (Argent) et la médaille d'argent des Epidémies.
La mention « Mort pour la France » a été attribuée, à titre militaire, à Toussaint Gallet en 1970.
Distinctions
vignette|350x350px|Dr Toussaint Gallet (2e sur la droite). Cour des Invalides. 2 avril 1946. Remise de décorations de la Résistance
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Médaille d'honneur des épidémies (Argent, ) Médaille de l’Éducation physique et des Sports (Argent)
Bibliographie
Témoignages
Frédéric-Henri Manhès, Buchenwald : l'organisation et l'action clandestines des déportés , Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes, 1947 : extrait publié dans le Bulletin du Comité d’Histoire de la Deuxième Guerre mondiale, (avril 1962), pages 45–47 L’article « Le Toussaint Gallet, humaniste et patriote », revient sur son rôle clé pour la remise sur pied des survivants à Buchenwald. (« le médecin aux mains nues ») Hommage public au Toussaint Gallet dans le film « Toussaint en juin » (2006) de Gérard Courant Radio France / France Culture le vendredi Entretien Éric Chaverou avec Marie-Jo Bonnet: quand l'hôtel Lutetia devint un centre d'accueil et de contrôle des déportés en 1945. Toussaint Gallet mn 23 Elsa Marnette, « Pantin : des artistes ravivent le souvenir des derniers déportés », Le Parisien, , Toussaint Gallet page 1
Notes et références
Liens externes
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