vignette|redresse|Camion-poubelle à Severomorsk (Russie, 2010). vignette|redresse|Dispositif de tri des déchets (Suisse). vignette|redresse|Pelle à grappin.
La gestion des déchets, une des branches de la rudologie appliquée, regroupe la collecte, le négoce et courtage, le transport, le (le traitement des rebuts), la réutilisation ou l'élimination des déchets, habituellement ceux issus des activités humaines. Cette gestion vise à réduire leurs effets sur la santé humaine et environnementale et le cadre de vie. Un accent est mis depuis quelques décennies sur la réduction de l'effet des déchets sur la nature et l'environnement et sur leur valorisation dans une perspective d'économie circulaire.
Tous les déchets sont concernés (solides, liquides ou gazeux, toxiques, dangereux), chacun possédant sa filière spécifique. Les modes de gestion diffèrent selon que l'on se trouve dans un pays développé ou en développement, dans une ville ou dans une zone rurale, que l'on ait affaire à un particulier, un industriel ou un commerçant. Les déchets non dangereux sont habituellement gérés sous la responsabilité des autorités locales, alors que les déchets des commerces et de l'industrie tendent à l'être sous leur propre responsabilité : on parle de « responsabilité élargie du producteur » (REP).
Histoire
vignette|upright|left|Un chiffonnier parisien au café, gravure de 1852 : on distingue son sac et le crochet qu'il utilise pour fouiller les déchets.
Le tri et le traitement des déchets ont longtemps été pris en charge par les populations elles-mêmes.
Les résidus d’artisanats étaient récupérés (métaux refondus, vieux chiffons et puis papiers pour la pâte à papier), le reste n’était qu’organique (c'est-à-dire composé de matière naturelle et rapidement biodégradable) et venait en campagne compléter les engrais ou la nourriture des animaux, tandis qu’en ville les caniveaux ou autres terrains vagues récoltaient des détritus peu polluants.
La première révolution industrielle a transformé les villes qui sont devenus des sources énormes de matières premières, ce qui a entraîné l'apparition de deux métiers spécifiques : le vidangeur qui récupère l'urine et les excréments dans les fosses d'aisance et les revend comme engrais aux paysans, ainsi que les boues de rues qui permettent l'essor du maraîchage ; le chiffonnier qui, par le recyclage des déchets, participe à l'essor de l'industrialisationSabine Barles, L'Invention des déchets urbains : France, 1790-1970, Éditions Champ Vallon, 2005..
Alors que ces deux métiers disparaissent peu à peu au (l'industrie utilisant de plus en plus les matières plastiques et l'agriculture les engrais issus de la carbochimie), le système des décharges se généralise. Il consistait à stocker dans un lieu, généralement loin des habitations, des déchets plus importants et non biodégradables à court terme (vieux mobilier, métaux, gravats ). Dans l’antiquité, des décharges, ou dépotoirs, existaient déjà (ce qui permet aujourd’hui aux archéologues de retrouver poteries, bijoux). Mais le système des décharges est devenu au fil des siècles le moyen de se débarrasser de plus en plus des déchets, sans préoccupation pour l’environnement (odeurs, émissions de gaz comme le méthane et l'hydrogène sulfuré, risque d’incendie, pollution des terres). La France a connu une décharge dans quasiment chaque commune, recouverte par la suite et souvent volontairement oubliée ; l'une des dernières grandes décharges est celle de Marseille.
À partir des années 1960, l’incinération s’est développée en raison d'une offre nouvelle de matériel pouvant brûler des quantités importantes de déchets, et en réponse à la difficulté croissante de trouver des sites de décharge. L’incinération a de nombreuses conséquences environnementales qui, longtemps, n'ont pas été prises en compte, et elle génère comme les décharges des oppositions fréquentesRocher L (2006). Gouverner les déchets. Gestion territoriale des déchets ménagers et participation publique (Thèse de doctorat, Université François Rabelais-Tours).. L'idée que les déchets sont une ressource à exploiter, plus que des rebuts dont il faut se débarrasser se développe (économie circulaire, lutte contre le gaspillage). Il est possible par exemple d'en extraire des matières premières (cas des mâchefers, résidus de l'incinération des ordures ménagères réutilisés en technique routière) et les recycler, de composter ou méthaniser certains déchets, ou d'en brûler pour produire de l'électricité et alimenter un réseau de chaleur. Ainsi, , des alternatives aux décharges et à l'incinération voient le jour, mais sont encore peu mises en place : tri mécanobiologique, pyrolyse, gazéification Dans le même temps, associations et pouvoirs publics tentent de réduire à la source la production de déchets qui est en augmentation croissante depuis l'après-guerre. La réduction des déchets est considérée par beaucoup comme l'un des meilleurs traitements existants.
Activité à risque et réglementée La gestion des déchets (collecte + traitement) est une activité à risquesBergeret A., Les déchets ménagers et leurs filières de traitement : évaluation des risques pour la santé, Arch. Mal. Prof., 2002, 63, , . où les salariés sont potentiellement exposés à des risques chimiques Maître A. , Municipal waste incinerators: air and biological monitoring of workers for exposure to particles, metals, and organic compounds, Occup. Environ. Med., 2003, , ., biologiquesDuclos G., Perrier - Ros set A., Carré J., Les risques sanitaires liés au tri des déchets, TSM, 1998, ., physiquesLavoie J., Gertin S., Évaluation des risques à la santé et à la sécurité du travail dans les centres de tri de matières recyclables, IRSST, 1996., organisationnels et routiers. Par exemple, certains salariés sont exposés à des matières à risques Claxton L.D. , Genotoxicity of industrial waste and effluents, Mutation Research, 1998, 410, . ou à des bioaérosols pouvant être allergènes ou contenir des pathogènes ou particules indésirables Moller Nielsen E. , Bioaerosol exposure in waste collection: a comparative study on the significance of collection equipement, type of waste and seasonal variation, Ann. Occup. Hyg., 1997, , , .ADEME, Étude bibliographique sur l'évolution des risques liés aux bioaérosols générés par le compostage des déchets (CAREPS) – appels à proposition de R et D. Poulsen O.M. , Collection of domestic waste. Review of occupational health problems and their causes. The Science of the Total Environment, 1995, 170, . Stoklov M. , Évaluation de l’exposition toxique des salariés d’usines d’incinération d’ordures ménagères. Archives des Maladies Professionnelles et de Médecine du travail, 1999, 60, 480.. Les personnes exposées aux fumées d'incinération Bell J.U., Estimating the human health from polychlorinated dioxins and furans in stack gas emissions from combustion units: implication of USEPA’s dioxin reassessment, Waste Management, 2002, 22, . et il existe des maladies professionnelles Malmros P., Sigsgaard T., Bach B., Maladies professionnelles dues au tri des déchets, Waste Management & Research, 1992, , .Charbotel B. , Risques professionnels liés à l’élimination des déchets d’activité de soins, Archives des Maladies Professionnelles et de médecine du travail, 2002..
Ainsi en France selon l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), le taux de fréquence d'accident avec arrêt de travail est de 44 (avec un taux de gravité de 1,88) pour l'ensemble du secteur (collecte + traitement) alors qu'il n'est que de 25 (avec un taux de gravité de 1,06) pour l'ensemble des activités affiliées au RGSS (Régime général de la sécurité sociale)CNAM, Résultats par secteurs, Statistiques CNAM, 2001..
En raison de ces risques, les installations de traitement de déchets sont généralement classées, encadrées par une réglementation spécifique et contrôlées par l'État ( régime des ICPE (installation classée pour la protection de l'environnement, qui désigne toute installation industrielle ou agricole susceptible de créer des risques ou provoquer des pollutions ou nuisances pour la sécurité et la santé des riverains) en France impliquant autorisation, enregistrement ou déclaration).
Principes de gestion des déchets vignette|La hiérarchie de la gestion des déchets commence par les actions de prévention. Plusieurs principes guident la gestion des déchets, dont l'usage varie selon les pays ou les régions.
Principe de responsabilité Il peut inclure celui de pollueur-payeur. Par exemple, concernant les déchets radioactifs, l'industrie nucléaire russe a obtenu de ses autorités de tutelle le principe « pay and forget » autorisant un exploitant ( Rosatom via sa filiale Rosenergoatom) de Assemblée nationale et Sénat, OPECST, Rapport sur l'évaluation du Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs 2010-2012 , 19 janvier 2011, rapporteurs : Christian Bataille et Claude Birraux, 347 ; voir - La gestion des déchets radioactifs, voir de la version du rapport..
Hiérarchies des stratégies et des usages La règle des trois R préconise de réduire, réutiliser et recycler.
Cette hiérarchie des stratégies a évolué depuis les années 1990 mais le concept sous-jacent demeure la pierre angulaire de la plupart des stratégies de gestion des déchets : réutiliser au maximum en générant le minimum de rebuts.
En 2010, Tim Laseter, Anton Ovchinnikov et Gal Raz, professeurs à la Darden School of Business de l'université de Virginie, aux États-Unis, ont proposé d'ajouter un « quatrième R » : « Re-penser » dans leur étude publiée dans la revue Strategy+business, « ».. Ils insistent sur les faiblesses du système actuel et proposent qu'un regard totalement différent soit porté sur les déchets afin de progresser dans la pensée d'un système parfaitement efficace.
Certaines solutions « repensées » sont contre-intuitives ; ainsi dans l'industrie textile pour réduire la quantité de papier gaspillée pour les patrons, il a été conseillé de les découper dans de plus grandes feuilles pour valoriser les chutes en y découpant les petites pièces du patron. Ainsi, il y a une réduction du résidu global. Ce type de solution vaut pour d'autres secteurs.
La réduction à la source nécessite des efforts pour réduire les déchets toxiques et d'autres résidus en modifiant les processus de fabrication, les apports de matières premières et la composition des produits (écoconception). Parfois le principe de « prévention de la pollution » indique en fait la mise en œuvre d'une politique de réduction à la source.
En complément, l'incitation à la réutilisation et au recyclage diminuent le flux de déchets ultimes. Dans le monde, diverses villes et collectivités ont mis en place des taxes dont le montant est fonction des quantités d'ordures déposées (Paye ce que tu jettes : - PAYT, aux États-Unis) qui se sont révélées efficaces pour réduire le volume des déchets urbains.
L'efficacité des politiques de réduction à la source se mesure à l'importance de la réduction de la production de déchets. Une autre approche, plus controversée, est de considérer la réduction de l'utilisation de substances toxiques. On s'intéresse ici à réduire l'utilisation de substances toxiques, alors même que la tendance est plutôt à la hausse. Cette approche, dans laquelle c'est le principe de précaution qui est mis en avant, rencontre une vive opposition des industries chimiques. Elles accusent cette démarche de stigmatiser les produits chimiques. Certains États américains, comme le Massachusetts, le New Jersey et l'Oregon ont mis en place des politiques de réduction des déchets toxiques.
Ressource à valoriser vignette|upright|Récupération de métal pour la vente au fond d'un khlong de Bangkok (2007).