droite|vignette| Kevin Rudd à l'écran à Federation Square, Melbourne, présentant des excuses aux générations volées. droite|vignette| Foule regardant une transmission publique du discours d'excuses, au Parlement fédéral à Elder Park, Adélaïde. vignette| Excuses aux peuples autochtones d'Australie. Document du Parlement, Canberra. Des excuses nationales ont été présentées aux Australiens autochtones le , par le Parlement australien, pour « deux siècles d'atteinte à la dignité ». et particulièrement pour les enlèvements forcés d'enfants autochtones australiens à leurs familles. Ces enfants victimes des agences gouvernementales fédérales et étatiques australiennes sont souvent désignés comme « les générations volées ». Les excuses ont été formulées par le Premier ministre Kevin Rudd. Elles sont également appelées dans le pays les excuses nationales ou, simplement, les excuses.

Contexte

Le rapport (« Les ramener chez eux ») de 1997, commandé par le gouvernement travailliste de Paul Keating, recommandait que le gouvernement australien présente des excuses officielles pour les politiques de pratiquées par des gouvernements antérieurs, qui avaient séparé les enfants de leurs parents pour des motifs raciaux. Ces politiques avait été menées dans le cadre d'une entreprise d'assimilation forcée des autochtones. Les enfants séparés des leurs étaient souvent maltraités, exploités économiquement et perdaient l'usage de leur langue. Leur espérance de vie était de 17 ans inférieure à la moyenne nationale ; leur taux de délinquance était très élevé.

Refus de présenter des excuses du gouvernement de John Howard (1996-2007) Le successeur libéral de Paul Keating, John Howard, a reçu le rapport, mais s'est opposé à toute demande de pardon, estimant que des « excuses » parlementaires impliqueraient une « culpabilité intergénérationnelle ». Il a plutôt proposé de rédiger une « motion de réconciliation » parlementaire, en consultation avec le sénateur démocrate , la seule personne autochtone siégeant alors au parlement fédéral..

Le , John Howard a présenté la motion de réconciliation exprimant ; il déclare que le Parlement devra se consacrer à la « cause de la réconciliation » après les mauvais traitements historiques infligés aux Australiens autochtones, mauvais traitements qui constituent le « chapitre le plus entaché » de l'histoire australienne.

D'emblée, l'opposition travailliste, emmenée par Kim Beazley, a plaidé la nécessité d' et proposé de remplacer la motion de regret par des excuses sans réserve ; mais ce fut sans succès. Le gouvernement libéral-national de John Howard a maintenu son opposition à des « excuses » pour le reste de son mandat (1996-2007).

Élection du gouvernement Kevin Rudd (2007) Après les élections fédérales australiennes de 2007 qui l'ont porté au pouvoir, le Premier ministre travailliste Kevin Rudd a annoncé le que le gouvernement présenterait des excuses aux Australiens indigènes, dont le libellé serait décidé en consultation avec les dirigeants aborigènes.

L'opposition du Parti libéral était divisée sur la question. Son chef Brendan Nelson a d'abord déclaré que des excuses risqueraient d'encourager une en Australie. Cependant, le soutien à des excuses a été exprimé par d'autres libéraux de haut rang, tels que Malcolm Turnbull, Peter Costello, et l'ancien premier ministre libéral Malcolm Fraser. L'ancienne ministre libérale Judi Moylan a déclaré : Schubert, Misha (30 January 2008), "Liberal division grows on apology", The Age.. Brendan Nelson a déclaré plus tard qu'il soutenait les excuses du gouvernement. À la suite d'une réunion du parti, le Parti libéral dans son ensemble a exprimé son soutien à des excuses et il est parvenu à un consensus bipartisan. Brendan Nelson a déclaré : .

Lyn Austin, présidente de Stolen Generations Victoria, a expliqué pourquoi elle croyait que des excuses étaient nécessaires, racontant ses expériences en tant qu'enfant volée :Je pensais qu'on m'emmenait juste pour quelques jours. Je me souviens avoir vu ma mère debout sur le bord de la route avec sa tête dans ses mains, pleurant, et moi dans la voiture noire Holden FJ me demandant pourquoi elle était si bouleversée. Quelques centaines de mots ne peuvent pas tout régler, mais c'est un début important et c'est un début [...] Je me vois comme cette petite fille, pleurant moi-même pour dormir la nuit, pleurant et souhaitant pouvoir rentrer chez moi avec ma famille. Tout est parti, la perte de votre culture, la perte de votre famille, toutes ces choses ont un grand impactCooke, Dewi (1 February 2008), "'Sorry' statement should acknowledge cultural loss, says state leader", The Age..

Discours de présentation des excuses vignette|Le Premier ministre Kevin Rudd a présenté les excuses au nom de la nation. À 9 h 30 le , Rudd a présenté les excuses aux Australiens autochtones sous la forme d'une motion à voter. Le texte a depuis été appelé les « excuses nationales » ou simplement les excuses.

La forme des excuses était la suivante : Je propose : Qu'aujourd'hui nous honorions les peuples autochtones de cette terre, les plus anciennes cultures de l'histoire humaine.

Nous réfléchissons à leurs mauvais traitements passés.

Nous réfléchissons en particulier aux mauvais traitements infligés à ceux qui étaient des générations volées — ce chapitre entaché de l'histoire de notre nation.

Le moment est maintenant venu pour la nation de tourner une nouvelle page de l'histoire de l'Australie en réparant les torts du passé et en avançant ainsi avec confiance vers l'avenir.

Nous présentons des excuses pour les lois et les politiques des parlements et gouvernements successifs qui ont infligé un profond chagrin, des souffrances et des pertes à nos compatriotes australiens.

Nous présentons des excuses en particulier pour l'enlèvement des enfants aborigènes et insulaires du détroit de Torres à leurs familles, à leurs communautés et à leur pays.

Pour la douleur, la souffrance et la blessure infligées à ces générations volées, à leurs descendants et à leurs familles laissées pour compte, nous demandons pardon.

Aux mères et aux pères, aux frères et aux sœurs, pour l'éclatement des familles et des communautés, nous demandons pardon.

Et pour l'indignité et la dégradation ainsi infligées à un peuple fier et à une culture fière, nous demandons pardon.

Nous, le Parlement australien, nous demandons respectueusement que ces excuses soient reçues dans l'esprit dans lequel elles sont présentées dans la perspective de la guérison de la nation.

Pour l'avenir, nous prenons courage ; décidant que cette nouvelle page de l'histoire de notre grand continent peut désormais s'écrire.

Nous franchissons aujourd'hui ce premier pas en reconnaissant le passé et en revendiquant un avenir qui embrasse tous les Australiens.

Un avenir où ce Parlement décide que les injustices du passé ne doivent plus jamais se reproduire.

Un avenir où nous faisons appel à la détermination de tous les Australiens, autochtones et non autochtones, pour combler le fossé qui nous sépare en matière d'espérance de vie, de réussite scolaire et d'opportunités économiques.

Un avenir où nous embrassons la possibilité de nouvelles solutions aux problèmes persistants là où les anciennes approches ont échoué. Un avenir fondé sur le respect mutuel, la détermination mutuelle et la responsabilité mutuelle.

Un avenir où tous les Australiens, quelles que soient leurs origines, sont véritablement des partenaires égaux, avec des opportunités égales et un intérêt égal à façonner le prochain chapitre de l'histoire de ce grand pays, l'Australie

— Kevin Rudd, Premier ministre australien, le 13 février 2008, lors d'une séance du Parlement australien. Le texte des excuses ne faisait pas référence à l'indemnisation des peuples autochtones dans leur ensemble, ni aux membres des générations volées en particulier.

Réception Les excuses du gouvernement et son discours ont été largement applaudis par les Australiens autochtones et le grand public non autochtone"Thunderous applause in Sydney for Rudd's speech", Australian Associated Press, The Sydney Morning Herald, 13 February 2008...

Le Dr Tom Calma, commissaire à la justice sociale pour les aborigènes et les insulaires du détroit de Torres de la Commission australienne des droits de l'homme et de l'égalité des chances, a prononcé un discours en réponse formelle aux excuses du gouvernement. Tom Calma a remercié le Parlement d'avoir rendu hommage aux générations volées, déclarant : "En reconnaissant et en rendant hommage, le Parlement a maintenant jeté les fondements de la guérison et d'une Australie réconciliée à laquelle tous les habitants appartiennent". Cependant, Calma a noté qu'il y avait de nombreuses recommandations dans le rapport qui, en 2009, n'avaient pas encore été mises en œuvre.

Réponse du chef de l'opposition vignette| Le chef de l'opposition Brendan Nelson a offert un soutien bipartite aux excuses Discours Le chef de l'opposition libérale, le Dr Brendan Nelson, s'est levé pour offrir un soutien bipartite aux excuses :

« En me levant pour parler fermement en faveur de cette motion, je reconnais les Ngunnawal, premiers peuples de cette terre de Canberra. Aujourd'hui, notre nation franchit un seuil. Nous offrons formellement des excuses. Nous exprimons nos excuses aux Autochtones qui ont été séparés de force de leur famille au cours des sept premières décennies du 20e siècle. Ce faisant, nous atteignons de l'intérieur de nous-mêmes notre passé, ceux dont la vie nous relie à lui, et dans une profonde compréhension de son importance pour notre avenir. Nous serons à notre meilleur aujourd'hui et chaque jour si nous nous arrêtons pour nous mettre à la place des autres, imprégnés de la capacité imaginative de voir cette question à travers leurs yeux avec décence et respect ». Brendan Nelson a également exprimé de l'empathie pour la façon dont les « bonnes intentions » des fonctionnaires qui ont effectué les enlèvements d'enfants ont conduit à des conséquences pour eux inattenduesRudd staff rebuked for shunning Nelson; www.theage.com.au; Feb 14, 2008Parliamentary Hansard, 13 Feb 2008 ; il a déclaré :

« Il est raisonnable de prétendre que le fait d'enlever des enfants qui vivaient dans la misère a conduit à une vie meilleure : des enfants nourris, logés et éduqués pour un monde d'adultes qu'ils n'auraient pas pu imaginer. Cependant, de ma vie de médecin de famille et connaissant les conséquences qu'a eu l'enlèvement de mon propre père à sa mère célibataire et adolescente, je sais que ne pas savoir qui l'on est est la source de chagrins profonds et blessures graves, dont l'exacte mesure ne peut être connue que de ceux qui ont enduré cela [...] Notre génération n'est pas à l'origine de ces actions et ne devrait pas non plus se sentir coupable de ce qui a été fait dans de nombreux cas avec les meilleures intentions - quoique certainement pas dans tous les cas. Mais en disant que nous sommes désolés, et profondément, nous nous rappelons que chaque génération vit dans l'ignorance des conséquences à long terme de ses décisions et de ses actions. Même lorsqu'elles sont motivées par l'humanité et la décence inhérentes au fait de tendre la main aux dépossédés dans l'adversité extrême, nos actions peuvent avoir des résultats inattendus. En tant que tels, de nombreux Australiens décents sont blessés par des accusations de vol mettant en cause leurs bonnes intentions." »