Violette Leduc est une romancière française, née le à Arras (Pas-de-Calais) et morte le à Faucon (Vaucluse)..
Elle est l'auteure d'une œuvre audacieuse, essentiellement autobiographique, qui transgresse les codes culturels pour mettre en avant différents types de marginalités tant sexuelles qu'affective, si bien que ses ouvrages ont souvent choqué et heurté le public.
Bien que ne répondant pas, par ses origines et sa formation, aux canons du milieu littéraire parisien, elle est cependant reconnue par plusieurs des meilleurs auteurs de son temps, tels Camus, Genet, Jouhandeau, Sartre et elle a bénéficié du soutien marqué de Simone de Beauvoir. Dans une préface à La Bâtarde, celle-ci écrit .
Biographie Enfance et formation Violette Leduc est née à Arras le (déclarée le 9)Archives départementales du Pas-de-Calais, commune d'Arras, année 1907, acte de naissance , avec mention marginale de décès (vue 23/103) et mention de reconnaissance et de mariage en fin de registre (vue 100/103), fille illégitime de Berthe Leduc et d'André Debaralle, un « fils de famille » de la haute bourgeoisie de Valenciennes, mais qui refuse de reconnaître l'enfant. Dès son enfance, elle est marquée par la honte de sa naissance.
Violette est interne au collège de Valenciennes, puis dans celui de Douai où elle fait la connaissance d'Isabelle P. avec qui elle a une relation d'amour passionnée. Violette Leduc connaît également, à cette époque, ses premières passions littéraires : les classiques russes, puis Cocteau, Duhamel, Gide, Proust et Rimbaud. En 1925, Denise Hertgès (Cécile dans Ravages et Hermine dans La Bâtarde), surveillante au collège de Douai et fine musicienne, devient son amante. Leur relation est découverte. Le scandale éclate et les deux jeunes femmes sont renvoyées de l'établissement.
En 1926, Violette Leduc accompagne sa mère et son beau-père à Paris et poursuit ses études secondaires au lycée Racine. Elle rate son baccalauréat et décide d'abandonner ses études et de gagner sa vie. Elle et Denise vivent ensemble pendant neuf ans dans des hôtels meublés de la banlieue parisienne. Elle devient échotière chez Plon, où elle rencontre de nombreux écrivains. Après avoir été quittée par Denise, elle entre en 1936 chez Synops comme scénariste, où elle rencontre en Maurice Sachs, écrivain aventurier homosexuel, futur auteur du Sabbat, dont elle tombe éperdument amoureuse. En 1939, elle est secrétaire pour la Nouvelle Revue Critique, maison d'édition dirigée par les frères Keller, où elle reste moins d'un an, jusqu'à la déclaration de la guerre.
Une écrivaine pour écrivains Elle épouse en 1939 Jacques Mercier, un ancien ami, photographe de mariages et peintre à ses heures, mais le couple, installé au 20, rue Paul-Bert ( arrondissement de Paris), se sépare au bout d'un an. Violette Leduc se fait avorter à cinq mois et demi de grossesse et frôle la mort. Cette expérience dramatique est longuement décrite dans Ravages. En 1940, recommandée par Sachs, elle collabore à la revue Pour Elle et au quotidien Paris-Soir. En 1942, elle s'installe pendant trois mois dans un village de Normandie, Anceins, près de L'Aigle, et sur l'injonction de Maurice Sachs, qu'elle aime d'un amour impossible, commence à écrire ses souvenirs d'enfance, L'Asphyxie, avec son célèbre incipit — — qui déclenche tout le reste. Elle survit grâce à ses petits trafics de marché noir. En 1944, elle découvre L'Invitée de Simone de Beauvoir. La tendance lesbienne de son autrice fait écho à ses préoccupations, et en , par l'entremise de deux amies, elle lui est présentée. Beauvoir accepte de lire le manuscrit de L'Asphyxie, et d'emblée reconnaît son talent. Dès lors, elle suit son travail et la soutient jusqu'à la fin. C'est ainsi que des extraits du manuscrit paraissent dans Les Temps modernes, avant que L'Asphyxie ne sorte, en , chez Gallimard dans la collection « Espoir » dirigée par Camus. Le livre ne connaît aucun succès, mais son autrice gagne l'estime de Jean Cocteau, Jean Genet, Marcel Jouhandeau, Nathalie Sarraute et Jean-Paul Sartre.
Éprise de Simone de Beauvoir, elle entame la rédaction de L'Affamée, poème en prose, journal onirique d'une amoureuse, consacré à sa passion pour le « Castor » (le surnom de Beauvoir), nommée « Elle » tout au long des pages. Violette Leduc se lie également d'amitié avec Colette Audry et surtout Nathalie Sarraute. En , grâce à Genet qu'elle admire, elle rencontre Jacques Guérin, bâtard comme elle, riche industriel (il dirige les parfums d'Orsay), collectionneur de livres rares, de manuscrits, d'œuvres d'art, ami d'artistes et d'écrivains. Elle s'éprend de cet homme qui ne peut répondre à ses élans : comme Sachs, Guérin est homosexuel. Il admire l'œuvre de Violette Leduc et lui apporte son fidèle soutien pendant les dix-sept années de leur amitié. En 1948, il fait publier à ses frais, chez Jean-Jacques Pauvert (Éditions du Palimugre), une édition de luxe de L'Affamée qui sort la même année chez Gallimard. Elle commence la rédaction de Ravages, son premier roman. En 1949, Sartre et Beauvoir lui versent une petite pension par l'intermédiaire des Éditions Gallimard afin de ménager la sensibilité de leur obligée. En 1954, Beauvoir assume seule cette charge, grâce au prix Goncourt obtenu pour Les Mandarins.
Cette même année, Violette Leduc est victime de la censure éditoriale : Gallimard supprime les cent cinquante premières pages de son roman Ravages. L'autrice y décrivait dans un style imagé, mais aussi avec une exactitude d'entomologiste, les ébats passionnés de deux collégiennes, Thérèse et Isabelle. En 1955, Ravages paraît, amputé donc de son début. Mais Jacques Guérin publie un tirage très restreint () de cette partie censurée par l'éditeur. Ce texte paraît finalement en 1966 chez Gallimard sous le titre de Thérèse et Isabelle, mais toujours dans une version incomplète, et il faut attendre 2000 pour que Gallimard le publie dans son intégralité.
Le succès En 1956, elle séjourne six mois dans une clinique de Versailles pour soigner ses tendances paranoïaques puis, en 1957 six mois dans une maison de repos, « La Vallée-aux-Loups » à Châtenay-Malabry.
En 1961, grâce à une amie écrivaine, Thérèse Plantier, elle découvre le village de Faucon, dans le Vaucluse, et s'y réfugie pour continuer la rédaction de La Bâtarde, une autobiographie romanesque commencée en 1958, et qui paraît en 1964, accompagnée d'une longue et dithyrambique préface de Simone de Beauvoir. Le succès est immédiat, le livre est vendu à . Il est pressenti pour le prix Goncourt. Violette Leduc a au moment de son succès littéraire. Pour lui donner une totale indépendance, Beauvoir exige le remboursement des sommes qu'elle lui versait depuis 1949. Cette décision a pour but de mettre Violette sur un pied d'égalité et de lui permettre de se libérer ainsi de ses complexes d'infériorité.
Elle continue à publier et rencontre chaque fois un grand succès d'estime, parfois aussi commercial (Thérèse et Isabelle). De nombreux journaux lui demandent des articles. Elle s'installe de longs mois dans la maison qu'elle a achetée et fait restaurer à Faucon.
Les dernières années En 1970, elle publie La Folie en tête que Simone de Beauvoir a auparavant fortement censuré, tant certains passages lui semblaient emphatiques et impudiques. À l’occasion de la sortie du livre, Violette Leduc est interviewée dans l’émission Vie littéraire de la RTS. Elle évoque ceux qui ont marqué sa vie : Maurice Sachs et Simone de Beauvoir. Elle revient sur les circonstances de la querelle qui l'a brouillée avec Jean Genet.
Violette Leduc a un cancer du sein et décide de s'installer définitivement à Faucon dans sa maison rénovée. Elle continue à écrire malgré l'aggravation de la maladie, et meurt chez elle le en présence d'un ami.
Elle est inhumée au cimetière de Faucon.
Simone de Beauvoir est nommée héritière de ses droits littéraires et publie La Chasse à l'amour en 1973.
Leduc, l'une des pionnières de l'autofiction, a fait de sa vie la matière principale de ses livres. L'apparente simplicité de son style et sa musique particulière leur donnent un ton vrai, personnel et très attachant.
En , Gallimard publie le texte intégral de Thérèse et Isabelle.
Hommages Médiathèque Violette-Leduc, 18 rue Faidherbe, dans le arrondissement de Paris. Librairie Violette and Co, 52 rue Jean-Pierre-Timbaud, dans le arrondissement de Paris. Des rues portent son nom à Arras, Valenciennes, Bourg-lès-Valence, Saint-Priest (liste non exhaustive).
Postérité
Au cinéma Violette, film biographique réalisé par Martin Provost, sorti en 2013, qui retrace la vie de l’écrivaine à partir de l'Occupation et illustre ses relations avec Maurice Sachs, Simone de Beauvoir, Jean Genet et Jacques Guérin.
Œuvres L'Asphyxie, Gallimard, 1946, 196 p. L'Affamée, Gallimard, 1948, 196 p. Ravages, Gallimard, 1955, 477 p. Édition augmentée : Paris, Gallimard, 2023, coll. L'Imaginaire. Hors série. La Vieille Fille et le Mort suivi de Les Boutons dorés, Gallimard, 1958, 227 p. Trésors à prendre, Gallimard, 1960, 320 p. La Bâtarde, avec une préface de Simone de Beauvoir, Gallimard, 1964, 462 p. La Femme au petit renard, Gallimard, 1965, 144 p. Thérèse et Isabelle, Gallimard 1966 (première parution en édition de luxe hors commerce, 1955) La Folie en tête, Gallimard, 1970, 602 p. Le Taxi, Gallimard, 1971, 92 p.
Publications posthumes La Chasse à l'amour, Gallimard 1973, 407 p. Thérèse et Isabelle, texte intégral de 1954, notes et postface de Carlo Jansiti, Gallimard, 2000, 138 p. Je hais les dormeurs, illustré par Béatrice Cussol, Éditions du Chemin de fer, 2006, 57 p. Correspondance 1945-1972, lettres choisies, établies, annotées et préfacées par Carlo Jansiti, Gallimard, 2007, 512 p. La Main dans le sac, édition établie par Catherine Viollet, Éditions du Chemin de fer, 2014, 73 p. Ravages, éditions Gallimard, collection L’imaginaire, 2023, édition augmentée introduisant les passages supprimés dans l’édition de 1955, 437 p.
Filmographie 1966 : Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? de William Klein : elle-même.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie
Études Alexandre Antolin, "La société se dresse avant que mon livre paraisse". Étude d'un cas de censure éditoriale dans les années 1950 : Ravages de Violette Leduc, thèse de doctorat sous la direction de Florence de Chalonge et Florence Tamagne, Université de Lille, soutenue en 2019.
Mireille Brioude, Violette Leduc : la mise en scène du Je, Amsterdam, Éditions Rodopi, 2000. Mireille Brioude, Anaïs Frantz, Alison Péron (dir.), Lire Violette Leduc aujourd'hui, Presses universitaires de Lyon, coll. « Des deux sexes et autres », 2017, 249 p. René de Ceccatty, Violette Leduc. Éloge de la bâtarde, Stock, 1994, réédition 2013, 264 p. René de Ceccatty, La Sentinelle du rêve, Éditions Michel de Maule, 1988, réédition Points 1997, 304 p. Isabelle de Courtivron, Violette Leduc, Twayne Publishers, 1985. Anaïs Frantz (dir.), Violette Leduc : genèse d'une œuvre censurée, Presses Sorbonne Nouvelle, 2019. Pierre Girard, Œdipe masqué. Une lecture psychanalytique de L'Affamée de Violette Leduc, Éditions des femmes, 1986, 251 p. Colette Trout Hall, Violette Leduc la mal-aimée, Amsterdam, Éditions Rodopi, 2004 . Alex Hughes, , Londres, W. S. Maney & Sons, 1994. Carlo Jansiti, Violette Leduc, biographie, Grasset, 1999, rééd. 2013, 496 p.. Elizabeth Locey, The Pleasures of the Text. Violette Leduc and Reader Seduction, Rowman & Littlefield, 2002. Susan Marson, Le Temps de l'autobiographie. Violette Leduc, Presses universitaires de Vincennes, 1998, 264 p. . Paul Renard et Michèle Hecquet (dir.), Violette Leduc, Université Lille III, 1998, 172 p. . Kiev Renaud (dir.), « Violette Leduc, l'affamée », dossier de Contre-jour. Cahiers littéraires, Montréal, 2017.
Articles et chapitres d'ouvrage