L'abbaye Notre-Dame d'Évron ou abbaye Notre-Dame de l'Épine d'Évron est une ancienne abbaye bénédictine fondée au à Évron, aujourd'hui dans le département de la Mayenne en France. L'abbatiale, dans son état actuel, associe des constructions s'étageant du au ; les bâtiments conventuels datent du . Elle est devenue église paroissiale depuis la Révolution avec la démolition de l'église Saint-Martin qui la jouxtait. Cette basilique mineure dépend du diocèse de Laval, elle est au centre du doyenné du Pays des Coëvrons et de la paroisse Notre-Dame en Coëvrons. L'abbaye est depuis 2014 le siège et le centre de formation de la communauté Saint-Martin chargée du ministère de la basilique et de la paroisse..
Évron n'eut jamais d'autres seigneurs que les abbés sous la suzeraineté du comte du MaineVoir la charte du comte Hugues, 994.. leur reconnaît en 1519 « droit de baronnie, haute justice et juridiction », en vertu de leur première fondation.
Protections La basilique Notre-Dame de l’Épine fait l’objet d'un classement au titre des monuments historiques sur la liste de 1840, et en pour la chapelle Saint-Crépin. L'ancien logis abbatial datant de la fin du et du , pour ses façades et toitures, l'ancien logis abbatial du , les vestiges de la chapelle Saint-Michel, le bâtiment mauriste du , la terrasse et les jardins à la française font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques par arrêté du .
Histoire Fondation et légende de l'épine La fondation de l'abbaye est documentée par le testament de saint Hadouin évêque du Mans daté de 642 qui lui accorde de nombreuses dotations et en particulier plusieurs villas au sens médiéval du terme entre la villa rupiacus du mont Rochard et le bourg d'Aurion. Elle s'appuie sur un récit légendaire rapporté en détail au dans les actes des évêques du Mans : le pèlerin et l'épine. Un pèlerin de retour de terre sainte avec une relique du lait de la Vierge s'endort à l'ombre d'une aubépine après y avoir accroché sa besace contenant l'objet précieux. À son réveil l'arbre a grandi et son bagage est inaccessible. Les prières de saint Hadouin à Notre Dame font ployer l'aubépine qui dépose la relique dans les mains de l’évêque, il y voit une injonction à une fondation dédiée à . Composée de moines bénédictins originaires de saint Vincent du Mans et de La Couture, elle devient un important lieu de pèlerinage. L'abbaye et l'ancien bourg d'Aurion disparaissent après les invasions bretonnes et normandes...
Refondation (985-989) La refondation à la fin du est documentée par deux chartes : l'acte de subordination de l'abbaye Notre-Dame d'Evron à l'abbaye Saint-Père de Chartres (985 ?) du Cartulaire d'Aganon (cartulaire de l'abbaye Saint-Père de Chartres) et l'acte de restauration de l'abbaye d'Evron (989) d'après une copie tardive du cartulaire de l'abbaye d'Evron. L'abbaye est de nouveau dotée de nombreux domaines. La reconstruction de l'abbatiale débute dès la fin du , la crypte repérée en 1865 et redécouverte en 1985 est datée de cette époque. La nef romane (les quatre premières travées) et la tour porche sont des éléments de cette première construction. Elle permet d'accueillir un groupe de moines de l'abbaye Saint-Père de Chartes.
L'identification du restaurateur fait l'objet d'une controverse entre historiens depuis la fin du ; le nom cité dans les deux chartes citées plus haut est Robert, vicomte de Blois, mais l'abbé Angot dénonce une falsification privant Raoul vicomte du Maine de cette restauration, il est suivi par la majorité des historiens jusqu'à ces derniers temps. Plus que l'histoire de l'abbaye c'est le jeu diplomatique entre le comté de Blois, le comté du Maine et l'Anjou qui est en cause ; cette question est réévaluée par Sebastien Legros en 2013 qui penche plus pour le vicomte de Blois.. À partir de cette époque outre un lieu de pèlerinage très fréquenté cette abbaye bénédictine devient la plus importante abbaye du Bas-Maine avec la fondation de plus de vingt-deux dépendances prieurales.. Cette refondation fait de l'abbé d'Evron seigneur et baron d'Evron avec droit de justice. Seuls les abbés commendataires institués à partir de 1482 revendiquent d'en porter le titre..
Du L'évêque du Mans Hildebert de Lavardin constate la dégradation de la vie monastique et la réforme est mise en œuvre en 1123 par l'abbé Daniel dit le chauve originaire de l'abbaye de Marmoutier qui vient sur l'intervention de l'abbé de saint Vincent du Mans, t. II Evron..
En 1252, la nouvelle abbatiale après son agrandissement et la construction du chœur gothique est consacrée par Geoffroy de Loudon évêque du Mans qui à la même époque fait construire le chœur de la cathédrale Saint-Julien du Mans.
L'exercice du droit seigneurial et l'exploitation du foncier de l'abbaye passe par les institutions habituelles d'une grande seigneurie, moulins à ban et four à ban, halles connues depuis le , les dernières construites au sont démolies en 1897., recueil de la mense et des dîmes entreposées dans une grange située au nord de l'enceinte du couvent et détruite par un incendie en 1881, bailli exerçant en son nom les droits de haute, moyenne et basse justice avec pilori et prisons. Cet exercice fait l'objet d'aveux de suzeraineté comme en 1332 celui du seigneur de Sablé ou en 1405 du comte d'Alençon pour la châtellenie de Torigné ou même en 1646 par Jacques Vassé. C'est aussi l'occasion de querelles judiciairesDes difficultés entre l'abbaye d'Evron et Hamelin, châtelain de Saint-Georges de Feschal, c'est la commune qu'on nomme aujourd'hui à tort Saint-Georges-le-Fléchard, s'étaient d'abord terminées par un accommodement amiable en 120. Mais elles avaient reparu; les moines se plaignaient de torts graves et de dommages causés par Hamelin à eux et à leurs serfs; aucun arrangement ne fut possible et les gages furent de part et d'autre échangés pour un duel qui devait mettre fin au différend. Le duel judiciaire était alors le recours en dernier ressort; des précautions étaient prises pour assurer aux combattants armes et chances égales ; quatre chevaliers étaient établis gardes du camp et l'engagement n'avait lieu qu'après plusieurs cérémonies, prières et serments. Les ecclésiastiques, les moines mêmes acceptaient ce moyen de vider leurs querelles ; seulement ils n'étaient pas obligés de se battre en personne et devaient fournir un tenant, qu'ils n'avaient pas de peine à trouver. Au jour assigné, les religieux et leur champion comparurent devant le connétable Mathieu II de Montmorency, récent époux d'Emma de Laval, leur juge, dans la cour du château de Laval; mais le châtelain fit défaut. Comme il n'avait présenté aucune excuse, ses témoins furent condamnés à payer aux moines et à leurs serfs cinquante livres mancelles; mais Hamelin les dégagea en accordant différents droits à l'abbaye, par une charte qui fut revêtue du sceau de Matthieu et « pour plus grande confirmation » de celui de l'évêque du Mans en 1221..
et guerres de Religion
En 1482, l'abbaye d'Évron passe sous le régime de la commende et le premier abbé commendataire est François de Châteaubriant qui succède à Jean de Favières : ses armes figurent sur le portail sud de la basilique qui est l'entrée principale des laïques. Après une période où il délaisse le monastère, il en devient un des grands bienfaiteurs offrant reliques et reliquaires, obtenant des indulgences et finançant des stalles pour le chœur qui disparurent juste avant la révolution en 1780.
Pendant les guerres de Religion, après avoir été pillée une première fois elle subit une deuxième attaque en 1562 conduite par Hercule Saint-Aignan des Marais. Avertis à temps, les religieux se mettent en sûreté au château du Rocher, dans lequel René de Bouillé leur offre un refuge avec leur trésor, la relique de la Sainte-Vierge et même le Saint-Sacrement, oublié dans la précipitation de la fuite, et que Jean Livet, va, au péril de sa vie, retirer du tabernacle quelques instants avant l'arrivée de l'ennemi. Les archives seules sont lacérées, brûlées ou dispersées le long des chemins.
En 1577, l'abbaye voit des soldats catholiques ravir tout ce qu'elle possédait de précieux. Ce sont les troupes de Louis de Bussy d'Amboise qui cette même année pillent les faubourgs du Mans.
À la suite de ces attaques l'abbaye est fortifiée : la tour porche romane est transformée avec hourds et mâchicoulis, fermeture des grandes ouvertures en petites meurtrières, le bas des grandes fenêtres ogivales est muré, un profond fossé est creusé autour de l'abbatiale et du couvent, les traces des deux pont-levis sont encore visibles au-dessus du portail sud et près du logis de l'abbé. Dès lors il n'y a aucune attaque et les fossés sont comblés à partir de 1616.
Du à la Révolution En 1726, la première pierre du nouveau monastère est posée par l'évêque du Mans Charles Louis de Froulay sur les plans de Guillaume de La Tremblaye moine architecte, la construction est confiée au maître maçon Jacques-Laurent Bayeux, seule la moitié de la construction prévue est réalisée faute d'argent mais suffit aux douze moines qui à l'époque constituent la communauté de ce monastère ().
Époque contemporaine À la sortie de la Révolution en 1800 l'abbatiale est rendue au culte paroissial (l'abbaye est devenue paroisse en et l'église Saint-Martin démolie par la municipalité en 1793 ), la cérémonie de réconciliation est célébrée par l'évêque du Mans M. Renard en 1801. En 1803 le préfet Harmand remet le couvent aux sœurs de la chapelle au Riboul ou sœurs de la charité, appelées depuis sœurs de la charité de Notre-Dame d'Évron depuis qu'elles ont fait du couvent leur maison mère.; la donation du couvent est confirmée par un décret impérial en 1808. La grande flèche élevée en 1606 au-dessus de la croisée du transept penche dangereusement depuis une tempête en 1836, elle est démontée en 1901 ce qui donne aujourd'hui une silhouette caractéristique à la basilique entre la flèche tronquée et le clocher porche fortifié.
Le une petite porte sur la face sud au niveau du clocher-porche est brisée à coup de hache pour permettre l'inventaire faisant apparaître, pour certains, l'image merveilleuse de Notre Dame de l'épine.
La chute d'une pierre de la voûte du chœur en 1974 impose une série de travaux de restauration et permet des fouilles archéologiques avec en particulier le dégagement de la crypte en 1985. En 2016, le pignon du transept sud et sa verrière sont restaurés, sa partie basse, murée au moment de la fortification, est de nouveau garnie de vitraux..
Les religieuses revendent le couvent en à la communauté Saint-Martin qui y a transféré sa maison-mère et sa maison de formation (auparavant situées à Candé-sur-Beuvron) durant l'été 2014..
Description
La basilique et la chapelle Saint-Crespin Extérieur thumb|Façade sud de l'abbatiale.|left thumb|Plan de la basilique d'Evron selon Lefèvre-Pontalis 1903.|right Pour apprécier les différents éléments et époques de la construction de l'abbatiale, le point de vue face à la façade sud, de la place de la basilique devant le portail, permet une vue détaillée à l'exclusion de la chapelle Saint-Crépin accolée au nord du chœur et la crypte enfouie dessous. L'ensemble est orienté avec un petit décalage axial nord-est sud-ouest. L'abbatiale romane avant son agrandissement mesurait environ et de large, actuellement sans inclure la chapelle Saint-Crépin accolée au nord du chœur les mesures sont de sur environLes mesures des constructions sont relevées sur le site GEOPORTAIL. et la hauteur sous voûte de la partie gothique est de . Le clocher porche