Federico Silva Muñoz (Benavente (province de Zamora), 1923 - Madrid, 1997) était un juriste, professeur d'université, homme politique, administrateur d’entreprise, académicien et auteur espagnol.

Titulaire d’un doctorat en droit, il entra comme juriste dans la haute fonction publique, tout en menant parallèlement une carrière d’enseignant universitaire. Sociétaire de l’association catholique laïque ACNdP, et par là partisan du corporatisme et d’un État fort, il contribua pourtant en 1964 à faire échec à un projet promu par la Phalange et tendant au totalitarisme. Nommé à la tête du ministère des Travaux publics, il mit en œuvre avec grande énergie de 1965 à 1970 quantité de projets d’infrastructure, dans les domaines routier, ferroviaire, hydraulique et portuaire. Après la Transition démocratique, il se présenta aux électeurs sous différentes étiquettes conservatrices, et réussit à se faire élire député. Rejetant la nouvelle constitution, qu’il jugeait devoir amener le démantèlement de l’Espagne, il se retira de la politique après son adoption par référendum en 1978, mais cofonda néanmoins un nouveau parti en 1979, qui disparut à son tour en 1983. Silva Muñoz allait se consacrer désormais à ses activités d’académicien et d’intellectuel et continuer à remplir des fonctions d’administrateur d’entreprise.

Formation, parcours professionnel et vie privée Né en 1923 à Benavente, petite ville de la province de Zamora., Federico Silva Muñoz s’affilia de bonne heure, dès 1945, à l’Association catholique nationale de propagandistes (Asociación Católica Nacional de Propagandistas, ACNdP), dont il devait plus tard devenir secrétaire général, puis vice-président... En 1945, il obtint un doctorat en droit à l’université de Madrid, avec une thèse rédigée sous la direction de José Larraz et récompensée par le prix extraordinaire de l’université complutense en 1947, puis fut nommé professeur d’économie politique à la faculté de droit de la même université. En 1952, il entra sur concours dans le Corps des avocats de l’État et, simultanément, dans celui des Letrados (experts) du Conseil d’État. Il exerça à partir de 1961 comme procurateur (=député) aux Cortes franquistes et présida la Compañía Arrendataria del Monopolio de Petróleos (littér. Compagnie adjudicataire du monopole des pétroles, mieux connu sous son acronyme CAMPSA). En 1976, lors de la Transition démocratique, il fut le fondateur et premier président du parti Alianza Popular (actuel Partido Popular) et siégea de 1977 à 1979 comme député aux Cortes pour la province de Zamora.

Il contracta mariage avec Rosario de Lapuerta Quintero (1930-2012), avec qui il eut neuf enfants, parmi lesquels Rosario, avocate générale de l’État, et Marta, avocate générale de l’État et directrice du Service juridique de l’État.. Décédé à Madrid le , Silva Muñoz fut inhumé dans la crypte néo-romane de la cathédrale de la Almudena de la capitale.

Activité au sein de l’Association catholique de propagandistes Silva Muñoz s’affilia à l’Association catholique nationale de propagandistes (ACNdP) à l’automne 1945, se signalant bientôt comme un membre fort actif dans les milieux catholiques, et se mit, à la suite d’une conversation avec Fernando Martín-Sánchez, alors président de l’Association, à fréquenter les dénommés Cercles d’étude (séances de formation théorique et pratique) de l’ACNdP, jusqu’à ce qu’il soit décidé dans les premiers mois de 1946 de mettre en place des Cercles d’études réservés aux seules jeunes sociétaires, dans un premier temps seulement à Madrid sous la direction de Martín-Sánchez (tome III de Historia de la Asociación Católica de Propagandistas). Il est à souligner que dans l’immédiat après-guerre civile, en particulier depuis la disparition de la Confédération nationale des étudiants catholiques, l’une des pépinières naturelles de propagandistas, l’Association peinait fortement à intégrer de nouveaux jeunes, ce qui ne laissait de préoccuper son président.

Nombre de ces jeunes sociétaires se déclaraient certes favorables à un État corporatif et fort, mais prônaient en même temps un État qui admettrait d’autres mouvements n’adhérant pas intégralement au monolithisme idéologique en matière de relations entre Église et État. À la première réunion du Cercle d’études pour jeunes tenue à Madrid en , Silva Muñoz en fut nommé secrétaire et devait commenter plus tard dans ses mémoires : « le Cercle de Jeunes a été une école inestimable de préparation à la vie publique sous toutes ses modalités » et « une tentative de formation d’une classe politique pour le futur de l’Espagne ». Aussi, lors de l’assemblée des Secrétaires en , Silva Muñoz insista-t-il sur la nécessité de créer d’autres Cercles de jeunes, et de là, sur l’opportunité de fonder une section Jeunes au sein de l’ACNdP. Quand ce fut chose faite, c’est logiquement Silva Muñoz lui-même qui en fut désigné président. Les Jeunes allaient ensuite disposer d’un espace en pages intérieures du Boletín de la ACNdP, où ils avaient le loisir de rendre compte de leurs activités et aspirations, tant spirituelles que politiques.

Opposition à la Phalange Silva Muñoz allait jouer un certain rôle politique en 1964, lorsque le phalangiste José Solís Ruiz, secrétaire général du Mouvement, tenta de faire passer certains appendices de la loi sur les associations de famille (Ley de Asociaciones de Familia). Le débat portait sur la mise en place des voies organiques de participation politique telles que prévues dans la loi sur les principes du Mouvement national (Ley de Principios del Movimiento Nacional), dont notamment l’élection de procurateurs (=députés aux Cortes) au titre de chef de famille. La manœuvre conçue par le secrétariat général du Mouvement consistait à canaliser et articuler la participation familiale dans le seul cadre des organisations du Mouvement lui-même présentes dans chaque municipalité. Sur ce point, Silva Muñoz s’exprima comme suit dans ses mémoires. :

Un groupe de prélats confia à Silva Muñoz le soin de rédiger une note à l’intention du président des Cortes, Esteban Bilbao, note dans laquelle les signataires indiquaient ne pas croire qu’avec la proposition de Solís « on se conformerait aux principes du droit naturel, lesquels garantissent que la famille soit constituée en cellule sociale de base, tant de la société civile que de l’Église, et [estimaient] aussi [que ladite proposition] ne favorise pas l’unité des Espagnols ». Selon ce qu’affirme Silva Muñoz dans ses mémoires, Bilbao « reçut la note avec une vive satisfaction et il ne fallut que peu heures ensuite pour qu’elle se retrouve aux mains de Franco. On ne reparla plus de ce maudit projet ». Les passages cités se trouvent dans ..

En 1965, le ministre de l’Information Manuel Fraga parvint à faire passer en conseil des ministres une loi sur la presse, qui desserrait la censure a priori, mais vis-à-vis de laquelle Franco et Carrero Blanco se montraient fort réticents. Silva Muñoz (et avec lui López Rodó) eut à cœur d’épauler Fraga dans ses tentatives, finalement fructueuses, d’emporter l’adhésion décisive du Caudillo.. En 1967, alors que les phalangistes de la vieille garde (Solís, Muñoz Grandes, Nieto Antúnez) mettaient tous leurs efforts à maintenir telles quelles les anciennes modalités du pouvoir franquiste, notamment en essayant de ralentir la mise en application de la loi organique de 1967, Silva Muñoz, avec à ses côtés Carrero Blanco et López Rodó, s’affairaient à convaincre Franco de limiter le pouvoir du Mouvement et de remiser définitivement le système à parti unique..

En , après que le conseil de guerre de Burgos eut condamné à mort six militants de l’ETA, Silva Muñoz figurait parmi les ministres en exercice qui plaidaient la grâce et dont l’action (couplée à une campagne internationale) réussit à l’obtenir.

Carrière d’enseignant et d’académicien Silva Muñoz exerça comme professeur d’économie politique à la faculté de droit de l’université de Madrid, comme directeur du cursus de sociologie à l’université internationale Menéndez Pelayo de Santander, comme enseignant à l’Escuela de Estudios Tributarios (École de science fiscale), et comme professeur à l’université Santa María de la Rábida, à Huelva.

Membre de l’Asociación Católica de Propagandistas (ACNdP), il fut aussi président des patronages du Colegio Mayor Universitario San Pablo et du Centre d’études universitaires (CEU, fondé par l’ACNdP), et siégea au Conseil supérieur de l’enseignement de l’Église. Il intervint comme membre de la Commission permanente de l’Institut d’études politiques (Instituto de Estudios Políticos) de Madrid, comme membre de différentes Commissions du Plan de développement, comme vice-président de la Troisième Section de la Politique fiscale et de crédit de la Chambre officielle de commerce de Madrid, et comme membre du Comité de gestion de l’Escuela de Ciudadanía Cristiana (École de citoyenneté chrétienne).

Silva Muñoz était sociétaire de l’Académie royale des sciences morales et politiques, membre correspondant de l’Académie royale de jurisprudence et de législation, et membre attitré de la l’Académie royale San Dionisio des sciences, arts et lettres de Jerez de la Frontera.

À la tête du ministère des Travaux publics (1965-1970) Dans les années 1960, Silva Muñoz contribua à élaborer et à mettre à exécution les Plans de développement du gouvernement, avant d’être appelé en 1965 à prendre la tête du ministère des Travaux publics, où il déploya à ce titre un dynamisme tel qu’il fut surnommé « ministre Efficacité » (ministro Eficacia). En effet, il mit en œuvre un vaste programme de construction d’équipements (autoroutes, barrages, liaisons ferroviaires), au point de transformer substantiellement l’Espagne du point de vue de ses infrastructures. Il s’appliqua à réaliser le plan Red de Itinerarios Asfálticos (littér. Réseau d’itinéraires asphaltés, ou REDIA), destiné à faciliter le trafic automobile, alors en forte croissance, par l’uniformisation du réseau routier espagnol, en prescrivant notamment que l’ensemble des routes disposent d’une chaussée de sept mètres de largeur et de deux mètres et demi d’accotement, qu’il soit remédié aux virages dangereux et aux déclivités trop importantes, et que des voies lentes soient aménagées à l’usage des poids lourds.

Silva Muñoz, après avoir agréé le Plan d’autoroutes nationales d’Espagne (PANE), accomplit les démarches administratives nécessaires à sa mise en œuvre (par financements privés), en attribuant les adjudications et en mettant en marche la construction des premières autoroutes espagnoles, à savoir : les tronçons Barcelone-La Junquera et Montgat-Mataró, adjugés le ; la liaison autoroutière Barcelone-Tarragone le , par voie de décret ; le tronçon Behobia-Bilbao le , par décret ; l’autoroute Séville-Cadix le , également par décret ; et enfin la liaison Villalba-Adanero, en ce compris le deuxième tunnel de Guadarrama, concédé le .

Dans le domaine des infrastructures ferroviaires, Silva Muñoz acheva la liaison directe Madrid-Burgos, mit en service le quai d’embarquement de ce qui est aujourd’hui la gare de Madrid-Chamartín-Clara Campoamor, et donna ordre de rénover une grande partie du réseau ferré, par la pose de rails de autorisant des vitesses plus élevées. En 1969, il réussit, grâce au train Talgo, le raccordement de la Renfe au système ferroviaire à écartement européen.

En matière d’ouvrages hydrauliques, il lança, au terme de longues et ardues démarches administratives, les travaux du canal de dérivation (trasvase) Tage-Segura, grâce auquel put être créée une zone d’irrigation dans les campagnes autour de Murcie et d’Alicante et de développer une agriculture moderne. Ce projet constitue la première phase d’une politique subséquente de trasvases destinés à corriger les déséquilibres hydrauliques sur le territoire espagnol.