Les Kali’nasOrthographié parfois aussi Kalina, Karina, Carina, Kalinha, Kariña, Kari’ña, Kaliña ou Karinya., prononcé , (anciennement Galibis ou KaribAux premières années de la colonisation, les Européens appelaient toutes les tribus de culture caraïbe « Karib » ; aujourd’hui, il existe une petite tribu ayant gardé ce nom.) sont une ethnie autochtone d'Amérique que l’on retrouve dans plusieurs pays de la côte caraïbe d’Amérique du Sud. Ils sont de langue et de culture kalinago.

L’origine du nom que les Européens leur donnèrent, Galibi, est inconnue, mais eux-mêmes préfèrent s’appeler Kali’na tilewuyu, c’est-à-dire « les vrais Kali’na » , en partie pour se différencier des métis marron-kali’na habitant le Suriname Wim Hoogbergen, Origins of the Suriname Kwinti Marrons ; Nieuwe West-Indische Gids, vol. 66 (1 & 2), . 1992. Pour un cas similaire de métissage afro-caribéen voir l’article Garifunas. Source citée dans Gérard Collomb et Félix Tiouka, Na’na Kali’na - Une histoire des Kali’na en Guyane ; Ibis Rouge Éditions, 2000 ; , dorénavant appelé Na'na.. L’emploi de « Kali’na » n’est devenu habituel dans les publications que récemment. Les Kali'nas, qui ont peuplé un temps les Antilles, se faisaient appeler Kalinago.

Histoire

vignette|upright=2|Carte indiquant la répartition actuelle des populations kali’na (voir la section Répartition géographique pour plus de précisions).

Introduction Les Kali’na ne connaissant pas l’écriture avant l’arrivée des Européens, leur histoire se transmettait donc oralement de génération en génération sous forme de récits légendaires.

Pendant longtemps les rares Européens qui se sont penchés sur l’histoire des Amérindiens de cette région n’ont pas fait de distinction entre les différentes tribus caraïbes. La période de l’exploration passée, l’intérêt pour l’étude de ces peuples diminua beaucoup et n’a ressurgi qu’à la fin du quand quelques métropolitains, Gérard Collomb notamment, se sont intéressés aux Kali’na et qu’eux-mêmes ont commencé à relater leur histoire, en particulier Félix Tiouka, président de l’Association des Amérindiens de Guyane française (AAGF), et son frère Alexis.

Toutes ces données expliquent que les sources historiques concernant cette population soient rares et incomplètes.

Ère précolombienne Palliant l’absence de sources écrites, l’archéologie a permis de mettre au jour 273 sites archéologiques amérindiens sur seulement de la zone recouverte par le barrage de Petit-Saut sur la Sinnamary. Certains datent de deux mille ans, établissant ainsi l’ancienneté de l’implantation amérindienne dans cette régionStéphane Vacher, Sylvie Jérémie, Jérôme Briand ; Amérindiens du Sinnamary (Guyane), Archéologie en forêt équatoriale ; Documents d’Archéologie française, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, Paris, 1998.Na'na, ..

Les faibles indices historiques disponibles montrent que, avant 1492, les Kali’na habitaient la côte (de l’embouchure de l’Amazone jusqu’à celle de l’Orénoque), partageant leur territoire avec les ArawaksNa’na, ., contre lesquels ils luttèrent pendant leur expansion vers l’est et l’AmazoneNa’na, ..

vignette|left|Village kali’na.

Ils étaient de grands voyageurs sans pour autant être nomades ; ils faisaient souvent des voyages terrestres et maritimes jusqu’aux rives de l’Orénoque pour rendre visite à leur famille, faire des échanges ou se marierNa’na, .. Ils allaient souvent jusqu’aux rives de l’Essequibo (aujourd’hui au Guyana) pour y prendre des galets de porphyre rouge (takuwa), très prisés des Kali’na parce que les femmes les utilisent pour lustrer les poteriesPierre Barrère, Nouvelle relation de la France équinoxiale, Paris, 1783. Cité dans Na'na.. Le mot takuwa désigna aussi le jade, dont le commerce était très actif aux Amériques en général Arie Boomert, Gifts of the Amazons: "green stones", pendants and beads as items of ceremonial exchange in Amazonia and the Caribbean, Antropologica, Caracas, 1987. Cité dans Na'na..

Il existe un site appelé Les Roches Gravées sur le mont Carapa derrière Kourou où l’on peut voir plusieurs exemples d’art rupestre qui ont probablement été produits par des Kali’na, majoritaires dans la région.

Colonisation Arrivée des Palanakiłi Armes et outils kali’na.|vignette Au premier contact avec des Européens, les Kali’na pensèrent avoir affaire à des esprits de la mer, Palanakiłi, nom qu’ils continuent à utiliser pour nommer les Blancs aujourd’huiNa’na, .Il existe aussi une version fluviale de ces esprits, Tunakiłi, qui apparaît dans la forme d’une jeune femme qui renverse les pirogues et provoque des noyades..

L’une des toutes premières conséquences de l’arrivée des Palanakiłi fut, comme pour beaucoup d’autres peuples amérindiens, une diminution de la population due aux maladies importées par les Européens. Leur système immunitaire n'étant pas adapté aux virus et bactéries provenant de l’Ancien Monde, les Kali’na succombèrent rapidement en grand nombre.

À cette époque, les Kali’na ne connaissaient que les haches de pierre, et les machettes en bois dur. Ces hommes amenaient avec eux des haches et des machettes en fer, ils montrèrent que celles-ci coupaient bien mieux... Cette fois, les Palanakiłi avaient apporté de bonnes chosesMémoire orale des Kali’na, Na’na, ..

Les premiers Blancs rencontrés étaient des commerçants espagnols L'évêque espagnol Vazques de Espinosa, qui visita la région dans le premier quart du , faisait déjà référence à des Garina et à des Caribes Garinas sur le delta de l'Orénoque, ils avaient beaucoup de marchandises qu’ils donnaient aux Kali’na et aux autres tribus tout au long de leurs voyages. C’étaient le plus souvent des objets de pacotille : perles de verre, miroirs, etc., mais parfois aussi des couteaux et autres outilsNa’na, .. La langue kali’na emprunte de l’espagnol des mots désignant lesdits objetsOdile Renault-Lescure, Évolution lexicale du galibi, langue caribe de Guyane française, Travaux et Documents de l’Orstom 16 ; Paris, 1985. pdf à l'IRD. Cité dans Na'na..

De Palanakiłi à Pailanti’po Se rendant compte que les Européens détruisaient leur culture et leur territoire, les Kali’na les rebaptisèrent Pailanti’po, ou « destructeurs des Kali’na »Na’na, . ; la résistance commença, mais fut rapidement annihilée du fait de la supériorité des armes des nouveaux venus..

Après plusieurs tentatives dans la seconde moitié du , infructueuses en raison des conflits avec les Amérindiens en général, les Français fondèrent la ville de Cayenne en 1664 ; les Anglais et les Hollandais, eux, s’installèrent sur le fleuve Suriname. Quant au territoire Kali’na, il s’étendait depuis l’île de Cayenne jusqu’à l'Orénoque :

C’est dans cette Isle que commence la Nation des Galibis, qui s’estend jusqu’au grand fleuve d’Orénocque, n’y ayant qu’une nation entr’eux qui s’appelle des Arrouagues, fort peuplée et fort courageuse, comme aussi les Galibis qui sont leurs voisins, avec lesquels ils sont continuellement en guerre. [...] Depuis la rivière de Corou jusques à celles de Coonama, il n’y a aucune habitation de Sauvages, mais depuis ladite rivière et celle d’Amana jusques à Suriname, ce païs est peuplé de la Nation des Galibis. Toutes ces nations ont presque un même langage, excepté quelques mots. Les Galibis d’auprès de Suriname sont amis des nôtres. Ils leur donnent secours dans leur guerreAntoine Biet, Voyage de la France Equinoctiale en l’Isle de Cayenne, entrepris par les Français en l’année 1652 avec un dictionnaire de la langue du mesme païs, Paris, F. Clouzier. 1664. Cité dans Na'na.. vignette|Gravure d’un couple kali’na.

Le gouverneur Lefebvre de la Barre, qui s’installa à Cayenne l’année de sa fondation avec colonsM. de Milhau, Histoire de l’île de Cayenne et province de Guianne, manuscrit, 1733. Bibliothèque Méjeanne (MS 430), Aix-en-Provence. Cité dans Na'na., écrivit alors des Kali’na:

[Les Galibis] éstoient autrefois si puissans, qu’ils ont imprimé la terreur et la crainte dans les cœurs des François qui s’estoient établis à Cayenne ; en sorte que plusieurs de ces anciens Habitants qui se sont retirez à la Martinique ont peine à nous croire quand nous leur disons qu’ils ne sont d’aucune considération. Ils sont à présent si fort diminuez, que tous ceux qui habitent depuis Approuague jusqu’à Marony ne peuvent pas mettre ensemble vingt Pirangues [pirogues] de guerre armez chacune de vingt-cinq Hommes. Ce qui est arrivé tant par des maladies qui les ont attaquez que par diverses rencontres de guerre où ils ont esté battus par les PalicoursLefebvre de la Barre, Description de la France equinoctiale, ci-devant appelée Guyane. Paris, 1666. Cité dans Na'na..

L’arrivée des Européens changea radicalement les anciens circuits commerciaux. Ils ne longèrent plus la côte pour aller à l’Orénoque, mais se rendaient directement dans les petits ports sur la côte, où ils échangeaient des pierres précieuses, de l’or et d’autres marchandises plus « exotiques » (animaux, plantes) contre des bouteilles de rhum ou des outils en acierNa’na, ..

Les Kali’na luttèrent souvent contre les Européens (Anglais, Français, Espagnols) les premières années après l’arrivée de ceux-ci. Il y eut plusieurs combats pour le contrôle de Yalimapo, un emplacement stratégique, à mi-chemin entre les fleuves Mana et Maroni. Il y existe un site archéologique appelé Ineku-tupo (« là où pousse la liane ineku »), où l’on peut trouver des céramiques antérieures de plusieurs siècles à l’arrivée des EuropéensNa’na, ..

Décimés par les maladies et harcelés par les Européens avides d’or et des richesses de l’Eldorado, ils s’enfuirent à l’intérieur des terres, dans la forêt tropicale quasiment infranchissable pour les Européens. Seuls de petits groupes s’installèrent à Cayenne et dans d’autres villes côtières. Les Kali’na furent particulièrement nombreux sur les fleuves Approuague, Mana, Suriname et Saramacca. Les Kali’na sur la côte furent progressivement repoussés vers l’ouest, cédant leur territoire aux plantationsNa’na, ..

L’arrivée des Européens bouleversa les alliances amérindiennes traditionnelles; les Kali’na s’allièrent aux Français et les aidèrent à repousser les Hollandais et leurs alliés les Arouagues à l’ouest du fleuve Maroni. Ils devinrent actifs dans la traite d’esclaves amérindiens, allant jusqu’à établir des postes permanents dans le bas Itany et le bas Marwini pour servir de base à leurs raids sur les populations de Tiriyó, Wayana et Emerillons, les vendant ensuite aux Hollandais, Anglais ou Français. Ils ne firent pas de même avec les Lokono et les Palikurs, les relations avec ceux-ci étant exclusivement guerrièresNa’na, .. Ils eurent même un mot pour les tribus chez lesquelles il était possible de monter des expéditions esclavagistes : itoto.

Le gouverneur Fiedmont écrivit en 1767 :

Il nous est revenu que la nation des Emerillons, qui ne respirent que la paix et ne désirent que d’éviter la guerre injuste à laquelle les forcent les Indiens des Hollandais et dont toutes nos autres nations ressentiront bientôt les cruels effets, ne peut abandonner ses établissements pour s’en préserver sans s’exposer d’un autre côté à la disette jusqu’à ce qu’elle ait pourvu par de nouvelles plantations à sa subsistance ; que les agresseurs sont excités par des nègres mulâtres et autres sujets du Surinam qui ont intérêt à la perpétuer et qui la peuvent porter dans le centre de notre province, qu’ils se proposent d’y venir encore faire des courses en force et à main armée, pour tomber sur les Emerillons, les détruire ou faire esclaves pour les vendre ; que plusieurs ont été tués ou vendus à Surinam il y a quelques mois par ceux de Marony qui font encore de nouveaux préparatifs contre les Indiens qui sont sur notre territoireInstructions données par Fiedmont à Brisson et Beaulieu, Archives nationales - C14, 34/38. 16 mars 1767. Cité dans Na'na..

Les excursions contre les itoto prirent fin au quand l’accès au haut Maroni tomba sous le contrôle des Marrons Ndjuka et Aluku.