La populiculture est le nom donné à diverses sortes de culture en peuplements artificiels de peupliers (Populus sp.) ; à la frange située entre agriculture et sylviculture. Leur gestionnaire est dit « populiculteur ».

Leur facilité de plantation, leur croissance rapide, conjuguée à une affinité naturelle pour des biotopes très humides, mais non marécageux, en font une des essences les plus cultivées en France, en Belgique et aux Pays-Bas et dans de nombreuses anciennes zones humides.

Pour doper leur croissance, les peupliers (des variétés ou cultivars issus de l’hybridation entre peupliers d’origines européenne ou américaine, généralement d'abord sélectionnés pour leur croissance rapide) sont parfois plantés sur un sol préparé par un sous-solage ou un labour, souvent après désherbage et parfois avec épandage d'engrais et drainage avec des techniques évoquant plus l'agriculture que la sylviculture..

Deux principales filières En production de bois-matériau, la « révolution » (période comprise entre la plantation et l'abattage) du peuplier était autrefois d'une cinquantaine d'années. Avec les nouveaux clones et hybrides sélectionnés pour leur productivité elle tend à se rapprocher de la vingtaine d'années, voire de 15 ans, mais les variétés à croissance très rapide sont souvent sensibles à diverses maladies dont la rouille du peuplier Présentation (Forêt privée) Les rouilles à Melampsora des peupliers ; Santé des forêts 15/05/2006 (ou télécharger, PDF, 175 Ko).

Les débouchés sont la fabrication d'emballages légers (cagettes, boîtes de fromage, etc.) et du contreplaqué, la papeterie et la fabrique de panneaux de particules, les plus grosses billes servant à la fabrication de placages et contreplaqués (bois déroulé).

C'est une des rares essences qu'un même propriétaire peut planter et récolter durant son existence, voire plusieurs fois dans son existence.

Révolution La sélection de cultivars à croissance de plus en plus rapide a divisé par deux au moins la révolution des peupleraies.

Des peupliers transgéniques sont ou ont été testés, en Amérique du Nord, en France notamment, avec des peupliers destinés à produire de l'énergie et des peupliers potentiellement destinés à la papeterieCornu D, Pilate G, Leplé J-C, Boerjan W, Meyermans H, 1999. Plantation de peupliers transgéniques. Modification quantitative et qualitative de la lignine, influence sur les caractères papetiers et la qualité du bois. Demande de dissémination volontaire dans l’environnement. Dossier #99.02.15. Cornu D, Pilate G, 2003. Plantation de peupliers transgéniques. 1) Modification quantitative et qualitative de la lignine, influence sur les caractères papetiers et la qualité du bois. 2) Recherche de l’induction de la stérilité chez un clone femelle. Demande de prolongation de l'autorisation de dissémination # 43 du 17 mai 1995 (Dossier .03.05). Dossier #B/FR/03.06.01, Autorisation # 43 en date du 17 mai 1995., on a testé la conduite en courtes (TCR : taillis courte rotation) ou TTCR (taillis très courtes rotations), en récolte à 4 ou 5 ans, suivie de repousse en recépage .

Avec le développement de la filière bois énergie, des organismes de recherche se sont intéressés à la conduite du peuplier en TCR (taillis à courte rotation, 6 à 8 ans) et en TTCR (taillis très courte rotation, de 2 à 3 ans). Récoltée grâce à une ensileuse adaptée, la peupleraie est alors broyée finement pour sa production de biomasse. Abandonné un temps du fait d'une faible rentabilité et de la concurrence du saule, la flambée du coût de l'énergie pourrait relancer les essais sur ce mode de conduite qui n'est d'ailleurs pas spécifique au peuplier.

En monocultures aussi intensives, il présente toutefois l'inconvénient d'épuiser le sol et de favoriser les attaques de certains champignons ou insectes normalement ou anormalement associés à ces peupliersDelplanque A, 1998. Les insectes associés aux peupliers. Memor ed., 350p, mais susceptibles de pulluler en condition de culture intensive, et auxquels les peupliers à haut rendement sont souvent plus vulnérables.

Des expériences d'épandages de boues d'épuration (sèches ou liquides) sur populiculture sont conduites dans divers pays depuis plusieurs décennies.

Peuplier et environnement En peuplements monospécifiques et équiennes (d'un même âge) les peupleraies peuvent cependant être très vulnérables aux maladies, défoliations, de même qu'aux tempêtes ou sécheresses.

La peupleraie est souvent présentée comme préjudiciable aux milieux où elle s'installe, pas tant à cause de l'essence elle-même, que du fait qu'il y est conduit en monocultures équiennes, souvent monoclonale et souvent sur des zones agricoles. Ces trois conditions défavorisent l'expression de la biodiversitéElek Z., Dauffy-Richard E. et Gosselin F., 2010. Carabid species responses to hybrid poplar plantations in floodplains in France. Forest Ecology and Management 260: 1446-1455. et de l'écopotentialité de la station, tout en favorisant les maladies contagieuses d'arbre en arbre, et la pullulation d'insectes phytophages (dont défoliateurs). En particulier, les rouilles du peuplier ont pris une ampleur inégalée dans plusieurs régions françaises depuis les années 1990.

Ces problèmes ont parfois entrainé l'utilisation massive de pesticides en poudrage ou pulvérisation aériennes ou à partir du sol en 1952Anchierri et Grivaz, "Poudrage insecticide dans la peupleraie domaniale de Chautagne ; série domaniale de reboisement de Chautagne, peupleraie" Revue forestière française, Chambéry, 20 avril 1952 (Via Inist-CNRS), avec autrefois utilisation de pesticides hautement toxiques et non dégradables comme l'arséniate de plomb.

De plus la populiculture, grâce à la croissance rapide associée à une forte évapotranspiration de ses essences, a souvent été utilisée pour modifier des zones très humides (création de fossés de drainage, rabattage de nappes, pompage pour l’urbanisation). Cette utilisation a laissé l’image d’une culture de peupliers peu respectueuse des milieux dans les esprits. Les documents d’urbanisme stipulent souvent l'interdiction de planter ou replanter du peuplier, et seulement cette essence, « alors que les raisons évoquées (disparition de certaines espèces végétales de milieux ouverts, impact sur la qualité de l’eau des rivières et étangs, modification de l’écosystème initial…) sont les conséquences naturelles de la fermeture du milieu par la présence d’arbres, pas seulement de peuplierBrochure technique "Peupleraie et Environnement", CRPF Nord Pas-de-Calais Picardie, 2012, p. 5 ». Les limitations de ce peuplement ne sont justifiées que pour des milieux spécifiques ou des contextes particuliers.

Cette mauvaise réputation concerne aussi le rôle allergène du peuplier. Or, le peuplier mâle produit du pollen en faible quantité qui est peu ou pas allergisant. Le peuplier femelle produit des cotons fructifères peu allergisant mais très visibles et associés à tort au pollen des graminées apparaissant à la même saison, très allergisant mais beaucoup moins visibles Brochure technique "Peupleraie et Environnement", CRPF Nord Pas-de-Calais Picardie, 2012, p. 8.

Par leur consommation d'eau excessive, les peupliers assécheraient les sols. Ces essences hygrophiles ont en effet une « consommation hydrique de luxe » en raison de leur forte densité de stomates (présents sur les deux faces des feuilles) et surtout de la mauvaise régulation de leur transpiration. Si ces espèces sont adaptées à des milieux où la ressource en eau est peu limitante, les études sur une peupleraie entière infirment ce préjugé. L'enracinement superficiel des peupliers, leur indice foliaire moindre, leur phénologie font que « l'évapotranspiration réelle d'une peupleraie de stations humides est inférieure à celle d'une forêt alluviale, et celle d'une peupleraie sur une station bien drainée de plateau resterait encore équivalente, voire inférieure à celle d'une chênaieLe peuplier et l'eau au centre des débats, article de Forêt-entreprise n°159, septembre 2004) ».

Les peupleraies, par leur enracinement superficiel, sont accusées de faciliter le travail de sape des berges, leur effondrement, l'encombrement du lit ds rivières par les arbres, source possible d'embâcle. Les études les plus récentes montrent que la majorité des essences de peupliers ne méritent pas ces critiques ..

D'anciennes études. suggéraient que le peuplier était une des essences les plus nocives pour la pisciculture, ses feuilles étant accusées d'être à l'origine de la désoxygénation des eaux et de la libération de substances toxiques pour les poissons. Cet impact existe quelle que soit l'essence d'arbre, et uniquement dans le cas d'eau stagnante ou à débit faible.

Agroforesterie De nombreuses cultures intercalaires étaient pratiquées et reconnues pour être bénéfiques au développement des peupleraies : plantes sarclées les premières années, maïs, tournesol, haricot. L'hyper spécialisation de la fin du a fait reculer ces pratiques..

Diversité génétique Les « peupleraies naturelles » ou « semi-naturelles », constituées d'essences et variétés plus ou moins autochtones existent encore localement, généralement dans des zones humides éloignées des zones agricoles ou à leur périphérie. Elles ont de fait une vocation de conservatoire génétique et du potentiel d'expression de la peupleraie naturelle. Cependant en Europe de l'Ouest, et en France (premier pays européen producteur de peupliers, deuxième mondial après la Chine, la Picardie étant la première région française en termes de superficie et de volume Brochure technique "Peupleraie et Environnement", CRPF Nord Pas-de-Calais Picardie, 2012, p. 23), les vrais peuplements de peupliers sauvages sont eux-mêmes devenus rares dans une grande partie de leurs régions d'origine, de même qu'en Asie et dans une grande partie de l'Amérique du Nord. Ainsi, par exemple, le peuplier noir autrefois très abondant dans le nord de la France et en Belgique semble avoir presque disparu de départements où il était encore commun il y a quelques décennies.

Là où il est encore localement présent, c'est parfois avec une diversité génétique très appauvrie (suites de clones replantés au ). De plus il existe des introgressions génétiques et hybridations spontanées entre peupliers sauvages et introduits<ref>An Vanden Broeck, Marc Villar, Erik Van Bockstaele and Jos Vanslycken, , Ann. For. Sci. 62 7 (2005) 601-613 DOI: 10.1051/forest:2005072 Abstract [PDF (1.182 MB)]</ref> et une pollution génétique des populations sauvages à partir des centaines de milliers de clones introduit dans les populicultures, démontrée par exemple pour P. nigra en Belgique par les analyses de paternité faite sur le terrainAn Vanden Broeck, Joan Cottrell, Paul Quataert, Peter Breyne, Véronique Storme, Wout Boerjan et Jos Van Slyckena. Ann.For. Sci. 63 (2006) 783-790 DOI: 10.1051/forest:2006060 Paternity analysis of Populus nigra L. offspring in a Belgian plantation of native and exotic poplars (Résumé, anglais et français) .

La faune, flore et fonge d'une peupleraie varie considérablement selon l'âge des plantations, la fertilité du site et la gestion du sous-bois.